‹ Mémoires d'un imbécile: écrits par lui-mêmeChapitre 74 sur 98 · LE PEINTRE ET LE MUSICIEN · texte numérisé non relu

LE PEINTRE ET LE MUSICIEN

Ces dernières paroles demandent un commentaire et me conduisent à vous parler du fils de Désir et du mien , auxquels Amédée venait de feire allusion. Mais ici encore nous entrerons avec notre Colonie dans une phase nouvelle.

Le flls aîné de Désir, appelé Graindorçe, avait été, dès l'enfance, si bien instruit par son père h jouer du galoubet, que, prenant goût à la musique, il s'éleva du pauvre instrument paternel àla clarinette , puis au violon, et que, bon gré, mal gré, il fallut diriger son éducation de ce côté-là. Je dis bon gré, mal gré, assez a. tort vraiment, car tout en restant très fermes dans nos conseils à nos enfants, nous n'avions jamais pensé à mettre

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d'obstacles à leur vocation , dès que cette Toca- ■ tionnous était évidente.

Graindorge avait achevé son éducation musicale à Paris , oii , grâce aux. recommandations d'Edouard , il put trouver un excellent maître.

Nous avions eu , quelques années plus tard , dans un de nos fils , un phénomène analogue ; mais c'était vers les arts du dessin et vers la peinture que s'était tournée la passion du jeune homme , et nous n'avions pas non plus songé à y mettre obstacle , car ce garçon montrait , de ce côté, un talent réel et original, Dirai-je qu'il est , à cette heure , un de nos paysagistes sur lesquels s'est le plus portée , aux derniers Salons , l'attention du public ?

Froment (c'était son nom) alla, lui aussi, achever son éducation à Paris , où Graindoi^e . qui l'y avait précédé de plusieurs années , lui fut , dans les premiers temps . un bon introducteur et un bon guide.

Je n'avais rien dit encore de ces deux garçons , parce que, leur aj-t même les ayant mis en dehors <le notre colonie , je n'avais guère l'occasion de les introduire dans ce récit , où je n'ai à m'occuper que de la ferme. D'ailleurs c'était pour

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nous un crève-cœur de les voir éloignés de nous ; cependant nous avions, d'autre part, il faut bien le dire aussi , une grande joie de leurs succès naissants , d'autant plus que l'un et l'autre nous paraissaient avoir suivi les véritables voies de l'art moderne. Evidemment, la ferme, la campagne , le souvenir de notre colonie leur étaient restés toujours présents , et nous en retrouvions la trace dans leurs productions. Les paysages de Froment nous rendaient tous les coins et recoins de notre domaine. Nous y retrouvions jusqu'à nos bestiaux. — Il m'envoya une année , pour l'anniversaire de ma naissance , une toile pleine de lumière et de gaîté , qui orne aujourd'hui notre salle à manger, et savez-vous ce qu'elle représentait? La Sainte Carriole, c'est-à-dire la carriole du père Lagorgote , où j'étais venu au monde , entre un mouton et un veau.

Graindoi^e aussi , dans ses compositions musicales , nous rendait les harmonies et mélodies tant de fois entendues à travers les grands arbres qui nous entouraient. Quoique jeune encore, il avait eu cette bonne fortune de faire représenter un joli opéra en deux actes. Quelle joie ç'a^'ait été pour Désir, pour Toinette , pour toute la

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colonie , d'entendre cette œuvre charmante ( non pas à Paris , où nous ne pûmes aller) , mais au chef-lieu de notre département , où l'œuvre fut , ma foi , très bien interprétée et surtout très bien accueillie.

Qu'ils sont à plaindre , les malheureux pères qui , si souvent , brisent la carrière artistique de leurs enfants ! et de quelles félicités ils se privent !

Demandez à Désir quel a été le plus beau jour de sa vie , et vous verrez s'il ne vous dira pas que ce fut celui où il entendit cette œuvre de son fils , surtout lorsqu'il y vit apparaître un bei^er jouant du galoubet , aux applaudissements , aux bravos et aux bis de toute la salle.

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QUATRIÈUE PABTIE.

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