‹ Mémoires d'un bourgeois de Paris (volume 3)Chapitre 5 sur 28 · LETTRE DU GÉNÉRAL BEDEAU · texte numérisé non relu

LETTRE DU GÉNÉRAL BEDEAU

< Vendredi matin, 4 avril.

» Monsieur le rédacteur,

» Je viens de lire dans votre journal du 2 avril une lettre attribuée à M. le maréchal Bugeaud.

» Je ne puis m'abstenir de protester contre l'inexactitude des faits qui me concernent dans celte publication.

» Ce n'est pas assez pour moi que jamais un blâme n'ait été exprimé, par M. le maréchal, à aucune époque et à aucun des officiers de son état-major particuUer; ce n'est pas assez qu'à notre première rencontre après les événements, en novembre 1848, M. le maréchal m'ait dit^ avec uue vivacilé empresuéc, qu'il avavl patl9XVca\^w\.

4t MÊMOIBES

compiif les tristes nécessités de la sItiiatiOD qm doui avait été faite; ce n'est pas asseï qnll m'ait depuis kn témoigné une confiance intime^ qafï m'ait eomnnmiqaé KCH pensées les plus secrètes sur les hoomies et sur ki clioflcs^ quand il me proposait^ en nud 1849^ d'accepter le poHcfeuille de la guerre dans une combinaîmn udiiii* tériellc qu'il aurait présidée ; ce n'est pas aaaei^ enfin, que cette confiance si connue ait engagé sa famille et ses amis i\ me prier de lui adresser^ au nom de l'année^ un solennel et dernier adieu le jour de ses fiméiaîtei Ces souYenirs me prouvent sans doute quel eût été le témoignage du maréchal, si la lettre qu*on loi attribue avait été publiée avant sa mort.

tt Mais l'exposé inexact des faits exige des éclaircisKments.

tt (les faits sont connus de plusieurs personnes qd existent encore, Dieu merci! G*est sous la garantie de leur honneur que je place aujourd'hui la vérité de mes rectilleations.

F u Uuund M. le maréchal Bugeaud fut appelé au oommandemont supérieur des troupes et de la garde nationule, dans la nuit du 23 au 24 février, il donna des onire» prJcis oi très-formels aux généraux qu*îl choisit pour commander les colonnes d'opération. Ils devaient comhattri'. et vaincre rémeutc, si la nouvelle du choix de MM. Thlcrs ut Odilon Biirrot pour composer un ministère ne Hunisalt pas pour rétablir la tranquillité. 11 avait assuré tiuc des mesures avaient été prises pour que les afflcht's annon^*ant cette nouvelle fussent partout répandues avant le jour.

qpAtte bataillons (deux du i*' léger et deux du 21* de Bgne)^ un détachement de chasseurs à pied du 6« bataillon, un escadron du 8* de dragons et deux pièces d'artilkrie, formant un effectif de dix-huit cents hommes enirlron. Jedevais gagner le boulevard par les rues Vivienne^ Feydeau^ et me diriger sur la Bastille.

» Après aToir détruit plusieurs barricades inoccupées, dans les rues Neuve-des-Petits-Champs, Vivienne et Feydeau, le peloton d'avant-garde reçut le feu des homnles qui défendaient les barricades construites à Textrémité de la rue Montmartre. Deux soldats furent blessés : le peloton riposta. On courut sur les barricades, qui fhrent immédiatement enlevées.

» La colonne prit la direction de la Bastille* Je m'attendais au combat et j'y étais préparé. Mais je fas bientôt âruigement surpris en apprenant, par des habitants de h classe bourgeoise inoffenûfs et non armés, par des officiers de la garde nationale, que l'exaspération populaire, fort excitée, tenait à l'ignorance entière où l'on était du changement du ministère, à la croyance que le malheureux événement du boulevard des Capucines était un ade prémédité par les ministres maintenus pour intimider la population. « Si la nouvelle du changement » de ministère est vraie, disaient les officiers de la garde » nationale, le calme sera bientôt rétabli; mais donnez- » nous le temps de la répandre, car un grand nombre de » gardes nationaux sont derrière les barricades, n

n En présence de cette situation imprévue, fallait-il marcher quand même, repousser les gardes nationaux, ne tenir aucun compte de leur erreur, et, car une atiague continuée, donner confirmation au mei\^w%<^Q^^

les pai'tisans de l'ëmeutc avaient habilement répandu*? Je ne le pensai pas. J'arrêtai ma colonne en deçà du théâtre du Gymnase^ et je rendis compte de la situation à l'autorité supérieure. Je fis une note écrite au crayon. Sans doute elle a été lue par un officier de l'état-major de M. le maréchal : c'est à lui que je fais appela à défaut du souvenir du maréchal lui-même. Elle était ainsi conçue :

a Je suis en présence d'une population non armée, » inofTensive et trompée. Elle ne croit pas au change- » ment du ministère. Elle crie : Five la réforme I — )> Veuillez m'envoyer des proclamations. Je me suis ar* » rêté pour faciliter la réunion de la garde nationale. »

» J'avais^ en effets sur la demande des officiers et d'un chef de bataillon de la garde nationale, donné un déta^ chôment d'infanterie pour escorter les tambours qui luttaient le rappel dans les quartiers voisins.

» M. le maréchal me répondit : « J'approuve ce que » vous avez fait. Je vous envoie des proclamations: faites- D enrépandre par tous les moyens à votre disposition ; car » il importe^ avant tout^ que cette nouvelle soit connue. » Mais il est toujours entendu que si l'émeute se montre, » il faut faire les sommations, et employer la force avec » énergie, comme nous en sommes convenus ce matin. »

)) Ces faits sont à la connaissance de plusieurs centaines de personnes qui ont vu les proclamations quand je les ai fait distribuer, qui savent également que les groupes n'étaient point armés, et surtout qu'on ne criait pas Five la république ! à huit heures du matin sur le boulevard Bonne-Nouvelle.

» Ia Ae\\a 4)11*0 niio In nnm Ha M 1p mjtrprhnl RiicrpniiH

indiqué sur les proclamations comme commandant en chef pendant que MM. Thiers et Odilon Barrot étaient appelés à former un nouveau ministère, contribua à exciter de nouveaux doutes. Ce fut alors que M. Fauvel Delabarre, habitant du quartier, s'offrit avec un louable empressement pour aller à l'état-major général recevoir confirmation du changement de cabinet. « Je suis connu, » me dit-il : quand j'affirmerai, on me croira. » 11 partit accompagné par un capitaine d'état-major de la garde nationale. Quelques moments après son départ, trois cents gardes nationaux environ me rejoignirent, sous les ordres de M. le commandant Grégoire.

» M. Fauvel revint très-rapidement, lime remit un ordre du maréchal. Je ne puis le reproduire : il a été perdu dans la soirée du 24 ^. Mais cet ordre a été écrit à Tétatmajor général; il n'est pas le seul qui Ait été transmis. A cet égard, je fais encore appel à l'honneur des officiers qui les ont écrits, et en particulier à ceux de mes collègues qui les ont reçus et qui les ont exécutés. Il était conçu à peu près en ces termes :

« D'après les intentions du gouvernement du roi, toute » hostilité doit cesser. La garde nationale seule est char- » gée de rétaWir la tranquillité. Retirez-vous par la rue » Richelieu ou de la Paix, suivant que vous aurez plus » de facilités, en évitant toute collision, et ralliez-moi » aux Tuileries. »

» Des témoignages de satisfaction unanimes répondirent autour de nous à la preuve de conciliation donnée

1 Je l'avais placé dans la poche de mon caban, que j*ai remis sur la pliice de la Concorde à une ordonnance que je n'ai pu retrouver.

4e MEMOiRES

par le gouvernement ie ne crois pas me tromper en affirmant que la plus grande partie des citoyens réunis va ce point étaient alors sincères dans leurs démonstr»tions de joie et d'espérance de paix.

)» Quatre compagnies du 5* léger me rallièrent an même instant. Elles Tenaient de la caserne de la (garde municipale située rue du Faubourg-Saini-Martin. Elles n'avaient pas rencontré la moindre opposition dans leur mai'che pour sortii* de ce faubourg, où^ me dit le commandant, aucune hostilité n'avait été engagée.

» Avant de quitter ma position^ pour mieux remi^lr les intentions de l'autorité supérieure, je prescrivis qu'une compagnie de la garde nationale précédât ma colonne, afin de fiBtdUter l'ouverture des baiTicades que j'avais à traverser, et pour prévenir ]dus sûrement tout malentendu avec le peuple. Ce fut à k hauteur de la rue Montmartre que je trouvai une foule immense et compacte, encombrant les allées et la chaussée du bon* levard. Le tumulte y était extrême. Les nouvelles Traies n'y étaient pas répandues. A chaque pas il fallait affirmer le changement de ministère pour calmer l'animation publique; toutefois, je n'entendis pas un seul cri qui pût faire croire à une pensée de renverser le gouvernement.

» Sur le boulevard des Italiens, je vis M. Odilon Barrot se dirigeant vers la Bastille. Il était entouré par le peuple et accueilli par des acclamations unanimes. Cette rencontre me fit comprendre, mieux encore que la prescription de l'ordre que j'avais reçu, quelle était la pensée de pacification qui dirigeait la politique du gou-

» La colonne marchait lentement et avec une grande difficulté^ au milieu de la foule incessamment croissante. Les premières barricades que je rencontrai furent cependant ouyertes sans difficultés sérieuses. Le peufdej d'abord opposant, finissait par travailler lui-même à frayer la voie, exprimant cependant la crainte qu'on ne k trompât par une fausse nouvelle.

» En passant la cinquième barricade^ à la hauteur de la rue de Choiseul, je chargeai un chef de bataillon cte la garde nationale qui stationnait sur le boulevard d'assurer^ à l'aide de son détachement, l'élargissement de la trouée nécessaire au passage de l'artillerie, qui marchait derrière le 3^ bataillon. Cet officier supérieur me promit de le fahre. Je laissai près de la même barricade le ch^ d'escadron d'état-major Leroux, pour activer le mouve* ment.

» Ces mesures prises, je me hfttai de reprendre la tête de la cdonne, où ma présence était nécessaire pour éviter tout conflit et tout embarras nouveau.

» Cest en traversant cette barricade, d'après ce que j'ai su depuis, que des soldats, répondant au geste de la garde nationale, ont agité et puis porté la crosse enFair. ie n'ai eu connaissance de ce fait qu'après ôtre arrivé avec la tête de colonne dans la rue Royale.

» J'appris aussi, quelques moments plus tard, que l'artillerie n'avait pas franchi la barricade de la rue de Ghoiseul, et qu'elle avait été confiée à la garde nationale. D'après les riq>poris qui m'ont été faits, les plus vives exhortations, les plus énergiques remontrances n'avaient pu triompher de l'effervescence croissante causée par Varrivée Bulnte sur ce point de ^wv^ \y9GS^

brciix d'oavriers et de gardes nationaux. On n'aurait pu ouvrir la barricade qu'après avoir fait feu. Fallait-il foire fou? fallait-il engager un combat^ quand, à quelques minutes de cette barricade, un des nouveaux ministres était acclamé par le peuple, et quand chacun, à cette heure, était encore persuadé que Témotion publique avait pour cause Tévénement malheureux du boulevard des Capucines ; quand, enfin, un ordre formel prescrivait d'éviter toute hostilité?

» On ne Ta pas pensé là ; on ne Ta pas pensé non plus à l'hôtel de ville, où se trouvaient huit bataillons et quatre pièces, et .oii les mêmes causes produisaient, à la même heure, des efVets entièrement semblables. On ne Ta point pensé, enfm, sur aucun autre point de Paris; car toutes les colonnes ont malheureusement subi les inévitables conséquences de la même situation, en présence de la même erreur et de la même animation populaire.

» En arrivant dans la rue de Rivoli, j'envoyai le dief d'escadron d'état-major Espivent prévenir le général Regnault, qui commandait la cavalerie sur la place de la Ck)ncorde, de me laisser libre l'entrée de la rue de Rivoli, où je voulais rallier et masser ma cdionne^ en me débarrassant de la foule qui m'accompagnait. Cet officier général, justement inquiet de l'irritation qui pourrait se produire si cette foule se trouvait en présence des gardes municipaux qui occupaient le poste Peyronnet, placé près de la rue des Champs-Elysées, invita le chef d'escadron Espivent à donner, de sa part, l'ordre au sergent du poste de rentrer dans le réduit. Malheureusement, k ne crut pas devoir otAemy^rev à cet ordre, et ai:

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moment où la compagnie de garde nationale faisait à droite^ à l'extrémité de la rue Royate^ pour me laisser libre la rue de Rivoli^ les gardes municipaux firent îea, répcmdant^ m'a-t-on dit depuis^ à un coup de pistolet tiré de la rue des Champs-Elysées. Deux gardes nationaux tombèrent : j'accourus et Je pus Yoir la lueur des derniers coups*

» L'exaspération fût aussitôt à son comUe^ on cria : « A la trahison ! aux armes I Cest la même perfidie qu'au » boulevard des Capucines. »

» Je compris tout l'effet que pourrait produire ce déplorable accidaEit. Je parvins à me fitire entendre des gardes nationaux. « Promettez-moi d'arrêter le peu{de^ p leur dis>je^ je vous promets d'empêcher les gardes mu- » nicij^ux de tirer. -^ Oui^ général^ oui^ répondirent » plusiem's voix. » Je m'avançai vers le poste en agitant un mouchoir et crikai dé ne pas tirer. Je vis les gardes municipaux rentrer daùs le poste. Je crus qu'ils m'avaient compris; mais à l'instant où j'arrivais à la griUe^ le feu recommaiça plus vivement. Je n'ai pu encore en connaitre la caise^ ni de quel côté il avait recommencé.

» J'étais, à cette époque, tellement convaincu de la volonté du gouvernement d'éviter toute collision, que je ne pensai pas pouvoir mieux faire que de me jeter entre les deux feux pour les faire cesser. Je ii'y ai pas réussi, malgré les efforts ttôs-tnéritoires dé plusieurs gardes nâticmaux. Au moment où lëà gdfdes ihunicipàùx sdf tiréhl du posté, lés Mé àé pi^cipltèrént polir les coùvriî:, d'autf«s pour les frappëi:.

»n fàràti vingt gardés : âem fefféùl \iâ4a> ç\xvèL^v

uns blessés^ d'autres garantis, trois par moi-même, an

milieu de cette déplorable mêlée.

9 On s'occupait encore des malheureux blessés, quand j'entendis un nouveau feu de peloton dans la directioQ de la grille du Pont-Tournant. J'y courus au galop de mon cheval : je vis quatre-vingts hommes de la classe bourgeoise sans armes, se sauvant sur l'asphalte dans b direction de la rue Saint-Florentin. Trois cadavres étaient étendus en face de la grille, dans ce nombre celui da M. le député Jollivet.

» Le poste avait tiré, croyant le sergent de la garde municipale menacé par des personnes qui ne songeaient qu'à le protéger.

» Je fis immédiatement emporter les cadavres par les voltigeurs du poste, et je plaçai im détachement de garde nationale en avant de la grille.

» Au même instant, un aide de camp du roi, M. le général Dumas, faisait relever, dans l'intérieur du jardin des Tuileries, les sentinelles de la ligne par des gardes nationaux.

j> Quelque temps après, à la place du Palais-Royal, les généraux Perrot et Lamoricière étaient blessés et pris, en essayant, par ordre de l'autorité militaire supérieure, comme moi, et malheureusement avec aussi peu de succès, de faire cesser la fusillade engagée entre le peuple et le Chàteau-d'Ëau, qui ne fut pas dégagé par les bataillons du Carrousel, dans la crainte^ sans nul doute, d'engager une collision générale.

» Paddant ces fâcheux événements, ma colonne s'était I à rentrée de la rue Royale et sur la place du , /eiiTOTai des officiers à M. le maréchal pour

lui rendre coin(>ie de l'entier accomplissement des ordres qui m'avaient été donnés. Il me prescrivit^ en raison de ce qui venait de se passer sur la place, de consei*ver ma position et de calmer, autant que possible, l'effervescence populaire.

» Cescnrdres me furent renouvelés successivement pen* dant deux heures. A midi, un officier de la garde nationale à cheval vint me prévenir que les troupes seraient incessamment renvoyées dans leurs casernes.

» Ce fut alors que j'appris, par le plus jeune fils de l'amiral Baudin, l'abdication du roi. Bientôt après, le roi lui-même se présenta au Pont-Tournant. Aucun ordre n'avait été donné, et je ne pus employerj'^pour l'escorter jusqu'à rObélisque, oii il monta en voiture, que quelques gardes nationaux placés en avant de la grille.

» Quand le roi fut parti, j'envoyai à Tétat-major général pour savoir si des instructions nouvelles nous étaient données. L'officier n'était pas revenu, quand je vis des troupes d'infanterie quitter le château des Tuileries et se diriger, par le jardin, vers la place de la Concorde.

» M. le duc de Nemours^ devançant ces troupes, arriva à la grille du Pont-Touinant. Je me rendis près de lui. 11 me dit aussitôt de prendre le commandement de la cavalerie et de faire l'ayant-garde de madame la duchesse d'Orléans, qui partait pour Saint-Gloud. Je tis observer que je ne commandais que quatre bataillons massés près de la me Royale.

« Ne vous en inquiétez plus, reprit le prince : ils se- • ront sous les ordres d'un autre général et ils marche- » ront avec l'arrière-gaixie. Mettez vite en mouvement la » cavakorîe» » Je M demandai par quelle towVj^ \ ^ V«s

n ilBIlOIRES

» l'avenue de Neuilly et le bois de Boulogne^ » me i<pondit-il. Je partis pour mettre en mouveaient le régiment de dragons, qui était le plus rapprodié de cette direction.

» En revenant sur la place pour faire rompre les aotni escadrons, on m'indiqua un groupe déjà oitoaré par k peuple et qui s'engageait sur le pont de la Goooorde. On me dit que madame la duchesse d'Orléans s'y trouvatt. J'y courus aussitôt en criant qu'on se trompait de route; mais des personnes qui approchaient la duchesse me répondirent :

« Non, non, on va à la Chambre, n

» Madame la duchesse d'Oriéans n'avait pas d'eseorte: je dus penser qu'elle n'en avait pas voulu; car en arrivant sur la place, on avait trouvé des troupes en avant d'elle, et il y en avait qui marchaient derrière elle dam le jardin des Tuileries. Quatre cents perscmnes envinn, gardes nationaux et bom*geois, l'accompagnaient seak Quelques cris de Fïve la duchesse d'Orléans I se faisaient entendre.

» En présence de ce changement subit de résolution, je fis donner aussi ordre à la cavalerie qui avait d^ coounencé son mouvement.

» Je suivis le groupe jusqu'à la grille de la Chambra, pour être plus à portée de recevoir des instructions, s'il y avait lieu. Le même sentiment me détermina à pénétrer un moment dans l'enceinte même de la Chambre; mais n'apercevant pas le maréchal, je partis pour savoir s'il n^était pas au dehors. Je rencontrai sur le pont le capitaine Fabar, son aide de camp, qui m'annonça qu'il

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dément des troupes lui ayant ëtë retiré quand il avait voulu défendre les Tuiïeries.

» Je sus, par le même officier, qu'aucune des colonnes d'opérations n'avait rallié le maréchal, et que la presque tolaUtë des troupes avaient été renvoyées dans leurs casernes.

» Je n'étais pas chargé de la^arde de la Chambre des d^tés. n appartient à M. le président et aux questeurs de fiûre connaître les dispositions qu'ils avaient ordonnées à cet ^rd, et au sujet des détachements qui étaient stationnés près des grilles.

» Je ne conmiandais plus que la cavalerie : les autres troupes stationnées encore sur la place de la Concorde étaient sous les ordres immédiats d'autres généraux.

» Néanmoins,* voyant le château des Tuileries occupé . par le peuple, et l'agitation croître à chaque instant. Je crus devoir en faire parvenir l'avis à MM. Thiers et Odilon Barrot. Je chargeai le capitaine Fabar de cette mission, et de leur demander si les ordi*es si souvent répétés dans la Journée, d'éviter toute collision, devaient encore recevdr leur exécution.

» M. Fabar, en entrant à la Chambre, aperçut M. Odilon Barrot sans pouvoir l'approcher; il pria un député à cheveux blancs ^ de lui transmettre cette demande. M. Fabar les vit causer ensemble; puis ce député revint et il dit an capitaine ; « Les ordres sont maintenus; les » troupes doivent s'abstenir de toute intervention. » — Quand cette réponse me fut communiquée, j'invitai M. Fabar à retourner à la Chambre, et à faire parvenir

^ y ta BU depuiâ que eVfteK M. Gouriais.

à madame la ducliesse d'Orléans comoaksaiioe de cette confirmation d'ordre^ et à lui exprimer de ma part Tavû respectueusement oflBcieut qu'elle devait sans retard quitter la Chambre et se retirer avec les troupes. — > On répondit que le devoir de madame la duchesse d'Orléans était de rester à la Chambre^ et qu'elle voulait le remplir.

» La foule avait été constamment libre d'entrer à la Chambre depuis l'arrivée de madame la duchesse d'Or* léans. Des groupes s'y succédai^t incessamment.

D Bientôt des députés sortirent et* me prévinrent que madame la duchesse d'Orléans avait dû se retirer ; d'autres me firent savoir qu'elle était en sûreté^ mais qu'ils ignoraient le lieu de sa retraite.

» J'attendis plus de trois quarts d*heut*e sur le pont, dans l'espérance qu'on me transmettrait un avis de la part de madame la duchesse d'Orléans.

m Personne ne se présenta. 1

» On affirmait alors que M. Barrot était chef du goii- ! vemement provisoire. Les bataillons qui avaient été sous mes ordres dans la matinée venaient d'être renvoyés dans leurs casernes par le général qui m'avait remplacé dans ce commandement.

)> J'étais assailli par une foule d'hommes notables^ dont plusieurs se disaient députés et pairs de France.

» Us me suppliaient de faire retirer les quelques troupes qui restaient encore, dont l'inutilité était absolue et qui ne pouvaient, ajoutaient-ils , que compromettre la situation en servant de prétexte à l'excitation populaire.

^riHMMi

à renvoyer la cavalerie dans ses casernes et cantonnementSy en lui prescrivant de se mettre en relations avec la garde nationale.

» Ce fut au ministère de l'intérieur, où je me présentai pour me mettre à la disposition de M. Odilon Barrot, que j'appris pour la première fois qu'il n'était plus le chef du gouvernement provisoire.

» Je trouvai là MM. de Maie ville, Gustave de Beaumont, Ha vin et autres députés, qui me firent connaître que sans doute le gouvernement réuni à l'hôtel de ville serait conduit jusqu'à la république.

» Je me rendis- alors chez M. le maréchal Bugeaud : on me répondit qu'il était parti par le chemin de fer d'Or-

Y> J'ai dit à la tribune de l'Assemblée nationale, le 23 mai 1850, quelles invitations me furent adressées dans la soirée du 24 février, et quels motifs me déterminèrent à y répondre:

» Je borne au simple exposé qui précède la rectification que la lettre attribuée à M. le maréchal Bugeaud m'imposait le devoir de produire.

» Je me suis abstenu, dans ces deux circonstances, de toute appréciation sur les faits qui ne me sont pas personnels. — Je ne suis pas de ceux qui ont l'habitude d'expliquer leurs actes en s'attachant à incriminer la conduite des autres.

» Mais qu'il soit bien entendu que ces détails sont donnés à titre de renseignements historiques. — Je n'ai pas pu, je n'ai pas dû avoir la pensée de répondre à des • calomnies qui ne peuvent m'atteindre, et dont m'affranchissent également les souvenirs de ma vie m\\\Vak^\ûxs^

entière, et la confiance dont m'ont honoré constamment

mes concitoyens et mes collègues.

D Recevez^ monsieur le rédacteur, Tassuranee de ma considération distinguée. A.; Bedeau. »

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