‹ Mémoires d'un prêtre régicide (volume 2)Chapitre 65 sur 74 · CHAPITRE LXUÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXUÎ

^ysionomie de la ConTeiition. «~ Dénonciation de Lecointre. Bisoours de Legendre. — J'obtiens la clôture de la discussion. La veuve de J.-J. Rousseau. — Marat au Panthéon.

La. lutte avait été trop précipitamment engagée^ la victoire avait été trop prompte, pour que. la Cîonventîon put se trouver, après la journée du 9 thermidor dans un état tranquille , et pouf qu'une marche affermierem plaçât sur-le-champ le doute et les alternatives par lesquels nous avions erré pour ainsi dire , d'égorgements en égorgements. Quelques mouvements de réaction étaient inévitables , et ils étaient aussi d'autant plus difficiles qtfe, par jalousie cbntrè Robespierre , ses anciens amis , ses plus sanguinaires

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complices , lui avaient porté au moment fatal les coups les plus dangereux. Un mois avant sa mort , le dictateur n'assistait plus aux comités , et à TactivitédeBarrère, Amar, Vadier, David , on ne s'était pas aperçu de son absence. CoUotdlHerboîs , Lebon avaient étendu son empire dans plusieurs villes encore ensanglantées et fumantes. Ils étaîjsnt bien ausai tous coupables du régime de la terreur ; mais ils étaient unis, et les attaquer, c'était prolonger une lutte terrible, c'était éterpiser peut-être le rfegne de la guillotine.

Quelques vertueux représentants plus courageux que prudents, dénoncèrent cependant plusieursjours aprës legthermidor^DavidetLebon.

L'iaccus^tiou ^t (écartée à Regard du premier; Ip second était trop yulnférable pour espérer d'y échapper, il fut décrété d'prriestatioB. Oa n'ada^ quait que deiqc jiidividqs; à me^ ypiq: iU ?y4Î^ ^^rjté ^^ moijf^s pn arrêt fiét^^^ssant; je p^opor sai 4 r^sçfip^léje de wvpuip ^^r l'afiaire dqJDfiivîçl, aussi |Cftupaf)}e |i|i^Le}:>o«, jçt dp^iw^^i qm h^ pftids 4e j? in^tffie fu^Rf ji? fff4»x pPHr tP^î f» fla'éjÇQW, jBt îk %iePit tqijs 4ewi: pr»^, Qlwlr ^iî;e ifmpftaprè^ , 0?tyi4 M ^^dxA i h Jlibtrtè, ti^r la 4eman4i?;4e §»s élib>çf5Su

d'un PIIÊTRB HiGlCIDE. 34t

Lècointre de Yei^saiHes alla plu» loin qtie Dou$. Le lo fructidor^ il déDOOçâ à la Ms Çôllot-d'Herbois ,v BiUaud-Varentte ^ Batt*ët*e , Vadief, Amar > Voaland et David , meûlbrës des deax comités'^ Je partageais bied ootïiplétë^ ment sob opiï^ioe suv leur. compte; c'étaient deé gens couverts de sang, les sanguinaires satellites d'un tyran, dont la chute n'avait pu éx^ev ^es fori^ils saiis nônlbre qui associaielit encore leur Qokn^u sien dans les pleurs d'uiie popu-^ ktian entière. Je sais que si la loi chMtiennè PO us ordonne le pardon des injures ^ elle com^ mande au juge d^ètre i|ifle2Ltt)le^ mais j'engag^afi Jjecointreà modérer son généreux courage, j'es*» sa^ai de lui faire voir que le succès de sa dé*^ B^arche sei'ait funeste à la Convention , déjà si faible pour Imter contre les ennemis qui Fa^saillaient de toutes parts^ que les décemvirs dont il voulait tirer vengeance , nous sauvaient souvent par leur énergie de notre propre faiblesse, et nous donnaient seuls encore aux yeux dé l'étranger une cSntenance ferme et redoutable; 4]u'entin il valait mieux accepter la tête de leur ^ancien chef comme une expiation suffisante , et lesfbrcerdésormaisi marcher comme nous dans les vdies de la justice et du bien public. Lecointre

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était résolu ; il voulait, disait-^il , ^rger laGon« yeution.; il voulait que ce qui resterait dans l'assemblée fut pur du sang qui avait été versé , et innocent de tout projet nationicide. Jeloue son courage ,^ mais je trouve encore que sa démarche trop hardie était complètement in* tempesdve.

Il lut 2^ l'assemblée un long projet d'accusation dans le genre de celui qu'il publia a^rës çoiipcontre,Robespierre,et dans lequel il s'attribue tout l'honneur qui était dû en grande partie à chacun de nous. Il avait , en cette circonstance ^ pour appuyer sa motion, dés liasses de pièces et de témoignages. Nous décrétâmes d'abord que les pièces ne seraient pas lues , et que l'on passerait à l'ordre du jour. Les accusés Puhem , Bourdon de l'Oise s'y opposèrent , et youlurent que, pour la justification des re^ présentants incrjiminés^ elles fussent discutées. Ce fut encore un orage au sein, de la Gonventiou. ]Legendre répondit :

« Il est écrit dans, le code -ftes nations , Kjue )f tout peuple qui , après avoir fait une révolu- }} tion , a regardé . derrière lui , n'en a jamais >) atteint le but. Après la chute de la Bastille, le ¥ peuple s'endormit un instant , et la révolutioii

d'un I»ldbTRE RÉGICIDE. 343

M fîit retardée; mais depuis le lo août, il jEie h s'est point retourné ) il a imité ses défenseom » qui portent la mort sur nos ennemis ; il veut » marcher droit au but , à raffermissement ide v) la liberté, comme le voyageur qui continue » sa route ^ans s'embarrasser des insectes qui » bourdonnent à ses oreilles^ Quand donc là » Convention cessera-t-elle* de rendre aujour-^ » d'hui un décret et de le rappibrter demain , "» parce qu'il ne plaira pas à quelques individus?

» Citoyens , empêchons le déchirement de la D république, souvenons«<ious que des choses M qui sont bonnes dans des circonstances , sont » mauvaises dans d'autres , et que si nous fain yi sons le procès auE événenoienls six semaines » ou un f mois aprës qn^ils sont arrivés , nous » pouvons risquer de rendre coupables tous les. w patriotes. Je vous demande par exemple, si » Ton doit poursuivre aujaurd'hui ceux qui odt » brûlé des châteaux dans le commencement » de la révolution , et qui ottt tant coopéré à » la destrt^ction de la féodalité.- Je demande qiie » là Convention maintienne son décret d'hier j^ » et que Ton passe à l'ordre du jour. >>

Je m'étais attaché depuis quelque temps à ce citoyen , qui dans le commence^ient avait joué

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wk tèU ni dé^^ûtant . ËdipfDité par le ibugiie d€ aMT cai^dtèFOy ^luA&cikmént entraîné à cause de foo ig^Qorance^ cet ancien boaebèrne maiiquait idspeeiUmt pas de bon seb» et d'one certaii^ «e]isibilitéw::NQias ca«»ioiié souvent eâsemblQ depuis' le 9 therknidori^ je )m trouvai plus d'une fyAs UdnèreAient repentant des erimea de 4aiitcjrreur^! et côrtofe s'il are parvint paaà les .iaùre oublier '^comme taht d^auta^s , c'est «Ju'il 'oebut pas intrêg[uec ec^nte euKi Dtous nous QJntbetenions^ \àè^ affainss ttu moment f il avait fine bonne niémoire^ et souvent il porta des lambeaux de nos entretiens àa la tribune y xjbnt 41 prenait assez bien Flidbfiuclei: '

^ Sesieiforis ^quoique îieèondés^ par tl'au très' orateurs y parmt leaqueU &t|ût TaHic» ^ (furent im*ptiissants^ Onvotal'eKamecihdesvio^t et quelles articles dont s€^ ^omposaiiL l'acte d'accusatioa 4^ Ifiecointre; à; l'appui de chacun > les pièces fqofent lues et discutées; soit à dessiein^ soit: p^r trâhisoii , il en manqua quelques -'Uâes» et la dénoneittidn fut décianéecajLomnieuse. J'avais ^uivi jivec attention qstte discuss^i^n intéressante y et à ^u^ dts mes relations pai'ticuliëres avec les deux parties^'je crus po^voifr et deVQÎF mêfi^ la ^^pc^ii^er p^j^tqjuelmiÇ^ P¥^^es

d'un PSÉltlB MtelCIDE. 34^

de ooiunèiièioti et d'cnlblL Ce rôle était 'd!aiileilt3 \m de ctHui qui 4onTeiiaieiit au «aràctbis îneiEsi* cable c(1ie le ihbtiilb regardait peot^re coiliinê simillé par înes actioiia :

'i( Il était aisé^ dis^je^ de préroir que càtte I» idisctta59ont0urnerakauproBlidelaréf)cd>1i<|iie. •» Le pîége qu'oh nous avait tendii 4kait. trop A grosbier. Vouft vou^rappeka^ etèoyens^ queloi j) Briasotihs voukieut i aussi; ùÀse \é prooèft à la » jotirxfeée eu loaioût; la mérbe nnrrche a été-sutt d) . iriedans récusation qui à été hité par Lecokif* m tre^ contre pkisîfurs de nos^i^oliègues. Jeèroia ^> que cett^ séjance a sufii poiir mous conyaintM ^ que Leooîtitre n'est pas un contre^i!éTolutîaife<«j» . Daire ^ car ua contre^révolutiontiaii*e n'aurait ki . pas été assez franc ^ n'aurait pss eu assez pék » d'expérikice pour se charger d'une panéillfe 4» dénonciation V Tout le monde jait qu'il y a >») deshowne^ qui ont le talent dé se cadrer »,' tAenière le rideau, et de mettre en bvant uiie » tète ca[altéeb .Cette ditcussiob a duré assez »> long»-tempsy j'en demande la clôture^^ et le H maintien dli décret d'hier. » i

h, ne dodhe pas ces paroles comme ayant jamais été ma véritable opinioil sur l'affaire d^itètîl ëstcpièsiion ; vais dles pfdduisii^tiftt teUr

effet, elles furent utiles ; Barrëi^e et Billaad m'en surent gré, ils uie remercièrent, d'avoir Soigné toute accusation de la conduite de Lecointre qui, mieux éclairé , m'avoua qu'il avait été trop Vite et trop loin , et que j'avais été plus sage que lui. Je dommençais à me savoir gré aus^ d&jma conduite. J'avais lidit quelque bien, mais jamais à meayeux je ne pouvais efïacer le crime dontn^ chargeait le supplice du juste et de l'innocent. Je n'étais resté dans un poste ensanglanté, qu'avec ia ferme résolution de défendre . mes semblables, et sous ce rapport ma conscience satisfaite, me relevait à mes propres ^yeux.

Maintenant, que me restait-il i faire? Le ré« gime de la terreur avait cessé en grande partie. Dès les premiers jours qui suivirent la chute; de Robespierre y les* comités furent changés , le tribunal révolutionnaire fut ^complètement renouvelé, lés prisons avaient été couvertes , et chacun du moins connaissait ^5;e5 motifsiéfar^ .restation. Si de longues listes garnissaient encore les:bancs du itribunalrévoluttonmôre , lenômbre des absous l'emportait de beaucoup' sur celui desteoodafUnés^etdu liecud'allerà la giiillotine, ciinquanteàsoi^cantieiperscMines récouvmient •J^ liberté^, et é^ûetit .rendues à )e«frs i^imilkl».

d'tjh paêxae régicide. 347

Je n'^vdis pas été inutile à ce retour vei^ i'humanicé 9 et c'était là.du moins une idéecon^ sciante* La Convejàtion i^ptenalt une physiomie. plus caljQcie. Les discussions, avaient plus de dignité. /Après le g thermidor , j'étais re»> towné aux Jacobins > et j'y développai un projet d6: loi^stir la presse^ que je crois sage et juste pour tous les temps ; mais je m'aperçus bientôt que cette assemblée était» toujours le rendezvous de ceux qui setnaient le trouble et entre*tenaient l'anarchie ; mes collègues 6rent la mém« remarque^ n'y reparurent plus, et bientôt la salle fut fermée par ordre de la Gon» vention.

Je n'avais jamais été un grand orateur de tribune y et je parus pourtant quelquefois à celle de rassemblée. Je ^ùis dire que je fus un des plus chauds défenseurs de la loi d'humanité, qui fut rendue au sujet des émigrés. Ce fut apssi mpi qui , un des premiers , donnai à l'assemblée des détails sur l'horrible explosion d? la poudrière de Grenelle « Je fus blessé en cette circonstance en portant des secours, ^% en rechercbant parmi, les décombres , les victimes qui respiraient encore. Cette seène loiutefœs, est trop connue pour que je la '^ap*

348 / Hiaoïus .

pelle icu Je parlûî égaksmeitt «itr le nknuscvtt qui noua fat upportÀ par là feiHiÉe Levaisear^ Teuve de Ji^. Rousseau i J'ea cotk^ tea^i d'atofd ra«i«kentidtté« H était bi<ïtl Vtài^ diaais-je, quel^auteof à\k Gonmat somal , àliraii liiseé det papîeifs mhetéa / et ^ui hdf detâtetit; être ouverts qu'en 1801 ^ nttiis je tenais d'uil' homme de lettres^ le citoyen Pàteàu^ arnoieo alibé^ et détenu à Sidtitkék-Pl^gie ^ qixe ee Kta^ msimtii'aVàit pas été laissé entre le^ntard» de sa

vëave*

: On eatpliqua ^ qu'après avoir passé entre plua ^eurs mains y il était venu daàs cellds.de 6it^ru din. La femme Levasseur Tayant su ^ Ta tait rédemandé, et. avait même menacé le dépositaire de le déndncer aux comités, s'il ne lui livrait jpM le manuscrit. Il avait cédé. Cette femme, qtd fbiidait aur un oiivtage de Jëati-Jacqùes , de {^ndës eèpéraiic^ de fortune, rap{>dr^ità lit Convention dans l'intention qu'il fiât ouirétt avant; l'époqtie fixée> sans aueun dang^f podr ellef> Il le lut en e^t ; l'assemblée ei^ttt auétti qu'elle allait trouver quelque autre Cantna social... C'ét^tt^ut simplement tin nouveau loanuscrit des cyniques Confessiom du pbi« losopbe ; seulement les noms y étaient en toutes

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lettres , tandis que dans les éditions déjà connues ^ les personnages n'étaient désignés que par des initiales.

Le nom de Rousseau , me rappelle que dans le même temps ^^les cendres de Marat forent placées au Panthéon , et qu'oti en retira celles de Mirabeau. On peut voir par ce seul fait, que la Convention et 1^ pjÇviplQ 4^ ^^ty étaient encore loin des dispositions , des sentiments , que j'aurais voulu partager. Aussi , désormais inutile et dégagé du vœu que j'avais fait, je revins à l'idée de terminer là ma carrière politique^ où j'avais laissé mon vêtement de noces , jujivant l'expression de l'Evangile. Seulement je m'y arrêtais maintenant avec moins d'amertume ; je voyais la possilibité d'une retraite paisible ; j'étais le possesseur d'un petit hermitagc, que le seigneur daignerait peut-être ençor^ bénir sur une terre où il était proscrit, j'ouvrais un asile à quelque frère , et j'exerçais la Parité sans effrayer le momie^ d'austérités , que je n'approuvai jamais. Deux circonstances don€ je dois compte au lecteur , retardèrent FÉ(3oomplissement de ee dessein.*

S^oc HiuomsB

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