‹ Mémoires de A.-C. Thibaudeau, 1799-1815Chapitre 60 sur 211 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Dans un procès civil où Granet, ex-conventionnel, était partie, Capus, avocat, et Seytres, avoué de la partie adverse, s'avisèrent de faire à l'audience des allusions à son vote dans le jugement du roi. Le commissaire général fit à ce sujet un rapport au ministre de la l^olice qui en rendit compte à l'Empereur. Siméon m'écrivit qu'il avait été fort en colère et qu'il avait donné l'ordre d'arrêter Seytres et Capus. Ils en furent quittes pour une suspension momentanée de leurs fonctions. Je ne me mêlai en aucune façon de cette affaire. Elle prouve que l'Empereur ne voulait pas tolérer qu'on réveillât des souvenirs propres à exciter les passions. Il le montra encore plus tard pour le discours de réception de Chateiaulniand à l'Académie, véritable diatribe contre Chénier.

Siméon m'écrivit : « Le départ de l'Empereur pour Boulogne, « qu'on avait cru très prochain, paraît se retarder. Cependant, « jamais les démonstrations pour effectuer la descente n'ont été « si grandes. Elles persuadent beaucoup de monde qu'elle va se 01 faire. Dieu seul et l'Empereur savent ce qui en est.

« L'Impératrice part aujourd'hui pour les eaux de Plom- « bières. »

— « Le départ de l'Empereur est toujours incertain. I! « semble attendre quelques nouvelles, ou des flottes ou de l'Au- « triche^ pour se porter à Boulogne ou en Italie. La note que « M. de Nowozitsoff a laissée à Berlin en retournant à Péters- « bourg est d'une grande insolence. Elle ferait présumer la « guerre, pour peu que l'Autriche voulût y prendre part. Nous « sommes tout prêts à la pousser avec vigueur. »

L'Empereur partit le 14 thermidor pour Boulogne, bien déterminé à faire la descente.

« Si vous savez, m'écrivit 3Ime Dévalues, les événements qui « se préparent, je vous serai obligé de m'en instruire. Ici, nous « ne savons, ni si la guerre se fera, ni si la descente aura lieu. « Chaque nouvelle qui se débite se détruit le lendemain. Nous « passons successivement de la plus grande inquiétude à la plus

« depuis plusieurs siècles. Si c'est un écrivain qui a voulu faire sa cour à « l'EinpiTeur par cet article, c'est bien le cas de dire : Il n'y a rien de dan- « gereux comme un sot ami. »

« grande sécurité, et sur tout cela nous ne disons que des pau- « vretés. » Cette incertitude ne dura pas longtemps. Les fausses manœuvres de l'amiral Villeneuve forcèrent l'Empereur de renoncer à la descente. Il ne s'occupa plus que de la guerre avec l'Autriche et revint à Paris le 16 fructidor.

Afin d'être bien assuré du mouvement des troupes autrichiennes, il avait envoyé secrètement Murât en Allemagne. Il partit sous le nom de M. Daumont, vit tout de ses propres yeux, et fit, à son retour, un rapport détaillé qui ne laissait aucun doute et qui doit se trouver au Dépôt de la Guerre. Ce fait peu connu me fut raconté par le duc de Bassano. ■

Les contrariétés qu'éprouvait l'Empereur étaient bien pro- "

près à lui donner de l'humeur. Quelques généraux s'en ressentirent. Le général Lagrange, qui commandait les troupes embarquées sur l'escadre du contie-amiral Missiessy, fut extrêmement mal reçu par l'Empereur qui lui témoigna son mécontentement en public, dans la galerie de Saint-Cloud.

t Le général Bonnet, disgracié on ne sait pourquoi, se

< présenta à l'audience. L'Empereur, en l'apercevant, lui dit f très haut : « Vous êtes bien audacieux de vous présenter « devant moi. Croyez-vous avoir aiïaire au Directoire ? Vous

< imaginez-vous que je suis un La Reveillière-Lepaux, un « Merlin? » Or, Merlin était à deux pas de lui. La joie a été « universelle et cela s'est répété de bouche en bouche. » Voilà ce que m'écrivait Mme Devaines, qui n'aimait pas Merlin.

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