‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 346 sur 348 · HÔTES · texte numérisé non relu

HÔTES

« Du camp de Friedlingen, 15 octobre 1702.

a J'avois l'honneur de rendre compte à Votre Majesté, par une assez longu» dépêche du 14, de tout ce qui regardoit la prise de Neubourg, qui a coûté M. de La Petitière , capitaine des grenadiers de Crussol. C'est à la valeur de cet officier, et à celle du sieur Jorreau. lieutenantcolonel de Béarn , qu'est dû l'heureux succès de cette entreprise. M. le marquis de Biron s'y est conduit à son ordinaire. J'y avois envoyé M. le comte du Bourg pour donner tous les ordres nécessaires, ce qui lui a causé le malheur de ne pouvoir se trouver à la bataille, dont M. de Choiseul aura l'honneur de donner la première nouvelle à Votre Majesté.

a. Je fus informé que l'armée de l'empereur , commandée par M. le prince de Bade, se mettoit en marche le 14, et quittoit ses retranchements. Dès le 13, l'infanterie de Votre Majesté et la brigade de Vivans avoient pasbé le nhin. Le prince de Neubourg nous faisant voir un mouvement fort vif dans le camp des ennemis, l'on crut qu'il étoit bon de se mettre en mesure , ou d'empêcher leur armée de troubler notre établissement dans notre nouveau poste, ou de l'attaquer, si l'on en détachoit quelque corps d'infanterie pour aller vers Neubourg.

a Sa Majesté comprendra que son armée , ayant été placée au delà du Rhin dès le 13, par les raisons que j'ai eu l'honneur de lui exposer, fut promptement en bataille dans (devant?) les retranchements des ennemis. Dans la matinée du 14, MM. DesLordes et de Chamarande s'étoient rais à la tête de l'infanterie . laquelle marcha tfès-diligemment pour gagner la crête d'une montagne assez élevée.

« La cavalerie des Impériaux , plus forte de deux mille chevaux que la nôtre, étoit en bataille dans la plaine: et celle de Votre Majesté fut placée . la gauche au fort de Friedlingen , malgré un assez gros feu de l'artillerie de ce fort, et la droite appuyée à cette montagne que l'infanterie avoit occupée.

oc On aperçut dans ce moment que l'infanterie des ennemis faisoit tous ses efforts pour gagner la crête de la hauteur . avec cette circonstance qu'elle y moatoit en bataille , et que celle de Votre Majesté traversoit des vignes et des hauteurs escarpées qui ralentissoient sa marche.

« Je dois faire obseiver à Votre Majesté que l'on avoit envoyé à Neubourg deux mille hommes de son inianterie , parmi lesquels étoient plusieurs compagnies de grenadiers, et les deux régiments de dragons de la reine et de Gévaudan. Cependant MM. Desbordes et de Chamarande, qui pressoient les mouvements de l'inlauterie, le premier peut-être avec trop d'ardeur, marchoient aux ennemis avec les brigades de Champagne, de Bourbonnois, de Poitou et de la reine. Ils les trouvèrent |)Ostés dans un bois assez épais. Les ennemis avoient leur canon , et , malgré une très-vive résistance , ils furent renversés et leur canon fut pris. Pendant ce temps-là, M. de Maunac, quj eiou dans la piame a la teie ae la cavalerie . vit celle des ennemis s'ébianierpour venir à la charge-, celle de Votre Majesté étoit dans tuut l'ordre convenable. On avoit, dès le Hiatiû. recomiaaQdé aux cavaliers oe ne Doint ss servir d'armes à few

et de ne mettre l'épée à la main qu'à cent pas des ennemis : et . à la vérité, ils n'ont pas tiré un seul coup.

« Les Impériaux ont fait les trois quarts du chemin; M. de Magnac, suivi de M. de Saint-Maurice, qui commandoit la seconde ligne, et s'est conduit en bon et ancien officier, s'est ébranlé de deux cents pas. La charge n'a été que trop rude par la perte de très-braves officiers dont j'aurai l'honneur d'envoyer une liste à Votre Majesté par le premier ordinaire.

a La cavalerie impériale a été entièrement renversée , sans que les escadrons de celle de "Votre Majesté se soient démentis; ils ont mené les ennemis jusqu'à un défilé qui les a fait perdre de vue, sans qu'ils se soient écartés pour le pillage ni pour faire des prisonniers.

a Les nouveaux régiments n'ont pas cédé aux anciens ; et pour nommer ceux qui se sont distingués, il n'y a qu'à voir l'ordre de bataille : M. de Vivans, commandant de la cavalerie; M. Dauriac; M. de Massenbach , colonel réformé , commandant par son ancienneté la brigade de Condé, a fait des merveilles; M. le marquis du Bourg, colonel du régiment royal; M. le prince de Tarente, capitaine dans ce même régiment; M. de Saint-Pouange; Fourquevaux, qui a sept étendards des ennemis dans son nouveau régiment; M. de Conflans, brigadier. En un mot, je puis dire à Votre Majesté qu'elle peut compter que cette cavalerie s'est surpassée, et elle peut juger de la perte des Impériaux par la prise de trente étendards et de trois paires de timbales. Nous voyons, par des ordres de bataille pris aux ennemis, qu'ils avoient cinquantesix escadrons. Votre Majesté en avoit trente-quatre , les six de la reine et de Gévaudan ayant été détachés la veille pour marcher vers Neubourg.

« Notre infanterie avoit défait et renversé , par trois charges différentes, celle des ennemis, et pris leur canon; mais sa trop grande ardeur, jointe à la mort de M. Desbordes, lieutenant général, et à celle de M. de Chavannes, brigadier, la porta à sortir dans la plaine, après avoir chassé les ennemis du bois, et à perdre ainsi son avantage. M. de Chamarande, qui dans tout le cours de cette action s'est parfaitement distingué, MM. de Schelleberg et du Tôt, ne purent empêcher qu'elle ne revînt. Cependant on peut juger de l'avantage qu'elle a eu sur les ennemis, puisqu'elle leur a pris plusieurs drapeaux sans en avoir perdu un seul.

« Tous les jeunes colonels y ont montré une valeur infinie. MM. de Seignelay, de Nangis, de Coetquen, le jeune Chamarande, le comte de Choiseul, de RaHétot, ont toujou;s été dans le plus grand péril et le plus gros feu. Les ennemis ont eu plus de trois mille hommes tués sur le champ de bataille; ils n'ont pas de nos prisonniers. Nous savons que le général StaufTemberg y a été tué. On dit aussi que le comte de Fùrstemberg-Stùhlingen , les comtes de Hohenlohe, Kœnigseck et deux autres colonels sont prisonniers, avec vingt-cinq autres officiers.

«Le comte de Hohenlohe demande de pouvoir aller à Bâle sur parole. Nous avons été aujourd'hui sur le champ de bataille, et les endroits où leurs bataillons ont été défaits sont marqués par quantité d'armes abandonnées.

a Cependant le temps qu'il a fallu pour remettre quelque ordre dans notre infanterie a sauvé celle des ennemis. Le chevalier de Tressemane, major général, y a parfaitement bien servi, aussi bien (jue le sieur de Beaujeu , maréchal des logis de la cavalerie. On a poussé les ennemis une lieue et demie au delà du champ de bataille, sur lequel l'armée de Votre Majesté a campé. On croyoit quatre petites pièces de canon égarées, mais elles ont été retrouvées ce matin. Jusqu'à présent on n'en a que deux de celles des ennemis-, mais j'en ai vu sept ou huit autres derrière notre infanterie. Il est rare et heureux, dans une affaire aussi rude et aussi disputée, que l'armée de Votre Majesté n'ait perdu ni drapeaux, ni étendards, ni timbales, et que l'on en ait eu plus de trentequatre de ceux des ennemis. Voilà, Sire, le compte que je dois avoir l'honneur de rendre à Votre Majesté d'un avantage bien ordinaire à ses armes toujours victorieuses.

oc Nous apprenons dans le moment que le comte de Fiirstemberg est mort de ses blessures. Ce seroit une grande perte pour l'empereur et pour M. le pvinoe de Bade, dont il éloit l'homme de confiance. »

FBN DK-S NOTES DU DECXIEME yOLlTUE.

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