‹ Mémoires d'un journaliste (volume 3)Chapitre 5 sur 20 · V. iévôiiéioûhdite lohs ks bôHhètth qui bùUÉpbuVez rêver · texte numérisé non relu

V. iévôiiéioûhdite lohs ks bôHhètth qui bùUÉpbuVez rêver

G. ki moi je souhaite que les exigences de la politique vos amènent souvent à Paris.

V. OU nous pourrons coiiïïnuèr iioïre tttlÈilCdfi. J'aurai le soin de venir avec lé mâesïrô qui èsî pliis ne\x' reux que celui qui vou^ prie en son nom et en celui de son collaborateur y d'agréer l'assurance de ses sentiments affectueux et respectueux,

tl. tiÊ ViLLEMÈâsÂNt.

G. Ce qui nous mettra à même d'aller vous remercier de la décoration que M. de Villemessant et votre tout dévoué ont osé demander pour leur ami D...

P. GiLLE.

Ce petit travail d*écoliers en gaieté terminé, notre lettre fut mise à la poste et quelques jours après S. Exe. Khalil-Bey nous répondait elle-même par la lettre suivante:

« Vienne, le 1«' octobre.

« Mon cher monsieur de Villemessant,

«^ Je vous remercie, ainsi que M. Gille, de vos aimables félicitations et de votre spirituelle lettre collective.

« Je pars après-demain pour Constantinople, ce qui me surcharge d'occupations. Ceci m'excusera j'espère à vos yeux, de ne pas vous écrire plus longuement.

« Votre tout dévoué :

n Khalil. »

Ainsi que nous l'avions espéré, et comme Son Excellence l'avait promis, notre ami eut l'honneur de recevoir la croix du Medjidié.

Le mariage de Khalit-Bey avec la fille de Mustapha-

Mes voyages et mes prisons. 117

Pacha a trop défrayé les journaux pour que j'aie à en rien dire ici. Dès que je l'eus appris par Gille, nous lui écrivimes la lettre suivante. Cette fois je pris tout seul la plume ; il ne faut pas, disait Scribe, faire deux fois la même plaisanterie. Si elle a réussi une première fois, elle court risque de moins porter une seconde fois; si elle a manqué son effet y pourquoi la recommencer ?

Voici ma lettre :

« Chère Excellence,

« Nous devons, avant tout, vous dire que si vous n'avez pas depuis longtemps reçu de nous une lettre, c'est que nous avions formé le projet, qui vous paraîtra bien insensé, d'aller vous remercier nous-mêmes à Constantinople. Comme c'est là un de ces voyages qu'il est permis aux journalistes de rêver, mais que peuvent réaliser seulement les grands seigneurs, nous sommes restés à Ppris...

« Permettez-nous, encouragés par votre courtoisie, de vous adresser une demande :

« Votre Excellence vient de se marier : rien de plus facile à Elle que de continuer sa race, aussi n'est-ce pas sur ce point que nous voulons insister ; nous vous supplions de faire en sorte que vos nombreux descendants soient tous aussi charmants, à la fois Turcs et Français accomplis, que vous l'êtes vous-même.

c Nous savons que ce n'est pas chose facile, mais

iîÉ lËkOlRES D'UX JOURMALtSTB.

flous savons aUssi que vous êtes trop aimable pouf nous refusef dn pareil service.

« Nous nous arrêtons dafls la crainte d'être itididerets, en priaht Votre EicèUélicê d*âgrëer reiqtressiofi dé noë seiltittietits leâ plub fespëctUeuJT et lëd pltii dévouée.

« H. DK VlLLÈNlÊSsAfiT. — PA. blLLE. »

Bien des événements se sont j[5âssës dëjitiiâ cette époque ; le plus considérable est la révolutioh qui tient de s'accomplir à Constantioople. La question est grave et intéresse tout le monde; aussi» jugeant de l'intérêt que présentera un récit exact des faits qui peuvent surgit*, le Figaro a-t-il dû envoyer en Turquie Un de ses tëdaetéurs, chargé de lui adresser une eorrespoiidatice spéciale.

Ce rédacteur est M. Ivan de Wœstyne , que notti avons Naturellement recommandé à Khalil-Bey.

A la fin de la lettre, aussi sérieuse que possible, qu'il doit remettre de ma part à Sod Ëxcelleilce, j'ai écHt, et mes lecteurs qui connaissent la première pfirtie de ces notes sur Khalil-Bey^ comprend^ont ma plaisanterie.

t VoUs êtes actionnaire du ¥i§uro; Votre Bieelleilce

Mes YôtAGËs Et ÉEi pKiâOKâ. m

se soUvieiit ^ûb Je l'ai fortëiHëiit ëfagàgée à tiè jamais mêhèT cette ptbpHété. Mdiâ ailx grâtids tlidtii les grâfidfl remèdes; aussi, si ces actiôiii pouvaient ââuter les finances turques, n'hésitez pas un seul instant. C'est aii gtâhd S&brlflbe, fc'est ItlËOiiteStàblei Hialà la t)atrie avant {»UtI f

Pals, {JaHâht àérieuëfertlëtiti J'SjdUte :

4 Je sdls âûr, d'ailleurs, i}Uè vous fi'eii aiïtét pas Bëâdili, Car toiit le inonde ibl ëst'tiëi^iiàdé (}tie iiiil né ttavaillërà plus ëfBcâcetfiënt 4U6 VdiJë â la tegetiëtâtiûtl aë tbtfë ttàys.

€ Veuillez ëg^éëf, ËidelMfce, etc. »

Notre collaborateur est t)ài*ti, ësbbrté de tidil Udiùbi'e de recommandations ; entre autres, celle de M. Clément LâUHêJ* (tlU ehtàhi prodigue, celui-là, qui à bieti fait de chanéët Ile troupeau {ibliilque). le m ^eihiêiÈ dé donner la primeur de sa lettre aux lecteurs de ces Mémdiréâ.

c Paris, !•' juin 1^76.

« Chère Excellence,

t Je profite dd départ d'un de dies àiiiis [)0di* fous féliciter de là besogne qlié vôUâ Vëilê^ de Më à Coiistantino|ilë. Je vbus H^pellëfâi àeulèiitëht le inot dé tàthëHâë de Mêdicià S ttëilH tll i — Èith mpé, niàH

fils, maintenant il faut coudre. — C'est là que ropinioa publique vous attend en France et ailleurs. Nous allons voir comment vous coudrez.

« Pour moi, je désire ardemment que votre pauvre peuple se relève et que vous preniez une grande part à sa résurrection. Comme Français, comme ami, vous pouvez compter sur toutes mes sympathies et sur le peu que je puis.

« Cela dit, je vous présente un de mes bons amis, M. Ivan de Wœstyne, homme d'infiniment d'esprit et de beaucoup de courage. C'est un ancien Belge qui s'est fait naturaliser Français afin de se battre pour nous en 1870. Il s'est en effet admirablement battu. Je vous serai infiniment obligé de lui être aussi utile et aussi agréable que faire se pourra.

« J'envoie à Votre Excellence l'expression de mes meilleurs souhaits et de mes plus affectueux sentiments.

« C. Laurier. »

Je donne aujourd'hui ces notes] et ces lettres que j'avais gardées depuis quatre ans, sans penser qu'elles pourraient jamais me servir, parce que je sais que le public aime assez être renseigné, même sur les petites

choses, et que je crois intéressant pour tout le monde de savoir quels sont les hommes entre les mains desquels se trouve maintenant la Turquie.

Je me suis attaché à ne dire que ce que je savais personnellement de Khalil-Bey ; on a pu constater et son esprit et son affabilité ; c'est un homme qui résume la civilisation moderne dans ce qu'elle a de plus complet. De ses qiïlalités d'homme d'Etat je ne parlerai pas. Mais il suffît de constater que la Turquie l'a appelé au pouvoir dans toutes les grandes occasions, et dans de pareilles circonstances un pays ne s'adresse qu'à ceux de qui il doit attendre de hautes lumières et un grand dévouement.

 ce titre, le nom de Khalil-Bey ne pouvait manquer de venir sur les lèvres de tout le monde.

Dans la dernière partie de ces notes improvisées à bâtons rompus, j'ai parlé de quelques-uns des anciens rédacteurs du Figaro et j'ai raconté divers incidents de la vie intérieure du journal. Si peu complète que doive être cette ébauche de l'histoire du Figaro, je ne puis passer sous silence une innovation qui fît sensation dans son temps ; je veux parler de ces dîners qui furent donnés par mon journal et auxquels tous ceux

i^ MÉliOlKES b'Uli JbtjtlNALlStE.

qui portaient Uû nom d'hottitne de taléUt dit d'espHt ataient le dtoit de prendre part.

Heureux temps pour moi que celui-là; le Figaro étant alors purement littéraire ne comptait que quelques rares ennemis ; c'étaient des écHTains qui trouvaient qu'on n'avait pas dit assez de bien, ou qu'on avait écrit trop de mal de leurs pièces ou de leurs livres, des peintres qui nous accusaient d'avoir mauvais goût; etc. ; mais coiflme en résumé ces piqûres étaient légères, on arrivait facilement à les guérir, et il n'était pas rate, quand on se rencontrait avec les blessés, de se tendre la main comme si de rien n*était.

Chose étrange, c'était Jouvin, le plus affable et le plus doux des hommes (j'en appelle à ceux qui le connaissent), qui faisait avec sa plume les blessures les plus profondes. Vivant très-retiré du monde, au fond de sa bibliothèque, entouré de ses livres, Jouvin n'a qu'un très-petit nombre de relations, il reçoit peu et lie va vdir personne; aiissi, qtiarid sa pliitnô était laiïcëè, âllait-èlle toujours droit àoii chemin, saiiâ faite le molhdre détour dans la crainte de froissël* Ptàtte ou Paul ; il ne les connaissait pas et disait francHèiïiëni, cruellement parfois, toute sa pensée.

Au coûiràlte de lui, Inoi et nies têAictéiih (^ttl, adx premières rëptésëhtàtidnà, dànâ lès èâféâ, àii réstàU-

MES VOYAGES ET MES PhISONS. lia

rdtit, partout enfltl; nous trouvions en relations plus 6u itlbins intiiHes avec les écrivains et les artistei^, nous Stioiià plutôt portëâ à adôUcif un insuccès qu'à le boiistâter clrûtneiit. Est-ce à dire pour cela ()ue ûous âyoiisi, noils, toujoût-s été des agheâiix? Ndh; et tldiià aurions feu bien tort, (»r les autres n*étaieiit guèhe lendrts pôiii* tiods.

fetl ^Hncl|)e, il fâiit biëii Tavouer, les gens de lettres, les artiâtëà ne s*aimetit pas ; j'àjotiteral t)our les excUsël* que je he bi-biâ pas qu'on se Chérisse iion plus dans les aiitfës métiers. Je li'ai jamais entendu parier de i'ddotatibh que les médecins avaient pùnt leà médecitlë, les avocats , léi notaires, les avoués pdU^ leurs boii» frères, ni mêUie les chocdlâtiers pour lôS autres chocolatiers.

Mâlgfë eettë bonne taisôU, je trouvais qu'il était pitoyable de voir qUe des gens d'esprit ne se pâHaâsent t^lus entré eut pour de légères égrâtignUfeS faites à iëtir àihoUNpropre, pour un mot le plus soUvent lancé sans réfléiion. C'est alofs que je conçus l'idée de donner un ^àhd dtner, dans l'espoir qu'une fois réunis autour de la même table, les inimitiés tomberaient d'elles-tnémës et que l'arriéré des comptes de rancunes âe soldëMt en bonnes poignées de main.

MieUi qU'OU âtttre à cette ét>oque je pouvais ënttè-

prendre une aussi grosse besogne avec espoir de succès. On me connaissait pour savoir panser toutes les plaies, avec un mot, un article inséré à propos, et on me savait gré du métier d'infirmier que je remplissais de moi-même sans qu'on eût rien à me demander. Aussi mes ennemis n*en étaient-ils pas. Les bons, vrais ennemis (je le dis pour ceujt qui en désireraient), on ne peut se les procurer qu*en parlant politique. Un poëte oubliera que vous avez mal parlé de ses vers, un peintre, de sa peinture, un compositeur, de sa musique, un mari vous pardonnera (il y a des exemples), de l'avoir fait... ridicule, il ne vous pardonnera pas d'avoir une autre opinion politique que la sienne. L'imbécile exalté par la politique vous absoudra de tous les vices et de tous les crimes, si vous partagez sa marotte.

Il n'y a que la politique qui puisse séparer sérieusement les gens. Je me rappelle le temps où nous étions absolument liés, Gambejtta et moi. Qu'on essaie maintenant de nous faire faire des mamours ! Et pourtant que de bonnes soirées nous avons passées au café Riche à tailler des bavettes gavons-nous assez ri pendant nos voyages, et quand nous faisions route, lui et son spirituel ami Laurier, de Paris à Hombourg! De ces charmantes relations il ne resle plus rien, et si nous nous rencontrions avec Gambelta, nous nous regarderions comme deux chiens de faïence I Voilà ce qu'a fait la politique, rien que la politique. En effet.

ce qui prouve que nous n'étions pas si hostiles l'un à Tautre, c'est qu'après le plaidoyer pour l'affaire Baudin, j'écrivis dans le Figaro que je venais d'entendre un avocat qui serait certainement un tribun de l'avenir.

Je me rappelle à ce propos que je dis au ministre de rintérieur d'alors, M. Pinard :

— Vous aviez un si bon moyen dé tuer la manifestation Baudin ! Il suffisait que l'Empereur et ses ministres se missent en tête de la souscription. Les citoyens fripouillards n'auraient pas voulu se trouver en si mauvaise compagnie.

Les grands politiques appelleront : petits moyens, ces modes de procéder ; je les trouve infiniment plus humains que ceux qui aboutissent invariablement aux charges de cavalerie et aux coups de fusil dans les rues. Aussi n'aura>-je jamais assez d'admiration pour l'esprit et l'humanité du brave Lobau, qui a trouvé que des pompes suffisaient pour dissiper des groupes révolutionnaires. Rafraîchissez avec de l'eau la cervelle de ces imbéciles et vous n'aurez pas besoin plus tard d'y mettre du plomb. Je le répète, l'action du maréchal Lobau est digne de tous éloges, et son nom doit rester comme celui d'un bon Français, d'un héros spirituel.

Bien des fois je me suis demandé comment, si le malheur m'avait fait souverain, j'aurais agi pour m'assurer contre les révolutions. Entre autre moyens, j'ai

126 MÉMOIRES bUN JOUllNAListfe.

trouvé celui-ci, que je recommande aux goiiveriiants. L'idée m'en vint en 1818, alors (Jilè le fietlple sbtivei'airi faisait des bàrHcades ^'oui* âfriver S fjhetidrë les tuileries, ddht il savait les ëdvës biéh gd^nies. Cât, chose digne de remarque, c'est toujours aux caves ({u'bli s'èh prend aux jolirs d'iiérolsmé tévoliitidlinàire. Le Palais-Royal, les Tuileries, Neuilly, èfi savèilt c|iièl- (|iië chose; les révolutions eh t'râhcë §orit un peu cornmé le jeu el les belles de l'o{)él*à-côniî(tli6; elle^ fie voiit jamais sâiis tevth.

Donc, je regardais la barricade énorhië qti*dil KVâlt construite devant le l'^lâis-Abyal poilr assië^ë^ le f)oste du Châieau-d'Ëâù c|ui se trodvait en face, àii côté dt'bit de la fontaine, et je iiie clisëis : Ou'advièndrait-il si, poui* J)l*otéger ce |)oste, où le^ l-épublicairis viennent Aè brûler vifs des gardes muriicl{)aux; tbiis èoldats d'élite, inariés , pères de fatnille {)6iir la plli{)art , oH âvailt fîiît une autre barricade, cëllë-cî trit)le et coiivërie de {jâniers remplis de saucissons, de bhâi-kiitëriè, dé pàiH tileti tendre, coiiroiiriée, ad lieu de pièces d'âHîUèHe, de plusieurs pièces de vin garnies de dodzîls qu'on li'dUrait eu que là ^eine de fellrèr {)biir emplir soii vei*ré : que serait-il airrlvé ?

Les héros de rifasiiri'ëciioii se seraiënt-lls dit : i t^assohs sans seulement tourhër là iëte devant ces cdttiéstibles et allons tuer dés gens c^ûè nous tie cbfihàissoHâ

pas, t)arce que hous avons été lancés par des hommes i[ûë rioiis ne cohhàissons {iâs dâvarilage et ^iil veulent ëlrè iûiriislres où (îé|)iités? » toiril! les bWves révdliltiôhriâlres âuf'àiëht d'abord tàii le siège en fègie de là châfciiierié ; on âilràit bii; hisltigé, oH aurait H, cbànt^y et ta cariaille, ad lieii dé se fuer siir des objets d'art |)oui* les ihettre éti iiiiettes, âii Ueù de fusiller un liauvre (îiâblé, pàtce (|u'il n'avait pris cju'une petite cuillère au sac' des tdlleries, tûi tëritfëe fort satisfaite chez elle; les pauvres femmes eussent été moins battues, les èhfahts hidltis abandonnés parce ({u'ori se sei'ait femis ati travail le lendemain.

Maië le progrès guettait ces pauvres patriotes sous forme d'ateliers hàtionaux et les préparait doucemeiit pour l'exil et la fusillade.

Je reviens 3 ïna barricade ; c'était je crois la ineillëure et là t)lùs solide qu'un gouvernement puisse imaginer; elle eût hëçu toiis îës assauts des patriotes.

Qile lès frères et amis qui liront cela (et ils nous liseiït toiisl) hë disent pas que non; je lès connais, rieh qu'à penser aux coihestibles, aux jambonneaux, etc., je suis sûr que l'eau leur vient déjà à là bouche.

ie ne sais pas de |)rihcipes révolutlohhaires, de questions sociales dont les apôtres pùisseht* tenii* dix ihinutes devant un étalage de cbarcutërie et (|uelqué^ bdiiteilles de bon vin.

tin jour qilë hôiis Causions avec M. tiirvoii, ië fcdttimiséairâ des résidences impériales, je liii dis tiièn ôpi-

nion au sujet de la façon dont on traitait les émeutes. « — Mon avis, lui disais-je, est qu'on accorde trop d'importance à des manifestations qui, pour la plupart, ne sont que des gamineries au commencement et devraient toujours être traitées comme telles. Toute révolution a pour principe un gamin, comme tout incendie a pour commencement une étincelle. Un coup de pied donné et une goutte d'eau versée à temps eussent empêché bien des scènes sanglantes , bien des désastres.

J'ai remarqué depuis longtemps comment procédaient les manifestants dans Paris, avant la guerre. C'étaient d'abord des groupes qui se formaient sur un boulevard, puis qui, se réunissant, constituaient une foule compacte dont chaque personne demandait à l'autre : — Qu'est-ce qu'il y a? — Le lendemain, à la même heure, la môme foule revenait pour voir les groupes; quelques marmitons et garçons pâtissiers (j'ai toujours constaté la part active que les marmitons prenaient à nos révolutions) cassaient les vitres d'un réverbère, plus loin des gamins s'acharna nt sans raison culbutaient un kiosque de marchand de journaux.

Dès lors rémeute était constituée régulièrement et devenait un but de promenade pour les Parisiens qui se rendaient là comme on les a vus aller voir tomber les obus quand Paris était assiégé par les Prussiens; les dimanches surtout^ la foule était plus considérable dans les quartiers bombardés, parce que les badauds y con-

duisaient leurs enfants pour les récompenser de leur bonne conduite pendant la semaine.

Revenons aux émeutes.

Le rendez-vous général de Paris était à l'endroit où s'étaient passées ces premières scènes de violence. On se serait peut-être lassé d'un aussi beau spectacle , s*il n'avait été rendu plus intéressant encore par l'arrivée de la cavalerie et des troupes qui passaient sur les trottoirs.

Rien de plus triste, de plus morne que ces défilés destinés à produire un grand effet.

— Savez-vous, disais-je à M. Hirvoix, en continuant ma conversation, savez-vous ce que je ferais si je commandais Paris? Au lieu d'envoyer ces soldats silencieux, tristes, inutiles, je mettrais à leur tète la musique de leur régiment; je ferais exécuter la Femme à barbe^ ou le Roi barbu qui s'avance^ bu, par exemple; tous les badauds du boulevard, qui n'ont jamais résisté à une musique militaire, se mettraient au pas avec les troupiers et les suivraient partout où ils iraient. Votre boulevard serait instantanément nettoyé, les boutiques rouvriraient, et quant à vos curieux et vos émeutiers, vous les auriez conduits à la préfecture de police où ils seraient tous entrés sans seulement s'en apercevoir.

Le lendemain, j'aurais voulu qu'ils trouvassent tout Paris en fête, que l'Opéra, l'Opéra-Comique, le Théà- ^re-Français, les théâtres de drame fussent ouverts gra-

130 |IÉMpl|iES P'UN JQURNAL^STE.

Us, et vous auriez \)\en vu si vos émeul^ers, vos 4ésœuvrés occupés à s'amuser^ glissent; peoçé aux barricades} M. Hirvoix applaudit à mon proje^; j'appris méipe qu'il en parla à l'empereur qui rit beaucoup; il eût mieux Uxl de moins nre et ^e ('appliquer ^érietisepient.

Tout cela aQn de 4|re que je qrqis aij pouvoir f}e la bonne c^ëre pour apaiser (es passions e% les b^ii^es, ef que c'es| avec cet!« conviction <ji|e j'avais pepsé aux (}Iners du Figaro, Ce fut une grosse affaire que |eur organisation. Armand Qarthef, après 4e Iqpgue^ ^é^bérations avec nous tous, en rédigea les statuts. Voici quelle fu|; la première annonce dç ces banque^, fondés pour entretenir des relations de confraternité entre les gens de lettres; je la retrouve dans le Figaro du |2 novembre 1857.

(( L'union fait la force : rassemblons en noyaq nos célébrités parisiennes ; le bon vin fait la belle hua)eur : réunissons-nous à table ; et bannissant les préoccupations {bourgeoises qui engendrent la bêtise et Tenni^f, pensons tout haut et rions de même. Il ne fait pas |pus les jours soleil, et Tesprit aussi a ses jours ()jf pluie ; mais si l'occasion nous manque pour applau4ir un bOR mot, elle ne nous manquera pas pour siffler une gottise, — et qu'importe si l'on a ril

« Donc, je voudrais voir fonder un souper mensuel uù vinssent; s'asseoir à tour de r61e« dans 4e§ lip)it^s

convenues, toutes nos illustrations du moment, — celles de l'atelier, celles de la rampe, — celles du livre et celles du journal. Mieux encore! ouvrant à deux battants tes portes de nos agapes, j'y convierais quiconque se sent dans la tête ou sur la langue la force de tenir son bout de table, dans une pareille assemblée. Pourvu avec cela que le nouveau venu se soit fait présenter par quelque notable , comme il convient dans toute réunion qui se respecte, nous le recevons à bras ouverts, et si d'aventure notre hôte a des saillies victorieuses, c'est de nos propres mains et avec une abnégation reconnaissante que nous le hissons sur le pavois. »

Les statuts suivaient cette proclamation qui fut accueillie avec le succès que je dirai plus loin.

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