DE CARLETTI
Ah mon dieu I voti?e gouvernement suit une marche qui vous mènera à être l'esclave des au= ttes puissances y qui vou&anéantiront. Vous êtes perdus ; votre Convention est détestable. Il n'y a pas deux hommes de tête et de cœur.
On annonce alors Merlin ( de Douay ). C'était hii que l'on attendait encore j il était connu. On se tut à son aspect. Mais quelle fut la consterna» tiondeM. deCarletti^ et celle de quelques autres, lorsque , se tournant vers nous : « Tiens ! c'est » toi, Harmand? ton Comité de sûreté générale » t'a donc laissé libre aujourd'hui de bien bonne )) heure? » Ces mots firent l'effet de la foudre. Mon tour vint, et mon nom, dans la bouche de Merlin, fut alors reconnu de tout le monde pour celui d'un conventionnel. L'embarras delà société était à son comble. Madame Panckoucke nous regardait en souriant ; nous souriions aussi ,
mais le sourire d'un collègue des terroristes u'inspîftiit alors que plus de défiance.
Heureusement on vint annoncer que le dîner était servi, et nous passâmes dans la saljle à manger. Monsieur de Carletti profita de ce moment pour parler en particulier à Harroand. La Harpe s'approcha de moi et me félicita siu: le courage que j'avais exprimé. Il paraissait vouloir me faire -comprendre que , si je le trahissais , il pouvait me livrer aussi. Je l'attérai en lui répondant qu'un pareil langage n'était souvent qu'un piège. « Toutefois, luidis-je, ceux qui » maintenait ont échappé , peuvent à peu près » être tranquilles. » La Harpe ne donna pas a ces mots leur véritable sens , et fut loin d'être rassuré.
L'aisance et la gaité revinrent pendant le dîner. Vers là fin, monsieur de Carletti, plus tranquille , retrouva l'occasion de parler politique. Je n'ai pas besoin de le mettre de nouveau en scène , pour le montrer , plaidant avec, chaleur la cause contraire à celle qu'il avait défendue le matin. La Harpe en fit autant. Ils y mirentmême beaucoup de maladresse, et je leur en sus mauvais gré. Toutefois je m'arrête ici sur ce qui les concerne ; et je n'ai rapporté quelques traits de
d'un prêtre régicide. 221
cette conversation que pour indiquée quels étaient, à cette époque, la position et les sentiments de certaines personnes et de certaines classes. *
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