‹ Mémoires de Bailly (volume 2)Chapitre 12 sur 43 · N° III · texte numérisé non relu

N° III

Discours à la Reine.

9 octobre 1789.

Madame , Je viens apporter à Votre Majesté les hommages de la ville de Paris, avec le témoignage du respect et de l'amour de ses habitans. La ville s'applaudit de vous revoir dans l'ancien palais de nos rois -y elle désire que le Roi et Votre Majesté lui fassent

DE BAILLY. 5l5

la grâce d'y établir leur résidence habituelle ; et , lorsque le Roi lui accorde cette grâce , lorsqu'il daigne lui en donner l'assurance , elle es*, heureuse de penser que Votre Majesté a contribué à la lui faire obtenir.

Discours à rassemblée nationale (i).

19 octobre 1789.

Nous apportons à l'Assemblée nationale les hommages de la commune de Paris. Nous venons renouveler à cette auguste Assemblée et l'expression dun respect profond et lYssurance d'une soumission entière. Nous avons toujours désiré l'honneur que nous recevons aujourd'hui, celui de voir les représentans de la nation réunis dans le sein de la capitale, et y délibérant sur les grands intérêts de l'État. Nous osons dire, Messieurs, que nous sommes dignes de cet honneur; nous le sommes par le respect et la soumission dont nous venons de vous offrir l'assurance ; mais nous le serons surtout par notre fidélité à maintenir la liberté de vos grandes et importantes délibérations. La ville de Paris n'a point d'intérêts particuliers ; tout Tançais ne connaît dans ce moment que celui de la patrie. Nous demandons , comme les provinces, que vous portiez des lois justes et sages ; que vous

(1) Voyez ci-dessus , page j 86 , l'occasion de ce discours.

(JS'ote des uouv. édit. ;

5l6 MÉMOIRES

donniez à cet empire une constitution durable qui maintienne sa prospérité et fasse le bonheur de tous : voilà notre intérêt, ce sont nos vœux.

S'il nous est permis de le rappeler ici , la ville de Paris s'est armée la première contre les ennemis de l'État ; et, en faisant ce premier acte de liberté , elle a fait disparaître les soldats dont l'Assemblée nationale et la capitale étaient environnées; elle assure sa liberté en assurant la vôtre ; sa gloire sera que la félicité de la France ait été opérée dans son sein. La révolution commencée parle courage doit être achevée par la sagesse ; votre sagesse , Messieurs , est de peser et de fixer les destinées de l'empire. Notre devoir, à nous, est de veiller pour vous , de vous entourer du repos et de la tranquillité. Tout citoyen sera soldat pour composer votre garde nationale ; et la commune que vous voyez devant vous, tous les habitans de cette capitale sont prêts à répandre la dernière goutte de leur sang pour votre sûreté, pour l'inviolabilité de vos personnes, et pour la liberté de vos délibérations.

Si la capitale n'a pas encore joui de tout le calme que les bons citoyens désirent, c'est que les grandes agitations, d'où la liberté doit éclore , ne peuvent s'apaiser tout- à -coup. Le mouvement une fois imprimé ne cesse que par degrés ; mais il est des circonstances heureuses qui accélèrent un repos nécessaire. Nous pouvons dire à cette auguste Assemblée que le retour du roi à

DE BAILIA". $IJ

Paris y a répandu le bonheur; que sa présence chérie y établit une paix durable; il n'y a plus de mouvement que pour se porter autour de lui, et cette paix si désirable est aujourd'hui, Messieurs, assurée par votre présence. La paix est le fruit de la sagesse; si elle n'existait pas encore, elle naîtrait du respect que vous inspirez. Qu'apportez-vous ici? la durée de cet empire par les lois , la prospérité par les lois, le bonheur de tous par les lois. En considérant le sénat imposant et vénérable auquel j'ai l'honneur de porter la parole , je crois voir les lois personnifiées et vivantes; ces lois saintes et éternelles qui vont s'étendre par toute la France et dans tout l'avenir pour le bonheur universel. La paix sera dans tous les temps l'ouvrage de ces lois , la paix sera le fruit du respect et de l'amour. La loi et le roi , voilà tout ce que nous devons respecter; la loi et le roi, voilà tout ce que nous devons aimer.

Réponse à un discours de Monsieur , frère du roi (1).

26 octobre 1789.

Monsieur ,

C'est une grande satisfaction pour les représentai de la commune de Paris , de voir parmi eux

(1) Aujourd'hui S. M. Louis XVIII. Ce discours fut prononcé lors d'une visite faite à l'Hôtel-de-Ville par ce prince , à l'époque du jugement de Favras. Voyez relativement à cette circonstance , les Mémoires de Ferrières. (Note des nouv. édit. )

5l8 MÉMOIRES

le frère d'un roi chéri , d'un roi le restaurateur de la liberté française. Augustes frères , vous êtes unis par les mêmes sentimens. Monsieur s'est montré le premier citoyen du royaume , en votant pour le tiers - état dans la seconde assemblée des notables ; il a été presque le seul de cet avis, du moins avec un très-petit nombre d'amis du peuple; et il a ajouté la dignité de la raison à tous ses autres tiires au respect de la nation. Monsieur est donc le premier auteur de l'égalité civile ; il en donne un nouvel exemple aujourd'hui , en venant se mêler parmi les représentans de la commune , où il semble ne vouloir être apprécié que par ses sentimens patriotiques; ces sentimens sont consignés dans les explications que Monsieur veut bien donner à F Assemblée. Le prince va au-devant de l'opinion publique ; le citoyen met le prix à l'opinion de ses concitoyens 7 et j'offre à Monsieur , au nom de l'Assemblée , le tribut de respect et de reconnaissance qu'elle doit à ses sentimens , à l'honneur de sa présence , et surtout au prix qu'il attache à l'estime des hommes libres.

N°Vl.

Discours à V Assemblée nationale (i).

2 janvier 1790.

Messieurs , ]Vs représentans de la commune et de la garde

(»)£:iiîly, clans ce discours , oiFre à l'Assemblée nationale ses

DE BA1LLY. Ôig

nationale de Paris viennent vous oflrir leurs hommages ; ils viennent devant vous former leurs vœux pour la conservation de la patrie , dont les destinées reposent sur vous. Nous avons jusqu'ici marché par des travaux pénibles ; nous avons vécu entourés de dangers ; mais , dans ce renouvellement d'année , dans ce renouvellement de toutes choses , un jour plus beau va luire ; une espérance qui s'accroît sans cesse , fortifie notre courage ; la loi commencée s'achève sans cesse entre vos mains, et lorsque la loi tout entière existera , la France sera sauvée, et nous commencerons à vivre. Jusque-là nous attendons la vie y et nous l'attendons de vous ; mais celte loi , dont une partie n'est pas encore dictée , dont une partie est encore renfermée dans votre sagesse , nous la respectons même avant que votre génie l'ait produite. Nous inspirerons ce respect au peuple de la capitale , qui a conquis la liberté par sa résolution , qui quelquefois s'est agité pour la défendre , et qui ne connaît pas encore assez les bornes et l'étendue légitime de cette possession nouvelle. C'est à nous à l'éclairer sur sa jouissance et sur les devoirs qu'elle lui impose. Le plus important de tous est la soumission ; c'est à la soumission à achever l'ouvrage de notre bonheur et à terminer la révolution. Nous en donnerons l'exemple , nous qui avons l'honneur

hommages et ceux de la commune de Paris, pour le renouvellement de Tannée, . {Note des nouv. édit. )

d'être , pour la capitale , ce que vous êtes pour la nation entière ; et vous jugez , Messieurs , avec quelle joie et quel sentiment profond le maire de la ville , formé par vous , qui a commencé chez vous son éducation nationale , se montrera le premier pour donner cet exemple. Achevez donc la loi , Messieurs , et nous vous répondons de son exécution. Achevez la loi avec un monarque digne de notre amour , et nous répondons à l'un et à l'autre de la ^soumission et de la fidélité dues à ces objets sacrés. Achevez la loi, et le jour où la nation que vous représentez , où la capitale , dont nous sommes les organes , viendra la jurer devant vous , devant le monarque à qui vous remettrez ce dépôt respectable , ce jour sera celui de la renaissance de la monarchie , le commencement de sa prospérité et de sa véritable grandeur. Sous un roi bon et juste , nous avons tous contribué à acquérir la liberté ; mais nous ne pouvons être heureux que par sa bonté et votre sagesse.

Page 1