CHAPITRE XX
I.e soir du 22 juin. — Les ateliers nationaux et M. Marie. — Le 23 juin, premières barricades. — Inertie du gouvernement. — Le général Cavaignae et la garde nationale. — Le canon et le sang. — Faux bruits. — L’or de l’étranger. — Pillage et incendie. — La garde mobile. — Boucherie d’hommes. — L’insurrection du désespoir — Mort aux voleurs! — Absence de toute organisation. — Chances de succès. — La guerre sociale et la montague. — L’Assemblée hors Paris. — M. Pascal Dupratet l'état de siège. — Attitude de M.Sénard. — Les insurgés de Montmartre me demandent. — Ma visite au général Cavaignac. — Agitation extraordinaire du dictateur. — Notre conversation. — Il rédige un manifeste. — Frénésie de M. Degousée. — L’insurrection est vaincue. — Loi de transportation. — Menace et vengeances. — Sacrrrr... — Délation et proscription. — Résultats de la victoire des conservateurs. — Le despotisme de la force. — M. Recurt et le général Perrot. — Le cœur de M. Sénard. — M. Cavaignae faisant de l’histoire. — Des passions et toujours des passions.
Les ateliers nationaux, menacés de dispersion, avaient envoyé, le 22 juin au soir, auprès
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de la commission exécutive, une députation qui fut très-mal reçue par M. Marie. Les délégués rapportèrent h leurs camarades que M. Marie leur avait appliqué l’épithète de canailles, ce qui amena la plus grande fermentation dans les esprits.
Le 23 juin, dès onze heures du matin, des barricades furent élevées à la porte .Saint- Denis et dans plusieurs faubourgs.
Pendant trois heures, le pouvoir abandonna Paris à la révolte, sans qu’aucun ordre fît mouvoir les troupes dont il disposait.
Aucune proclamation n’avait été affichée pour calmer le peuple.
Voulait-on donc laisser grandir l’émeute pour anéantir d’un seul coup les travailleurs insurgés?
La réaction vit commencer ce soulèvement populaire sans en être trop effrayée le premier jour.
Ce fut seulement lorsqu’il eut pris une extension menaçante, que de toutes parts surgirent les accusations les plus graves contre le gouvernement.
Le général Cavaignac, auquel l’Assemblée avait remis la dictature exécutive, était accusé de trahison par la garde nationale. « Comment
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n’avait-011 pas cerné immédiatement l’émeute? Pourquoi n’employait-on pas des sapeurs-mineurs pour faire sauter le faubourg Saint- Antoine ? Il fallait, disaient les plus exaltés, détruire cet arrondissement pour sauver les onze autres. »
Le canon grondait; le sang coulait à flots.
Ce n’était plus une émeute, mais une insurrection comme Paris n’en avait point encore subi. Il est impossible de donner une idée de l’exaltation qui régnait dans les esprits, et du désordre universel qu’avait amené cette terrible guerre.
Des républicains prirent parti contre l’insurrection et payèrent de leurs personnes, persuadés que cette attaque avait été dirigée par des agents légitimistes et bonapartistes. Dans leurs rangs, le bruit courait que la république était menacée ; que l’or de l’étranger fomentait ces troubles ; qu’une quantité de forçats occupaient les barricades ; que le pillage et l’incendie seraient les inévitables conséquences de leur succès.
Les gardes mobiles, qui sortaient des barricades de février, tournèrent leurs armes contre les barricades de juin, et ensanglantèrent les faubourgs du sang de leurs familles î
La magnanimité du peuple français fut voilée. L’esprit de destruction avait attisé le feu du combat. La boucherie d’hommes se continua après la victoire.
Que d’audace dépensée en trois jours ! Pourtant il n’y avait point de plan organisé, point de chefs de direction.
Le peuple trompé, voyant la misère en permanence dans ses foyers, se jeta dans cette insurrection du désespoir.
Pendant qu’on l’accusait de pillage et d’incendie, il avait inscrit sur son drapeau : Respect aux personnes et aux propriétés; mort aux voleurs ! et il se battait seulement pour avoir la réalité d’une république démocratique et sociale. Partout où il fut maître, il se comporta avec sagesse et modération. Sa bannière fut conservée pure de toute improbité. Il défendait spontanément son droit, même sans le secours et les conseils de ses devanciers en insurrection, auxquels il n’avait point fait part de ses projets. Il s’était fortement retranché et luttait vaillamment; mais ce qui prouve l’absence d’organisation, c’est que bon nombre d’ouvriers restèrent dans l’incertitude et ne se mêlèrent point à la révolte.
D’un autre côté, les communications de