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A DESSINER TOUS LES DÉTAILS DU RELIEF DES CORPS SOLIDES

Mémoire communiqué à la Société d’anthropologie le 7 décembre 1865 (1) fiVé7noires de la Société d'anth'opologie, t. III, pag<* 99 et suiv.).

Le crâniographe que j’ai fait construire en 1861 donne des dessins géométriques sur lesquels on peut étudier et mesurer les caractères crâniologiques les plus importants ; mais, quoiqu’il perfiiette à la rigueur de reproduire la courbe horizontale et la courbe transversale, il n’est réellement utile que pour dessiner la courbe de profil du crâne et de la face. D’ailleurs, il ne donne que les contours extrêmes des corps. Il m’a donc paru utile de le modifier de manière à pouvoir dessiner d’un trait continu, non-seulement les courbes extrêmes, mais encore tous les détails de la surface du crâne, et à obtenir des dessins aussi complets, plus complets même, comme on le verra, que ceux que donnent la photographie, le diagraphe, ou l’appareil à calquer de Lucæ.

J’ai désigné ce nouvel instrument sous le nom de stéréographe (de «jTepeoç, corps solide), parce qu’il permet de dessiner nonseulement le crâne, mais encore tout autre corps solide dont les dimensions n’excèdent pas beaucoup celles du crâne.

Le stéréographe ne dilTère du crâniographe de 1861 que par la disposition de la partie de l’instrument qui porte le nom

(1) Cet instrument a figuré à l'Exposition universelle, dans la vitrine du coustrueteur M. Mathieu, qui en a déjà fabriqué plusieurs pour divers laboratoires fraueais et étrangers.

SUU LE STÉRÉOGRAPHE.

à.' avant-bras^ par la suppression des fiches auriculaires et par une modification du procédé suivi pour l’orientation du crâne.

L’avant-bras du crâniographe (1) se compose d’une seule branche qui se meut entre le plan de l’écran et celui de la courbe crânienne que l’on veut reproduire. Il supporte la tige traçante^ qui reste toujours perpendiculaire au plan de l’écran, et dont l’extrémité interne, armée d’un crayon, affleure ce plan, tandis que sa partie externe, constituée par une mince aiguille d’acier trempé, parcourt successivement tous les points de la surface crânienne qui lui sont accessibles. On obtient ainsi un tracé comparable à une silhouette, en supposant toutefois que celle-ci soit produite par un foyer lumineux assez éloigné pour donner des rayons parallèles.

Les deux parties de la tige traçante, savoir : le crayon et l’aiguille, étant continues l’une à l’autre, et celle-ci devant être assez longue pour atteindre ou même dépasser le plan de la courbe crânienne que l’on dessine, il est impossible de promener Taiguille sur les points de la surface du crâne compris entre ce plan et celui de l’écran. Par exemple, dans les dessins de profil, on ne peut atteindre les contours de l’os temporal, et encore moins le trou auditif ; et comme il est cependant indispensable d’obtenir au centre de la figure la projection du point auriculaire, il a fallu recourir à l’emploi d’un petit appareil supplémentaire supportant une tige auriculaire^ qui est ensuite poussée vers l’écran. Tout autre point excentrique pourrait sans doute être reporté sur le dessin par des procédés analogues, mais cela exigerait des constructions assez longues, et il serait bien préférable de pouvoir dessiner d’un trait continu tous les détails de la surface du crâne.

J’ai atteint ce but en remplaçant l’avant-bras à une branche du crâniographe par un avant-bras à deux branches a et 6 (Voy. la planche à la fin du Mémoire, fig. 1). La branche interne a supporte le crayon qui affleure l’écran. La branche externe b supporte l’aiguille, ou plutôt la tringle qui remplace l’aiguille du crâniographe. L’intervalle compris entre ces deux branches doit être égal à leur longueur et supérieur au plus grand diamètre du

(1) Pour la description et la figure du crâniographe, voyez plus haut, page 46 et suiv.

MÉMOIRES d’anthropologie.

crâne. C’est entre elles, en effet, que se place le crâne, supporté par le crâniophore.

Le crayon est fixé dans un premier tube qui traverse la branche a ; et la tringle, qui est terminée en pointe mousse à sa partie interne, mais qui est exactement cylindrique dans le reste de sa longueur, se meut dans un second tube qui traverse la branche h. Ces deux tubes sont disposés de telle sorte que leurs axes se confondent en un seul, qui est parallèle aux axes des deux charnières c et rf, et qui, par conséquent, reste toujours perpendiculaire au plan de l’écran. La pointe de la tringle correspond exactement à l’axe des deux tubes, et il en résulte que, lorsqu’on promène la pointe de la tringle sur l’im des contours du crâne, ou sur l’une des lignes de sa surface, le crayon trace sur l’écran une figure qui est l’exacte projection de ce contour ou de cette ligne. Mais les parties que l’on veut dessiner n’étant pas toutes dans un même plan, et étant par conséquent inégalement distantes de la branche 6, la pointe de la tringle ne pourrait les atteindre si l’on ne pouvait la faire avancer ou reculer. La tringle est donc mobile dans le tube qu’elle traverse ; un anneau, qui est fixé par une vis sur son extrémité externe, et dans lequel on engage le pouce de la main droite, permet de la pousser ou de la retirer suivant les besoins, pendant que la main gauche, saisissant la poignée articulée qui termine la branche communique à l’avant-bras du stéréographe des mouvements en haut, en bas, en avant ou en arrière, qui portent successivement la tringle sur le niveau des parties à dessiner. En combinant les mouvements de totalité imprimés par la main gauche, avec le glissement horizontal communiqué à la tringle par la main droite, on parcourt successivement sur la surface du crâne (ou de tout autre corps mis à sa place) toutes les lignes que l’on veut dessiner, et qui sont en même temps tracées sur l’écran par le crayon.

On dessine ainsi avec la plus grande facilité les sutures, les crêtes temporales, les contours des orbites, des arcades zygomatiques, du trou auditif, des dents, etc. Mais lorsqu’on veut prendre les contours extrêmes du crâne, on s’aperçoit que la pointe de la tringle conique ne peut pas les atteindre ; cette tringle, en - effet, a 4 millimètres de diamètre, de sorte que sa pointe reste toujours placée à 2 millimètres au delà des corps sur lesquels s’ap-

SUR LE STÉRÉOGRAPHE.

puie sa partie cylindrique. Pour dessiner exactement les contours extrêmes du crâne, on est donc obligé d’employer, à la place de la tringle conique^ une autre tringle, la tringle eji couteau (fig. 2, A), dont la partie interne, au lieu d’être cylindroconique, présente une arête longitudinale située dans l’axe de la tringle, c’est-à-dire dans l’axe du crayon. Par exemple, pour dessiner le contour extrême du profil du crâne, on introduit dans le tube de la branche b la tringle en couteau, et on la pousse assez loin pour qu’elle dépasse de plusieurs centimètres le plan du profil. Alors on applique transversalement l’arête ou le tranchant du couteau sur le bord inférieur des dent incisives ou de l’arcade dentaire ; on suit de bas en haut, puis d’avant en arrière, et ainsi de suite, jusqu’au trou occipital, toute' la ligne du profil du crâne. Ici, on ii’abesoin ni d’allonger ni de raccourcir la tringle, mais il est nécessaire de lui imprimer avec la main droite un lent mouvement de rotation, afin que l’arête reste constamment en contact avec la surface du crâne. De la sorte, en passant d’une extrémité du crâne à l’autre, la tringle en couteau décrit sur son axe un mouvement de rotation d’un demicercle, et d’un cercle entier lorsqu’on fait tout le tour du crâne. Ce mouvement, au surplus, s’effectue avec la plus grande facilité, car il n’a pas besoin d’être continu et uniforme ; il suffit de veiller â ce que le tranchant du couteau soit toujours en contact avec la surface du crâne.

Cette courbe du contour extrême, obtenue au moyen de la tringle en couteau, est précisément celle que donnait l’ancien crâniographe ; mais elle est plus exacte, sinon dans sa forme, du moins dans ses dimensions. En présentant mon premier crâniographe à la Société, en 1861, j’avais fait remarquer que le diamètre des dessins l’emportait sur celui de l’objet dessiné, d’une quantité égale au diamètre de l’aiguille traçante (1). En effet, ce n’était pas l’axe de l’aiguille, mais sa surface qui suivait le contour du crâne, de sorte que le crayon, placé dans l’axe, se trouvait constamment situé au delà du contour, en le dépassant d’une quantité égale à la moitié du diamètre de l’aiguille. Il avait donc fallu, pour atténuer autant que possible cet inconvénient, réduire

(l) Bull, de la Soc, d’anthropologie, 1861 t. Il, p. 679-680. Voir aussi plus haut, dans ce volume, p. 69.

l’aiguille à un très-petit volume. Pour cela, j’avais d’abord employé des aiguilles de 1 millimètre de diamètre. Mais leur flexibilité rendait la manœuvre difficile, et j’avais fini par donner la préférence aux aiguilles de 2 millimètres, ce qui augmentait de 2 millimètres les dimensions des dessins. Sans exagérer les inconvénients de cette erreur, qui n’exerçait aucune influence sur les mesures angulaires, j’avais montré qu’elle devenait assez grave lorsque les parties dessinées étaient de petites dimensions, comme, par exemple, le trou occipital, l’épine nasale et le bord alvéolaire, et, quoique j’eusse donné le moyen de la corriger, il était clair cependant que c’était là une imperfection du crâniographe. Cette imperfection n’existe plus dans le stéréographe. La tringle traçante étant rendue indépendante, il est devenu facile delà faire tourner sur son axe et d’établir sur cet axe même une arête qui suit exactement le contour du crâne. Le crayon trace donc sur l’écran la projection rigoureuse de ce contour.

Pour dessiner avec le stéréographe un crâne ou tout autre corps solide placé entre les deux branches de l’avant-bras de l’instrument, on trace d’abord, avec la tringle en couteau, le contour extrême de ce corps : puis, substituant à cette tringle la tringle conique, on dessine d’un trait continu, jusque dans les moindres détails, les contours des sutures, les dépressions et les saillies, les os de la face, les dents, etc. ; et l’on obtient un dessin géométrique sur lequel sont représentées toutes les parties accessibles à l’œil, toutes celles que pourrait reproduire la photographie ou le crayon d’un artiste habile, — avec cette différence toutefois que les dessins du stéréographe, comme ceux du crâniographe, sont des figures géométroles ou de projection, où les rapports sont rigoureusement conservés, — tandis que les représentations artistiques sont perspectives^ c’està-dire représentent les objets, non tels qu’ils sont, mais tels qu’on les voit, avec des rapports et des proportions relatives qui varient suivant le point de vue et même suivant la distance. Les dessins du stéréographe sont absolument pareils à ceux que donne le diagraphe géométral, et aux calques que l’on obtient avec le diopter de Lucæ. Ils sont d’une exécution plus facile et plus rapide ; mais ce ne serait qu’un bénéfice de peu d’importance, si le mécanisme du stéréographe ne permet-

SUR LE STÉRÉOGRAPIIE.

tait d’ajouter, à la représentation des parties accessibles à l’œil, celle des parties masquées par les saillies osseuses ; avantage considérable, car cette indication, dont l’utilité a été comprise par beaucoup d’auteurs, n’a pu être réalisée jusqu’ici que par des moyens indirects et d’une application très-difficile.

Que l’on considère, par exemple, un dessin de profil du crâne. Le but que se propose surtout l’anthropologiste en étudiant ce dessin, est d’apprécier les rapports qu’affectent les diverses parties osseuses avec la courbe médiane du crâne. Mais il ne faut pas croire que cette courbe médiane constitue partout le contour extérieur de la figure ou de la silhouette de profil. Les parties qui limitent le profil du crâne sont situées les unes sur la ligne médiane, les autres sur les côtés. Ainsi, dans la portion qui correspond à la région des incisives, au nez, à la partie supérieure du front et au reste de la voûte du crâne jusqu’à la protubérance occipitale, la courbe du profil se confond avec la courbe médiane du crâne. Mais, à la base du front, les arcades sourcilières et, un peu plus haut, les bosses frontales font quelquefois sur les côtés plus de saillie que la partie médiane; de même, la saillie des bosses cérébelleuses déborde souvent celle de la petite crête médiane qui s’étend de la protubérance occipitale au bord postérieur du trou occipital. En bas, enfin, l’apophyse mastoïde, l’apophyse styloïde, lacrête vaginale se dessinent sur le profil, en masquant le trou occipital et l’apophyse basilaire, tandis que l’arcade alvéolo-dentaire et l’apophyse ptérygoïde cachent de la même manière la place de la voûte palatine. Pour re-, médier à cet inconvénient, et pour tirer tout le profit possible des dessins de profil, M. Lucæ a eu recours à la superposition de deux dessins de couleurs différentes, obtenus, à l’aide du diopter, l’un sur le crâne vu de profil, l’autre sur une coupe médiane du même crâne. Ce procédé lui a donné des résultats pleins d’intérêt. Mais, d’une part, il faut beaucoup de soin et d’habileté pour obtenir l’exacte superposition des dessins, car la plus minime inclinaison de l’une des courbes peut donner lieu à des erreurs graves ; et, d’une autre part, un procédé qui exige l’intervention de la scie ne peut évidemment recevoir qu’une application fort restreinte dans les musées, où la plupart des crânes doivent être conserves sans mutilation.

MÉMOIRES d’anthropologie.

La disposition du stéréographe permet d’obtenir rapidement, facilement, exactement, et sans le secours de la scie, la superposition du dessin de profil, et du dessin de la coupe médiane, ou de toute autre coupe parallèle au plan de l’écran. Il suffit pour cela de remplacer le cra^'on noir par un crayon de couleur, et de substituer aux tringles rectilignes, qui donnent le dessin d’ensemble, une troisième tringle dont l’extrémité interne est recourbée (fig. 2, G). La courbure de cette extrémité est assez forte pour que son bec puisse atteindre les points masqués par les saillies osseuses ; le bec revient se placer exactement sur le prolongement de l’axe de la tringle, de sorte que, dans les mouvements du stéréographe, le crayon dessine toujours sur l’écran la figure des parties sur lesquelles ce bec est promené.

Pour éviter le changement des crayons, j’ai fait placer sur chacune des deux branches de l’avant-bras de l’instrument deux tubes qui se répondent respectivement. Un petit bouton à vis fait avancer de 2à3 millimètres le crayon dont on va se servir (1), et l’on introduit la tringle convenable dans celui des deux tubes externes qui est situé sur l’axe de ce crayon. La tringle conique et la tringle en couteau s’introduisent directement; mais la tringle recourbée s’introduit de dedans en dehors, parce que sa partie recourbée ne pourrait pas passer dans le tube.

Lorsque la tringle courbe est en place, on applique son bec sur l’un des points de la ligne médiane, et l’on adapte à son extrémité externe l’anneau qui doit recevoir le pouce de la main droite. Cet anneau, commun d’ailleurs aux trois tringles, est coulant; on le fixe au ras du tube à l’aide d’une vis de pression ; dès lors, la distance comprise entre le bec de la tringle et la branche b ne variera plus, et le bec de la tringle ne pourra se mouvoir que dans un plan parallèle au plan de l’écran. Or, il est placé sur la ligne médiane du crâne, et celui-ci est disposé sur lecrâniophore dans une situation telle, que son plan médian est parallèle au

(1) Pour maintenir la pointe du crayon en contact avec l’écran, j’avais d’abord fait placer dans le porte-crayon un petit ressort à boudin ; mais il était difficile d’interrompre le contact lorsqu’on voulait passer d’un point à un autre. Ou était obligé de forcer l’instrument pour l’écarter de l’écran, et cela exposait à le fausser, l’n mouvement de glissement horizontal qui s’effectue dans l’axe de la charnière à pivot e, au niveau du coude du stéréographe, permet maintenant de pousser à volonté l’avant-bras vers l’écran, ou de le retirer, sans déranger le parallélisme. C’est donc par la pression de la main qu’on fait marquer le crayon.

SUll LE STERÊOGRAPllE.

plan de l’écran. Par conséquent, le bec de l’instrument, promené à la surface du crâne, restera toujours sur la ligne médiane, et le crayon dessinera exactement sur Pécrari le contour que l’on obtiendrait si Pon pratiquait sur le crâne un trait de scie médian et antéro-postérieur. Pour atteindre la base du crâne et la face inférieure de la voûte palatine, on dirige en haut le bec de la tringle, dont la concavité passe au-dessous de la bosse cérébelleuse, de l’apophyse mastoïde et de l’arcade dentaire ; on dirige, au contraire, le bec en bas et en arrière, pour dessiner la courbe médiane de la base du front, en évitant la saillie des arcades sourcilières et des bosses frontales. Il est inutile de dessiner de la même manière le reste de la voûte du crâne jusqu’à la protubérance occipitale, parce que, dans toute cette région, le contour extrême déjà obtenu avec la tringle en couteau se confond presque toujours avec le contour de la ligne médiane.

Je n’ai pas besoin de faire remarquer que le point basilaire, ou bord antérieur du trou occipital, fait partie de la courbe médiane inférieure dessinée à l’aide de la tringle recourbée. Le procédé particulier employé dans le crâniographe pour reporter, au moyen d’une graduation millimétrique, le point basilaire sur le dessin de profil, est donc devenu inutile.

Nous n’avons parlé jusqu’ici que des dessins de profil, mais on peut, tout aussi aisément, dessiner le crâne par devant ou par derrière ; il suffit pour cela de retourner le crâniophore. On commence toujours par dessiner le contour extrême avec la tringle en couteau, puis on représente les détails avec la tringle conique. Enfin, lorsqu’on veut y ajouter par superposition le dessin de la coupe transversale verticale qui passe par les deux conduits auditifs externes, on se sert de la tringle recourbée et du crayon de couleur. Si l’on voulait y ajouter encore la projection de toute autre coupe verticale, il suffirait de donner à la tringle recourbée une longueur telle, que son bec vînt correspondre au plan de cette coupe. Enfin, on pourrait représenter également la projection d’une coupe oblique, en figurant à l’avance celte coupe sur le crâne, soit avec un trait de crayon, soit avec un fil, dont le bec de la tringle suivrait ensuite le trajet.

Mais pour dessiner correctement la face antérieure ou la face postérieure du crâne, il est nécessaire de donner à la tête une

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bonne orientation, c’est-à-dire de maintenir la face inférieure dans le plan horizontal, en plaçant la courbe verticale biauriculaire dans un plan exactement parallèle à l’écran. Cela n’est point aussi facile qu’on peut le croire au premier abord, parce que beaucoup de crânes, comme on sait, ne sont pas exactement symétriques. L’orientation du crâne devient plus difficile encore lorsqu’on veut dessiner la face supérieure ou la face inférieure de la tête. Disons donc, maintenant, de quelle manière le crâne doit être fixé pour être représenté à l’aide du stéréograplie dans une attitude constante pour chacune de ses cinq faces, antérieure, postérieure, supérieure, inférieure et latérale.

Cette question est entièrement neuve. Je m’en suis occupé, il y a quelques années, à l’occasion du crâniographe ; mais, cet instrument étant destiné presque exclusivement à reproduire la courbe de profil, je m’étais borné alors à régler l’orientation de la face latérale du crâne. Quant aux autres auteurs qui, avant ou depuis cette époque, se sont occupés de crâniographie, ils ont gardé sur ce sujet le plus complet silence. M. Lucæ, en particulier, l’inventeur du procédé du dioptei\ ne s’est pas expliqué sur la position qu’il donne au crâne pour le dessiner. N’ayant rien trouvé sur ce point dans ceux de ses ouvrages qui sont venus à ma connaissance, j’ai demandé des explications à mon ami le professeur Vogt, qui se sert fréquemment du procédé de Lucæ. 11 m’a répondu que, pour calquer un crâne, il le plaçait simplement sur une table dans la position convenable. Par exemple, pour dessiner la face supérieure [norma verticalis^ de Blumenbach), on fait reposer le crâne sur sa face inférieure, en lui laissant prendre son équilibre à sa guise ; si l’on veut dessiner sa face latérale, on le couche sur le plat, en l’étayant de telle sorte que son plan de profil soit, ou du moins paraisse parallèle au plan de la table, et ainsi de suite (1). Pour des dessins pittoresques, destinés uniquement à reproduire l’aspect du crâne et à donner une idée de sa conformation aux personnes qui ne l’ont pas sous les yeux, cette approximation serait parfaitement suffisante. Mais les dessins géométriques ont une autre destination.

(1) Il est sans doute superflu de rappeler que les dessins fournis par le procédé de Lucæ sont «les calipics tracés à la plume sur une lame de verre horizontale, et que les objets à représenter sont placés au-dessous de cette lame pour ÔLre vus de haut eu has.

su H LE STÉHÉOGRAPHE.

qui est de se prêter à des mensurations et à des déterminations difficiles ou impossibles à obtenir sur le crâne même. Substituant, par la méthode des projections, la géométrie de plan à la géométrie de l’espace, ils permettent de constater avec précision les rapports des diverses parties situées dans des plans différents. C’est là le but de ces dessins, c’est là leur avantage, et, en conséquence, loin de fournir des données utiles, ils deviendraient, au contraire, tout à fait trompeurs, si les crânes dont on compare les dessins n’étaient pas représentés rigoureusement dans la même attitude. 11 est clair, par exemple, que, sur les dessins de profil, une déviation même légère suffit pour déplacer de plusieurs millimètres la projection du conduit auditif ou de toute autre partie éloignée de la ligne médiane.

Aussi tout le monde a-t-il compris la nécessité de donner aux crânes que l’on représente une direction constante. C’est un principe adopté aujourd’hui par tous les auteurs, à l’exception de M. ^^^elcker, que les vues du crâne doivent être représentées exactement de face ou exactement de profil ; si M. Welcker continue à préconiser les dessins de trois-quarts, déjà usités dans quelques cas par Blumenbach, c’est parce qu’il n’accepte pas les tracés géométriques, et il n’est pas douteux que, sous le point de vue du pittoresque, un trois-quarts plus ou moins fuyant peut montrer sur un même dessin la réunion de certains traits qu’on ne peut voir qu’à l’état d’isolement sur les dessins de face ou de profil. Mais M. Welcker se garde bien de se servir de ces figures pour pratiquer des mensurations ou déterminer des rapports ; car il sait que le trois-quarts ne saurait constituer une attitude fixe. Il n’y a qu’une seule face, qu’un seul profil, mais il y a une infinité de trois-quarts, depuis celui qui est presque de face jusqu’à celui qui est presque de profil. Les autres attitudes obliques, telles que les inclinaisons en avant ou sur le côté, que M. Welcker combine quelquefois avec le trois-quarts, sont plus variables encore. En présentant ces remarques, je n’ai pas l’intention de prendre parti contre M. Welcker dans sa discussion avec M. Lucæ sur la valeur relative des dessins perspectifs et des dessins géométriques. S’il fallait choisir entre ces deux systèmes de dessins, je n’hésiterais pas à dire que les dessins géométriques sont de beaucoup les plus utiles; mais ce

il’est pas ainsi que la question doit se poser, car les deux méthodes ne s’excluent pas, et ont chacune leur genre d utilité. Lorsqu'on veut joindre à une description une figure qui puisse pour ainsi dire parler à l’œil, et qui puisse permettre au lecteur de se représenter le mieux possible un objet absent, les dessins perspectifs, tels que les donne la photographie, doivent recevoir la préférence. Mais les dessins géométriques sont les seuls qui puissent se prêter à des études crâniologiques, et ils constituent un des meilleurs procédés d’investigation de la crâniologie scientifique.

J’ajoute maintenant que, sur la question des trois-quarts, M. Welcker est à peu près seul de son avis, et que, même pour les dessins perspectifs, on recommande généralement que le plan médian du crâne soit exactement parallèle ou exactement perpendiculaire au plan du dessin. Supposant le crâne inscrit dans une boîte rectangulaire, on est convenu de lui considérer six faces cardinales correspondant respectivement aux six parois de la boîte, qui sont parallèles deux à deux ; ou encore, on rapporte le crâne à trois plans cardinaux^ qui sont le plan horizontal, le plan vertical antéro-postérieur et le plan vertical transversal, perpendiculaire aux deux précédents. Les deux faces latérales, ou de profil, rapportées au plan antéro-postérieur, n’en font pour ainsi dire qu’une seule, puisque les deux moitiés du crâne sont à peu près symétriques. Les quatre autres faces du crâne se rapportent, deux à deux, aux deux autres plans cardinaux, la face antérieure et la face postérieure au plan transversal, la supérieure et l’inférieure au plan horizontal. Pour dessiner l’ime quelconque de ces faces, il faut que le plan cardinal auquel elle se rapporte soit placé transversalement et verticalement devant l’œil du dessinateur. C’est, je le répète, un principe aujourd’hui adopté ; mais on ne s’est pas préoccupé d’en assurer l’exacte application, et il en est résulté des erreurs que j’ai déjà eu l’occasion de signaler. J’ai montré, par exemple, dans mon Mémoire sur les Projections de la tête (1), que les graves confusions commises par des auteurs éminents, relativement à la situation du trou occipital, ont été la conséquence de l’orientation vicieuse de la face inférieure du crâne.

(U Voy. plus haut p. 89.

SUH LE STÉRÉÜüHAFllE.

Suivant que le dessinateur incline plus ou moins cette face dans un sens ou dans un autre, le trou occipital se trouve reporté de

10 à 15 pour 100 en avant ou en arrière.

Il est donc nécessaire d’adopter un procédé qui permette d’orienter rigoureusement le plan cardinal du dessin ; mais il ne suffit pas de remplir cette indication : l’orientation n’est complète que lorsque les deux autres plans cardinaux ’sont exactement parallèles ou perpendiculaires à l’horizon. Ainsi, pour les dessins de profil, le plan médian du crâne étant rendu antéro-postérieur et vertical, il faut encore que le plan horizontal de la tête soit rendu parallèle à l’horizon : sans cela, les dents pourraient être placées trop haut ou trop bas, la partie postérieure du crâne obliquerait en sens inverse, et la ligne faciale prendrait une direction vicieuse. Il faut donc chercher un procédé qui assure l’orientation de deux des plans cardinaux du crâne ; quant au troisième plan, il se trouve fixé par là même, puisqu’il est perpendiculaire aux deux premiers.

Mais il est clair qu’avant toutes choses il est nécessaire de déterminer sur le crâne même la direction des plans cardinaux.

11 n’y a jamais eu la moindre incertitude sur le plan médian, qui passe par plusieurs points parfaitement marqués à la surface du crâne. C’est sur le plan horizontal que portent les incertitudes. Pour les uns, le plan horizontal est celui de la table sur laquelle repose la face inférieure du crâne ; mais la présence ou l’absence des dents, leur longueur relative font déjà notablement varier le niveau du point d’appui antérieur. Quant au point d’appui postérieur, sans parler des apophyses styloïdes, qu’on pourrait à la rigueur casser, il est fourni tantôt par les apophyses mastoïdes, dont la longueur varie au moins comme 1 est à 3, tantôt par le bord postérieur du trou occipital, ou par les bosses cérébelleuses, ou enfin par l’inion ou protubérance occipitale externe. L’orientation du crâne sur la table dépendrait donc de conditions extrêmement variables, qui dépendent à leur tour de caractères anatomiques d’un ordre tout à fait secondaire. M. de Baer a proposé, dans le Congrès anthropologique de Gœttingue, en 1861, de prendre pour le plan horizontal du crâne celui qui passe par les deux arcades zygomatiques; mais, ainsi que l’a fait remarquer M. Vogt, « l’arcade zygomatique n’est jamais droite; ses

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bords, tant supérieur qu’inférieur, sont accidentés ; par conséquent, la direction de l’horizontale qu’on voudrait y faire passeï serait déterminée par le sentiment de 1 observateur bien plus que par des données réelles (1). » Le plan du trou occipital, proposé dans le même congrès, est un des éléments les plus variables du crâne. Celui qui passe par les deux conduits auditifs et l’épine nasale, et dans lequel est compris le côté inférieur de l’angle facial de Camper, ou du triangle facial de Cuvier, est certainement moins défectueux ; mais M. Vogt, qui 1 a adopté faute de mieux, reconnaît pourtant qu il ne correspond pas a la position normale de la tête, et qu’il relève un peu le visage; il aurait pu ajouter qu’il le relève inégalement, suivant i^s individus et suivant les races, car la hauteur des trous auditils au-dessus du plan des condyles occipitaux est très-variable.

Pour ma part, une expérience de plusieurs années m a de plus en plus convaincu que le véritable plan horizontal de la tête est celui que j’ai indiqué, en 1862, dans mon Mémoire les projections de la tête (2). Ce plan, déterminé parle point médian de l’arcade alvéolaire et par la face inférieure des deux condyles de l’occipital, est parallèle à celui qui passe par les axes des deux orbites ; j’en ai donné devant vous, sur des crânes pris au hasard, la preuve expérimentale. Il est par conséquent horizontal lorsque l’homme debout regarde droit devant lui. C’est sur cette notion que reposent les procédés que j’emploie pour l’orientation du

crâne, et que je vais maintenant exposer .

,1e parlerai d’abord de l’orientation pour les dessins de profil, il s’agit de disposer le crâne au devant de l’écran du stéréographe,°de telle sorte que le plan médian lui soit exactement parallèle, et que les deux autres plans cardinaux du crâne lui soient perpendiculaires. Pour cela, on fixe d abord le crâne sur le crâniophore^ dont j’ai donné la description et la figure dans mon Mémoire sur le cràniogropheijê,), et qu’il serait superflu de décrire ici de nouveau. Je me bornerai cà rappeler que cet instrument (voy. la planche, p. 144 fig.3) se compose d’une base carrée et d’un support vertical qui pénètre à travers le trou occipital jus-

[\) Levons mi Vhomnw, tra<l. fram;. l’aiis. 186b, iii-8", il-lî.

'uy. |iliis haut p.82 et >uiv.

"i) Voy. plus haut p. bO tl mih.

SUR LE STEREOGRAl'llE,

qu’à la voûte crânienne, et sur lequel le crâne peut être lixé dans uneattitude quelconque parla pression excentriqued’unelanguetle de fer c/. Le support a la forme d’un cylindre droit, à base elliptique, et le plan médian qui passe par son grand diamètre, divise la base carrée du crâniophore en deux rectangles parfaitement égaux. Cette base, formée d’une pièce en bois de chêne de 2 centimètres d’épaisseur, s’applique sur la table du stéréograplie (voy. fig. 1); elle est reçue, à frottement doux, dans une cavité de même forme, creusée dans le bois de la table, et disposée de telle sorte que deux de ses bords sont parallèles au plan de l’écran, les deux autres lui étant perpendiculaires. Il résulte de cette disposition que, lorsque le crâniophore est en place, le plan médian qui passe par son grand diamètre peut être parallèle ou perpendiculaire au plan de l’écran, mais ne peut prendre aucune autre direction. Par conséquent, si nous plaçons le crâne sur le support de manière à faire coïncider son plan médian avec le plan médian du crâniophore, la première condition de l’orientation sera remplie, c’est-à-dire que le plan cardinal auquel se rapporte le dessin sera exactement parallèle au plan de l’écran.

Pour atteindre ce but, j’ai eu recours, dans la construction de mon premier crâniographe, à l’emploi de deux tiges de fer dites implantées sur la table de l’instrument, et supportant les deux fiches auriculaires qui, situées vis-à-vis l’une de l’autre, et haussées au même niveau de manière à pénétrer dans les deux conduits auditifs externes, se confondent avec l’axe biauriculaire du crâne. Cet axe se trouve ainsi perpendiculaire au plan de l’écran, et il en résulte que le plan médian du crâne, perpendiculaire à l’axe biauriculaire, est rendu parallèle au plan de l’écran. Ces deux tiges auriculaires ont l’inconvénient de gêner beaucoup le mouvement lorsqu’on veut dessiner une autre courbe que celle du profil ; on peut y remédier en les rendant amovibles, mais cela exigerait une complication instrumentale assez grande et inutile, parce que la seule courbe crâniographique qui soit vraiment importante est la courbe de profil. Il n’en est plus de même des dessins stéréographiques: quoique la vue latérale soit toujours la plus instructive, les autres ont aussi une grande utilité. J’ai donc cherché à substituer un autre mécanisme à celui des tiges auriculaires. J’ai d’ailleurs reconnu que l’une des oreilles était

lü'i MÉMOIRES u’aNTUHOFOLüGIE.

souvent située un peu plus haut et plus en avant que l’autre. Si tous les crânes étaient bien symétriques, toute ligne joignant deux points homologues serait exactement perpendiculaire au plan médian de la tête, mais j’ai déjà dit que la symétrie est souvent imparfaite. Au lieu donc d’orienter le crâne par un moyen indirect, à l’aide de lignes qui ne sont pas invariables, il m’a paru préférable de lui faire prendre purement et simplement, par un moyen direct, son attitude naturelle.

Si le plan médian de la tête est vertical, chez l’homme assis ou debout, c’est parce que les deux condyles de l’occipital sont sur le même niveau. 11 suffirait que l’un d’eux fût abaissé d’un seul millimètre pour que la tête fût notablement inclinée vers le côté correspondant : mais, toutes les fois que le plan tangent à la face inférieure des condyles est horizontal, le plan médian de la tète, qui lui est perpendiculaire, est vertical. Or, il est facile de fixer le crâne sur le crâniophore dans une direction telle, que les deux condyles soient à la même hauteur. 11 suffit de faire remonter le long du support du crâniophore un petit plateau horizontal qui va à la rencontre des condyles, et sur lequel on établit leur niveau. J’emploie pour cela un petit instrument en bois que je nomme la libelle (de libella.^ niveau), et qui sert en môme temps à placer le point alvéolaire sur le niveau des condyles (voy. fig. o). La libelle est plus difficile à décrire qu’à fabriquer. Il n’y a pas de menuisier qui ne puisse, avec un modèle sous les yeux, la construire en une heure. C’est une sorte d’équerre très-épaisse. Elle se compose d’une branche verticale «, haute de 8 centimètres, épaisse de 2, large de 4. Cette largeur de 4 centimètres est suffisante pour que les deux condyles, môme dans les cas où ils sont le plus écartés, puissent reposer l’un et l’autre, en c et c, sur le bord supérieur de la libelle. La face postérieure de la branche verticale est creusée dans toute sa longueur d’une gouttière demi-cylindrique â, capable de s’adapter exactement sur le bord antérieur du support du crâniophore ; et comme ce supporta la forme d’un cylindre elliptique, dont le plan médian, correspondant au grand axe de l’ellipse, est antéro-postérieur, la libelle, appliquée avec la main sur le bord antérieur du support, peut bien monter ou descendre, mais ne peut dévier ni à droite ni à gauche. 11 en résulte que le fond de la gouttière est toujours vertical, et toujours

SUR LE STÉRÉOGRAPFIE.

situé dans le plan médian du crâniophore. Il en résulte encore que le bord supérieur delà libelle est toujours horizontal, et que, lorsqu’on l’amène au contact des deux condyles, ceux-ci sont rigoureusement placés surlemême niveau : qu’en d’autres termes, le plan médian du crâne est vertical. Il ne s’agit plus que de placer le point alvéolaire sur le niveau de la face inférieure des condyles, c’est-h-dire du bord supérieur de la libelle. A cet effet on a fixé, sur ce bord supérieur, une pièce de bois horizontale d, qui complète la libelle, et lui donne la forme d’une grosse équerre. La branche horizontale doit passer au-dessous de l’os basilaire et de la voûte palatine pour venir affleurer le point alvéolaire. Si elle était assez longue pour dépasser ce point, elle serait arrêtée par les dents incisives ; il faut donc qu’elle soit plus courte que le minimum de la distance comprise entre le point alvéolaire et le trou occipital, distance qui, chez les divers sujets, peut varier de plus de 3 centimètres. D’un autre côté, si la branche horizontale était réduite à ce minimum de longueur, elle resterait, chez la plupart des sujets, très- éloignée du point alvéolaire, qu’elle doit cependant attei[idre. Il en résulte que sa longueur doit pouvoir être augmentée ou diminuée à volonté. A cet effet, j’ai fait faire sur le milieu de sa face supérieure une rainure, où glisse une étroite rallonge e qui permet d’en doubler la longueur. La partie fixe, étant longue seulement de 65 millimètres, ne peut jamais atteindre le point alvéolaire, mais elle arrive toujours jusqu’audessous de la voûte palatine ; et il est facile alors de pousser la rallonge jusqu’au contact du point alvéolaire. Lorsque ce contact est établi, les condyles occipitaux reposant toujours sur le plan supérieur de la libelle, le crâne est orienté.

En effet :

1“ Les deux condyles sont sur le même niveau ; donc le plan médian de la tête est vertical.

2" Le milieu du bord antérieur du trou occipital et le point alvéolaire, qui sont deuxpoints médians du crâne, sont situés dans le plan médian de la libelle, qui n’est autre que celui du crâniophore; donc le plan médian du crâne se confond avec le plan du crâniophore.

3“ Enfin, le point alvéolaire et la face inférieure des deux condyles occipitaux sont dans le plan de la face supérieure de la li-

M itM 0 1 R FS D’ A N T II R 0 PO LO(î 1 F .

belle, qui est horizontale ; donc, la tête elle-même est horizontale.

Le crâne étant ainsi complètement orienté, il ne s’agit plus que de tourner la vis du crâniophore pour le fixer dans cette position et rendre l’orientation définitive.

Cela posé, pour dessiner la face latérale ou profil du crâne, on place la base carrée du crâniophore dans la mortaise carrée de la table du stéréographe , de telle sorte que le plan médian du crâniophore, qui est le plan médian du crâne, soit parallèle à l’écran.

Lorsqu’on veut dessiner ensuite la face antérieure du crâne, on place la base du crâniophore dans la même mortaise, en tournant en dehors le côté de cette base qui correspond â la région faciale. Le crâniophore se trouve ainsi retourné d’un quart de cercle. Son plan médian est devenu perpendiculaire au plan de l’écran, et l’orientation des trois plans cardinaux du crâne est toujours parfaite.

Enfin, pour dessiner la face postérieure, on tourne en dehors l’autre côté delà base du crâniophore.

Lorsqu’on se propose de dessiner la face supérieure ou la face inférieure du crâne, ce procédé d’orientation n’est plus applicable. C’est ici, cependant, que l’emploi d’un moyen rigoureux est le plus nécessaire, car la moindre déviation du plan horizontal de la tête peut faire rentrer la région faciale au-dessus de la région du crâne, ou la faire saillir en avant, et donner une apparence de prognathisme à un crâne orthognathe, ou réciproquement. Après divers essais qu’il serait inutile de raconter ici, je me suis arrêté au procédé suivant :

Le crâne est suspendu au devant de l’écran à l’aide d’un appareil que je désignerai sous le nom de sitspcnseur. Le suspenseur (V.la planche fig. 4) se compose d’une tablette horizontale en bois dur «, de laquelle s’élèvent deux poteaux verticaux i, ô, également en bois, hauts de 18 centimètres et séparés par une distance de 16 centimètres et demi, qui permet de placer entre eux, suivant sa largeur, le crâne le plus large. Ces poteaux ont une épaisseur de 4 à t) centimètres. Chacun d’eux, vers sa partie supérieure, est creusé, d’outre en outre, d’un trou bien cylindrique de 6 millimètres au moins de diamètre, dans lequel glisse à frottement une baguette en fer cc, dite fiche auriculaire. Les deux trous, placés

sim LE STÉRÉOGRAPME. IRfi

vis-à-vis l’un de l’autre, se correspondent exactement; leurs deux axes se confondent en un seul, de sorte que, lorsqu’on pousse les fiches auriculaires l’une vers l’autre, leurs extrémités, terminées en pointe émoussée, arrivent au contact. En outre, l’axe commun des deux trous, ou des deux fiches auriculaires, est horizontal, et situé dans le plan vertical qui divise en deux parties égales la base du suspenseur. La tête étant placée entre les deux supports, la mâchoire tournée en bas, les deux fiches auriculaires sont poussées dans les deux conduits auditifs, et forment un pivot autour duquel le crâne peut tourner librement. Comme ce pivot est situé bien plus près de la base du crâne que de sa voûte, le poids des parties tend à faire descendre le vertex, et si le crâne était abandonné à lui-même, il tournerait sa face inférieure en haut. Pour la maintenir verticale, il faut exercer une pression assez forte sur l’arcade alvéolo-dentaire, ou lui opposer un obstacle. Une mince lame de fer placée de champ et insérée sur la base du suspenseur, mais pouvant avancer ou reculer suivant les besoins, est poussée vers cette arcade, empêche le mouvement de bascule, et le crâne se trouve ainsi parfaitement fixé. Mais il s agit d’arrêter la bascule au moment où le plan horizontal du crâne est devenu exactement vertical. On y parvient à l’aide d’un fil à plomb, et d’un morceau de bois large de 4 centimètres, qu on applique sur la face inférieure des condyles de l’occipital. Du milieu de ce morceau de bois, on fait descendre le grain de plomb jusqu au niveau du point alvéolaire. Lorsque celui-ci affleure exactement le plomb, on pousse la lame de fer jusqu’au contact de 1 arcade alvéolo-dentaire, on la fixe, et le crâne se trouve à la fois fixé et orienté.

Il est orienté, car 1'’ le plan condylo-alvéolaire est vertical, donc la face inférieure de la tête est verticale ;

2" 1 axe biaiiriculaire du crâne est horizontal, donc le plan médian du crâne, qui lui est perpendiculaire, est vertical.

On n’a pas oublié que l’axe biaiiriculaire est situé dans le plan vertical qui divise la base du suspenseur en deux parties égales. Or, cette base orthogonale et parfaitement symétrique est limitée par deux bords parallèles, qui sont en outre parallèles à l’axe biauriculaire, c est-à-dire perpendiculaires au plan médian du crâne. Pour que le crâne, déjà orienté par rapport à l’appareil qui

le supporte, soit orienté en outre par rapport à l’écran, il suffira que le suspenseur lui-même soit orienté par rapport à 1 écran, c’est*à-dire que les bords de sa base soient parallèles aux bords de la table du stéréographe. Pour cela, on a adapté, au-dessous de la base du suspenseur, une tablette carrée qui fait une saillie de 1 centimètre, et dont le côté est égal à celui de la mortaise carrée creusée dans l’épaisseur de la table du stéréographe. Lorsque la base du suspenseur est introduite dans cette mortaise, ses deux côtés sont parallèles à l’écran, ainsi que l axe biauriculaire j par conséquent le plan médian du crâne est perpendiculaire à l’écran, et son plan horizontal, devenu vertical, est parallèle à l’écran. En d’autres termes, le crâne est orienté.

Pour dessiner la face supérieure [norma verticalis de Blumenbach), on tourne vers l’écran le côté du suspenseur qui correspond à la base du crâne. Pour dessiner la face inférieure, on retourne le suspenseur en sens inverse.

11 y a, dans l’appareil instrumental que je viens de décrire, deux parties bien distinctes. L’une, qui est accessoire, est constituée par le crâniophore, la libelle, le suspenseur, le fil à plomb, instruments simples et peu coûteux, que tout menuisier peut construire, et qui sont destinés à obtenir 1 orientation du crâne. Ceux qui n’adoptent pas ma manière de voir sur la détermination du plan horizontal de la tête pourront aisément modifier ces instruments accessoires pour orienter le crâne d une autre manière.

Quant à l’appareil fondamental, qui est le stéréographe proprement dit, ses applications ne sont plus limitées, comme celles du crâniographe, à la représentation du crâne humain. Son utilité est plus générale. La suppression des tiges auriculaires permet de disposer sur la table du stéréographe tous les corps dont la longueur et la largeur n’excèdent pas les dimensions de l’écran, et dont l’épaisseur n’excède pas la distance comprise entre les deux branches de l’avant-bras. Rien ne serait facile, au surplus, comme de donner plus d’étendue à l’écran, plus de longueur et d’écartement aux branches, et de dessiner des corps bien plus volumineux, comme la tête d’un grand mammifère, ou un buste humain de grandeur naturelle. .T’ai lieu de croire, par conséquent, que le stéréographe ne sera

SUR LE STÉRÉOGRAUHE.

pas Utile seulement aux anthropologistes et qu’il pourra rendre d’autres services dans les sciences, les arts et l’industrie.

Il y a une circonstance qui restreint quelque peu les applications du stéréographe ; composé de pièces qui se déploient dans trois directions dilTérentes, il occupe beaucoup de place, et n’est guère qu’un instrument de laboratoire. Il ne peut se loger dans une malle, et on est obligé, pour le transporter, de l’emballer dans une caisse spéciale, fort embarrassante pour le touriste. Il partage cet inconvénient avec le crâniographe, et, sous ce rapport, l’appareil de Lucæ est bien plus commode. J’ai essayé de faire face à cette difficulté en rendant les pièces séparables ; et j’ai fait construire un crâniographe qui, une fois démonté en trois pièces, pouvait se mettre à plat dans le fond d’une malle. Mais les mortaises d’union jouaient toujours, et, chaque fois que je remontais l’instrument, je trouvais qu’il était faux. On conçoit, en effet, que la moindre déviation doive fausser un appareil qui perd toute sa précision lorsque les pièces qui le composent ne sont plus rigoureusement orthogonales. Il ne serait certainement pas impossible de trouver un mécanisme qui permît de démonter et de remonter toutes les pièces sans compromettre la solidité et l’exactitude de l’appareil ; mais ce mécanisme serait compliqué : il faudrait en outre substituer le métal au bois, et la construction serait beaucoup trop coûteuse.

A vrai dire, la seule partie essentielle du stéréographe est l’armature métallique composée de l’avant-bras aô, et du bras cd, y compris la potence d, sous laquelle s’articule le bras (fig. 1) ; et si l’on n’avait pas besoin d’orienter géométriquement les objets à dessiner, on pourrait se borner à emporter cette armature avec soi. Il faudrait ensuite, pour s’en servir, l’adapter sur une large planche, ou sur une porte, à laquelle la potence d serait fixée perpendiculairement, et qui servirait en outre d’écran. Les artistes pourraient, d’ailleurs, se contenter de cette armature isolée, qu’ils fixeraient à demeure sur l’une des murailles de leur atelier.

Il n’en est pas moins vrai qu’il serait désirable de pouvoir transporter aisément le stéréographe sans s’exposer à le fausser. C’est un desideratum que je suis le premier à signaler, et, n’ayant pu jusqu’ici résoudre la difficulté, j’ai été conduit

MRMOIHES D’aNTIIHOPOLOOIK.

à essayer d’autres procédés graphiques qui pourront peut-être trouver plus tard leur application, et dont je demande la permission de dire, en terminant, quelques mots.

Il y avait une seconde circonstance qui me faisait désirer un instrument graphique disposé autrement que le stéréographe, A l’exception des croquis à la main qui peuvent être faits à distance, tous les autres procédés de reproduction, la photographie elle-même, exigent que les objets soient confiés à l’opérateur. C’est une difficulté qui peut devenir grande, lorsqu’il s’agit d’un objet piécieux ou fragile enfermé dans les vitrines d’un musée. Si le diopter de Lucæ pouvait rouler sur une glace verticale, si l’encre grasse pouvait couler dans une plume horizontale, la difficulté disparaîtrait; mais il est clair que cet appareil ne peut s’appliquer que sur un plan horizontal.

On sait que le diopter se compose de deux points de mire mis en ligne droite avec le bec de la plume ; la charpente de l’instrument, les trois pieds à roulette qui le soutiennent, sont disposés de manière a maintenir l’axe de vision toujours parallèle à luimême, et toujours perpendiculaire à la vitre au-dessous de laquelle l’objet est placé ; mais cet appareil roulant n’est en équilibre que sur une vitre horizontale. Pour redresser la vitre, il faut trouver le moyen de maintenir d’une autre manière le parallélisme et la perpendicularité de l’axe de vision. On y parviendrait aisément en faisant subir au stéréographe une modification très-légère- Supposons l’écran remplacé par une vitre ; le crâne, au lieu d’être introduit entre les deux branches et de l’avantbras, serait placé derrière la vitre et les deux points de mire seraient disposés dans l’axe des deux tubes horizontaux (1) à la place de la tringle de la branche 6, et du porte-crayon de la branche a. Enfin, il faudrait ajouter à la branche a un petit mécanisme conduisant au contact de la vitre, dans l’axe de vision, le bec d’une plume oblique. Tout cela est facile; mais il s’agit de faire marquer la plume sur le verre, et c’est ce que je n’ai pu obtenir jusqu’ici. S’il y a, en effet, telle direction de la

(I) l,e point (le mire de la branche /> serait constitué par un trou d'épingle percé dans l'axe (lu tube a, et sur lequel on appli(]uerait l’œil; celui de la branche a serait formé par (leux fils entre-croisés dans l’axe du tube è. C’est une disposition tout à fait semblable à celle (lu diopter.

su K I,R STÉRÉOGRAPUR.

branche a qui incline en bas le bec de la plume et permette à l’encre d’y couler, cette inclinaison fera place à une inclinaison inverse lorsque la branche sera dirigée dans un autre sens.

N’espérant plus obtenir par ce procédé le calque direct de l’objet, puisque les crayons qu’on pourrait substituer à la plume ne marqueraient pas sur le verre, j’ai cherché un moyen de transporter sur un écran opaque, placé au delà de la lame de verre, le dessin virtuel que décrit sur cette lame l’axe de vision déterminé par les deux points de mire. Cette idée m’a été suggérée par un essai ingénieux de mon collègue et ami M. Morpain. Ce n’était pas avec des points de mire, mais avec une tringle conique horizontale mise en mouvement par le doigt, que M. Morpain suivait les contours du crâne; celui-ci, disposé sur le crâniophore, était placé à côté de l’écran, et sur un plan postérieur. Un pantographe vertical isocèle, articulé sur le bord de l’écran, envoyait une de ses branches au-devant du crâne, tandis que l’autre se mouvait au-devant de l’écran, qu’elle affleurait. La branche crânienne supportait à son extrémité la tringle exploratrice ; l’autre branche supportait à son extrémité le crayon perpendiculaire à l’écran. On sait que les branches du pantographe isocèle décrivent, dans leurs mouvements associés, des figures de même dimension, égales et renversées. M. Morpain obtenait donc sur l’écran le dessin retourné du crâne, dont sa tringle exploratrice parcourait les contours.

Cet instrument est moins simple et bien plus difficile à manier que le stéréographe; mais, le dessin se faisant sur le côté, et non en face de l’objet, on peut évidemment remplacer la tringle exploratrice par un tube à points de mire. Toutefois, le maniement du pantographe vertical exige que l’action des deux mains soit surveillée continuellement parles yeux, ce qui n’est pas possible avec la nécessité de fermer un œil pour viser avec l’autre à travei’s les points de mire. Il est d’ailleurs assez difficile, j’en ai fait l’expérience avec l’instrument de M. Morpain, de suivre sur l’écran les progrès d’un dessin renversé. J’ai donc cherché à obtenir, par un autre mécanisme, des dessins latéraux et droits.

J’y suis parvenu de la manière suivante : Supposons qu’une

MÉMOIRES D’anthropologie.

règle horizontale se meuve au-devant d’un écran vertical en l’affleurant toujours, et en restant’ toujours horizontale ; qu elle puisse monter ou descendre, avancer ou reculer, mais sans jamais perdre son parallélisme, et sans jamais s’écarter de l’écran. Chaque point de cette règle, pouvant se mouvoir en tous sens dans le plan de l’écran, pourra parcourir tous les contours d’une figure quelconque. En même temps que lui, tous les autres points de la règle placés sur le même niveau dessineront une figure identique égale, et dirigée dans le même sens. Cette proposition de géométrie est trop simple pour avoir besoin de démonstration.

Maintenant prenons une lame de verre égale à l’écran, et plaçons-la sur le prolongement de l’écran. Puis, amenons l’une des extrémités de la règle vers le milieu de l’écran ; l’autre extrémité s’arrêtera donc vers le milieu de la vitre. Enfin, adaptons une trèscourte pointe de crayon sur la première extrémité, et une pointe métallique d’égale longueur sur l’autre extrémité. Toutes les figures que nous tracerons sur la vitre avec la pointe métallique seront dessinées sur l’écran par le crayon, et, par exemple, si nous appliquons un dessin quelconque derrière la vitre, il nous suffira de le calquer avec la pointe pour en reproduire exactement l’esquisse sur l’écran. Ce procédé pourrait déjà être utilisé pour calquer des dessins sous verre. Mais ce n’est point là notre but.

Au lieu d’un dessin tout fait, plaçons derrière la vitre, et à une distance quelconque, un crâne ou tout autre corps solide que nous nous proposons de dessiner, et, comme la pointe métallique ne pourrait plus nous servir, substituons-lui un tube muni de deux points de mire semblables à ceux du diopter. Ce tube, perpendiculaire au plan de la vitre, doit avoir 20 centimètres de longueur, afin que le second point de mire, constitué par des fils entre-croisés, soit placé au delà de la limite inférieure de la vision distincte, et continue à être visible lorsque l’œil se fixera sur des objets placés derrière la vitre. On l’adapte à angle droit sur l’extrémité de la règle, sur celle qui correspond à la vitre, bien entendu, et, appliquant l’œil sur le trou d’épingle qui constitue le point de mire oculaire, on vise successivement tous les contours de l’objet. L’axe de vision, restant toujours perpendiculaire à la vitre, décrit sur celle-ci un dessin virtuel qui est l’exacte projec-

SUK LE SÏÉHÉOGRAPHE.

tion de l’objet visé, et qui est reproduit sur l’écran par le crayon placé à l’autre extrémité de la règle. Ce dessin est de grandeur naturelle, quelle que soit la distance à laquelle l’objet se trouve placé. Mais il est clair que, si la distance dépassait 1 ou 2 mètres, il faudrait allonger le tube qui porte les points de mire : sans cela les fils cesseraient d’être bien distincts lorsqu’on viserait l’objet.

Le tube sert de poignée pour manier la règle. Si les mouvements devaient être faits à mainlevée, ils manqueraient de précision ; mais la vitre, sur laquelle on appuie la règle, fournit un point d’appui qui rend la manœuvre plus facile.

Il s’agit maintenant d’assujettir la règle à l’aide d’un mécanisme qui, sans l’empêcher de se mouvoir librement dans le plan de l’écran^ la maintienne toujours horizontale, et parallèle à ce plan. On peut y parvenir de plusieurs manières. J’ai présenté à la Société, et déposé dans son laboratoire, deux appareils fort simples qui remplissent tous deux cette condition.

Le premier se compose de deux parallélogrammes articulés sur le plat et superposés. Le parallélogramme supérieur se fixe, par son bord supérieur, à 15 centimètres au-dessus de l’écran. Son bord inférieur affleure l’écran, sur lequel il se meut en restant toujours horizontal; mais chacun de ses points ne peut se mouvoir que sur un arc de cercle. Ce même bord constitue le bord supérieur du second parallélogramme, qui descend de la même manière en affleurant le plan de l’écran. C’est le bord inférieur du i second parallélogramme, qui supporte la règle. Celle-ci, restant I toujours parallèle aux deux bases du premier parallélogramme, i est par là même toujours horizontale et parallèle au plan de l’écran ; mais, tandis que la base supérieure ne peut exécuter que 1 des mouvements restreints, la base inférieure et la règle qu’elle ' supporte peuvent, grâce au jeu de deux articulations superposées, . se promener à volonté sur tous les points de l’écran. La règle doit ■ naturellement être plus longue que le parallélogramme, afin qu’une de ses extrémités restant au-devant de l’écran, l’autre puisse arriver au-devant de la vitre.

Le modèle déposé dans le laboratoire de la Société est construit en bois ; j’en possède un que j’ai fait construire en cuivre, et qui n’a aucun avantage sur l’autre.

J’ai obtenu le même résultat à l’aide d’un autre mécanisme qui

MÉMOIKES D’aNTUROFOLOGIE.

pourra paraître plus simple, et qui est tout aussi précis, mais qui est moins commode pour la main. 11 se compose d’un seul parallélogramme articulé sur le plat, et dont la base, au lieu d’être fixe, glisse dans une coulisse horizontale fixée sur le bord inférieur de l’écran. Les deux bases du parallélogramme sont courtes (12 centimètres); ses deux autres côtés ont, au contraire, une longueur supérieure d’un tiers au moins à la hauteur de l’écran, de sorte qu’elles sont toujours très-obliques, lorsque la base supérieure, qui supporte la règle, est placée au-devant de l’écran. La règle, fixée sur la base supérieure d’un parallélogramme dont la base inferieure est horizontale, reste toujours parallèle à l’horizon^t à l’écran. Si la base inférieure était fixe, chaque point de l’autre base (ou de la règle) ne pourrait se mouvoir que sur un arc de cercle, dont le centre serait placé sur le point homologue de la base inférieure. Mais, celle-ci pouvantglisser dans la rainure, le centre des arcs de cercle avance ou recule à la moindre pression, et chaque point de la base supérieure peut ainsi être amené à volonté sur tous les points de l’écran. Lorsqu’on dessine des objets situés au niveau de la moitié inférieure de l’écran, les mouvements que la main communique à l’extrémité de la règle se font très-facilement, parce qu’ils sont transmis à la base qui glisse dans la rainure par les branches latérales du parallélogramme, lesquelles sont très-obliques. Mais lorsqu’on veut atteindre des points plus élevés, l’obliquité des branches latérales diminue, et il y a une perte de force qui gêne beaucoup le maniement de l’instrument. Cet inconvénient n’existe pas dans le système du double parallélogramme, qui me paraît bien préférable.

L’appareil à points de mire que je viens de décrire peut dessiner des objets placés à deux mètres de distance, et plus, même lorsqu’ils sont enfermés dans une vitrine. Comme toutes les pièces qui le composent sont dans un même plan, à l’exception du tube à points de mire, qui peut être aisément dévissé, il est très-facile à transporter. 11 réunit donc les deux avantages qui manquent au sléréographe. Mais il ne dessine que les parties directement accessibles à l’œil, tandis que le stéréographe, comme on l’a vu, dessine en outre les parties rentrantes que l’on peut atteindre avec la tringle recourbée ; et au point de Mie cràniographique, qui nous préoccupe particulièrement, cette circonstance consti-

SUR LE STEREOGKAPIIE.

tue un avantage décisif en faveur du stéréographe. Le stéréographe a une autre supériorité qui ne doit pas être dédaignée : c’est qu’il est beaucoup plus facile à manier. Il n’est personne qui ne puisse, du premier coup, obtenir avec cet appareil des dessins trèscorrects et très-purs. Le maniement de l’appareil à points de mire exige, au contraire, une certaine éducation, et est comparable, sous ce rapport, à celui du diagraphe. Quoique la main qui manie le tube à poinis de mire trouve un point d’appui sur la vitre verticale, il faut beaucoup d’attention et d’habitude pour éviter les écarts. Les premiers essais que j’ai faits ne m’ont donné que des lignes incertaines et tremblées, c’est seulement après plusieurs séances que j’ai enfin obtenu des dessins présentables, et toujours moins purs que ceux du stéréographe. Je suis convaincu

que, si j avais persévéré plus longtemps, je serais parvenu à donner à ma main plus de précision et à rendre mes dessins parfaitement purs, et j ai lieu de croire que les personnes qui s’occu- }>ent spécialement de la reproduction des objets d’art pourraient trouver dans l’appareil à poinis de mire un auxiliaire très-utile, plus commode, plus facile à transporter et à installer que les appareils photographiques, la chambre claire, et le diagraphe. Mais il me paraît certain qu’un instrument qui exige une éducation spéciale a peu de chance d’être accepté par les anthropologistes, car ils ont mieux à faire que de s’exercer la main. Dessinateurs par occasion, ils donneront sans doute, comme moi, la préférence au stéréographe. J’aurais donc pu, et peut-être dû me dispenser d’indiquer ici les essais que j’ai faits pour substituer le diopter horizontal aux tringles traçantes du stéréographe. Si je les ai mentionnés, c’est parce qu’il ne me paraît pas impossible qu’ils puissent être utilisés plus tard.

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