DÉPART DE M. DE LORRAKE
l'amena en celle de Monseigneur, où il ne fut qu'un moment pour prendre congé de lui et de Mgr et de Mme la duchesse de Bourgogne chez qui pourtant il n'avoit point été, ce qui parut assez bizarre, et s'en alla aussitôt après avec Monsieur. Il partit la nuit suivante en poste avec sa suite pour s'en retourner en Lorraine. On fit doubler les chevaux partout, et ce qu'il y eut encore de rare fut que le roi en paya toute la dépense , et malgré lui , par complaisance pour Monsieur. Quelque abandonné qu'il fût au chevalier de Lorraine . M. de Lorraine commençoit à lui peser beaucoup pour la dépense et pour la liberté. Il s'en aperçut ou on l'en fit apercevoir , et c'est ce qui liâta son départ. Il ne laissa pas de se trouver importuné de l'assiduité de tous ceux de sa maison auprès de lui, d'aucun desquels il ne parut faire cas, que de M. le Grand et du chevalier de Lorraine- et il lui échappa plus d'une fois de dire , qu'il ne savoit à qui eu vouloient tous ces petits princes de l'obséder continuellement.
Le dimanche , jO décembre . comme le roi sortoit du sermon , il rencontra Monsieur qui alloit au-devant de lui, et qui l'accompagna chez lui. Ils y trouvèrent Madame et Mme de Lorraine . et ils furent assez longtemps tous quatre, seuls dans le cabinet du roi. Monsieur. Madame et Mme de Lorraine, allèrent de là chez Mme la duchesse de Chartres, et Monsieur mena après Mme de Lorraine chez M. le Grand . qui avoit la goutte, et ensuite à Paris. Le roi n'a pas voulu qu'elle vît Monseigneur, ni Mgrs ses petits -fils ni Mme la duchesse de Bourgogne; ni même qu'elle les rencontrât, à cause de la petite vérole, qu'ils n'avoient point eue. Le samedi, le roi seul alla dîner à Marly, où Monsieur, Madame et Mme de Lorraine vinrent de Paris dîner avec lui. Il fut remarqué que Monsieur ni Mme de Chartres n'y étoient point. On évita tant qu'on put que les belles-sœurs se trouvassent ensemble. Monsieur, pour faire sa cour au chevalier de Lorraine, Madame, parce qu'elle regardoit son gendre comme un prince allemand, et qui, par conséquent, pouvoit tout prétendre. On se contenta qu'avant partir. M. de Lorraine allât chez M. le duc de Chartres, et lui fît force protestations qu'il ne lui étoit jamais entré dans la pensée de lui disputer rien. C'étoit donc à dire que cela se pouvoit imaginer. C'étoit aux princes du sang à y faire le commentaire. En tout cas, la petite vérole de Mme de Lorraine ne vint pas mal à propos, et les Lorrains eurent grand sujet d"être contents de Monsieur et de Madame, et de s'applaudir de leur tour d'adresse d'avoir mis les bâtards enjeu, pour esquiver nettement les princes du sang . et parer tout par l'incognito. Mme de Lorraine prit congé du roi après-dîner, qui retourna à Versailles, et Monsieur. Madame et Mme de Lorraine à Paris, qui en partit le lendemain lundi , pour retouruer en Lorraine. Elle en marqua une impatience, qui alla jusqu'à l'indécence. Apparemment qu'elle voulut profiter de sa petite vérole , et ne pas demeurer ici assez longtemps pour se trouver en état de remplir des devoirs qui l'auroient embarrassée.