‹ Mémoires, contes et autres uvres de Charles PerraultChapitre 99 sur 102 · ET LA BONTE. ÔOÔ · texte numérisé non relu

ET LA BONTE. ÔOÔ

le plus souvent ce qu'il lui fallait, car on ne lui avait pas plutôt donné une chose qu'il en était las„ et qu'il en demandait une autre , qui ne le contentait pas plus que la première : enfin c'était bien le plus cruel enfant qui fut jamais , et qui donna le plus de peine à élever. Mais revenons à notre histoire.

Le Désir, après quelques jours de mariage , ayant jeté les yeux sur la Bonté, sa belle-sœur, qu'il n'avait pas encore bien considérée à cause de la grande passion qu'il avait eue d'abord pour sa femme, mais qui commençait un peu à se refroidir; l'ayant, dis-je, regardée de plus près, il remarqua en elle mille agréments et mille perfections qui le touchèrent sensiblement : surtout il fut charmé de son humeur douce , complaisante et officieuse , qui n'aimait qu'à faire du bien , et dont il y avait lieu d'attendre bien plus de secours dans les besoins et dans les rencontres fâcheuses de la vie, que de la Beauté, sa sœur, qui semblait n'être née que pour la joie , et qui en effet ne se connaissait point du tout à prendre part aux afflictions. Il la reconnut patiente et généreuse, jusqu'à obliger ceux même qui l'avaient offensée : en quoi elle était fort différente de la Beauté, qui , bien loin de souffrir des mépris , se fâchait quand on ne la cajolait pas assez galamment. Enfin il jugea que si dans la possession de la Bonté on ne goûtait pas de plaisirs si sensibles ni si touchants qu'en celle de la Beauté , on en recevait assurément de plus tranquilles et de plus durables.

Épris de tant de perfections et de tant d'aimables qualités, il lui découvre les sentiments qu'il avait pour elle: la Bonté , qui était facile , et qui ne pouvait refuser ceux qui la priaient de bonne grâce , lui accorda volontiers ce qu'il souhaitait, et le reçut pour son mari. De leur alliance naquit l'Amitié , qui fut les délices et la joie de tout le monde : il est vrai que durant son premier âge elle ne fut pas si gentille ni si agréable que l'avait été l'Amour ; mais lorsqu'elle commença d'être un peu grande , elle parut si belle, qu'elle fut désirée et recherchée de tous ceux qui la virent.

5oi LA JJEAITÉ Li LA BONTÉ.

On tâchait de la mettre de toutes les parties que l'on faisait , et une compagnie ne semblait pas complète , ni en disposition de se bien divertir, si elle manquait à s'y rencontrer. Les philosophes mêmes ne faisaient pas difficulté de dire que sa présence diminuait toutes les afflictions et redoublait tous les plaisirs , et que la vie était ennuyeuse sans elle. Il est vrai qu'elle donnait sujet à toutes sortes de personnes de se louer de sa conduite, et qu'elle était aussi sage et aussi discrète que l'Amour était fou et emporté : aussi son père, qui le reconnut dans plusieurs rencontres , se plaignait souvent à elle des déplaisirs que son frère lui donnait, et lui en faisait confidence pour en recevoir des conseils et de la consolation.

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Notice sur Charles Perrault l

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