‹ Mémoires de Barras, membre du DirectoireChapitre 10 sur 197 · XXX INTRODUCTION GENERALE · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION GENERALE

qu'elle fut faible, et, s'il faut tout dire, nous le lui avons depuis longtemps pardonné, tant sa grâce, tant sa divine bonté, tant son abnégation à l'heure tragique du divorce ont éloquemmenl plaidé sa «ause auprès de nous! Mais ce que nous ignorions peut-être, c'est à quel point étaient menteurs les beaux dehors de gentil ho mm erie dont aimait à se parer le vicomte de Barras. Et ce point sera, je pense, suffisamment mis en lumière quand on aura vu le langage dont il use envere celle qui fit beaucoup trop d'honneur à ce fat en le distinguant. Ajouter ce nouveau trait à ce que l'on connaissait de l'indignité de cet homme, le montrer — et sur son propre témoignage — plus cynique qu'on ne le soupçonnait de l'avoir été, n'est-ce pas une manière encore de défendre contre ce diffamateur la grande figure qu'il a voulu outrager?

Et c'est pourquoi j'entreprends avec une sécurité absolue cette pubhcation, où la mémoire de Napoléon n'a, j'en suis convaincu, rien à perdre, — et où l'histoire trouvera certainement son profit. J'en prends à témoin l'Empereur lui-même :

• La calomnie a épuisé tous ses venins sur ma personne; elle ne saurait plus me heurter; elle n'est plus pour moi que le poison de Mithridate..,, Les pamphlétaires, je suis destiné à être leur pâture, mais Je redoute peu d'être leur victime : ils mordront sur du granit. Ma mémoire se compose toute de faits, et de simples paroles ne sauraient les détruire.... Si le grand Frédéric ou tout autre de sa trempe se mettait à écrire contre moi, ce serait autre chose, il serait temps alors de commencer à m'émouvoir peut-être; mais quant à tous les autres, quelque esprit qu'ils y mettent, *(s ne tireront jamais qu'à poudre.... Le mensonge passe, la vérité reste.... A quoi ont abouti, après tout, les immenses sommes dépensées en libelles contre moit Bientôt il n'y en aura plus de traces, tandis que mes monuments et mes institutions me recommanderont à la postérité la plus reculée.... Malgré tous les libelles, je ne crains rien pour ma renommée. La postérité me rendra justice. La vérité sera connue, et l'on comparera le bim que j'ai fait avec les fautes que foi commises. Je ne suis pas inquiet du résultat'.... »

Si j'avais besoin, pour publier les Mémoires de Barras, d'une autre autorisation que de celle de ma conscience, je la trouverais dans cette grande parole sous le poids de laquelle Napoléon, avec la souveraine autorité du génie sûr de lui-même et de son œuvre, a d'avance accablé tous ses diffamateurs. Barras comme les autres « mordra sur du granit. »

George Duruy.

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