‹ Mémoires de Barras, membre du DirectoireChapitre 155 sur 197 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

osèrent, le 20 fructidor, s'annoncer les proclama leurs, les défenseurs fanatiques de la souveraineté du peuple. Jamais Marat ne parla de cette souveraineté avec plus de fureur, jamais Robespierre n'en parla avec plus d'effronterie.

■ Us jetèrent en avant ce fameux acte de garantie, dans lequel ils glissèrent cette maxime si vraie en principe, mais si fausse et si perfide dans son application actuelle : que les pouvoirs de tout corps constituant cessait en présence du peuple assemblé : ils y parlèrent des moyens de salut public... • (P. 10 et H.)

« Dans toutes les sections, on prit des actes de garantie plus ou moins extravagants. C'était la flèvre, le délire de la souveraineté.... » (P. 11.)

t Cependant la Constitution était acceptée partout; et malgré les menées des agitateurs et les dépenses des riches souverains de la section Le Pelletier, une imposante majorité se prononçait en faveur des décrets des 5 et 13 fructidor. Ce grand procès allait se terminer par une opération arithmétique.... • (P. 16.) •

c Le 10 vendémiaire, Baudin (des Ardennes), au nom de la Commission des Onze, fit prononcer que l'ouverture des séances du corps législatif, indiquée au 13 brumaire, était définitivement fixée au 5 du même mois.

« Ce décret était une réponse tranchante et décisive à cette calomnie tant de fois répétée, que la Convention voulait éterniser le gouvernement révolutionnaire et retarder celui des lois. Ce décret arrachait dix jours aux factieux; et, au milieu d'une pareille tempête, dix jours enlevés aux conjurés pouvaient sauver la chose publique.... . (P. 20 et Si.)

t Le 10 vendémiaire, la section Le Pelletier, usurpant tous les pouvoirs, se créant elle-même Assemblée constituante, rendit le décret suivant..., > (P. 21.)

€ Considérant enfin qu'il est temps que le peuple songe à son salut, puisqu'il est trompé, trahi, égorgé par ceux qui sont chargés de ses intérêts,

• Arrête :

* Article 1". — Demain 11, à dix heures du matin, sans nul délai,

• les électeurs de toutes les assemblées primaires de Paris se réuni- « rontdans la salle du Théâtre-Français.... (P. 25.)

- » Article 6. — Les assemblées primaires de Paris jurent que,

• regardant cette mesure comme la seule qui puisse sauver la

• patrie, et mettant promptement en activité la Constitution répu- < blicaine, elles ne désempareront pas leurs séances de demain que t le corps électoral ne soit dérmitivement installé.... • (P. 26.)

t Bien des niembi'es qui connaissaient parïaitemeiit tout le danger de la Convention, indiquèrent, un peu durement peut-être, mais bien franchement, le seul moyen de salut, en demandant que par une loi formelle les comités de gouvernement fussent déclarés responsables de toute négligence ou de défaut de mesures qui pourrait compromettre la chose publique. Barras, en faisant cette salutaire proposition, indiquait assez qu'il connaissait le secret de la force des conjurés et de la faiblesse du gouvernement ; il n'obtint que la permanence de l'assemblée.... • (P. 38.)

■ Pendant que la Convention délibérait contre les conjurés, les Conjurés agissaient contre la Convention.... > (P. 29.)

« A la tète de ces républicains qu'on appela le BataiUon sacré rfes patriotes de 89, et dans leurs rangs, on apercevait ces vétérans de la Révolution, qui en avaient fait les six campagnes, qui s'étaient battus sous les murs de la Bastille, qui avaient terrassé la tyrannie, et qui s'armaient aujourd'hui pour défendre le même château qu'ils avaient foudroyé au 10 Août. On voyait à leur tète ou dans leurs rangs des officiers généraux chargés d'ans, couverts de cicatrices et de lauriers, des héros de Jemmappes, de Fleuras proscrits parce que leurs actions éclatantes appartenaient à des noms obscurs; destitués parce qu'ils avaient vaincu les Prussiens sans méthode, et écrasé les Autrichiens sans savoir les mathématiques ou l'orthographe.

• Le moment où, sur la terrasse des Feuillants ou dans la cour du Manège, ces bras désarmés reçurent des fusils ne sortira jamais de ma mémoire. Ils semblaient rentrer dans leur patrie et reprendre leurs droits. J'ai toujours devant les yeux un vieillard vénérable, saisissant le fusil qu'on lui donnait, le pressant contre ses lèvres, contre son cœur, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes, et s'écriant : * Je suis donc encore libre! >

« Là je retrouvai les restes précieux de ces vieux bataillons de Liégeois et de Belg«s. sous les ordres de leur ancien général Fyon. Ils nous avaient donné jadis le signal de l'insurrection; ils venaient alors mourir avec nous pour cette liberté, leur antique, leur éternelle divinité.... . (P. 32 et 33.)

« Bientôt on voit paraître à la barre quelques-uns des volontaires de ce bataillon sacré si lâchement calomnié par les rebelles. Ils jurent de faire respecter les personnes et les propriétés. ■ Loin de « nous, disent ces vieux soldats de la Révolution, toute idée de réac- « tion et de vengeance particulière : s'il était quelqu'un parmi € nous qui sécartàt des principes de tolérance et d'humanité que ■ vous professez , nous prenons l'engagement solennel de le « repousser avec horreur des phalanges de 89. • (P. 36 et 37.)

• La Goincnlion nationale décrète que le général de brigade

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Barras, représentant, est nommé commandant de la force année de Paris et de l'intérieur. » (P. 43.)

< Ce projet de décret, adopté au milieu des plus vifs applaudissements, fit renaître le caime et la confiance. Le général du S Thermidor, le vainqueur de Toulon rebelle, connu par son activité, par ses talents, par un véritable sang-froid au milieu des plus grands dangers, par une âme brûlante et pure, par un dévoûment profond «t absolu à la cause de la liberté, rendit aux patriotes inquiets la tranquillité d'âme et la fermeté dont ils avaient besoin, et assura ■le triomphe des colonnes républicaines.

• Barras ne dut point se dissimuler tous les dangers qui environnaient la Convention, et la terrible responsabilité qui pesait sur sa tête.

< Tout était dans un désordre effrayant. L'artillerie de position était encore au camp de la plaine des Sablons, et n'était gardée que par cent cinquante hommes! et si l'on en excepte quelques pièces de bataillon, les pièces de 4- qui étaient aux Tuileries étaient sans canonniers dans la cour des Feuillants. » {P. 4i.)

« Dès le matin, le représentant Fréron s'était porté dans le faubourg Saint -An toi ne. Il avait annoncé à ces vieux amis de la République, à ces irréconciliables ennemis de la Royauté, le danger de la Convention assiégée; iJ avait fait retentir aux oreilles de ces hommes du 14 Juillet et du 10 Août la voix de l'ancien orateur du peuple; et les hommes du faubourg, oubliant de récentes injures, armèrent encore une fois ces bras toujours funestes aux amis des rois. Un bataillon se forma sur-Ie-ehamp et, traversant fièrement une partie de la ville insurgée, vint se ranger sous les murs de la Convention; • (P. 47.)

-■ « La ligne de défense s'étendait depuis le Pont-Neuf, suivait les q\iais sur la rive droite de la Seine jusqu'aux Champs-Elysées, et se prolongeait sur les boulevards; mais les rebelles étaient maîtres de toute la rue Saint-Honoré, de la place Vendôme, de Saint-Roch, de la place du Palais^Royal; leurs nombreux bataillons obstruaient toutes les avenues,... et cette Convention nationale de France, qui fait chanceler les trônes et trenàbler l'Europe, dont les innombrables armées, débordées dans l'Allemagne, menacent de poursuivre l'aigle effrayé jusque dans Vienne; cette Convention, qui, deux jours auparavant, venait de prononcer la réunion à la France des vastes pays que ses armées triomphantes ont arrachés à l'Autriche, s'est vue pendant quelques heures cernée par une troupe de polissons, de factieux et d'imbéciles; et sa domination resserrée dans l'étroite enceinte de quelques mille toises ! » (P. 48.)

• Le bataillon des Quinze- Vingts passe devant le bataillon de Montreuil; celui de Popincourt ne l'avait pas encore rejoint; Mon-

yGooglc

treuil voulait marcher, mais l'officier qui commandait exigea l'ordre de BairTî' . (P 41 )

c II faut le due cependant, la majorité des membres du gouvernement ne montra dans ce moment terrible, que de la faiblesse et ■de la pusillanimité A l'approche du danger, la peur présida aux délibération» et ces mêmes hommes qui la veille, qui le matin même paiaibsaient avoir retrempé leurs âmes, abattus maintenant, découragés, n'enfantaient plus que des adresses et des proclamations. > (P. o5.)

• Les factieux avaient-ils abandonné une seule de leurs audacieuses prétentions? Ces adresses, ces pourparlers, ces indécentes transactions, ces proclamations couvertes de boue, n'avaient-elles pas opéré un elîet tout contraire èi celui que s'en promettaient leurs politiques et opiniâtres auteurs? Non, ce n'est pas dans des livres que l'on étudie le jeu d'une révolution gigantesque et monstrueuse comme la nôtre dans tous ses résultats. Ce n'est pas non plus dans le boudoir d'une intrigante étrangère, dans ce boudoir où l'on a ajourné le procès du 10 Août, qu'un ancien commensal de nos princes pouvait apprendre ce qui convenait à la crise la plus terrible de cette révolution terrible; ce n'est point au milieu des prêtres qu'un homme fier de quelques vertus privées pouvait élever son âme aux grandes conceptions que commandent les grands événements. • (P. 56.)

• Au même instant, Bailleul présenta aux comités un arrêté tendant à faire désarmer à l'instant tous les patriotes de 89 réunis sous les murs de la Convention, et dont la conduite, dans le cours de la Révolution, • aurait été répréhensible! » (P. 57.)

• Je ne crains pas de le dire, cet ordre du jour fut le salut de la patrie. Si l'adresse de Gamon eût passé, vingt mille patriotes eussent été immolés dans Paris; cent mille eussent été massacrés dans les départements; et la Convention, avilie, prisonnière, mutilée d'abord par les bourreaux qui menaient les sections, assassinée ensuite en détail, avant le 5 brumaire, aurait cédé à une législature tout* nouvelle cette salle devenue son tombeau. Les charrettes de Robespierre, ou du moins la sévère activité du tribunal du 1" Prairial, auraient noyé dans le sang la liberté, et aujourd'hui le royalisme, triomphant, rétablirait les débris du trône de Louis XVI sur les cadavres de tout ce qui aima la Révolution. » (P. 60.)

• O toi qui depuis six ans, au milieu des plus affreuses tempêtes, as conduit le vaisseau de la Révolution, toi par qui nous avons vaincu l'Europe avec un gouvernement sans gouvernants, et des armées sans paye, génie de la liberté, tu veillais encore sur nous

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