‹ Mémoires d'un journaliste (volume 5)Chapitre 8 sur 20 · BOIELDIEU · texte numérisé non relu

BOIELDIEU

Le dernier paragraphe contenant la deuxième nouvelle n'est-il pas un pur chef-d'œuvre !

Désireux de compléter ces notes par une lettre d'Halévy, je la demandai à madame Scribe. J'eusse désiré surtout une letlre relative à la Juive. Malheureusement, à cette époque, les deux collaborateurs se voyaient tous les jours et ne s'écrivaient pas. Leurs observations se faisaient de vive voix. La veuve de l'auteur du Verre d'eau, du grand librettiste, voulut bien me communiquer l'autographe suivant.

Halévy écrivait à Scribe :

« Mon très-cher collaborateur et ami,

a Voici deux jours que je veux répondre à votre aimable lettre du 28, et que le temps me manque. Je

profite de mon premier momenf de liberté, je suis encommissionné de cinq ou six côtés, et le meilleur de mon temps y passe.

« Votre première demande, mon .cher illustre, est une grande flatterie, et mon cœur en a bondi d'orgueil. Il y a un petit buste de moi, de Dantan, il date de quelques années, et a conservé un petit air de jeunesse qui m'a quitté. Heureux privilège des bustes ! Duret allait en faire un autre quand la révolution est venue nous distraire de ces sortes d'amusements. Je vais m'occuper de vous adresser, à Séricourt, le petit buste de Dantan, car je suis très-fier de figurer dans votre galerie...

€ Nous avons de nouveaux directeurs à l'Opéra- Comique, MM. Emile Perrin et Doux ; je ne les connais pas. Le théâtre fait relâche ce soir lundi, à cause, dit l'affiche, du changement de direction. Je ne comprends pas trop ce relâche, cependant, je viens de recevoir un bulletin de répétition pour ce matin. Nous verrons ce que tout cela deviendra, et je m'empresserai de vous faire connaître ce qu'il pourra y avoir d'intéressant dans les faits et gestes des nouveaux autocrates.

c Mille remerciements de votre bonne invitation. Voilà le soleil qui nous arrive en même temps ; depuis deux jours le printemps semble vouloir se montrer tout de bon, j'espère bien que nous trouverons le temps d'aller admirer Séricourt. Nous étions garçons

tous deux lors de ma première visite, ce n'est pas un des moindres changements que nous y trouverons ; mais n'est-il pas vrai que nous n'avons qu'à nous féliciter, qu'à nous applaudir pour chacun et mutuellement? Ma femme se fait une fôte d'aller vous visiter dans votre beau domaine; en attendant ce beau jour, recevez pour vous et madame Scribe l'expression de tous mes sentiments de vive et bien affectueuse sym* pathie.

«A bientôt donc J'espère, nous travaillerons pour le présent, heureux s'il en reste un peu pour l'avenir! Pour vous, cela est certain.

« Tout à vous de tout cœur. .

« F. Halévy.

« Lundi, V' mai. »

Madame Scribe a bien voulu aussi me communiquer cette jolie lettre d*Auber. Elle est charmante de philosophie et de gaieté ; c'est de la musique d'Auber en prose.

c Mon cher ami, votre lettre et M. Perrin que j'ai vu à son retour, me promettent un premier acte à la fin du mois. Je vous en remercie, et je ne puis vous dire assez à quel point je désire de me mettre à la besogne.

« Je ne suis plus d*àge à m'amuser en chemin, et d'ailleurs l'époque de Tannée me commande de me

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dépêcher. Je compte donc, comme j'y ai toujours compté, sur votre bonne amitié pour me mettre à même de commencer et d'avoir bientôt fini cette partition, qui sera peut-être la dernière...

€ Bah I j'en ferai encore trente.

« A vous de cœur,

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