CHAPITRE XVIII
Confusion des pouvoirs. — Premiers temps de la Cont
nale. — Délégation de ses pouvoirs aux comités. — Vices du si/stèmc.
— Il affaiblit l'assemblée. — Mol de Danton à ce sujet. — Atroce loi proposée par Coutlion, — Je blâme hautement les comités. — Merlin de Thionvillc. — Je deviens l'un des' chefs de l'opposition.
— Dîners chez Doyen. ^- Soirées chez Corasza. — Le limonadierdiplomate. — Courtois. — Nous disposons une attaque contre les comités. — Fausse position de la Montagne. — Je ne sors plus qu'armé. — Les comités veulent se rattacher à Robespierre. — - // refuse, s'unit à Couihoit et Saint-Just. — Les comités veulent se défaire de nous. — Proposition de Caritot. — Je la repousse, mes collègues également. — Robespierre m'aborde pour lapremiére fois.
— Il entame ce sujet. — Notre conversation. — Ses projets contre les comités. — Sa position. — - Rapport de Saint-Just. — On demande dix-huit mille hommes à l'armée de Sambre-et-Meuse. — Cet ordre est ensuite révoqué. — Prieur de la Marne. — Jeanbon Saint-André. — Jourdan. — Ce qu'il était à Limoges. — Il gagne la bataille de Fleurus. — Mot du général Lefebvre. — Mouvement imprimé aux armées. — Résistances opposées à Robespierre. — Billaud, Collot-d'Herbois, Carnot, Prieur de la Câie-d'Or, Lindet, Barére. — Inquiétudes de Robespierre. — Acte d'hypocrisie. — Vociférations de Collot-d'Herbois. — Scène violente entre Robespierre et lai. — Je sauve Robespierre. — Comment il me remercie.
— Faute énorme de la Convention. — Granet. — Fermentation générale. — Les exécutions en masse continuent malgré l'absence de Robespierre. — Le Comité veut me consulter. — Fouquier- Tinville. — Une liste de proscrits. — Qui a gagné la bataille de Falmy. — a La vieille culotte de peau de l'ancien régime. »
— Je défends Kellermann, Hoche et Champinnnet. — Fouquier-
Tinville se dit moins méchant qu'il ne le paraît. — Comment se faisaient les listes de proscription. — ■ Entraînement de l'époque. — Analogie avec un autre règne. — Je sauve encore quelques proscrits.
Lors de mon premier départ pour l'armée, tous les mouvements des forces militaires recevaient leur première direction du pouvoir exécutif : il était soutenu de l'élan de la Convention nationale. Tout se faisait alors sans aucune organisation, sans attribution spéciale à aucun pouvoir. Les comités provisoires n'étaient et ne faisaient rien sans la Convention, où venaient s'allumer les seules flammes qui pussent alors animer la République. II fallait même l'embraser, pour la porter à tous les coups de force qu'elle avait à réaliser.
Le Comité de Salut public fut par suite le pouvoir e.^écutif chargé dictatorialcment de la conduite de la guerre, comme de toutes les affaires de la politique. Le Comité de Sûreté générale eut l'attribution que désigne suffisamment son nom, la disposition des personnes; il avait celle de leur liberté : les prisons s'ouvraient à ses ordres. La délégation de ces pouvoirs coûta cher à la Convention nationale; une grande assemblée qui fait d'aussi immenses concessions doit en être victime, tôt ou tard. La moindre usurpation sur son autorité, dès qu'elle est tolérée, en amène beaucoup d'autres.
A cette époque de l'assassinat juridique de Danton, qui avait été précédé et qui fut suivi malheureusement de beaucoup d'autres, la Convention était vraiment tyrannisée par les comités de gouvernement : ils l'avaient, comme l'a dit ce grand républicain, « décimée et mise en coupe réglée ». L'audace des comités était telle, que, le 22 prairial, Couthon proposa en leur nom une loi qui privait de défenseurs les accusés au Tribunal révolutionnaire.
La Convention fut indignée, mais elle n'osa pas rejeter cette proposition, Robespierre, qu'on avait cru disposé, politiquement au moins, à quelque modération, s'était lui-même
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