DE 1759 A
in 2010 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/memoirescorrespo01dide
NOTE DE L'ÉDiTEUR.
Dans les Mémoires qu'on va lire on retrouvera Diderot tout entier : son cœur droit , son sens vif et profond, son enthousiasme de jeune-homme,et ses illusions d'enfant. Aux gens qui ont vu dans sa sensibilité de la déclamation calculée, la tenue dramatique d'un homme qui posait pour son lecteur , il ne saurait être de meilleure réponse.que cette expression intime , que cet épanchement secret d'un cœur qui croyait n'avoir jamais d'autre confident que celle qui le possédait, ici , c'est la même verve que dans la Religieuse, dans Jacques Je Fataliste^ dans Ceci n'est pas un Conte; c'est le môme moiivement, la même animation, disons-le aussi, la même exagération sincère.
Les précédents éditeurs de Diderot avaient fort bien compris tout l'intérêt que ne pouvait manquer d'offrir ce recueil. « Nous regret- « tons, disait un d'eux (l), de n'avoir pas pu rassembler un plus grand « nombre de lettres ; nous aurions eu du plaisir surtout à publier « sa Correspondance avec mademoiselle Yoland. Si l'on en juge par « le peu qui en a été publié (2), c'était, non pas un recueil de fades « compliments, ou de galanteries, mais une suite de sujets variés et « intéressants, traités aveô toute la chaleur, ou avec tout le piquant « que Diderot savait répandre sur les écrits d'affection. Malheu-
(1) Notice de M. Depping à la lêle de l'édilion des OEio:res de Diderot, publiées chez Belin.
(2) Deux lellros seulement.
4 INOTE DE L EDITEUR.
« reusement.il n'en a été publié que des fragments. » Nous la donnons ici presque tout entière. Ce qui en a été retranché Ta été par Diderot lui-même,dans les mains duquel ces lettres revinrent , et qui eu détacha tout ce qui n'était qu'intime, tout ce qui ne pouvait être bien senti que par lui et par sa maîtresse. De là, quelques lettres , assez peu nombreuses sans doute, quelques parties de lettres3supprimées. Dans celles que conserva Diderot^et que nous publions aujourd'hui, on voit tigurer tour-à-lour tout ce que la dernière moitié du dix-huitième siècle compta de personnages célèbres et d'hommes d'esprit : Voltaire , Buffon , Helvétius , Galliani , Saint-Lambert , Morellet, Raynal, Thomas, Grimm , Naigeon, Chastelux , le docteur Gatti, Wilkes, Suard, d'Alembert, l'abbé Le Monnier; comme aussi madame Du Deffand , madame Geoffrin , madame Necker , madame Riccoboni , madame d'Épinay , mademoiselle de l'Espinassc. On y suit pas à pas la vie domestique de Diderot, les déboires que lui fit éprouver la publication de Y Encyclopédie, ses démêlés avec les éditeurs de ce grand ouvrage , son voyage à Pétersbourg , les bienfaits qu'il reçut de Catherine. On y voit également enregistrée une suite d'anecdotes de la ville et de la cour que Diderot raconte à son amie,comme il sait raconter, pour mettre à même de briller dans le monde où elle vivait, cette femme,qui,du reste.était évidemment d'une portée d'esprit peu commune. Rien de plus attachant que le laisser-aller de ces causeries,parfois sublimes, toujours naïves. Diderot l'a caractérisé d'un mot : il cause avec son amie comme ce voyageur à (pii son camarade disait : Voilà une belle prairie, et qui lui répondait au bout d'une lieue : Oui , elle est fort belle (1).
(1) Lellre XLViii.