‹ Mémoires de Barras, membre du DirectoireChapitre 74 sur 197 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Notre mission dans les Alpes esl remplie. — Je rentre à Fox-Amphoux .

— Ordre de me rendre à l'armée d'Italie. — Bayle, Beauvais, Despirtassy. — J'emmène Fréron. — Biron. — Brunet. — 3i Mai.

— Les Girondins. — Esprit de l'armée d'Italie. — Notre réception.

— Mes collègues m'abandonnent. — Harangue aux malins. — Victoire. — Brunet soupçonné. — Toulon médite une trahison. — J'}/ cours. —~ Fréron m'accompagne. — Le général Lapoype. — Victor Grand et Roubaud. — J'arrive à Pignans. — Arrestation de mes collègues. — Ma tête mise à prix. — Toulon insurgé. — Je reviens à Nice. — Ce qui se passe à Pignans. — Tentative d'arrestation.

— Nos secrétaires arrêtés. — Vidauban. — Deux dragons. — Le maire de la Roque-Frainet. — Saint-Tropes. — MM. Dailtier et Martin. — Embarquement. — La caranque. — L'ile Sainte-Marguerite. — Nice. — Nos secrétaires jetés dans les cachots de Toulon.

Aucune des missions dont je viens de rappeler les circonstances et le but, ne pouvait être sans périls. Je n'avais pas espéré trouver une exception pour ce que nous devions rencontrer dans les Hautes et Basses-Alpes.

Malgré toutes les intrigues de l'aristocratie, nous nous occupâmes rapidement et sérieusement de remplir notre mandat. Les armées d'Italie et des Alpes reçurent toutes les ressources, en hommes et en matériel, qui leur étaient nécessaires. Notre mission terminée, je me rendis encore une fois dans mon pays natal. J'étais seulement depuis deux jours à Fox-Amplioux, lorsqu'il arriva un courrier de Paris. II m'ap-

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portait l'ordre de me rendre à l'armée d'Italie. Un décret de la Convention avait révoqué tous les pouvoirs donnés à ses commissaires pour le recrutement et me nommait de nouveau représentant près l'armée d'Italie ainsi que Bayle, Beauvais et Despinassy. Je trouvai à Hyères deux de ces collègues, Bayle et Beauvais. L'un était un petit commis marchand de Marseille, et l'autre un médecin de Paris, estimé dans son état, mais qui n'était guère plus obligé que Bayle d'être initié à l'administration et surtout à l'action militaire. Ce dernier était le père d'un jeune officier devenu ilopuis général, militaire estimable par ses opinions politiques plus que brillant peut-être par ses faits d'armes, mais à qui l'on doit des travaux importants, notamment l'ouvrage des Victoires et conquêtes, les Annales de ta guerre et autres productions classées dans les bibliothèques. Fréron était rappelé à Paris; il n'avait donc plus de mission, il me témoigna le désir qu'il aurait de ne rentrer qu'avec moi à Paris. Dans ces temps où l'on consultait moins la forme que l'utilité publique, je pris sur moi d'écrire que Fréron avait au moins des pouvoirs provisoires et je l'emmenai avec moi à Nice.

L'armée d'Italie avait eu d'abord pour général en clief Biron, autrefois duc de Lauzun. Dénoncé par l'aristocratie, qui prenait souvent alors la livrée du patriotisme, ce général avait été enlevé à l'armée, qui l'adorait, par ordre venu de Paris. Traduit au Tribunal révolutionnaire, il avait été jugé, c'est-à-dire condamné à mort, et exécuté avec la promptitude des temps. Biron avait eu pour successeur le général Brunet, qui, sous tous les rapports de patriotisme comme de talent, valait moins que celui qu'il avait remplacé,

La journée du 31 Mai, où la représentation nationale avait été violée, avait vu l'une des deux factions de l'assemblée, le côté droit, les Girondins, succomber dans la lutte contre le cùté gauche, les Montagnards. La Convention nationale, en donnant le funeste exemple de la guerre intestine dans son

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