CHAPITRE XXlir
et des peines, et l'abolîtioii de la peine de mort à la pais
Croirait-on qu'au moment où elle achevait, en si peu de temps, ces travaux glorieux, qui eussent suffi pour remplir plusieurs sessions d'une assemblée, la Convention se soit trouvée l'objet de nouvelles accusations, comme si elle eût voulu recommencer la Révolution et reprendre un système de terreur qui menaçait encore la France?
II est vrai que cette accusation était l'œuvre de M. ïhibaudeau; qu'elle était dirigée par lui contre Tallien, dont il était l'ennemi personnel; et que M. Thibaudeau avait même pris la parole contre Tallien, pendant que celui-ci était absent et ne pouvait guère prévoir l'improvisation préméditée. Je crois avoir remarqué qu'avant le 9 Thermidor, Thibaudeau siégeant au haut de la Montagne ne connaissait personne qui fût son égal en républicanisme ni en appareil de sans-culottisme, qu'il se faisait distinguer par une squaleur toute particulière, ayant une simple veste, point de col, chemise débraillée et des sabots, et que son accoutrement ne pouvait se comparer qu'à celui du tonnelier Granet, de Marseille, et au cardeur de laine Armonville, de Reims, Il est facile de concevoir que cet homme, qui avait été forcé de changer de costume politique et d'allure révolutionnaire par la journée du 9 Thermidor, qui l'avait privé de ses chefs Robespierre et Saint-Just, ne pouvait pardonner à Tallien d'être l'un des premiers auteurs de ce 9 Thermidor. M. Thibaudeau, qui, aux jours de sa flexibilité révolutionnaire, ne prétendait point h. la fermeté, avait voulu depuis faire croire que dans tous les temps sa conduite avait été de la raideur, et il avait eu la modestie de dire de lui-même qu'il était une (( barre de fer », ce qui avait fait répondre fort spirituellement par Fréron ; « Oui, barre de fer, je t'en f... ; mais il y a une paille ».
Tallien, qui avait fort peu de trait dans l'esprit, ne faisait
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point de bons mots lui même; mais il répétait ceux des autres, il les répandait, el les multipliait dans sa causerie peu vive, mais inextinguible, qui l'a fait appeler Robinet d'eau iiède.
Camille Desmoulins, avant le 9 Thermidor, avait dit de Saint-Just ; 'i 11 porte sa tète comme un saint sacrement », Saint-Just, à qui on l'avait rapporté, dit : n Je la lui ferai porter autrement >i, et l'on sait comme il tînt cruellement parole à l'illustre victime, qu'il traîna à l'échafaud, où il l'a suivie quelque temps après. Ici M. Thibaudeau qui, du plus haut de la Montagne, avait fort bien voté la mort de Camille Desmoulins, d'Hérault-Séchelles, de Danton et de tant d'autres, M. Thibaudeau aurait bien voulu sans doute pouvoir aussi se venger du mot de Fréron répété par Tallien, mais cela n'était plus possible : et après tous les gages de terrorisme que M. Thibaudeau avait donnés en temps utile, il croyait le moment venu, celui de prendre les manières et le langage de l'antiterrorisme. C'est dans celle combinaison qu'il accusait Tallien absent de vouloir recommencer le système de la Terreur. On a dît que le roi de Prusse, en faisant dans sa jeunesse \' Anti-Machiavel, avait voulu détourner rattenlion du machiavélisme qu'il méditait, « et qu'il avait craché au plat pour que personne n'y touchât ». Ce pourrait être !à le motif de M. Thibaudeau en accusant de terrorisme Tallien le Thermidorien. La Convention nationale fit justice de cette attaque, aussi mal fondée que malveillante : la méchanceté de M. Thibaudeau fut appréciée à sa valeur.
Après quinze jours aussi laborieusement employés et remplis, depuis le 20 vendémiaire, les élections do la République achevées ou non , la Convention nationale ne voulut pas rester plus longtemps dans la forme d'existence antérieure , aux dernières lois. Le 3 brumaire elle déclara sans retour que sa session était terminée.
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Je ne prétends point devancer le jugement de l'histoire sur celte terrible et mémorable session de la Convention nationale, la plus étonnante sans doute des assemblées politiques qui aient paru sur la terre. Ses ennemis les plusirréconciliables , ceux qu'elle a vaincus , humiliés , dont elle a troublé les existences en les forçant de se résigner à l'égalité, pourraient-ils jamais faire méconnaître les droits que la Convention nationale a acquis à l'intérêt, j'oserai dire à la reconnaissance de l'humanité? Les passions les plus furieuses l'ont sans doute trop animée et transportée au delà de toutes les convenances sociales, et des bornes connues de la politique. Mais tout ce que sa mission lui ordonnait de faire pour assurer l'indépendance de la France, pouvait-il se faire sans passions? Comment, sans passions, créer, organiser quatorze armées? les aguerrir contre les troupes aguerries de la coalition européenne ? Comment improviser des chefs capables de les conduire? Comment terrasser une coalition de rois non moins unanime que celle qui depuis a si bien disposé de la Franco? Gomment parvenir à lui donner cette limite si belle et si sûre du Hhin, des Alpes, des Pyrénées, que l'assemblée avait comprise, et qui suffisait à son ambition? Comment fonder une société nouvelle sur les débris de celle qui lui était si hostile, et dont les racines étaient aussi profondes? Comment enfin, sans passions, substituer la République française à la Monarchie des quatorze siècles!
Dites-nous, philosophes profonds, juges difficiles et froids de l'histoire, mais de l'histoire calme et judicieuse, ditesnous si un peuple réduit à lui seul contre tous peut réaliser de pareils miracles sans une grande énergie? s'il l'a pu sans une exaltation surhumaine, allumée elle-même encore et enflammée par une inspiration presque divine? Ah! sans doute, il eût été à désirer que cette exaltation eût pu être contenue parla réflexion, et ne manquât jamais àThumanité;
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mais quand on voit ceux qui ont paru être les auteurs responsables de tout l'enthousiasme délirant qui souleva alors la France en être les premières victimes, lorsqu'on en voit les acteurs mutilés, ruinés et égorgés, et la plupart de ceux qui survivent, pauvres encore après avoir été les dispensateurs et les maîtres des trésors de l'Etat, qui pourrait leur refuser au moins la probité, l'abnégation de soi-même, le désintéressement et l'oubli de tout ce qui n'était pas de la patrie? Lorsque ensuite, au-dessus de tant de débris aujourd'hui balayés, on aperçoit les monuments impérissables que le passage de la Convention a laissés dans toutes les parties des choses humaines que puisse saisir notre intelligence, qui pourrait refuser des égards, du respect el même de la gratitude à cette assemblée qui s'est élancée à travers tous les obstacles du passé et du présent pour parvenir à ce résultat qui est, quoi qu'il arrive, obtenu à jamais, l'amélioration des destinées de l'espèce humaine, fondée sur les lois basées elles-mêmes sur les droits de l'bomme, la liberté et l'égalité!
J'ai dit que les vaincus du 13 Vendémiaire avaient eu plus de peur que de mal. Si cette journée a dû faire beaucoup de bruit, en raison de ce que quelques coups de canon avaient été tirés au sein de la capitale, et que ceux qui n'en avaient jamais vu se trouvaient en avoir été touchés assez directement, il n'est pas moins vrai que les suites de cette journée ne furent point aussi sévères qu'on l'a répandu. Quelques-uns des plus notables insurgés furent sans doute condamnés, mais par contumace. Un seul fut exécuté : il s'appelait Lafond. C'était cet émigré, plein d'ardeur, qui avait conduit la colonne de la section Le Pelletier, composée de quatre bataillons.
J'aurais désiré sauver ce malheureux Lafond ; il n'y eut pas moyen. Ses réponses hardies et obstinées déjouèrent constamment les intentions que les juges auraient eues de