CHAPITRE VIII
Le sénateur Volney à Marseille. — Fouché nommé à la sénatorerie d’Aix ; mes relations avec lui. — Lucien épouse Mme Jouberton; sa rupture avec le Premier Consul. — Conspiration de Georges et de Pichegru. — Ganteaume, préfet maritime à Toulon. — Un orage se forme contre moi à Paris. — Coalition militaire à Marseille contre moi. — Établissement de droits de pesage, mesurage et jaugeage à Marseille ; coup d’autorité de Cervoni.
Les voyageurs de quelque distinction fréquentaient en général la préfecture, pour leur agrément, par politesse, quelques-uns comme observateurs. Je me faisais un devoir de les bien accueillir, de leur faire les honneurs de la ville et du département.
Le sénateur Volney vint à Marseille. Sans être liés, nous étions de connaissance, nous nous étions souvent rencontrés. Je reçus de la manière la plus cordiale ce personnage recommandable comme savant, philosophe et ami de la liberté. A la fin de l’Assemblée constituante dont il était membre, il était allé en Corse avec de grands projets d’améliorations agricoles. Pendant son séjour à Marseille, il eut des relations intimes avec le général Cervoni. Cela me parut naturel Je ne soupçonnais pas Volney capable d’entrer sournoisement dans une cabale contre moi. Je me trompais. On m’écrivit de Paris qu’à son retour il avait fait au Premier Consul un rapport sur les départements qu’il avait parcourus, et dit de moi que j’étais détesté à Marseille et que j’y faisais regretter Charles Delacroix; si c’était par Cervoni, il pouvait avoir raison. Je ne cite cette mauvaise action de Volney que parce qu’elle commença à donner au Premier Consul contre mon administration des préventions qu’on eut soin d’entretenir.
Dans la Convention, j'avais eu très peu de relations avec Fouché. Sous le Directoire, lui étant ministre de la Police et moi