UN BRONZE D'ASIB*MINEURE
déjà pour nous avertir de ne pas céder à la tentation, que Ton éprouve au premier abord, de rapprocher cette figurine des idoles trouvées en Sardaigne. Ces petits bronzes, sur lesquels le général Albert Dalla Marmora a appolé Tattention des érudits (1), se trouvent aujourd'hui représentés par un nombre plus ou moins grand d'échantillons dans toutes les collections publiques de l'Europe, et notamment dans le cabinet des médailles de Paris; Gerhard, dans un mémoire qui a été récemment réimprimé dans le recueil de ses opuscules, en a démontré Torigine phénicienne (2). Or, si Ton examine avec attention les figures de provenance sarde que Gerhard a reproduites dans les planches qui accompagnent son mémoire (3), ou que Ton manie celles que possède le Cabinet de Paris et dont plusieurs sont d'une bizarrerie qui défie toute description, on reconnaît qu'il n'y a guère d'autre ressemblance que la barbarie et la brutalité de l'exécution. Il serait déplacé d'employer le mot de style a propos de si grossières ébauches ; mais il y a des différences frappantes entre le faire des idoles sardes et celui de notre
(1) Voyage de la Sardaigne^ pi. 34. D'aprèe M. A. Bouillier (L'Ile de Sardaigne, Paris, Dentu, in-8, 1865, p. 55), le musée de Gagliari possédait, il y a quatre ans, environ 200 de ces figurines dont les plus hautes n'atteignent pas un pied.
(3) Geêammelte Akademische Ahhandhuigen und kieine Schriften, XI. Véber die Kunst der Phasnicier (t. II, p. 1-21).
(3) Abbildtingen, Tafel XLIV und XLV.
un BRom D'A«E*iiuiraRE. 27
figure ; celle-d, quoique d'une gaucherie toute primitive, n'a pas la difformité menaçante et grotesque des bronzes sardes ; elle ne reproduit aucune des variétés de coiffure et de costume que ceux-ci présentent ; elle n'a aucun de ces attributs, le trident ou le bident, les cornes figurant les rayons solaires, le phallus, les disques lunaires, les serpents, etc., dans lesquels Gerhard retrouve la trace des conceptions religieuses propres aux Phéniciens et la preuve de l'origine phénicienne (1). Au contraire, nous avons ici un motif, l'homme debout sur un lion, qui ne se retrouve dans aucune des figures découvertes jusqu'ici en Sardaigne, mais qui se rencontre fréquemment ailleurs ; nous avons des détails de costume qui, tout indiqués qu'ils soient ici d'une manière purement conventionnelle, ne laissent pas méconnaître leur ressemblance avec des particularités analogues signalées dans des figures fins importantes. Où faut-il chercher ces analogies? Il n'est pas permis, quand on a vu se dérouler aux flancs des rochers de la Ptérie ces Panathénées barbares dont la véritable interprétation est encore une énigme, d'hésiter un instant.
Ce type du roi ou du dieu debout sur un animal, qui est tantôt un lion ou une lionne, tantôt une panthère, une licorne ou un bouc, semble en effet
(1) Voir particuMèrament, dans le mémoire cité plus baat, la page 12.
28 un BROREE d'asie-mineurb.
avoir âé familier aux populations qui, avant Fé* poque où la langue de la Grèce et le culte de ses dieux se répandirent dans toute l'Asie, occupaient i'Asie-Mineure à Test de l'Halys et au sud du Taurus. On le retrouve dans toute cette contrée, où semble avoir dominé Télément sémitique et Tinfluence des civilisations qui avaient leur centre sur les rives du Tigre et de FEuphrate. C'est à Tarse, en Gilicie, cette statue dite de Sardanapale que représentent si souvent les monnaies de bronze de cette ville (1); Tanimal sur lequel le dieu se tient debout a l'air tantôt d'une espèce de bouc ou d'antilope, tantôt d'un lion ; parfois le corps semble d'un lion, et le front est armé de cornes. Quant au Sardanapale, on aperçoit le carquois sur l'épaule, l'arc dans une main, la bipenne dans l'autre ; sur quelques pièces on distingue le glaive pendu au côté (2).
A Boghaz-Keui^ qui est probablement, comme l'a
(1) On en trouvera un échantillon dans une des planches, la 49*, figure 3, qui accompa(pent le mémoire de Gerhard déjà cité. Plusieurs autres de ces monnaies, sur lesquelles revient ce même type avec de légères différences, ont été reproduites dans Touvrage de F. Ligutl, Recherches sur le culte, les symboles, les attributs et les monuments figurés du culte de Vénus en Orient et en Occident (in-^, 1849, Gide), pi. IV, fig. 8 et 9, pi. XIV. H, fig. 7.
(2) M. Victor Langlois, qui vient d*être si prématurément enlevé aux études archéologiques et orientales, a donné, dans Tancienne Retfue archéologique, t. X, p. 527-637, une description, accompagnée de dessins bits par lui-même sur les lieux, des restes du grand monument connu aujourd'hui à Tarsous sous le nom de Dunuk-tach, qui portait sans doute, à son sommet, la statue colossale de style assyrien si souvent figurée sur les monnaies de Tarse.
nu BftOmB D'A8IB«liniBUEB. S9
cm M. Texier, Ptërium, place forte cappadocienne détruite par Grësus, nous retrouvons des représentations que l'on a déjà rapprochées du Sardanapale de Tarse ; dans l'endroit connu sous le nom de lasili-kata^ « la pierre écrite, > le groupe principal de cette grande scène sculptée sur le roc, qui semble représenter une entrevue entre deux rois ou deux souverains, les personnages principaux, ceux dont tous les autres forment le cortège, sont debout, portés les uns sur des montagnes, ou sur des hommes dont le col et la tête se courbent sous les pieds du maître, les autres sur des lions et des aigles à deux tètes (1).
A Euiuk^ sur la face intérieure du chambranle de la porte, nous avons signalé les premiers une figure à longue robe que soutient, de la même manière, un aigle à deux têtes (2).
D'où vient, dans la sculpture, l'emploi de ce symbole dont nous n'avons pas ici à discuter et à approfondir le sens, d'ailleurs facile à saisir tant que l'on ne prétend point entrer dans le détail et attacher une valeur particulière à chacune des variétés de ce motif qui se prèle à des combinaisons très-ditTérentes ? Il faut y voir, selon nous.
(1) Perrot et Guillaume, Exploration archéologique de la Galatie, pi. 41, 45, 47. On trouvera toutes ces figures du groupe central, avec leurs difiérents supports, réunies dans la pi. 3 du volume que M. Ch. Texier a donné en 1862, sous le titre Aaie-Mineure, à la collection de V Univers pittoresque (in-S^, Didot).
(2) Exploration archéologique de la Galatie, pi. 67 et 68.
80 tm BftûnzB D'ASiB-mmuRR.
une trace de cette ioffuence assyrienne dont on r^Tonve la marque, comme nous avons déjà essayé de le montrer (1), dans tous les monuments de l'Asie-Mineure antérieurs à la réaction victorieuse du génie grec.
Mais, pourrait-on dire, dans ces colosses enlevés aux portes des palais assyriens pour orner les musées de Londres et de Paris, dans ces bas-reliefs arrachés aux ruines des palais de Sargtn, de Sennachérib et d'Assourbanipal, nulle part on ne trouve ces figures de roi ou de divinité montées sur des lions ou sur d'autres animaux. Gela est vrai ; les artistes dont le ciseau a sculpté les blocs d'albâtre qui ornaient les façades et les chambres royales de Khorsabad ou de Kouioundjifc et de Nimroudy ceux dont le pinceau a tracé sur les carreaux vernissés de Khorsabad ces figures aux vives couleurs qui formaient autour des portes un si riche encadrement, ne paraissent pas avoir employé ce symbole et reproduit ce motif ; mais il se retrouve pourtant en Assyrie, dans la vallée du Tigre, sinon au seuil et dans les salles des palais, au moins sculpté, comme en Cappadoce, au flanc des rochers. Il nous suffira de renvoyer aux basreliefs voisins de MallhcCia^ village situé à un peu
(1) Rewie archéologique (nouvelle série), t Xfl : Ghi€U)ttr^kalé-9i, ses murailles cyclopéennes et ses bas-reliefs taillés dans leroc;U XIII : Le bas-relief de Nymphi d'après de nouveaux renseignements. Voir encore Exploration archéologique de la GcUatie p. lS6-ld3.
m BMMon D'AsiB^mmms. SI
plus d'une journée de marche vers le nord^nordouest de Mossoul, et à ceux de Baman^ autre village qui se trouve à peu près à la même distance de cette ville vers le nord-nord-est (1). M. Rouet, gérant du considat de France à Mossoul, signalait aussi, dans une lettre datée du 19 octobre 1845, la découverte qu'il avait faite, à treize lieues de cette ville, et sur la cime d'une haute montagne nommée Chandouc^ de trois bas-reliefs analogues taillés dans le roc (2).
De tous ces bas-reliefs, qui représentent des personn^es royaux, héroïques ou divins montés sur des animaux, les plus importants que nous ayons sous les yeux sont ceux de MallUia^ flgurés avec grand soin dans une des planches du bel ouvrage de M. Place (3). On y voit dix-neuf figures portées sur des animaux. Parmi ces animaux, on distingue le lion, le taureau, un lion ailé, une espèce de grifibn à tête d'aigle, mais sans ailes, etc.
(1) M. Layard n*avail pas vu lui-même, dans son premier voyage, les figures deBavian. Il en reproduit seulement {N\n£veh and ita remains, U II, p. 149) une description que lui a communiquée un de ses compagnons, M. Ross, et où sont mentionnées plusieurs c figures de prêtres ou de dieux » debout sur des lions ou des griffons. Mais il les a visitées dans un second voyage, et dans son grand ouvrage in-C« de 1853 {The monuments of Nineveh) il les représente, pi. 51. Les figures ont, d'après lui, environ vingt-cinq pieds de haut II a été lui-même à Malthaîa, et donne une description complète de ces sculptures (t. I, p. 230). Ailleurs il fournit le dessin d'une des figures de ces bas-reliefs, où il voit Mylitta, et qui est à peu près identique i une des figures do lasilikaïa, en Ptérie (t. II, p. 312)*
(2) Journal analique, t. VII, p. 280.
(3) Ninive et VAssyriCy gr. in*P, pi. 45.
32 UN BRONZE D'ASm-lliNEIJEE.
Certains des personnages ainsi supportés rappellent, d'une manière frappante, par leur attitude et leur costume, plusieurs des figures de Boghaz- Keui.
Pourquoi ce symbole, que Ton rencontre déjà en Egypte (1), absent des palais de Ninive, se retrouve-t-il, en plusieurs endroits et tant de fois répété, dans les bas-reliefs sculptés sur les rocs des montagnes assyriennes, non loin des rives du Tigre et de Tancienne capitale de TAssyrie ? C'est là une question à laquelle nous ne nous chargeons pas de répondre. Dira-t-on que les sculpteurs des résidences princières, plus habiles et plus raffinés que les auteurs de ces rudes bas-reliefs perdus dans la montagne, ont écarté ce motif comme offrant aux yeux une image invraisemblable et bizarre ? Mais ce sont les Grecs seuls qui ont eu de ces délicatesses ; leurs mythes établissaient aussi une relation entre le lion et certaines de leurs divinités, Cybèle et Bacchus par exemple ; mais au lieu de figurer Cybèle et Bacchus ainsi juchés, dans un équilibre instable, comme des acrobates, sur le dos d'un lion, les artistes grecs ont trouvé plus satisfaisant pour l'œil et pour l'esprit, plus conforme aux vraisemblances et d'un arrangement
(I) Voir une figure de la déesse égyptienne Ken, debout sur une lionne, que M. Ligard {Recherches sur le culte de Vénus^ pi. XIV), et après lui M. Layard (Nineveh and ils remains, t. II, p. 21St), ont empruntée à une stèle du Musée britanni(iue.
UN BRONZE D'ÀSlE*MiN£I]RE. 35
plus heureux, de mettre la divinité dans un char et de faire traîner le char par des lions. Ce qui tendrait à prouver que les artistes des palais de Ninive n'ont pas eu ce scrupule, c'est la confusion des formes naturelles et les étranges combinaisons qui se retrouvent partout dans leur œuvre ; ici ce sont des animaux qui ont une tête humaine, là des taureaux ou des lions ailés, ailleurs des hommes à tête de lion. Il vaut donc mieux penser que si les bas-reliefs des monuments voisins de Mossoul ne nous offrent pas le motif que nous étudions, cela tient à quelque autre raison. Peut-être la conception religieuse que traduit ce symbole était-elle quelque peu différente de celle qui dominait au moment où s'élevèrent les palais qu'ont exhumés Botta, Layard et Place ; peut-être ces figures taillées dans le roc n'appartiennent-elles point à la même période de la civilisation assyrienne et au même empire que la décoration des résidences royales jusqu'ici étudiées par nos érudits. Quoi qu'il en soit, les cylindres et les amulettes, qui nous offrent souvent des figures de dieux debout sur des lions, griffons ou autres animaux, suffisent à nous prouver que c'était là un symbole qui, pendant plusieurs siècles, fut familier aux imaginations dans toute la région sur laquelle s'étendît l'influence assyrienne (1). Il est souvent difficile de
(i) On trouvera on certain nombre de ces cylindres et de ces amulettes, portant le type qae nous étudions, dans les Becherchea sur h
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savoir au jaste d'où proviennent ces petits objets, qaiont passé de main en main avant d'arriver dans un cabinet d'antiquaire ; mais il n'est pas de collection de quelque importance, formée en Orient, qui ne contienne, parmi les pièces classées comme provenant de la Syrie et de la Mésopotamie, un certain nombre de ces représentations, parfois accompagnées de caractères cunéiformes (1).
Le motif que reproduit notre bronze est donc représenté en Assyrie par plusieurs bas-reliefs importants qui existent encore, taillés à même le roc, dans les montagnes de la rive gauche du Tigre, au nord de Ninive ; on le retrouve aussi sur les amulettes et les cylindres provenant de la même contrée. Enfin il frappe nos yeux en Cappadoce, sur les rochers de lasili-Kaia et sur un des blocs de granit qui forment la porte du palais d'Euiuk ; il se rencontre en Cilicie, sur les monnaies de Tarse, qui nous représentent en raccourci le monument célèbre dont M. Langlois a étudié les débris. L'histoire nous prouve que ces froids plateaux de la Cappadoce n'ont jamais possédé un centre de civilisation ; tant que les idées et les formes qui les traduisent ne sont pas venues de l'Occident, de 'Asie grecque, aux peuples habitant cette région,
culte de VénuSy pi. XVII, fig. 8, 9, 10, 11 ; pi. XXII, fig. 7. On en rencontrera aussi dans Touvrage de M. Layard, The monuments of Nineveh, in-r>, pi 69, ff. 6, 40, 44.
(1) Lajard cite (pi. XVII, fig. 11) une tablette trouvée à Babylone, qui porte, avec une inscription cunéiforme, le groupe qui nous occupe.
UN BROIieB ft'ASlK'MllfBURB* SB
eDes leur sont arrivées de l'Orient, de Ninive ou de Babylone, puis d'Ecbatane et de Suse. Avant d'être une province de l'empire d'Alexandre et de Séleucus^ la Cappadoce a été, pendant de longs siècles, une satrapie des rois d'Assyrie, de Médie et de Perse. La Cilicie, de méme^ a été soumise à l'influence sémitique avant de l'être à la grecque. Il parait donc contraire à toutes les vraisemblances que le symbole sculpté sur les rochers de la Ptérie et reproduit par notre bronze ait passé soit des rivages ciiiciens, soit du bassin de l'Halys, dans celui de l'Euphrate et du Tigre ; c'est le contraire qui est probable, pour ne pas dire certain, et c'est à TAssyrie qu'il faut en rapporter l'invention et l'origine.
Nous avons commencé par étudier le motif même du groupe ; nous en avons suivi la trace depuis le monument de Tarse et les rochers de la Ptérie jusque dans le voisinage de la grande capitale assyrienne. Il nous reste à signaler certains détails par lesquels notre bronze se rapproche particulièrement des figures qui se voient encore, sculptées sur le roc, en diflerents points de l'Asie-Mineure.
Prenons d'abord la coiffure. Elle rappelle tout à fait celle que portent ces deux figures colossales que j'ai le premier découvertes à neuf heures au sud-ouest d'Ancyre, dans le district appelé Haïmaneh, près du petit village A'Hoiadja^ a l'entrée d'une forteresse construite en grand appareil
56 UN BRONZE d'aSIE-MINEQRE.
polygonal (1). 11 y a plus : dans cette double saillie qui, des deux côtes de la fifi^ure, forme le prolongement de la joue, il me semble reconnaître, grossièrement figurée, la pièce d*étoffe ou de cuir qui, chez les guerriers de Ghiaour-Kalé, accompagne le bonnet conique et tombe sur la nuque pour protéger le col et les oreilles. Cette saillie, j'y avais vu au premier moment une exagération de Foreille; mais la déformation serait énorme et bien plus marquée que celle à laquelle ont été soumis les autres traits du visage. Il me parait donc plus naturel de croire que cette saillie représente, dans l'intention du sauvage artiste par qui a été modelée cette figure, la chevelure nattée ou une pièce de cuir tombant sur la nuque et sur Toreille. La place de l'oreille, au bas de cette saillie, est indiquée par un large trou où s'insérait certainement un anneau, comme celui que l'on voit dans une des figures sculptées sur le roc à Bc^baz-Keui (2) et dans plusieurs bas-reliefs d'£uiuk (3).
Nous ne pouvons tirer aucune induction ethnc^aphique des traits du visage, vu la grossièreté de l'exécution : ainsi l'œil est formé seulement par un cercle d'un léger relief, percé d'un petit trou au milieu.
Une autre particularité que nous retrouvons à
(1) Exploration archéologique de la Galatie^ p. 156-163, pK IX etX. Revue archéologique (nouy,sér,), t. XII, p. 1-14.
(2) Exploration archéologique de la Galatie, pi. 49.
(3) Ibid., pi. 56, 62, 67.
un BRONZE D'àSIE*1IINBUR£. 37
Ghiaour-Kalé (1), à Bogbaz-Keui (2), à Euiuk (3), c'est la ceinture formant un bourrelet très-accusé au-dessus des hanches, et serrant ainsi à la taille une courte jaquette qui s'arrête au-dessus du genou et laisse les jambes nues.
Un trait particulier à notre bronze, ce sont les armillœ dont sont ornés les bras, et que nous ne retrouvons point dans les autres figures d'Asie- Mineure auxquelles nous nous sommes sans cesse reportés dans cette description. Quant à la chaussure, qui présente dans presque toute la série de ces figures une forme caractéristique, ici, par suite de la négligence de l'exécution, elle n'est même pas indiquée.
Cette exécution est tellement lâchée, tellement conventionnelle, qu'il est difficile de voir dans ce bronze une œuvre d'art, l'œuvre même d'un art naïf et barbare. Il n'y a point ici d'effort pour lutter contre la nature : les formes du corps, les détails de l'habillement ne sont indiqués que d'une manière abstraite, si l'on peut ainsi parler, et sans aucune intention d'imiter, même de loin, la réalité. C'est là un caractère qui se retrouve, de tout temps, dans les amulettes, les idoles domestiques et autres objets analogues ; tout ce que demande la piété, c'est qu'on lui rappelle, d'une manière suffisam-
(1) Exploration archéologique, pi. 10.
(2) Ibid., pi. 39, 40, 44, 45, 48, 50, 52.
(3) Ibid., pi. 96, 61, 62, 63.
38 un BRONZE d'asie-mimbijre.
ment claire, un certain type divin, certains attributs qui parlent à son imagination, qui provoquent sa respectueuse adoration, qui éveillent ses craintes ou ses espérances. Notre bronze est tout à fait traité dans ce système ; le sculpteur n'a pas essayé de modeler le buste ; il ne lui a pas donné beaucoup plus d'épaisseur qu'au col même de la figure. Les mains et les pieds ne sont pas plus soignés. Le lion, ou plutôt la lionne, car il n'y a aucune trace de crinière, «est indiquée plus grossièrement peut-être encore.
Chose curieuse, cette figure, si mauvaise d'exécution, est très-satisfaisante de pose et d'aplomb. Les pieds du personnage sont placés, sur la croupe de l'animal, de manière à donner à l'homme, pendant que la lionne marche, le phis de solidité possible : l'homme est en parfait équilibre sur la béte qui le porte. C'est ce qui semblerait prouver que ce bronze n'appartient pas à une époque aussi barbare qu'on serait tenté de le croire au premier abord, mais qu'il faut y voir une réduction bàtive et populaire de quelque type que la religion avait déjà consacré, et que de grandes figures, semblables à celles qui sont sculptées sur les rochers de l'Asie-Mineure ou de la vallée du Tigre, avaient rendu familier aux yeux et à l'imagination des peuples.
 quel trait du mod^e correspondait un détail que nous devons signaler, 1^ s^tiffi ^xm^^y W
UN BROIUE D'ASIS-MUIEURE. 30
milieu du col, par une espèce de bouton ou de petite bosse que Ton distingue fort bien sur le dessin ? Est-ce la pierre principale, le fermoir d'un collier? Mais on ne voit pas trace d'un cercle se continuant autour du cou, comme le font les arnUllœ qui entourent les bras. Ce bouton n'est-il pas autre chose que le cartilage Ihyrcfide^ ou, comme on dit vulgairement, la pomme d'Adam, traitée avec beaucoup d'exagération ? Quand les autres saillies des formes, comme le genou et le mollet, ne sont même pas indiquées, il serait étrange que ce détail fût aussi vigoureusement accentué.
Les mains , comme les oreilles, portaient certainement autrefois des pièces ajoutées après coup. Quels étaient ces attributs? Il est impossible de le dire aujourd'hui. On se représenterait assez volontiers la bipenne dans une main, l'arc ou la lance dans l'autre. Sur le dessus de la tête de Tanimal, à peu près au milieu du front, on remarque aussi un petit trou qui a peut^tre reçu jadis un ornement ajouté.
Arrivé au terme de cette étude, il me reste à résumer les observations qu'elle m'a suggérées, les hypothèses auxquelles elle m'a conduit.
Par sa donnée principale, par cette disposition qui donne un lion pour support à une figure humaine debout sur la croupe de l'animal, notre bronze reproduit donc un type qui, de l'Assyrie, parait avoir été porté chez les populations sémitiques, ou