‹ Mémoires d'un bourgeois de Paris (volume 4)Chapitre 38 sur 46 · I. Moniteur da 14 mai 181K · texte numérisé non relu

I. Moniteur da 14 mai 181K

Dans la table du Moniteur, on confond encore M. Guizot, secrétaire général du ministère de rintérieur^ avec M. Guizot^ son frère, simple chef de bureau. Voici ce qu'on lit dans la table du Moniteur : « Guizot, secrétaire général du département de rintériem*. — Son vote sur l'acte additionnel, 546. — Son remplacement au ministère de Fintérieiu*, ibid. x>

Par suite de Terreur du Moniteur , ou par confusion volontaire^ on a souvent attribué à M. Guizot aîné la signature et l'adhésion à Tacte additionnel de Jean-Jac^ ques Guizot^ son frère. M. Guizot, le secrétaire général, fidèle à ses principes, ne prit aucune part aux votes qui acceptèrent l'acte additionnel.

M. Odilon Ban'ot, dans la note de la seconde édition du mémoire que j'ai déjà citée, se plaint aussi d'avoir été calomnié, et d'avoir été appelé chef des fédérés.

a A l'arrivée de l'usurpateur, dit-il, je me dépouillai de suite des titres d'avocat aux conseils et à la cour de cassation, que je tenais de la munificence du roi 5 je n'eus point à fausser mon serment. Je n'ai repris mes titres qu'au retour de Sa Majesté. Je votai contre l'usurpation sur le registre ouvert au greffe de la chambre de police correctionnelle. Et, enfin, je signai^ dans la cham-^ bre des avocats, une pétition qui, près d'un mois avant le retour de Sa Majesté> demandait, au milieu même dés cris des fédérés : Le roi et la charte^

>) Tacite nous avait bien appris que, sous Tibère et Néron, vivait une race de délateiu*s impudente, absurde et atroce; mais ce qui était réservé à nos malheureux temps, c'était de voir cette race non-seulement se for-

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3îâ MÉMOIRES

roi Louis XVni^ avec la plus grande sincérité^ la situa< Uon de la France^ les tendances de ropinion publique, et ce qui paraissait la meilleure conduite à tenir. Le comité rédigea donc un long mémoire, dans lequel il établit que la rentrée du roi Louis XVIII en France devait être précédée et accompagnée de ces trois mesures :

10 Le renvoi de M. de Blacas ;

20 Quelques modifications à introduire dans la cbarte constitutionnelle, afin d*en rendre la pratique plus efficace et pins sûre, sans afiaiblir Tesprit libéral de la cbarte;

30 Une proclamation ou une déclaration du roi à la nation française, pour rassurer les esprits sur le maintien de la monarchie constitutionnelle, et pour constater que le roi n*avait cessé d*être animé pour tous les Français, sans distinction, d'un esprit de paix et de concorde.

M. Royer-Gollard, dont le nom fut si populaire en France dans les temps les plus critiques, exerçait une grande influence sur ce comité, et sa participation aux résolutions qui y furent prises témoigne hautement qu'elles furent inspirées par un sentiment patriotique et libéral : patriotique, parce qu*en cas de revers et de défaites de Tempereur Napoléon, le roi Louis XVni était le défenseiur le plus utile de la nationalité française ; libéral, parce qu*il s'agissait de sauver la monarchie constitutionnelle^ que la charte avait fondée en France. M. Guizot prenait part aux délibérations de ce comité ; il en était le membre le plus jeune, et un des plus actifs. Il fallait porter au roi Louis XVIII le mémoire rédigé

par M. Royer-GoUard et par ses amis ; il fallait aussi que ce mémoire et ses conclusions fussent développés et ap* puyés à Gand. M. Guizot^ désigné par son âge^ fut chargé de cette importante et périlleuse mission; fort au courant des intentions et des sentiments des royalistes constitutionnels, il était homme à tenir tête, par sa parole, aux royalistes ardents et passionnés qui entouraient le roi Louis XVIIL

M. Guizot partit vers la fin du mois de mai 1814 ; il se présenta chez le roi peu de jours avant le commencement des hostilités, qui devaient avoir pour dénoûment le désastre de Waterloo. Ce lie fut pas sans peine que M. Guizot put être admis auprès de Louis XYlIl : les conseillers intimes de ce prince nlgnoraient point Tobjet de la mission que venait remplir M. Guizot, et cette mission les inquiétait. L'envoyé du parti constitutionnel trouva, non chez le roi, mais auprès du roi, ime résistance qu'il lui fallut vaincre. Il y parvint.

Le roi reçut le mémoire qui lui était adressé, et dans deux longues conférences, qui durèrent plusieurs heures, il en discuta les conclusions avec M. Guizot. Cette mission de M. Guizot eut un plein succès : les trois points demandés par le comité furent accordés. Lorsque Louis XVin rentra en France, il tint fidèlement les promesses qu'il avait faites.

M. Guizot dut rester à Gand jusqu'à la chute de l'empereur. Il y trouva toutes les nuances du parti royaliste qui existaient en France avant le retour de l'Ile d'Elbe moins le parti royaliste constitutionnel, dont M. Royer- CoUard était l'expression la plus élevée.

M. de Blacas y représentait le parti absolutiste, le parti de rëmigration, le paiii de ces royalistes très-dévoués, très-fidèles, mais peu intelligents de la situation, qui, ne voulant tenir aucun compte des événements accomplis, non-seulement en France, mais dans toute l'Europe, demandaient le retour à Tancien régime pur et simple, tel qu'il existait avant 89.

W. de Blacas avait la confiance du roi, et plus encore celle de M. le comte d'Artois; on attribuait à sa funeste infiuence tous les actes qui compromirent la monarchie avant le 20 mars 1 8i S» et sa présence à la cour de Gand excitait surtout les alarmes des royalistes constitutionnels.

M. de Chateaubriand représentait le parti de ces royalistes qui adoptaient certains principes libéraux, mais qui à aucun prix ne voulaient pactiser avec les hommes qui avaient servi la France sous tous les régimes. Ce parti était l'ennemi déclaré des hommes de la révolution ; U leur attribuait le renversement de la monarchie des Bourbons et la catastrophe du 20 mars; il les considérait comme des conspirateurs incorrigibles dont il fallait à tout prix repousser TaUiance. M. de Chateaubriand et ses amis avaient bien plus d'affinité avec M. de Bldcas qu'avec M. Royer^ollard.

M. de Chateaubriand fonda, en société avec MM. Bertin, ses amis, un journal périodique qui se publiait sous ce titre : le Moniteur de Gand.

Tous ces partis, réunis à Gand, éprouvaient une égale répugnance pour la personne de M. Guizot et pour les idées qu'il avait mission de faire prévaloir. La lutte entre

les divers partis^ absolutiste^ royaliste, constitutionnel, n*était pas nouvelle. Dès 1789, elle éclata au sein de TAssemblée constituante; en 1814, dès les premiers jours de la restauration, elle éclata de nouveau; elle recommençait avec ardeur au sein de cette petite cour de Gand.

Telle était Tanimosité de M. de Chateaubriand et de ses amis contre M. Guizot, que lors(pie ce dernier voulut essayer de se mettre en relation avec le Moniteur de Gmdy les rédacteurs de cette feuille lui firent savoir par voie indirecte qu'il ferait bien de ne pas se présenter chez eux, parce qu'ils ne le recevraient point. M. Guizot est resté complètement étranger à la publication du Jf onitmr de Gand; c'est un fait que j'affirme, par amour pour la vérité, parce que je le tiens personnellement, non-seidement de M. Guizot lui-même, mais aussi de M. de Chateaubriand et de ses amis.

La mission de M. Guizot était toute de prévoyance, et si, après la seconde restauration, le gouvernement du roi ne montra que des sentûnents modérés et pacifica* teurs, ce fut surtout à l'action du comité des royalistes constitutionnels que la France en fut redevable.

A cette seconde restauration, le ministère de la justice fut confié à M. Barbé-Marbois; on lui adjoignit M. Guizot conune secrétaire général.

Jusque vers le milieu de Tannée 1 81 6, le ministère eut à soutenir une lutte persévérante et animée contre la réaction royaliste, d'où était sortie la Chambre des députés introuvflbles. Cette Chambre, entraînée par l'opinion qui l'avait élue, prétendait imposer au gouvernement de grandes mesures générales de violence et de

persécution. Ces mesures furent presque toiqours repoussées avec succès par le cabinet auquel M. Gnizot ayait apporté sa collaboration.

Vers le milieu de Tannée 1816, M. Barbé-Marbois et M. Guizot quittèrent le ministère de la justice. M. Guizot fut nommé conseiQer d'Etat, et attaché en cette qualité au comité de législation et du contentieux. M. Royer- CoUard fût aussi nommé conseiller d*Etat et directeur général de la librairie et de Timprimerie, sous M. d*Ambray, ministre de la justice.

Bientôt après la Chambre introuvable était dissoute, une Chambre nouvelle était élue. Le règne de M. Decazes commençait. La réaction ultra-royaliste était vaincue dans la majorité des collèges électoraux, et un ministère plus homogène put gouverner d'accord avec la majorité des deux Chambres. Ce fut pendant le cours de cette législature que furent présentées et votées toutes les lois libérales qui ont fondé dans ce pays les grandes institutions politiques et administratives :

La loi électorale du 5 février 1818, qui établit le suffrage direct;

La loi du recrutement de 18i7,dont les principes régissent encore le pays;

Les lois sur la presse de 1819, qui organisèrent cette liberté si importante, et qui avaient réussi à concilier par les plus heureuses combinaisons les droits garantis par la charte et les mesures de sûreté et de répression nécessaires à sauvegarder l'ordre public et les personnes.

Bien d'autres lois non moins importantes furent proposées à cette époque, et notamment une grande loi sur

radministration communale et départementale qui devait être discutée en 1820^ et qui fut reprise seulement en 1828^ par le ministère Martignac.

Toutes ces lois furent en grande partie l'œuvre de M. Guizot ; elles furent préparées au conseil d'Etat> et il en avait été presque constanunent le rapporteur dans les comités^ jusqu'au moment où il fut appelé à la direction générale de Tadministration conununale et départementale au ministère de Tintérieùr.

Je rapporterai ici diverses circonstances qui n'ont jamais été publiées, et qui prouvent la participation active et persévérante de M. Guizot à cette législation si constitutionnelle et si libérale, qui fut pendant plus de trente ans l'honneur de la France dans le monde civilisé.

La loi sur le recrutement devait être présentée pai' le maréchal Gouvion Saint-Cyr; il s'agissait de rédiger l'exposé des motifs de cette loi. Le gouvernement attachait une grande importance à son adoption. La conscription impériale ayant été supprimée, il fallait pourvoir à l'entretien de l'armée, tout en respectant les principes de la charte constitutionnelle : c'est ce que devait.expliquer avec sincérité et faire comprendre aux deux Chambres, à force de dextérité de langage, cet exposé des motifs.

Le maréchal Gouvion Saint-Cyr, grand homme de guerre, et qui a écrit de beaux mémoires sur ses cam« pagnes, était peu propre à cette œuvre d^exposition et d'habile dialectique. Son esprit avait cependant, plus que celui de ses collègues MM. les maréchaux de France, l'intelligence du côté philosophique et libéral des cho«

ses; néanmoins^ le maréchal Gouvion Saint-Gyr aurait dit volontiers, comme le duc de I>antzik, le maréchal Lefèvre, qu^on pressait un jour de se rendre à la Chambre des pairs pour y prendre part au vote d'une des dispositions fondamentales des lois sur la presse, menacée par une majorité hostile : Qui m'aurait dit que ça me ferait un jour quelque chose , à mm, la liberté de la presse?

M. Guizot fut donc chargé de préparer cet exposé des motifs; le maréchal présenta ce projet de loi siu* le recrutement à la Chambre des députés, dans le mois de novembre 1817 ; il lut d'un bout à l'autre le travail de M. Guizot, qui obtint le plus grand succès. Le maréchal reçut au pied de la tribime les compliments des hommes distingués de tous les partis, avec cette assurance imperturbable qu'il montra sur tant de champs de bataille, au milieu des boulets et des balles de l'ennemi.

Le maréchal ne faisait cependant point mystère de la collaboration de M. Guizot, et il se plaisait à lui reporter publiquement le mérite de ison succès.

Le maréchal Gouvion Saint-Cyr conserva jusqu'à sa mort une estime profonde et iffcie amitié vive pour M. Guizot. Toutes les fois qu'on parlait de M. Guizot devant lui : « J'aime cet enfant-là, disait-il, je l'aime comme s'il était à moi. » M. Guizot n'était âgé que de trente et un ans à l'époque dont nous parlons; le maréchal en avait cinquante-cinq.

M. Charles de Rémusat, dans son discoiu*s de réception à rAcadémie française, résume avec éloquence l'œuvre politique de la restauration :

tt J'aime à le dire devant votre tombeau, royautés dé-

D chues, exUëes, pour qui peut-être Voubli comracnce, » dussé-je même vous déplaire par cette louange, vous » n'avez pas éteint la France ! Vos lois lui ont permis » de réagir contre vos principes ; vous avez souffert V qu'elle grandît contre vous-même^ et l'ayant reçue )) insultée par la victoire, humiliée par la fortime, vous » l'avez laissée, en la perdant, toute pleine d'orgueil et » d'espérance. »

Je reprendrai, dans le second volume de ces Mémoires, le récit des événements et l'appréciation impartiale des hommes politiques de la restauration.

Fir< DU PREMIER VOLUME.

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