‹ Mémoires de Barras, membre du DirectoireChapitre 124 sur 197 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

fut arrêté fut envoyé en prison; j'étais au moment de faire transférer Couthon dans un hôpital, mais la circonstance ne permettait pas à l'humanité même la plus sincère des soins aussi minutieux. Quels sont ceux que pouvaient réclamer des individus qui appartiennent déjà à la mort et vont lui être livrés dans un moment?

Le 10 thermidor, le Trihunal révolutionnaire condamna , Robespierre et ses complices ou plutôt disposa seulement leur exécution, car, comme ils étaient mis hors la loi, par le décret de la Convention, il n'y avait plus qu'à constater l'identité des personnes, et les livrer à l'exécuteur des hautes œuvres. Le surlendemain, des membres du Conseil général de la Commune, qui avaient le plus fortement pris part à la conspiration, furent également jugés et périrent sur l'échafaud.

Un événement aussi considérable, quoiqu'il ait été le sujet des récits les plus étendus et les plus multipliés, ne peut cependant ici être rappelé par moi sans quelques détails de ses principales circonstances, celles que je dois retracer n'ayant rien de connu encore, et paraissant ici avec leur originalité native.

Lorsque Robespierre fut, avec Couthon et Saint-Just, amené au Tribunal révolutionnaire pour constater leur identité seulement, puisqu'ils étaient hors la loi, et qu'il ne s'agissait ' plus que de l'exécution à appliquer aux personnes, Fouquier- " Tinville, l'accusateur public (faisant les fonctions qu'on ^ appelle aujourd'hui de procureur général), était dans une agitation qu'on peut difficilement se représenter : lui qui, jusqu'à ce moment, allait tous les jours, hier encore, prendre les ordres de mort de Saint-Just et de Robespierre, contre tous les mal-

n'était pas celle des s an es du c t Auc n de ses membres même n'a pu le voir. Ils étaie allés prend e du epos dès que Robespierre fut saisi h l'Hôtel de Ville. I com té ne ent a en s ance le iO que vers huit beures du matin, et il y ava t alo s en on tro heures que Robespierre avait élé transporta dans la pr on l la <" on g e ■ (G. D.)

heureux qu'il leur plaisait d'envoyer â l'échafaud, lui se voir directement, et par volonté supérieure, inévitable, charge de faire conduire à ce même échafaud les hommes qui en étaient les premiers dresseurs, si l'on peut ainsi dire, les organisateurs, enlin tout au moins les vrais dictateurs! On conçoit l'embarras deFouquier dans une circonstance aussi décisive : il pouvait se dire, avec quelque raison et pressentiment ;

Mutato nomine de te Je ne pouvais lui en vouloir de l'espèce

d'embarras que je voyais dans toute sa personne au moment de remplir un pareil devoir. Fouquier-Titiville avait déjà cherché à se donner des excuses en quelque sorte vis-à-vis (les condamnés eux-mêmes, u Je sais bien, dit-il, que ce n'est pas moi qui condamne ces messieurs », il se reprit : <i les citoyens (car c'était le seul nom alors licite : le mot monsieur était rayé de la langue), puisqu'ils sont hors la loi, et qu'ici le tribunal n'est qu'applicateur; je sais bien que c'est mon devoir et même mon droit de donner l'impulsion et la direction à la justice; que ce que Je fais aujourd'hui est moins, sous un rapport, que ce que je faisais hier, puîsqu'hier nous rendions des jugements de propre mouvement, et qu'aujourd'hui nous ne faisons qu'exéculer celui de la Convention nationale,... mais enfin..,. » Je ne voyais pas où cg?, enfin allaient s'arrêter, et comment serait fixée l'incertitude de Fouquier-Tinville : elle pouvait s'accroître de tous les bruits environnants ; je vois qu'il n'y a pas de temps à perdre, et qu'il faut rassurer la « tête » du Tribunal révolutionnaire; j'appelle ainsi Fouquier-Tinville : je l'en aurais appelé 1' « âme », si l'on peut penser qu'il y eût âme dans de pareils monstres.... « Allons, citoyen Fouquier, m'écriai-je d'une voix forte, mais froide et impérieuse, la Convention nationale m'a chargé de faire exécuter ses ordres : je vous donne celui de procéder, sans désemparer, à l'accomplissement de votre mandat. C'est aujourd'hui qu'il faut se montrer patriote, en envoyant de suite les coupables à l'échafaud qui les attend. »

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