CHAPITRE LXV
Ma visite au Temple**- Le yieui «Bt^t^u^i -^Le Daiapbùi* -n- JMfi^ . ()ame. — X^'imitation de Jésus-Christ ; Le Nouveau Testament. '— . "hÊWi rapport au Coidtiité'de^sûiiet^ générale. -^ Gambacérè:j.
^^ Aumoî$dèfévH#k^§5,Catalacérèsftitchargé défaire au cbinîtê" de sûreté générale^ un rapport sur les deux enfents dé Louis XV!-, détenus aà Ten^lë. Dans le même temps, les commissaire^ dé la Commune, nous firent parvenir des détails inquiétants sur la santé du jfeUtie prinée; il fut déioidé que lun d'entre noua se rendrait aûTetnii piè et s'assurerait de la vérité; je^aisis avec empressement Foccasioft de voir ; de séi^vir peut^^e )e fils dé celai dont la mort était u^
poids af&eux pour mon ame ; le comité agréa mon offre, et il fut décidé que j'irai^ au Temple. Cette décision transpira sans doute. Le soir du jour ou elle fut prî^e^ HMpreflieB&nt dans les Tuileries, je'remarquaî que j'étais constamment suivi par un hommeâgéet dontla pauvreté décente attestait au moins une ancienne aisance. Ma seule pensée fulque^Katt^àË tnàl^Ureuxqae jepotivais secoutir et«Ofilager; j'allai ipoi-'méme lui ' faire, part de m^ -soupçons^ je lui demandai
vices,
» à. vous demander une grâce pQur moi- bien » importante ; vous pouvez l'accorder. — Quelle » est -elle? — Vous allez demain au Temple?
» Permettez que je vous y accompagne ; j'ai servi
^ . et tJepHjftpp i#i(p8,j^ fi'jilffhl§?f?i^.T9l^SS^
>)aj« T^^m^-é^ kif^h/ pl»Js.^l»^^«WfI..4«ç^%'fa*
d'un paÊTRft RÉGICIDE. 3Sg
j^elne^ je n'ctuspas ilW d'y<&îre»atteiitvoit<33e «Quel est votre stom ?. loi 4elDaiidai-(-je^ :4^ » Fabricius, répondit-il. » J'en doutai/ maât je.nelni en demandai point da^atitage ^ dans la crainte d'éveiller • ses soupçons; je Ini^ae^ cordai sa demandé* : r : : w!
Le lendemain , iï> fat é^àct aa rèndea -^ vcmb que je lui avais donné ebez> min/ J^étaia réscia i lui £ai^e accepter ^quelques secours ; ^raais a*aigna;nt) de . l'humilier ^^ j'usai d'un, strai» tagema qui pe ^pouvait manqiuer de réossiâr avec tity bomme de l'ancien régime c a Gif^ >> toyen.^ lui* <(forje , vous pe pou^rçe pfsnser i H vous présenter devant l^ fils de i votre rôl n dans -un pareil costui^ey »' H rougi[t.:(C' Je^ ^ sair, 'ajoutal4»j&^ :que la veitu t^uBlîofihe » . 'dédaigne ce& 'Ornetnents y -ces parures ; miais ») ces objets pourraient! laussji attrister las^yeux » de vetreî anjoien maître ea' kd^rappeia^if la 1^. cause de ses .madbeprs^ Xcms u'y av^z ^as a; songé ) je le vvois; un; tailleûn est à* deiu^ tt paS: d'ici ^ de grâce ^ prenez, o^te bourse^ ^
» suis pressé, et vous n'auriéz.pas le temps d'allel^ 1^ chez voufl pdur revêtir uftiautuft cojtume. » Ce ):>ravê bômme mdi' )bii^^it>^/mB pressa 1» main; une larme dé >reooih)s^^siiiice}>i!Îlla dai^»,
9tg' yens; le motif que j'avais fait valoir de^* vaît ) Hve^ toat^jpuiséaàt : sm* hn/y IL accepta sftijs hésiter* • . ,
Nous partîmes , et nous voilà bientôt: mon'* «ontiovec un tremUement, imé agitation égple^ les escaliei^s du Temple ; c^était dans là toor delVMaestquf avait été placée Thocrible prison. Lfas verFOiUD s'^étàieàtvTefeiinéaavec fracas, et nous atteignions la dernièlre demeure ^e là FaÎBille royale, lorsque des cris: s'échappent prës de nous d^ôD cachot noir etrhideux^ pu je a'a vais osé jeter les yetix: Mo^ coïkipâgnoor lest ému i, Je mjefiiEfiQeFçois , et je lui en jLleàLande le molifi Ub liorrible soupçon avait péuétvé dans mon efrie) ; . je me aentais prêt ; de; ime trouver maL «iiiQciéUéf(est cette yoixy , lui^-dctmandaia-jè^ — *<ailHélas liimei di(>-U ;,) celle d'un des anciens ji ' iComfiagnoM dé : mon. servioe. i) ^11 Ine . sou» î lagei : a iGlasdez -r :v<Otts , . aj0utai> je p j de 9). le reconâaitce ici, » Le citoyen Fafaricîus m'avait promis'* d'avoir assez de force ^ur nepas se trahir; il itin); paroliQ ëb éôtté circon^^ stâncé; n- -. -^^ - -i* '> '■• ■ ''■''•- ''' -'v"- '- »
Lorsjpte ûoUs^ Fa vions* entendu , lé* pi'isoitoier sedispiifaitfBV^Cttifirig«icb«tîerqilii'avaitrfn^^^ f a])pelai: Aw ée» ga»dieos idijb'FemfJe^i k répri*
D^UN PBÉ;TRG BÉGICIOE. 3Qî
ms^^^ilprt, et lutdenlandâî pcmrijiioile motif ^decjèttfe ^.restatioA n'avait pas été coHuir du <iQmkié de sûreté générale* » Elle nous a été or*» >^;,dpnnée:,)nQifi$ dit^il, par lè^itoyen Billaud*- » . Varjenn^ , à qui j'ai demandé cetju'il feUait » Jairç rd^jce ci-deyant. Il mérite bieu soa w sort., ajouta-'t-il) car il p£^r]^,deCapet toute la - ».; joif^néej il le pledre! C'est bien , lui disrje éû )^ ; r^ntiprroinpant ; voii^ recevrez des ordresàsofl- 11 vsujeç» ; €jt je contipuai m& rputè, Ces^ paroles» étaient ^pçuri îuoi un , repjnpcbe poignant. Mon pompagnoix^e. soutenait à peiae en ^^teaadant tet laborrîj^le langage. V# .n
yingt marc^ies environ au-dessus dé l'espèce d^ > .^pupûraU Q^ t^ouSi avions distingué; lesigé«n ijujl^^inpnt^, du pri^nnier, d'auti»s: émo^iiotia ^ou^ attendaient. Le citoyen .l^al^içius^ exsuui^ nait ses habits ^ sa tenue qui avait quelque choée dç celle 'd'up jci-devant f moi je. cbercbais à.compq&er ma figui^e et à ne pas Jaisser paraître pi^f profond? émotion. La: porj^ s'ouvrait len*i femea^ en'^Q npus nou$|t^o^Yionadans l'asyle^du;
fiU^deSTois^:. ., ■,. , ...'! ^ .. ..■•/, .. .. ;. .r^ni
^ La prjçpi^i^pièic^ était, ameaiitiebiimbre bien
• tenue, m|ii^î qui v^^ vàifc ,nî. .cpurtisans . ni : aiitre»
ineilbles qw'mi pq^le de ftSén^ç^ui chauffait à lal
3^ MÉMOIBES
M%et ce cAtjft écU oHambreda jpHocè.^^râ^ river i son lever , il ftiUot encore ottVrir dès^e^* FOttjsy des serrures dont le bruit est toûjûtn^irà triste i ^hfin «ousl^aperçumes^ Mkm cottipagnoo le salàa' presque jtisqu'i terre; il entrait lé pre^ nier. Le prini^eocéupé avec tm jeu de cartes^ le t^ix^ùnut , se' leva précipitamment ^.courut à kn/inais i) m^aperçot alors ^ tnon "costtrme de i>epréseâtant l'arrêta tôat tôurt > il se ^ssit / et e'«st le seul signe de oôûnai^sance et d^mteUii«« gence. qu'il ait; donné, eïi ma^résence^ 11 me toucha ètte'attrista $« det'niér point ; je ne puis dire tout ce qui se passait alots dans thoU es^ît ; jîC ineHlétoumai, je ëonis, J'efiaçai quelques kJrmos de jdôtiléur et de dépit contre moi** mémevfôifitt ron 4e ceux qui nous condhi^àieiit me^t que Cùp^t ivait f épris-ses cartes^- je rentrai aknrs/'-" ■■■ •> ''^'" ' ■ ■"
>'''0aîû?^taitpâ8 provenu au Temple de tiotiN» arrivée^, etje n'étai$ pasiiftché de juger ainsi /par uitd visiter à' Tiflfiif^rotiâtè^ -de la manière dont iès augnsçes prisouïiîèrir (y t étaient traités. Je pris donc sûr moi assez de force pour examîriel:' tout aitedsoîn.; Le jeune priiïcJe âva^it ûn^ babit a! la matelotte et couleur d^drdbise , ^ tètsé était nue^ Pu de ses gaydietts^^kii commanda d|^ se lever
d'ui^ p^TM.^âteiciDB. |63
^ap^ jftrW^M -8»i^ *aîrt*w» m' att^^ il an* qpYçfip^ .^1^1 di^v^, cte omfosxMtiou et «était ei| tqufjÇejliiJi d'unie pet^mmé nàcjiitiqiie* Leë jamM J^j» i^ /cqispe» > let»^ t>xa$ é;taièot JongpB , menus jj 1^ ]i>^9f ^ ^aît très*, ctouort , la poitrine i élevéei^ il portait les épaules Jbàiitè& et txhà Tessetràes* Sa ^> 4i iiipe p4lmlr Iq^tti n'aViàit ^œpëàc^Bt ried de tTiÇp^QffrayaQttét^ît :trë3: belle datis. tous. sas <déM tj^^...|l^,cl?^Me^t, cfcAtftin cbir.^ilopgë;, heanz
^^ ^r j^pg^i^.; C'iràtrété «m^ofont >magftii%uèt ^tïP(Ç!*t-^r%,9p|ft«^jî|[)uai<ei»t,ui3e jaime plus ^.
fcelje^c^eou .-^.'U.::) '..? ii*vr'-.i^ .. i • . « '. rr j Vd^Hii^ la ob^mtuneç çUeétait pfoprey Ut»
Là jk étt^prhh^/élabsansrifideailxi^iiiais' boëjj ^ l
\si lîqge était blaic ; . à oÂté du> sic» éttaiit un MVte bokrjde l>triri(k>if^e.draiâiidài auagatdimis^qijtôt e»^:élait riûâge^llls là'épprtrsnt^e c^-eët là djutti courbait Sinon) pouff- servir -^ garder le ^lïteiJ Ce scéléra| ; pendant la terreur , se joutait de làiaemii^*erla')pkis>iitn»ce letda jddstdégçfikante du s^pnMikuûljet f^^e^Jift vieid^( j^ • Cli^et h :s!écriaitHl au imill^ Ae i k> :iii:rÎD- '''-n a Ms Tfqlài^ chroyea, répondait lleqfent éveillé^-^ ii.%pprdcdiecpliejie tiemiîjev » liièpfiticepbéiaMt^t
364 HÉMOillES
alors scùrtant la jambe dc^ Ik,' d\iâ èoU^ de pied laiioè avec fotce, lebtmn^eeià étendit, par terre la victime qu'il immolait à coup^ d^épingles : Va Us ceucher^ louveteau ^ lui criait-il; et il iiaii de ses pleurs , et il sontiait* Qu'on me pardonne ces «aifreux détails. ' ' Tandis qu'ils me disaient, ffémir <et agitaient tous ines membres d'un ihouv^nent presque caavttlsi£| je me retournai. • Je m'aperçus que mon compagnon s'était i^pproehé du prince , ils ; pannissmènt se parler et il lui aidait avec le respect d^un^ ancien domesti<}ue de cour, à bâtir un château de cartes. Je ne fis pas a^3Êiblant de le voir, aais j'ens sôSn de iaire un mouvement bruyknt lorsque. nous nôUsf i^p.]^châmes. Les: deuxacte«rs/^de cette àeëne tOQoiiafitQ .nous /comprir^[it. Je me rappelle ]naip)teuaDt^qu6!eette ciroonstf^Àcë en occupant lioion ' s^tentiôi^ ^..m'empêcha ^de; feire ouvrirune[ip€ytâ vitrée «(ui^setrouva^t entre les deux lits. i'. ■'. .jç.* *'- • . • *.*4^i' '■-• -'. • '
I : : Jeme upproehaiià itoxi totirde oec|eune pî^ince qui faisait, im. si triote appcentissagie da traite y je lejrégardài avec plus d'aUention> eCddns^uto sa personne j 'aperças dès traces âlippasles d'iin mal qui minait ses jours* Je demioidai ^il
d'un prêtée régicide. 365
voyait \m n^édedn^ s'il avait exprîMé quelqtte désir qu'on n'eût pas satisfait. « Non ! citoyen , » me dit un des gardiens, n Cette réponse me surprit ; et m'adressânt directement au j«une prince^ je lui fis les mêmes questions. H me regarda , ipais ne pron(mça point un mot. Je renouvelai en d'autres termes la même de«* maqde. Riw^ qu'un regard qui s'attachait sur moi avec mie fixité lUsespérante. Il m'entendait cependant , et.me comprenait ; je le voyais dans taus se^ traits^ dans son attitude ^ mais il semblait ab^ument indifférent à ce que je disais.
Je pris ce silence pour de l'obstination, j'en fus d'abord impatient; je répétai eticore> et d'un, ton plus haut, ce que j'avais dit^ Voyant que cela ne produisait aucuù effet, je pris une voix presque suppliante ; rien, que le même regard, la même fixité , la même indifférence. Je demandai si^ le pxince gardait toujours un silence aussi opiniâtre... « Toujoi^rs, merépoo- » dit^n, depuis que Simon lui a fait ligner » contre sa mëre^ la déposition que... — N'a,- » cheyez-pa$i>, dis^ije ; et mon méconteiitemeiit paissager fit place à ;la plus profonde douleur^ à l'émotion la plii^ .yiv,e. Ves yeux se fixèrent
366 utiAOW&i ^ ^ ■
«yec aoe tsis^ro [Atié ^t presque âiouâléii Sur peuK du prince cpxi me' regiai^tfit'toijijoiii^^ U de retourna et se remit à son obâteau de cartes. J'avais besoin de Coûte ma force pôUr^re Jtnaître de moi-même.
' Je ne savais qu'imaginer pôtlr engager Loui^ a rompre <;e silence; je tiliercliais. En ce mo* mem iine Voix appela d'en bas i* e'etait le dlàer da prince? et le Sëtil> ^rdàiniîiiî se trouvât efa éie moment avec nouis^^ .sortit. Nèùs Vestâmës isèuk Mvee le prince. Je cilis pouvoir àloriretitttitéler mes ii^Btances ; elles lurent inutiles. Je tUé i^p^ pelai alors que mon compagnon était coUnu du prinoey qu'il lui avait pavlé^ je Fengs^ai  le faire de noiiveau; mais il m^apprk qM quoiqu'il en eut été;reoonûu, il ^^'en 'avait pu obtenir une p^rdlej il lop parla devaqt BH^i , et inutilement : y^ m^éloi^al ^ Heu de plus. ^ .'•••: ' ■"■ ' ' / - -i' 'i ' I '■" ^'i
: On apporta le dîner* Il se compiogÂit d'aune soupe noii^e ei couverte dfe ' ^uelque^ tetitillés ; d^n motiiean de be&irfnoîr ^t vieux ; d'ta'ùe 8fs* siette de lentilles et' dei cbâtaigUés br^és';' l}u td récit n^a pâ^ lïéScnu dé cotitniiéntaii^. D'»}>t*ès Tàvîs qui Éà-aVa*tété donné avant que le pfiûc^ éë fût mis S inàng^, je le piîài de se îëi'èti dte
D'tiN PKtTRR HÉGICIDE. ' 3(57
m^rc^^jeiuitbnqhaii les bras, leégciioax; ily avait d^tametajf qui m^inqxiiétèï^èftj;, mais qui ne me parij^ont pas doulourèfnses. J'ebjg^ageai de nouveiitj^ Je'ijoi à prendre qaelque exemfce , je luipiàrlaie^cpre. J'engageai mon cqmpagnbik i iiU dema&der s'il désiréit que li ous noàs retîihm* Il sourit > mais ne nous dit pas un mot. Le cœur me saignait ; c^ sourire m'avait lait mal ; j'avais besoin dû grand air pour me retmWte*; nous allâmes un instant <dans: les cours. . '<'
La moitié sè^IemeQr de notre mission était reoM^ie, il me restait à visiter une autre pri* wn, une. captive plus intéreèsante peut -être ^oore par^ii sexe 5 le -câtoyeto Fabricius avait flégHgé tdùté prudence. La vue de son :roi l'avait trop profondément ému ; mais ce qu'il (V^ait de. phià: extraordinaire et de plus mal- Jlf^mr^ux daoS'Sa situation, c'est qu'il était seul, aans cour , ^ sans aueun céréthonial. En «nous promenant i^ms -ks jarditis du Tempfe , je lui ^reeonmiaâdai de modérer sa joie et ses regrets, il me le profieviait j liiais à chaque pas, il re«* ilombegrt daûs ^on ancien pécbé ; toutefois je le suivais avec întéitét^^ m'indiquant les endroits «u Louis XVI s'étai* promené; l'arbre' â J'ombre
368 MÉMOIHES
du^pel il ^'^tait arrêté; là, il avait, daas les premiers jours de sa capti^té , instruit et consolé sa famille par ses discoure , par son exemple. Si ma conscience n'avait pas été plus tranquille, je n'aurais pu sans doute supporter une^ telle scëne , ni des récits aussi poignants à famé d'un si^et rebelle et parricide.
Mous rentrâmes dans l'intérieur , nous montânies long-temps ; mon compagnon compta cent dix-huit marches , et l'on nous ouvrit l'appartement de MADAiffE. Il était sombre. Les murs de clôture paraissaient ^ avoir été récemment élevés , et les fenêtres étaient presque fermées en dehors par des abat-jours. Cette prison avait été celle de Louis XVI , et sur la fin de sa captivité ,* on l'avait entouré de ces nouvelles privations, sous prétexte que des sujets fidèles , placés aux fenêtres des maisons voisines y attachaient sur leur roi . déchu un r^ard de compassion. Ee citoyen Fabricins eut en ce moment plus de peine à se contenir que jamais ^ il reconnaissait parfaitement les lieux ; il versa une larme à l'endroit où M. Cléry lui avait communiqué les adieux du monarque auquel on refusait dçs sftrviteurs^ je
D'UN PliTEB aÉGlCIDE. ^69 |
le fis retourner assez viçlem^^xit., P^^r9^?
.30D éi^otion nefikt pas remarquée* . ,.
Par uo temps froid et pluvieux , saus uue Yoàte autique et élevée^ilaiPs upe, yaste cjiamhre, où l'absence de Ja lumière. entretenait une humidité constante, M ApAicB B,OYALE . n'avait d'auti^e feu que deu:^ ou trois morceaux de boi^ de co» terets, ^e consumant lentement sur un monceau de cendres, Encore, à cause de l'obscurité de l'appattement , était^elje obligée de se tenir, *
pouT travailler ^ sous une fenêtre assez loin de la cJheminée ; aussi je i^'aperçus que ^es doigts étaient violets, et gros d'engelu;res.. Madame jetait babiUéed'une toilede coton grise et unie ; à son ^m^intie^ , à la manière dont ce vêtement était ' serré autour d'elle , on voyait qu'il lui suffis^ît à peine pour la saison. La chambre était propre et bien tenue , les naeubles étaient commodes ; tout avait *n qir de propr^t^é . qui ^ dans une autre circonstance , eût pu êjxe remarqué avec plaisir.
^ Craignant entré cette prij:]>efse et le citoyen Fabricius , une reconnaissance qui p^R-êtrc né ^ ^ " serait plus muette, je voulais le faire rester dans la première pièce ; mais lui, comipand,^nt i ^ son émotion , me rassurfi sur oç ppipt^, et p.c^^s Tome n. ^4
entrâmes ensemble dans l'appartement de Ma« DAME. Mon apparition parut lui donner quelque inquiétude ; je me n^ai de lui apprendre quel était le motif de ma visite; elle me regarda alors avec bonté ; les- premières remarques que j'a-^
vais faites sur la situation de la lille de nos rois
m'avaient enlevé toute ma présence d'esprit; et me tournant, regardant de côté et d'autre , portant la main à mes yeux , je ne sus trop qu'ajouter à ce prélimiilairé qui m'avait paru indispensable.
Madame ne disait mot. Je savais qu'elle ne
gardait jioint comme son frëre un silence absolu , mais qu'elle parlçiit peu , et j'avais espéré qu'elle daignerait répondre à mes paroles. Je lui fis quelques questions sur le froîd, sur son éloignement de la cheminée , sur l'exiguïté de son feu . J*a vais bien devrné les motifs de tout cela ainsi qu'elle me le dit ; cepend^t je ne pus entendre sans peine sortir de sa* bouche des paroles pareilles à celles-ci : L^on ne me donne nas^ de lois. Je* n'étais plus' tenté d'adresser d'autres^questiôns ; de semblables réponses accusaient trop la<]onveîîtion et tous ses membres. Mes yeux tombèrent sur son lit , il me parut bon. Je demandai à MADAMk si 'elle en était
r?^-" D^UN PKÊTÎUB RÉGICIDE. S^I
contente. — « Oui , répoDdit*-elle. — Et du » linge? ajoutai- je avec plus deconfiance. — Il y » a plusieurs semaines qu'on ne m'en adonné.)^
Que l'on juge de l'effet que dut produire sur moi une semblable réponse. « Croyez bien, » madame, repris -je avec chaleur, que de >» pareilles indignités ne sont point à la con- » naissance du gouvernement; qu'il va donner » sur-le-champ des ordres pour qu'un sem- » blable état de choses soit changé. Daigneriez- » vous, madame > me prendre pour l'interprfete » de quelqu'un de vos désirs? — Peut-on me » donner des nouvelles du prince monr frère ? i> Est-il encore ici ? -r- Au-dessous de vous, ma-^ » dame, et soyez assurée que le^ comités n'ont » jamais eu la barbare pensée de vous em* » pêcher de communiquer avec lui. — Monsieur » je vous crois. »
Madame n'ajoutait rien , et moi je n'osais continuer sur ce sujet ; cependant lafbrce d'une émotion indicible me retenait dans cette chambre , et ma mission semblait remplie. Je me retournai encore , j'aperçus un piano^ je m'en approchai , et posant mes doigta sur le clavier , j!en tirai machinalement quelques^ons, lorsquemon compagnon ^'avertit que c'éteitle piano delà reine. Je
371 MÉMOIIIE3
lï/arrêtat-soiidain ; mais je remarquai avec douteur, que mon action avait, bien malgré moi, pé-' nihlement affecté Madame. Jecbercbai le moyen d'effacer cette impression pénibl^^ Je vis quelques livres à unedes encoignures de la cheminée; je les examinai ; c'étaient l'Imitation de Jésus-- Christ y le Nouveau Testament^ des livres de piété et de prières : w Ces livres sont excellents , » dis-je à la princesse , ils sont la première con« » solation du malbeur , la plus sure aussi , mais, » madame, pour votre instruction , pour votre » distraction y n'en désirez-vèus pas d'autres? — » Ils sont me répondit-elle , les seuls qui çon- » viennent â ma situation. » Quelle leçon pour le monde , pour moi qui l'entendais! je suis convaincu que Madame qié l'aurait épargnée, si elle avait su qu'elle parlait à un de ces prêtres à
demi-renégats qui s'étaient rangés un instant
parmi ses persécuteurs. * 1 j * '^ > •
Je ne pouvais rester plmlotig-^emps, ma donletiv et mes remords ne me l'eussent pas permis. Je demandai à celleique' je n^eusse jamais approchée, si comme elle le méritait, ellè'§ef fiât assise suTun trône, la permission de xbe retirer, et aj^rès l'avoir assurée de Ào^iv^au et de$ bonnnés intebtioQsrirfat gôuvern^nientet de nion ^e, jé^ortis*
d'un prêtre hbgicide. 373
Je me réDdis directemeiit au comité de sûreté générale ; je peignis ce que je venais de voir ^ je tus à peine des sentiments que l'ôi^ devait condamner; je trouvai mes collègues assez d'ac«* oord sur ce point; mais on voulut une autre visite y un rapport plus drconstancié, et on chargiea plusieurs des membres du comité de visiter de nouveau, leç captifs du Temple. Cette fois il^ avaient le pouvoir, d'adoucir la situation des en«( fonts de nos rois. Du nombre de ces députés étaient Harmand de la Meuse et Réverchon.
On m'engagea de mon côté à tenir secrets les pénible détaUs que je venais de raconter^ Cambacérès surtout insista sur ce pointi^ Çotirqwoi donc, demaodai-je, feut-il que }a , Convention ignore le mal qui se commet en son nom ? — r Ëlle ne l'ignorera pas, tousles comités le sauron.t, tous les i^présentânts l'apprendront ; maio il ne fmt pas de rapport public . — poui!quoi ?. ne pou- . vez-rvous Tigeter ces maux sur les déçeuîTirs qui oiît Éait la terreur? — Non , parce que çp serait Attirer l'intérêt du peuple sur h famille Ç^pét^ e^ qu'il feutau contraire qu'il l'oubliç ei?tièrepi0ïit^ On Remédiera à tout; je conçois votre émotion j la chaleur que vous mettez è^ peindre cette gr^ndp inforttfUie , Fintérèt qa,'drïie vous a inspiré ; msi^
tout cela ne doit rien changer à nos autres dispositions, et il importe à leur exécution que tous ces détails ne soient pas connus^ que le cri légitime de ceux qui tiendraient encore à la royauté soit oublié. D'aiHeurs quel serait Teffet d'un semblable rapport? La douleur , Tindigna» lîon qu'il exciterait chez quelques citoyens au»
jourd'hui fbrff paisibles^ les amènerait a secom*» promettre, à î^e perdre- Nous fierions traités nous-imênies de contre -révolutionnaires j et à notre grand détriment nous effrayerions ceux que peuvent inquiéter de semblables opinions.
Il y avait quelque chose de vrai dans ce^querae disait làCambàfcérès 5 je ne le regardais pas d'âilleurs comme un de ces bourreaux acharnés à leurs victimes , et qui oublient à la fois Vhumanité et la justice, je me fiais donc en ses parole^ et je résolus de me taire. Je lui parlai alors du rapport qu'il devak faire : « Il est J)ilêt> me dit^l^ » jel'âî^pendant qiîievousétiez an Temple, co^* » muniqué à nos collègues , qui l'ont approuvé j *) jele prononcerâî demain, car ce que Vous vetiea » de me dire le rend encore pla^* urgent.» n Jp n'en demandai pas plus lorig à CaMbâcérès ; d'après quelques discussions du cdmité auxquelles j'avais assisté , je croyaïé'troùvei^^dâni'ce
d'un prêtre réoicide. 375
résumé tout ce que je pouvais désirer pour notre malheureux roi , et je me rendis à la séance dii lendemain avec quelque coufianeè.
C'est encore une de ces scènes qui ne sortiront' jamais de ma mémoire. ËUe marque peu dans les annales de notre éphémère république > *mais elle décida du restede ma vie. Le rapport de Camhacérès roulait sur deux points ; l'exil de la £amiUe des Bourbons, le danger de leur séjour ;esi:
France. On a vu que, dans des temps plus difficiles, j'avais osé parler dans le premier senà, je le soutins cette fois avec, une véritable cm^ stance, et ce n'était plus seulement de phrases révolutionnaires que je l'appuyais ,. je ne cmiïf; gnis plus de prononcer les noms d'humanité ^t* de.jctstice; on m'écontait; mais ce n'était que par hypocrisie.
Gambacérès paraît à la tribune , pose les deux questions que nous avions agitées , les déve» loppe tour à tour, s^aûs que l'on entrevoie préci*». sèment à laquelle il va s'arrêter , du moins sans. ^ qœje le sache ; il entasse une foulé de senteneea^ parmi lesquelles je me rappellerai toujônra; „ celle-ci* a ■ >y> ;' , • . ^
a Le royalisme est le Tésqltat de L'tnÉËrèt y I» non de l'opinion, n Je l'avais oublié d'âbotid ^
1^6 ttÉMOJKES
c|uëi<{UC6 'dfittV^èE^^^^^ la conduite de verépù^ blicain m^en /fitisonveair^ Apres avoir loûgr temps parlé desrenfaiits de Louis XVI ei (jk letir pëk*e^ a^^i^ësatrôir moiadré qu'il était dangereuse de jed aiyt^et aux ennemis de la répa«* blitjue <{a'il p^étiâifç pas $At ûoa plus deiks garder , il finit pàp opiher pourtant pour ce der*i ûier parti y >el; /par les condamner a une ^l-> ^ti pwpétuellé.
Les espérances cpie j'avais formées, ce que j^vdis vu a«i "fempte, ne ipe permettaient pas tie me i^ootenir^ • Je m'élance à k tribune^ meS'ipipmiet^'plMraies ne sont point ass^&^txiekp. swées} on crie^ je parviens QnBn à ooiximaiif^ der Tattenticm • . Ib m^enteodireol > cette * foia > leur tnterila monde Louis XVL comme urt crime irrémissible ; je m'écriai qu'en gardant son héritier! an n^ilien.de .la. France y ik exlposeientsinbu ^eèxiyrtUi mmns leurs suceei$eiiii|$ ic rènouireier cet. acte b^idbare ; je tiépétai- jusi^ qu'à deuK< neprises^ .qu'expirabt naélne d'uAe inortHatuvëUè dans un rcsefaot, sa .fié no^s aevait imputée: !oom«e un crime/ inufiie. -rr t^ IX » n'y a pas de crime inu' ile , s'écrie Bourdon: âe vil'Oiaé'J -^ Ge*i]ul)tst<'vfaimmit;;»ifû)^i^lJ9Ai- V ^«ai4jeiy è^iésbfde coDsbHtter notnte.Hb'ertÀpar uu
d'un prêtm régicide. 377
1^ acte d'buhiaiiité; c*est d'assurer notre indé* n pendanoeen teoToyant atoLnioiiarq[ues étranw gers an prince innocent , c^est de légitimer là »' république ainfyeof de tous^ en leur prouvant » à la fois qi'éllè fest forte , et qu'elle n'a plus » besoin^er^fiàndrele sang. Si Louis fut côa» n pable , m sott sexe n'a pu défondre la ci-devant p veine, que peut-on reprocher à un enfant qui » n'a eu de la royauté que des hochets'dorés et » des fers 5 à une jeune fille qui n'a pleuré. que T» parce qu'elle voyait pleurer sa mferc. Ces » hochets y ces larmes , sout-ce là des forfaits ? n Quelques députés appuyèrent d'abord mon avis; persoqna ne parla contre meiymais personne ne me réponcUt^iet froidemen ton adoptale rapport de Caiiifaacér&s. Le soir je rencontrai Dussaulx, avec qui j'étais iiédépuid son retour à Rassemblées Je paraissais préoccupée — - u Qu'ayez-vous donc? » mêdtt-il. -î-r Je viens de chercher une place ik da^ une voitut^ publique. Demain je pars.
» *T^ Tous désertez^ votre poste ? — Je ne suis pisrs » jhit pour la politique ; je n'entends rien à celle » des hypocrites , pas plus qufàeelle des tyraùs. » Adieu»). Je pevisptèfiqoe^Bourdon deVOiSe^ qur< seul bvâit;6onteBu ma motion ; il fit pour me détommerdeixionprojetdievaiifé^ffortsj qu'avais^
je à faire désormais. L'événement dt m^tinm'avait montré à nul'ame de nos collègues ; j'avais tenté d'effacer le crime de mon vote de sang, aux yeux mêmes de celui^ui était mort en me pardonnant; ôp avait à- peine daigné répondre à mes paroles , je n'avais rencontré qu'hypocrisie et déception. Le lendemain je quittai la Conyention et la capitale , après avoir donné encore une larme cje regret à d'amers souvenirs , et là se termine ma vie politique.
Les Mémoires du Prêtre régicide s'arrêtent en cet endroit. Aucune note ^ aucune pièce h'annoncent qu'il ait eu l'intention de les continuer. Nous cit)y^9S devoir achever en peude m(^ l'histoire de sa vie. Vers la fin de l'an m ^ l'exvotant s'éloigna de la Convention. Retiré sous un nom supposé , dans un village aux environs de Paris, il s'occupa d'agricultui^^ Simple , bon sans ostentation y tout le monde l'aima^ le res* pecta : il devint bientôt la providence du pays. Le gouvernement consulaire releva les autels. Le prêtre de la Convention se garda d'exercer un ministère sacré dont il se croyait désormais indigne. Un autr^^ ministre du Sagneur invoqua
le Jrfes Haut. ,, et bénît les moissons ; le feu du Ciel ayant consumé le presbytère, ce fut chez le représentant du peuple que le pauvre curé trpuva un asyle et les soins d'un frère.' Le temps avait enfin rendu le calme ajx régicide*... mais le tocsin de 181 4 sonna , tes armées étran« gères envahirent notre territoire , bientôt aussi les sons d'alarmes se changèrent en qj-is d'espérance et de joie.... Tout le village de courut
au devant du Roi 1 ... au retour les habitants n^ retrouvèrent plus leur bienfaiteur > leur ami... le régicide avait fui !....
( Note de l'Editeur^ )
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