DÉSOBÉISSANCE DU CARDINAL DE BOUILLON
stades qu'il put aux bulles que le roi demandoit, et lui écrivii une deuxième lettre là-dessus plus folle encore que la première. Elle mit le comble à la mesure. Pour réponse , il reçut ordre par un courrier de partir de Rome sur-le-champ , et de se rendre droit à Cluni ou à Tournus, à son choix, jusqu'à nouvel ordre. Le commandement de revenii parut si cruel au cardinal de Bouillon , qu'il ne put se résoudre à obéir. Il étoit sous-doyen du sacré collège; Cibo, doyen, décrépit, ne sortoit plus de son lit. Pour être doyen, il faut être à Rome lorsque le décanat vaque , et opter soi-même les évechés unis d'Ostie et de VeUetri au consistoire affectés au doyen , ou , comme quelques-uns ont fait . opter le décanat en retenant Tévêché qu'ils avoient déjà. Le cardinal de Bouillon manda donc au roi, parmi force soumissions à ses ordres, l'état exagéré du cardinal Cibo : qu'il ne pouvoit croire qu'il le voulût priver du décanat, ni ses sujets de l'honneur et de l'avantage d'un doyen francois; que, dans cette persuasion, il alloit demander au pape un bref pour lui assurer le décanat en son absence ; qu'il partiroit dans l'instant qu'il l'auroit obtenu, et qu'en attendant il alloit faire prendre les devants à tous ses gens, et se renfermer comme le plus petit particulier dans le noviciat des jésuites, sans aucun commerce avec personne que pour son bref. Il se conduisit en effet de la sorte , et demanda ce bref qu'il se doutoit bien qu'il n'obtiendroit pas , mais dont il espéroit faire filer assez longtemps l'espérance et les prétendues longueurs pour atteindre à la mort du cardinal Cibo, ou à celle du pape même, qui menaçoit ruine depuis longtemps. Laissons-le pour un temps dans ses ruses , qui lui devinrent funestes , pour ne pas trop interrompre la suite des événements.
Mme de Soubise fut si bien servie à Strasbourg , et l'autorité du roi appuya si bien à l'oreille l'argent qui fut répandu, que l'abbé de Soubise fut élu tout d'une voix coadjuteur de Strasbourg. Le rare fut que ce fut en présence de l'abbé d'Auvergne , qui , comme grand prévôt du chapitre, dit la messe du Saint-Esprit avant l'élection. La colère du roi fit peur aux Bouillon; leur rang et leur échange, encore informe et non enregistré au parlement, ne tenoient qu'à un bouton; ils virent de près l'affaire sans ressource , et ils tâchèrent à se sauver de la ruine de leur frère par cette bassesse.
En même temps , et je ne sais si ce fut une des conditions du marché , Mme de Soubise , toujours mal avec le duc de Rohan son frère , s'étoit raccommodée avec lui , et en avoit fait tous les pas pour faire le mariage de sa fille aînée avec le comte de La Marck , fils de la comtesse de Fûrstemberg , qui n'avoit quoi que ce fût en France où il s'étoit mis dans le service, tolonel d'un des régiments que le roi entretenoit fort chèrement au cardinal de Fiirstemberg . desquels il lui laissoit la disposition, et dont tout le médiocre bien éloit en Westphalie sous la main de l'empereur. Ces Allemands ne se mésallient pas impunément; celui-ci sentit ce qu'il en coûte par une triste expérience: il ne la vouloit pas aggraver. Sa mère le vouloit marier, et un étranger qui n'a rien en France et peu sous une coupe étrangère et souvent ennemie , n'étoit pas lin parti aisé à établir. Le duc de Rohan ne comptoit ses filles pour