CHAPITRE II
Installation à Bordeaux. — Goiillit avec les tribunaux. — Organisation de l'administration. — Pierre Pierre, coiuniissaire général de police. — Mes correspondants à Paris. — Complot jacobin découvert le 7 germinal : Bernadotte, Lucien Bonaparte. — Conspiration anglaise. — Formation d'une armée de réserve. — Départ du Premier Consul. — Victoire de Marengo. — Fête du 14 juillet.
Ennemi des compliments et de la solennité des réceptions, je n'avais point annoncé mon arrivée à Bordeaux. Quelques Bordelais habitant Paris prirent ce soin. J'étais attendu avec confiance par tous les partis, à l'exception de quelques révolutionnaires exagérés et de quelques bourbonniens ennemis du gouvernement consulaire. Sur les bords de la Dordogne, je vis des cavaliers en vedette, à mon aspect, tourner bride au galop vers Bordeaux. Sur les rives de la Garonne, quel spectacle s'offrit à mes yeux ! Ce magnifique quai rempli de la garde nationale en armes et d'une nombreuse population qui accueillait le préfet par de vives acclamations; ce beau fleuve couvert de vaisseaux pavoises et de barques portant des personnes des deux sexes, de tout rang; les sons de la musique, le bruit du canon, les cris de : Vive la République ! Vive le Premier Consul ! Vive le préfet! un grand mouvement de curiosité, d'intérêt, de joie... On me logea à la Douane, où je reçus toutes les autorités; je prévins les administrateurs du département que j'irais les voir le lendemain. Je me rendis de bonne heure, en costume, à pied et seul avec mon secrétaire, au palais de l'Archevêché où siégeaient les administrateurs. Je leur exhibai ma nomination, je m'installai moi-même et, après une demi-heure de conversation, je les congédiai. Il n'y avait pour tout mobilier que des tables et des chaises de bureau. Je me lis apporter quelques meubles indispensables pour m'éluldir, et sans désemparer je me mis à l'œuvre.
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Ce vaste et beau palais, qui avait déjà subi plusieurs métamorphoses, était, de la cave au grenier, occupé par le personnel et le matériel des divers établissements qu'on y avait entassés. 11 y restait à peine un logement pour le préfet. Cette communauté était gênante et peu digne. A force de prières et de menaces, je parvins à faire évacuer le palais. Les appartements de représentation étaient de la plus grande dimension; je fis disposer et meul)ler quelques i)ièces d'une manière décente. La chambre à coucher de l'archevêque devint un salon très convenable. Le gouvernement ne donnait que 2 400 francs de frais d'établissement; avec la plus grande modestie, le mien me coula quatre fois plus.
Dans des servitudes du jDalais on avait établi les tribunaux et les prisons. C'était déjà un voisinage assez incommode. La porte d'entrée et la cour de la ])réfecture étaient communs à ces établissements; je trouvai cette communauté gênante. Je proposai de faire ouvrir aux tribunaux une entrée dans une rue voisine. La magistrature répondit qu'elle n'y pouvait consentir, mais qu'elle ne s'y opposait pas. Lorsque les ouvriers se présentèrent, la clé de la porte des tribunaux ne se trouva pas; un juge, Partarieu, l'avait emportée. Par mon ordre les ouvriers passèrent outre. Ce fut un événement, une grande rumeur; tout Bordeaux vint à la fde applaudir à ce coup de force. Il occupa les ministres, les Consuls; mais en trois ou quatre jours le changement fut consommé; il n'y avait plus à y revenir. Partarieu, jacobin, déplorait le 18 brumaire. 11 ne voulut point entrer par la nouvelle porte des tribunaux, qu'il appelait la Porte roijale. Il se glissait dans le prétoire par le guichet de la prison. 11 avait chez lui une presse; ses publications portaient: Imprimé par moi, pour moi, chez moi.
Le Premier Consul voulait que les préfets eussent une maison montée et de la représentation, qu'ils donnassent des repas, des bals^ des fêtes, pour procurer de la considération ù Tauturité, de la dignité au gouvernement et lui rallier les partis. La plupart des nouveaux, fonctionnaires n'avaientpas assez de fortune. Avec un traitement de 24 000 francs, le préfet de la Gironde n'avait pas de quoi faire grande ligure à Bordeaux. A l'imitation