‹ Mémoires de Benvenuto CelliniChapitre 24 sur 46 · JUILLET I · texte numérisé non relu

JUILLET I

François par la grâce de Dieu Roy de France à Nos amés et féaux les Trésoriers de France, et au prevost de Paris, ou à son Lieutenant Criminel, et à chacun d'iceulx salut et dilection. Comme nous eussions cy devant baillé et délaissé à Notre cher et bien amé Bienvenuto Celliny Notre Orfèvre et Statuaire la Maison du Petit-Nesle, située en Notre Ville de Paris, avec toutes et chacunes ses appartenances et deppendences, pour loger et habituer lui et ses Ouvrieurs, et retirer partie de ses Ouvraiges et choses servans à son art et métier. Suivant lequel don et le commendement que des lors en fismes à Notre Lieutenant Criminel, ledit Celliny fut mis en possession et joissances de la dite Maison du Petit-Nesles, les dictes appartenances et deppendances Lequel a joys, tenu et occupé tout le dit Logis entièrement jusques à ce que voyant, que une petite Maison et Jeu de Paulme deppendant du dit Hostel estoit

la plus part de l'an vaccant pour le peu d'Ouvraiges, qu'il avoit lors encommencés, et ne s'en aidoit que quelques fois l'an, auroit loué la dite Maison et Jeu de Paulme à certains Locatifs, à la charge que toutes et quantes fois que bon lui sembleroit, et en auroit affaire pour la retraite des dites Ouvraiges, les dits Locatifs seroient tenus vuider et lui délaisser la dite Maison, retenant toujours à lui le Jardin deppendantde la dite Maison, dont il ne se pouvoit aucunement passer pour la commodité et continuation des dites Ouvraiges. Ce que ayant entendu un certain Jehan le Roux, thailleur et faiseur de pavements de terre cuyte, se seroit retiré par devant Nous, et Nous ayant fait entendre que la dite Maison, avec le Jardin et Jeu de Paulme deppendant d'icelle ne servoit de rien à icelluy Celliny pour l'effet pour le quel Lui avons baillé et délaissé, et que la louoit ensemble le dit Jardin pour en faire son prouffit particulier, Nous aurions souvez tel donné à entendre baillé et délaissé à icelluy le Roux, la dite Maison et Jardin, pour s'y retirer et y dresser les fours, fourneaux et autres choses requises propres et commodes pour la manufacture de son dit art et mestier. Et à ceste fin fait expédier Nos Lettres pour ce nécessaires, en vertu de quelles le dit Roux a esté fait joissant des dite maison et jardin, non obstant les opposictions et appellations intentées par le dit Celliny, et d'iceulx joy jusques à ce que Nous estant demeurantes en Notre Ville de Paris, Nous Nous sommes transportés au dit Nesle, et ayant Nous mêmes veu la statue en forme de Collosse et autres Ouvraiges par le dit Celliny ja dressées, et bien cogneu que luy seroit impossible les retirer et d'accommoder avec ce qui restoit encore à faire, et par achever de ceulx que lui avons commandé et ordonné faire en si peu de place ei. logis, que lui reste du dit Nesle, sans s'aider et accommoder des dites Maison, Jeu de Paulme et Jardin baillez au dit le Roux, Nous avons voulu et ordonné le dit Celliny estre remis à sa dite Maison, Jeu de Paulme et Jardin. Et pour ce qu'il Nous a présentement fait entendre que Vous faictes difficulté de ne faire d'autant qu'il ne Vous a

fait apparoître de notre dite vouloir, ordonnance et commandement, Nous à ces causes voulions faire pourvoir au ' dit Celliny de maison et lieu qui soit ample, propre et commode pour le logis et retraicte de ses dites Ouvraiges, Vous mandons et commectons, par ces présentes, que Vous ayez à incontinant fait remettre et réintégrer le dit Celliny en possession et joyssance des dite Maison, Jeu de Pauline et Jardins ainsi par Nous baillez et délaissés au dit le Roux, que du est, pour en joyr par le dit Celliny avec le dit Logis et Maison du Petit-Nesle, et s'en servir pour le logis et retraicte de ses dites Ouvraiges, ouvrieurs et serviteurs, tout ainsi qu'il faisoit au paravant le Bail par nous fait au dit le Roux et pour cest effect faictes vuider le dit le Roux, des dit Maison, Jeu de Paulme et Jardin, sans que en vertu de Nôtres Lettres de Bail, les quelles Nous avons revocquées, cassées et adnullées, revocquons, cassons et adnullons par ces dites présentes, il s'y puisse plus retirer, loger ni habituer en aucune manière en contraignant à ne faire et souftrr le dit le Roux, et tout autres qu'il appartiendra, et que pour ce seront à contraindre pour toutes voyes et manières duées etaccoustumées de faire en tel cas, non obstant oppositions et appellations quelconques, et sans préjudice d'icelles pour lesquelles ne voulions estre différé, et sans que icelluy Celliny soit tenu relever, ni autrement consuivre les dites oppositions et appellations par lui intentées, pour empescher la possession du dit le Roux, les quelles Nous avons de notre grâce spéciale, plaine puissance et auctorité Royale mise et mettons du tout au néant sans amende. Car tel est notre plaisir. Non obstant ce que dessus (le dit Bail), et quelconques autres ordonnances, mandemens ou defences à ce contraires. Donné a Saint Mor de Fossés, le XVe jour de Juillet l'an de grâce mil cinq cent quarante quatre, et de Notre

Règne le trentunesme.

Par le Roy le S. d'Annebaut.

Maréchal et Amyral de France présent.

DELAUBÉPLNE.

(Arcliivio dei Buonomini Ji S. Martino.)

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, aujourd'hui, jour susdénommé, à quatorze heures, il m'est né un enfant mâle auquel j'ai donné le nom de Jacopo Giovanni. Je prie Dieu qu'il lui accorde une longue et vertueuse vie.

Cet enfant a été baptisé le 4 décembre, huit jours après sa naissance. Il a été tenu sur les fonts par le signor Pagolo Orsino, qui est au service de la France, et qui à cette époque se trouvait prisonnier de notre duc à Florence, mais avec faculté de circuler partout, sur sa parole. Mon second compère fut messer Girolamo degli Albizi, commissaire des troupes de Son Excellence, et le troisième messer Alamanno Santini.

(Biblioteca Riccardiana.)

Je note qu'aujourd'hui, 12 décembre 1554, à dix-neuf heures environ, deux commandeurs du palais sont venus m'annoncer que j'avais été élu membre de la noblesse florentine.

Ferrando, fils de Giovanni de Montepulciano, s'est séparé de moi aujourd'hui 26 juin 1556; je le chasse pour toujours et le prive de tout ce que je lui avais légué. Je ne veux plus qu'il ait rien de moi au monde. J'entends que tout ce qui se trouvait en sa faveur dans mon testament soit annulé, et cela est conforme à ma première intention ; car le testament disait et dit que, dans le cas où Ferrando se séparerait de moi, il resterait déshérité.

(Bibliotcca Riccardiana.)

Je note qu'aujourd'hui, 26 octobre 1 5 36, moi, Benvenuto Cellini, je suis sorti de prison et j'ai fait avec mon ennemi une trêve d'un an. Chacun de nous a fourni une caution de trois cents écus. Luca Mini, apothicaire à San-Pier-Maggiore, et Zanobi, fils de Francesco Buonagrazia, se sont portés garants pour moi. Ils se sont aussi engagés à me représenter au tribunal des Huit et à payer mille écus si je ne répondais pas à tout appel dudit tribunal.

(Biblioteca Riccardiana.)

Aujourd'hui 29 juillet 1557, il a été stipulé entre moi, Benvenuto Cellini et Michèle, fils de Goro Vestri de la Pieve-a-Groppine, que je lui donnerais un demi-écu d'or par mois, la table et le logement, et qu'il tiendrait chaque jour mes écritures au courant, sans négliger de chercher à gagner quelque chose dans la ville et au dehors, selon les occasions, comme il l'a fait par le passé. Il a été convenu entre nous que le mois commencerait le ier août de la présente année 1557. Pour chaque mois je devrai donc un demi-écu d'or audit Michèle. Il est encore entendu que, si Michèle rencontrait un bon parti, rien ne l'empêcherait de le prendre.

Moi, Benvenuto susdit, je serai satisfait si mes affaires

sont tenues en bon ordre.

(Biblioteca Riccardiana.)

Je note qu'aujourd'hui, 2 juin 1558, moi, Benvenuto Cellini, j'ai reçu la première tonsure, c'est-à-dire les premiers ordres pour la prêtrise, des mains du révérendissime monsignore de' Serristori, dans sa maison du Borgo-Santa-Croce, avec toutes les solennités et les cérémonies d'usage dans de

telles occasions. Tout cela a été fait avec la permission du révérendissime seigneur vicaire de l'archevêché de Florence, comme l'atteste l'acte dressé par ser Filippo Frangini, notaire public de l'évêché. De plus, le susdit jour j'ai obtenu dudit seigneur vicaire permission de poursuivre ou faire poursuivre tous mes débiteurs, comme on le peut voir dans le protocole de ser Filippo Frangini, et page 134 du Libro di Ricordi.

L'an 1560, désirant avoir des enfants légitimes, mais secrets, je me suis fait dégager de la susdite obligation, et j'ai suivi ma volonté.

(Biblioteca Riccordiana.)

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