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trois ennemis de Napoléon ou fort indifTérents à son sort. On devait ofïrir des trésors à Talleyrand. Pouvait-on le croire assez simple pour changer de rôle et se faire l'avocat de llùnpereur après avoir puissamment contribué à sa ruine, et assez influent pour faire changer les résolutions du Congrès'^ Ouvrard fut éconduit, parce qu'il demandait qu'on lui remît cinq millions de rente cinq pour cent dont l'Empereur pouvait disposer, avec lesquels il se flattait d'acheter le Congrès tout entier. Uufresne Saint-Léon et Montrond se rendirent à Vienne. Je n'eus aucune connaissance de leur missiun qu'après leur retour et par Fouché, qui me dit ce qu'il voulut. Longtemps aprèS;, Uufresne Saint-Léon me dit qu'il était muni de lettres de Fouché pour Metternich et de Gaulaincourt pour Nesselrode : qu'il était chargé d'offrir les plus grands sacriflces pour tranquilliser l'Europe; que Talleyrand lui procura chez lui une entrevue avec ces deux diplomates; qu'ils lui répondirent que les résolutions des coalisés étaient irrévocables; qu'aucune puissance ne serait capable de les ébranler ni d'arrêter leur marche; que, du reste, les alliés auraient toujours des égards et des ménagements pour la France. Talleyrand ne procura cette entrevue que pour écarter de lui tout soupçon et prouver à la coalition qu'il lui était fidèle, car il savait d'avance la réponse des deux diplomates. Metternich notifia à Dufresne Saint-Léon de partir de Vienne, où sa présence causait quelque sensation.
Assurément, l'Empereur désirait vivement la paix, du moins pour le moment; mais il ne s'était point aveuglé et il avait bien senti qu'il ne l'obtiendrait qu'à force de victoires. 11 avait dit en confidence : « Je laisse croire qu'il y a des négociations; il « n'y en a point. Je prévois une lutte difficile, une longue 1 guerre. »
Les actes du Congrès produisirent sur les masses, dans l'armée et la nation, le même effet que le fameux manifeste de Brunswick en 1792. Cette mise hors la loi de l'Empereur, ces perfides insinuations d'abandonner lâchement un souverain qu'on avait désiré et qu'on avait accueilli avec enthousiasme, ces insolentes menaces de traiter en complices criminels les Français fidèles à l'objet de leurs sympathies et à l'honneur
national, révoltaient leurs âmes et exaltaient leur courage. Mais les arrêts de l'étranger et son attitude guerrière avaient une funeste influence sur les notabilités civiles et militaires. On calculait les chances, on mesurait le danger, on mollissait, on évitait de trop se compromettre, de s'engager trop avant, on se ménageait un moyen de se retirer à temps, on nageait entre deux eaux, ou bien on trahissait. On redoublait de ménagements envers le parti royaliste. Je voyais très clairement que les maréchaux, des généraux, Fouché, Cambacérès et des hommes politiques n'entendaient pas pousser les choses au point de rompre irrévocablement avec les Bourbons. Je voyais les fidélités les plus éprouvées refroidies ou ébranlées, les constitutionnels revenir à leur marotte; au pis-aller la liberté avec les Bourbons nécessairement corrigés par cette nouvelle et rude épreuve. Le grand mot était qu'il ne fallait pas pourtant tout sacrifier pour un seul homme, que dans le cas où l'on ne pourrait plus le soutenir, on devait songer au pays et à la patrie. Sous ce beau raisonnement venaient s'abriter l'intérêt personnel, l'égoïsme, la peur, la lâcheté, les hôtels, les châteaux, les cordons, des positions aristocratiques, filles ingrates de la Révolution.
A la revue de son colonel-général, le comte d'Artois, la garde nationale de Paris s'était montrée très froide et sourde à son appel. Elle avait vu partir les Bourbons sans s'émouvoir: à l'arrivée de l'Empereur, elle ne s'était pas trouvée en situation d'exprimer ses sentiments. Ses dispositions n'étaient nullement inquiétantes; il fallait donc lui témoigner de la confiance et la passer promptement en revue. Les patriotes le conseillaient et s'étonnaient qu'on hésitât. L'Empereur qui s'était découvert la poitrine devant un bataillon envoyé de Grenoble contre lui, et qui avait traversé des flots de populations où pouvaient se trouver les assassins expédiés par les Bourbons, différa la revue. Autour de lui, à sa cour, on ne rêvait, on ne prédisait que poignards, coups de fusil, assassinat. Ce fut seulement un mois après son retour qu'on se décida à passer la revue. A la Cour, on était dans les angoisses, on voulait entourer l'Empereur d'une partie de sa garde. Lorsqu'il parut devant la garde na-
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tionale, il y eut peu d'acclamations. Elles éclatèrent de toutes parts quand il eut parlé. Son allocution dissipa la froideur et électrisa les âmes. Les alarmistes rendirent grâce à Dieu de ce que TEmpereur était sorti sain et sauf d'une aussi périlleuse épreuve. On crut devoir encore cimenter par des repas la bonne intelligence entre la garde nationale et la garde impériale. Cette succession rapide de démonstrations contraires imposées par la Restauration et l'Empire embarrassa un peu la haute bourgeoisie. Tout le reste de la population était hostile aux Jîourbons; les vrais royalistes formaient une très petite minorité.
Ce n'était pas une secousse passagère que la révolution du 20 mars avait imprimée à la nation ; son instinct lui en révélait les graves conséquences. Elle comprit que son assentiment, ses acclamations n'arrêteraient par les étrangers et les royalistes, et qu'il fallait se préparer à repousser leurs attaques. Des populations déployaient donc spontanément le drapeau tricolore et prenaient les armes. Ce mouvement ne s'accordait pas avec les principes et l'allure du gouvernement impérial; pour l'arrêter, il le régularisa. Un décret ordonna l'organisation des gardes nationales, mais conformément aux lois existantes. De nombreux bataillons d'élite se formèrent dans les villes et les places. Une grande partie de la population en état de porter les armes ne se trouvait pas comprise dans cette organisation; elle réclamait vivement Fhonneur de combattre pour la patrie. On autorisa la formation de bataillons de volontaires fédérés. Au lieu d'une seule garde nationale bien compacte, on en fit deux, celle de la bourgeoisie et celle du peuple.
Un esprit général de fédération avait surgi comme au commencement de notre grande révolution. Il se montra d'abord à Nantes, qui, placée entre la Vendée et la chouannerie, avait à redouter la guerre civile. De jeunes citoyens de cette ville formèrent le projet de s'unir par un pacte avec les villes voisines pour se porter en cas de besoin des secours mutuels. Les villes de la Bretagne accueillirent cette idée avec enthousiasme et envoyèrent des députés à Rennes. Ils y rédigèrent le pacte fédératif. Le nom de l'Empereur n'y fut pas d'abord prononcé; c'était pour la défense de la patrie et le maintien de l'ordi-e que
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l'on prenait les armes. On se ravisa, on y ajouta l'Empereur. Le pacte fut signe' par quinze cents de'putés. Il fut dénoncé à l'Empereur comme un attentat révolutionnaire. Il dit, après l'avoir lu : « Ce n'est pas bon pour moi, mais c'est bon pour la I France. " D'autres provinces se fédérèrent à l'exemple de la Bretagne et se mirent en relation avec elle. Les Bretons seuls formèrent une masse de vingt mille fédérés, dont des détachements se portèrent au secours des localités qu'essayaient de troubler les royalistes. Mais, loin d'encourager les fédérations, le Gouvernement, excepté Carnot, parut les redouter. Leur zèle se refroidit. Bien qu'on annonçât da.ns le Moniteur qu'elles n'étaient composées que d'hommes présentant par leur éducation et la consistance de leurs familles toutes les garanties, si on n'osa pas les interdire, on ne s'en servit pas, on les abandonna à elles-mêmes, elles furent très peu utiles.