QUATRIÈME PARTIE
La prophétie se réalisa : il mourut , comme sa mère était morte, pendant son sommeil, après une soirée calme et gaie,
Il venait d'entrer dans sa soixante-dix-huitième année.
Gorgotine ne lui survécut qu'une année environ.
Mais à l'heure où ceci s'imprime. Désir et Toinette, tous deux oct(^énaires , sont encore pleins de verdeur,
La colonie , en sa partie agricole , est toujours dirigée et très bien dirigée par Sainfoin et Luzerne.
François donne ses soins comme autrefois à la sucrerie , puis il surveille l'atelier de construction en l'absence d'Amédée.
Quant à celui-ci . le voilà devenu un des premiers orateurs politiques de ce temps , non peutêtre un des plus éloquents, mais un des plus sensés. Il a trop l'art de la politique pour ne mettre cet art qu'en paroles...
La colonie est restée florissante et gwe. Les fédérations s'y continuent deux fols chaque année; et c'est alors qu'on s'y rappdle avec bonheur ceux qui ne sont plus , mais qu'on y croit
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voir et oitendre toujours , et dont la pei^'ée ■vivifie ce domaine.
Les marionnettes , plus que jam^s , font les délices des enËints.
La science et les arts , dans toute la contrée , grâce à ce foyer , sont devenues le commun patrimoine ; et nulle part on ne trouverait une population plus heureuse.
Un vieillard du pays disait :
— Les maîtres de cette ferme ont grandi et fleuri comme les arbres , parce qu'il était dans leur nature de grandir et fleurir, et parce qu'ils ont suivi docilement et doucement la loi de leur nature.
La loi de leur nature était , en effet, de toujours acquérir en savoir , en expérience , en richesse , en libre expansion , en puissance , en bonheur... Ils ont suivi cette loi.
Le prc^rès était leur destinée, et leur destinée s'est accomplie.
L'humanité s'est montrée chez eux à son état normal , à son état vrai et sain.
Mais que de maladies encore , que de déviations , quels arrêts de développement partout
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ailleurs la dénaturent , la mettent hors de ses voies , si simples pourtant !
Les philosophes, dans tous les pays (ne voyant qne malades), ont pu dire que le monde est triste ; leur conclusion ici serait autre.
Ce que seront dans un demi-siède la ferme et ses habitants, personne ne peut le prévoir ; mais, hélas I peut-on mieux prévoir ce que seront la France et l'Europe.
Tout au moins il restera de cette colonie une légende lumineusee et sereine...
Dans cette légende , il y a pour tous quelque chose à puiser; les enfants mêmes y trouvent ce qui charme leur âge , l'éclairé et le fortifie.
Avoir été quelques jours témoin de cette vie patriarcale , laborieuse , attentive aux révélations scientifiques , c'était pour l'âme un réconfort. On ne doutait plus . ea présence d'un tel spectacle , ni de la nature , ni de l'homme , ni de sa perfectibilité , ni de ses destinées.
En entendre seulement parler est encore un bienfait.
Le vieux paysan qui disait si bien que la colonie a poussé comme poussent les arbres avait grandement raison ; aussi avait-elle été , cette
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colonie, féconde autant que les arbres les plus féconds.
Elle est, à cette heure, la gloire de l'agriculture.
Dans les arts , par Colzette , Froment et Graindoi^e , vous savez quel rang elle occupe.
Quant au révolutionnwre Amédée , il est aujourd'hui l'espoir de l'avenir en France et hors de France.
La parole est ici rendue à l'auteur des Mémoires. Son manuscrit était resté inachevé ; mais sur un calepin on vit qu'au jour même de sa mort, il avmt écrit ces quelques mots qui peut-être eussent été sa conclusion :
Instinct , raison , qui me préoccupez , vous avez été successivement, et parfois tous les deux ensemble, le fonds de ma vie , vie si calme,
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mais pourtant si remplie de travaux , d'événements, de réflexions et d'études L'heure ne
peut être éloignée , je le sens , où tout cela doit prendre fin, si ce mot fin peut s'appliqner à quelque chose dans cet univers infini
L'instinct , ici , laisse un peu d'espérance. La science se tait ; elle ne nie , ni n'affirme ; c'est pour elle l'inaccessible , et elle dit : Restons-en là.
Mais
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