‹ Mémoires d'un bourgeois de ParisChapitre 61 sur 71 · RÉCAPITULATION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION GÉNÉRALE

4re catégorie. Bâtiments 3,065,946

2e j . Objets d'art 768,780

3e 3 Bibliothèques. ... 85,400

4e > Mobiliers 2,460.750

5e » Ecuries 231,757

6"^ > Gaves. ...... 326,424

Total par évaluation approximative des dévastations qui ont eii lieu dans le domaine privé de Louis* Philippe, le 24 février 4 848. . . 6,938,054 •

Environ sept millions! — Cette évaluation est entièrement indépendante des pertes de tout genre supportées par la reine et par les autres membres de la famille royale* Dans le nombre, il faut placer en première ligne lajdestruction presque complète de la bibliothèque de la reine. Cette bibliothèque, située dans Tailede Valois au Palais-

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Hoyali a beaucoup plus souffert que celle du roi. Presque tous les ouvrages d*art ont été jetés par les fenêtres, brûlés ou dérobés ; une grande partie des ouvrages de sciences ou de littérature sont également perdus ou dépareillés. — Cependant nous n*avons cru devoir tenir aucun compte de ces valeurs détruites, dans un travail entièrement per* sonnel au roi Louis-Philippe,

Le cœur se navre^ le front rougit au récit lie ces dévastations du palais des Tuileries^ pilië^ ensanglanté; de ces demeures royales saccagées.

Quand de coupable ambitions^ à bout d'arguments, font appel, du haut de la tribune, à la force brutale de la placQ publique, le peuple répond enivré à cet appel qui surexcite ses plus mauvaises passions, comme il répond, dans les grandes calamités publiques, à l'appel fait à son dévouement, comme il répond, au milieu des balles et des boulets sur le champ de bataille, à Tappel fait à son courage. On peut dire que les multitudes n'obéissent presque jamais aux conseils de l'intelligence, de la raison, ni même de leurs hitérêts.

Ré|>étez sous toutes les formes, dans de fougueuses harangues, dans des scènes de comédie, dans des chan< sons passionnées et ûévrcuses, que les rois conspirent la perte et la ruine des peuples, qu'ils abusent de leur pouvoir, et au premier signal, après avoir chassé les rois, on détruira les toiles, les marbres qui reproduisent leur image; on détruira jusqu'à ces quatre morceaux de bois recouverts de velours qu'on appelle un trône. Frappez au contraire Vimagination du peuple par de glorieux exploits, étonnez-le à force de gloire et de grandeur : il se découvrira avec respect devantle héros

i*il honoi'e^ et il mourra sous le feu de Fennemi en riant : Vive l'empereur ! Certes, on ne saurait rester mpassible devant les crimes sauvages auxquels peut se laisser entraîner rhumanité^ mais dans les troubles publics, les vrais coupables ce ne sont pas ceux qui, de leurs bras d*atblëtes, font s'écrouler en un jour des gouvernements, des royautés, des dynasties et des palais : les vrais coupables, ce sont ceux qui, dans leur orgueil blessé, font descendre les hautes et délicates questions politiques et d*intérêt social jusque dans les carrefours, jusqu*.au milieu des populations inintelligentes, si faciles à aveugler.

Que les tribuns ne cherchent pas à relever leurs criminelles entreprises'par la noblesse et l'importance du but après lequel ils courent : le progrès des sociétés humaines. L'expérience en a été faite à plusieurs reprises, et, pour constater la triste similitude de tous les mouvements populaires ilms leurs conséquences et leurs résultats, nous n'avons qu'à nous rappeler tout notre passé, qu*à consulter les annales de nos nombreuses^ révolutions. Tout est représailles dans ce monde. Lorsque la liberté, dans ses excès, porte de morielles at- teintes à la société, à ses travaux, à ses intérêts de famille et de foriune, la société, à son tour, a bien vite fait le sacrifice de toute liberté, pour retrouver la sécurité et la vie paisible : au lieu de marcher en avant, la §ociété marche en arrière. Cela se passe ainsi jusqu'à ce que, fatigué du bien-être, et ayant oublié ses terreurs passées, l'orgueil humain reprenne le dessus, revendique, et souvent les armes àJa main, la liberté d'écrire et de penser. En politique surtout, dès qu'on dépasse

les limites de cette piussance invincible^ la modération, on ne rencontre plus qu*écueils et abîmes. La modéraration dans les vues permet seule la fermeté dans les actes. Je ne connais pas de pouvoir plus faible que la tyrannie, c'est-à-dire ce pouvoir inquiet et tremblant, qui n'écoute que les conseils de la peur et de la vengeance. Dans les assemblées, je ne connais pas de pouvoir plus court, plus vite à bout de ressources, que cette popularité que donne la violence du langage, que ces triomphes d'un moment décernés par les passions populaires. Les triomphateurs marchent souvent , dès le lendemain, courbés et garrottés à la suite des vaincus, responsables qu'ils sont de tous les désordres par eux provoqués, et des calamités publiqiîês qu'ils n'ont su ni prévoir ni prévenir. N'avons-nous pas vu ces boule-entrain de la réforme,' qui croyaient pouvoir assister en vainqueurs et en gants jaunes à un banc^uet solennel parlementaire, forcés de fuir, traqués et menacés par cette même multitude dont ils avaient, dans leur présomption, pensé se (aire une armée ?

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