CHAPITRE XIV
Suite du 15 mai. — Complot d’officiers de la garde nationale. — Fusillons Barbés! — Interpellations à l’Assemblée nationale. — J’offre ma démission. — Profession de foi. — Bavoux et Sobricr. — Siège de la Préfecture. — Deux canons et le général Bedeau. — Mot de M. la Rochejaquelein. — Les affreux Montagnards. — Autographes de Louis-Philippe. — Les paratonnerres. — M. Recurt, partisan du canon. — La Commission exécutive. — M. Lamartine. — M. Garnier- Pagès. — M. Lamartine, étouffé. — La République démocratique. — Vive le préfet! — « Fraternité de la garde nationale et de la garde républicaine. — Ma démission de préfet et de représentant du peuple. — Les généraux Clément Thomas et Bedeau. — Clément Thomas à table. — Captivité à Doullcns. — Évasion de la citadelle. — Vertus républicaines. — Tristes adieux. — Les journées de Juin. — La caserne Saint-Victor. — Retraite des Montagnards. — Dernière proclamation. — M. Recurt et M. Trouve-Chauvel. — Ingratitude et trahison. — - Vive la liberté!
Le reste de la nuit se passa sans autre incident remarquable que la dénonciation d’un complot formé par quelques officiers des gardes nationale et mobile. 11 était question de s’introduire dans la Préfecture, au moyen de quelque tumulte^ afin de s’emparer de Barbés, qu’on y croyait réfugié, — et de le fusiller, tout simplement. ,
La personne qui avait découvert cette trame ajoutait qu’on devait ensuite proclamer la régence. Elle offrait
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de se constituer prisonnière, jusqu’à ce qu'on se fût assuré de la véracité des faits.
J'envoyai prendre information au local indiqué. Quelques officiers y avaient, en effet, tenu un conciliabule, dans lequel le projet avait été agité; mais ils s’étaient séparés sans avoir rien conclu. Le reste de la nuit, de nombreuses patrouilles parcoururent la ville. Tout fut calme.
Dans la matinée du 16, on vint m’avertir que diverses interpellations venaient d’être produites sur mon compte à l’Assemblée nationale, et qu’on était étonné de mon absence.
Je m’y fis transporter immédiatement, et donnai des explications qui parurent irréfutables.
' Je démontrai que l’on cherchait à annihiler le pouvoir de la Préfecture, dont les moyens d’action étaient factices; que j’avais dû penser que le pouvoir, bien et dûment prévenu, s’était mis en mesure.
Je proposai d’ailleurs ma démission, qu’on disait réclamée par certains représentants. De nombreuses dénégations partirent alors de tous côtés.
Je terminai ainsi:
« Puisque je suis à la tribune, permettez-moi défaire ma profession de foi.
« Mes sentiments démocratiques sont connus; mes passions, mes pensées sont pour le Peuple et pour ceux qui ont souffert pour la grande cause de la liberté.
« On a parlé du personnel, qui aurait pu être modifié. Je né pouvais, sans ingratitude, me séparer d’hommes fidèles et dévoués. £n résumé, voulez-vous décré-
ter qu’il y aura une garde républicaine? Voulez-vous les acquérir de cœur et d’ame, ou voulez -vous que je licencie deux mille cinq cents hommes dévoués, qui ont rendu et peuvent rendre encore de grands services?
Voilà la question. (Vive agitation et bravos sur plusieurs bancs.)
« Je voulais une police de conciliation; j’en ai proposé le plan au Gouvernement; je lui ai proposé ce que je vous soumets à votre tour, à savoir: d’organiser les gardes républicaines.
« Avec deux mille cinq cents hommes sages, bien organisés, ayant un bon esprit, vous arriverez à un plus prompt résultat qu’avec dix mille hommes mal disciplinés.
« Voulez-vous donc m’accorder l’ordonnance de cette troupe qui a fait jusqu’ici un excellent service? (Mouvements divers.) »
Alors, sur une interpellation du citoyen Bavoux, à l’égard de la maison de la rue de Rivoli, je dus dire que M. de Lamartine avait donné l’ordre, par écrit, de délivrer des armes à Sobrier.
Pendant que cela se passait à l’Assemblée, la Préfecture de police était cernée par une immense quantité de garde nationale et de garde mobile. Deux pièces de canon étaient braquées en face de l’entrée principale. Je montai à la tribune pour en demander explication. Le général Bedeau prétendit qu’on m’avait trompé: il arrivait de la Préfecture, et n’avait point vu de canons.
Au même instant, je fus informé que la commission exécutive m’attendait au petit Luxembourg.
Comme je traversais la salle des pas-per.dus, j’aperçus le colonel Mercier, accompagné de quelqties gardes républicains, dont plusieurs représentants admiraient la bonne tenue.
Le colonel Mercier se plaignait de ce qu’on venait d’envoyer de la garde nationale contre la garde républicaine, afin de pousser celle-ci à quelque acte fâcheux.
— Ce n’est point à la garde républicaine qu’on en veut, lui aurait répondu M. la Bnchejaquelein , c’est à
ces affreux Montagnards, avec leurs cravates et leurs ceintures rouges.
Ce qu’il y a d’étonnant dans ce propos de M. la Rochejaquelein, c’est qu’il était peu en rapport avec sa conduite précédente; on m’avait signalé M. la Rochejaquelein comme ayant des rapports avec plusieurs Montagnards. 11 les avait visités à la caserne Tournon, et avait remis à l’un d’eux, le nommé Chapuis, des autographes de Louis-Philippe.
Je ne prétends point incriminer M. la Rnchejaquelein, le seul des représentants légitimistes qui m’ait témoigné de la sympathie. Peut-être voyait-il les Montagnards pour faire aussi, lui, l’oflice de paratonnerre.
Je m’approchai des représentants qui entouraient les gardes républicains, et je leur dis :
« Voilà les hommes qu’on calomnie et qu’on accuse de troubler la République; causez avec eux, et vous les trouverez aussi intelligents que bons patriotes. »
En même temps, Mercier me confirma que la Préfecture était cernée; que M. Recurt était venu sur les lieux, et avait demandé si l’on avait du canon pour forcer l’entrée. On lui avait répondu que oui.
En effet, deux pièces masquées par une palissade, en avant du quai, faisaient face à la porte.
La garde nationale, qui les aperçut enveloppées d’artilleurs, craignit une méprise; et, se voyant entre deux feux, elle démasqua les batteries, qu’on retira an bout d’un instant.
Mercier ajouta que le général Clément Thomas était venu aussi pour faire relever les postes, mais que la garde avait répondu qu’elle ne les abandonnerait que sur un ordre de ma part. On en était resté là^
Ce rapport me convainquit du mauvais vouloir de la Commission. On voulait exciter la garde républicaine à
se mettre dans son tort, et enlever le dernier poste occupé par les démocrates.
Mon parti fut bientôt pris.
Arrivé en présence de la commission, ce fut au tour
de M. Lamartine à récriminer.
« Vous m’accusez, me dit-il, moi qui vous ai défendu!
— Je ne vous ai point accusé, répondis-je, j’ai simplement raconté les faits: vous ne voulez rien organiser, et vous me faites assiéger! »
M. Garnier-Pagès dit alors:
«< C’est que, voyez-vous, les Montagnards effrayent; la Préfecture est suspecte . . . Vous avez donc donné votre démission à l’Assemblée?
— Non, point officiellement. Du reste, je me rends à la Préfecture; mes paquets seront bientôt prêts. Vous recevrez tout à l’heure de mes nouvelles! «
J’en avais assez de toutes les allures tortueuses employées à mon égard.
Depuis quelques jours, je jugeais la position intenable. Le ministre de l’intérieur, M. Recurt, auquel j’avais demandé une audience qu’il m’avait accordée pour le lendemain de sa nomination, ne s’était point trouvé au rendez-vous. La marche réactionnaire que je voyais adopter de jour en jour me contrariait fortement. J’étais trop démocrate pour garder la position comme on l’entendait.
Je me retirais donc avec la ferme volonté d’envoyer au pouvoir ma démission écrite, lorsque M. Lamartine % a ^ ♦ me demanda à m’accompagner dans ma voiture. Che- ^ ’
min faisant: ‘
« Avez-vous bien* donné votre démission? me dit-il.
— Sans doute, répondis-je.
. — C’est que ces messieurs ne l’ont pas compris ainsi
— Je sais qu’ils seront heureux de ma retraite. Je vais leur donner cette joie aussitôt que je serai rentré. «
11 me parla alors de nécessités gouvernementales, et de la garde nationale, qui était indisposée contre la garde de la Préfecture.
« On a semé la calomnie, lui répliquai-je. Quoi qu’il en soit, faites retirer les masses, et je réponds que tout se passera avec calme. 11 ne sera point dit que celui qui a été préposé pour maintenir l’ordre est devenu une cause de désordre. «
Il me quitta à l’entrée du pont Marie, et fut entouré d’une quantité de gardes nationaux, qui le pressèrent tellement aux cris de vive Lamartine! vive l’Assemblée nationale! qu’il manqua être étouffé, et se retira un instant chez un imprimeur pour reprendre haleine.
Cependant la voiture qui me ramenait à la Préfecture ne pouvait plus avancer au milieu du pont, tant la foule des gardes nationaux était serrée; je descendis, et leur adressai une allocution, que je terminai au cri de: Vive la République démocratique!
J’ose dire qu’un cri unanime de: Vive le préfet! y répondit. On me livra passage, et j’entrai avec une centaine de gardes nationaux de tous grades, qui criaient: Vive la République démocratique! et fraternisèrent bientôt avec la garde républicaine.
Au dehors, il en était de même: quelques officiers parjuraient les rangs de la garde nationale, également au cri de: Vive la République démocratique! Ainsi, le bon esprit de tous faisait jqstjce de cette intempestive levée de boucliers.
J’envoyai immédiatement ma démission écrite au Pouvoir exécutif, en même temps que j’adressai au président de l’Assemblée nationale ma démission de représentant .Grand nombre de citoyens me blâmèrent d’avoir abdi-
qué ce dernier titre; ils ne comprenaient pas que l’un avait été la conséquence de l’autre.
Dès l’instant où je semblais démériter comme préfet, il fallait, en quelque sorte, restituer un mandat qui avait été la récompense de mes actes. Cette manière de voir pouvait paraître une niaiserie politique : je la crus rationnelle avec des principes qui ne me permettaient pas d’entrer dans la voie de la concession.
Le bruit se répapdit, dans la cour, que je venais d’envoyer ma démission. Les gardes nationaux et gardes républicains qui s’y trouvaient demandèrent à me parler, pour me dissuader d’abandonner mon poste. Je réussis à leur faire comprendre que j’avais dû en agir ainsi, leur recommandant l’esprit de fraternité envers tous, et l’obéissance aux ordres de mon futur successeur.
Quant aux Montagnards, ajoutai-je, mes efforts ont été vains pour assurer leur sort; toutes mes sympathies sont pour eux; car ils ont été malheureux et calomniés.
Je reçus alors des témoignages d’affection qui me dédommagèrent de l’ingratitude de tant d’autres!...
Dans la soirée , les généraux Clément Thomas et Bedeau vinrent me voir pour conférer des mesures à prendre. Ils voulaient que la garde républicaine évacuât la Préfecture sur-le-champ; tels étaient les ordres que la commission leur avait donnés.
J’objectai qu’il y aurait quelque chose d'humiliant, pouf de braves citoyens, à être ainsi expulsés la nuit; c’était leur donner une apparence de culpabilité que leur conduite n’avait nullement autorisée.
« On envoie quarante mille hommes, ajoutai-je, assiéger quatre cents hommes auxquels il suffit d’un ordre pour rentrer paisiblement dans leurs casernes. C’est à n’y plus rien comprendre.
« Vous avez pu voir qu’ils ont fraternisé toute la soirée avec la garde nationale; demain matin, vous les ferez relever, et tout sera dit.
Le lieutenant-colonel et le commandant Morisset confirmèrent mon dire, et les deux généraux acceptèrent une transaction qui sauvegardait l’honneur de ma troupe.
Un poste de cent gardes nationaux fut donc ajouté au service. Quelques milliers de gardes mobiles stationnèrent à distance de la Préfecture, et MM. Thomas et Bedeau bivouaquèrent avec eux toute la nuit.
J’étais à dîner, lorsque le général Clément Thomas revint me dire qu’il n’avait trouvé personne à la commission pour y faire part des résolutions prises en commun, mais qu’il pensait qu'elles seraient approuvées.
11 était exténué de fatigue et de besoin, et partagea notre repas. Je lui rappelai alors nos . années de captivité à Doullens , et notre évasion commune de cette citadelle.
«N’est-il pas étrange, disais- je, que de deux républicains qui ont mangé assez longtemps ensemble les pois chiches de la détention et partagé les mêmes dangers, l’un vienne assiéger l’autre !
— Sous un drapeau semblable, pour lequel nous mourrions tous deux, ajouta-t-il, il ne peut y avoir un ennemi: c’est une méprise.
— Elle eût pu coûter cher, répondis-je, si nos camarades eussent été moins dévoués et moins sages. «
Il se retira alors, et rejoignit le général Bedeau.
•Je descendis , et rassemblai la garnison assiégées la veille, elle était de douze à quinze cents hommes, mais elle avait été réduite, le 16 au matin, à quatre cents hommes à pied et 60 à cheval.
Tous avaient l’air triste et silencieux, mais calme et résigné.
j «< Continuez, leur dis-je, à montrer que vous ôtes dévoués au bien public et à l’ordre de la cité, et vos ennemis seront forcés de reconnaître la supériorité de vos sentiments.
«■Demain matin, vous quitterez ce poste, que vousse- I rez appelés à garder plus tard. Au nom de la République et des vertus qu’elle exige de ses véritables enfants, faisons-lui le sacrifice de notre amour-propre; un jour ; viendra où les démocrates seront mieux appréciés. »
Leur promesse solennelle de se conduire en bons citoyens, et un cri unanime de: Vive la République démocratique! terminèrent cette soirée; ils furent prendre quelque repos, et je fus en faire autant.
J’étais horriblement fatigué; au milieu de ces préoccupations successives, je m’étais traîné tant bien que mal sur ma jambe malade, mais je sentis alors que je serais bientôt condamné à l’inaction absolue.
Le lendemain, dès cinq heures du matin, toute la garde
était rassemblée dans la cour, l’arme au bras et prête
à défiler. Je voulus les voir encore une fois réunis. ? -
• * % r L’adieu fut triste; je ne puis rendre l’impression que C ô‘ w>
j’éprouvai à mesure qu’ils passaient devant moi: ilsem- -f ^ '
blait qu’une partie de moi-mème s’en allait avec eux.
J’eus un serrement de cœur inexprimable; des lar- : mes roulaient malgré moi dans mes yeux; ce n’étaient | point des soldats qui me quittaient : c’étaient des frères, des amis avec lesquels j’avais traversé des phases pénibles.
Ce fut un rude moment!
Je ne devais plus revoir bon nombre d’entre eux qui furent tués aux journées de Juin!
Malgré les promesses solennelles de la Commission exécutive, et l’assurance -réitérée du général Bedeau, que • les grades seraient conservés aux officiers, plus des trois \ quarts reçurent leur destitution peu de jours après.
Il restait une autre corvée de ce genre à faire.
U fallait inviter les Montagnards licenciés, à abandonner la caserne Saint-Victor, où ils étaient casemés et à se retirer — où ils pourraient l
La plupart étaient pères de famille et avaient perdu leur état. Le Pouvoir exécutif sachant leur position malheureuse, avait accordé qu’ils toucheraient encore leur solde pendant dix jours.
De ce côté-là, la République ne se ruinait pas.
J’envoyai Grevât auprès d’eux. Cet ami joignait l’esprit d’ordre à la fermeté du caractère: son patriotisme éprouvé l’avait fait accepter avec plaisir par les Montagnards. Aussi, depuis qu’ils s’étaient épurés, en renvoyant quatre-vingts des leurs, avaient-ils repris la discipline d’un corps armé et une conduite irréprochable.
Lorsque mon émissaire arriva près de la caserne Saint- Victor, elle était cernée par la garde nationale, qui voulait expulser de force les Montagnards, mais toutefois sans oser pénétrer dans l’intérieur.
Crevât revint , avec un officier de garde nationale , m’informer de ce qui se passait. J’invitai cet officier à I faire retirer la garde nationale et à laisser sortir libre- ; ment les Montagnards. Presque tous avaient leurs fu- } sils depuis le 24 février, et voulaient les garder, sauf . à les déposer dans leurs mairies, s’ils en recevaient | l’ordre.
I II fut convenu que les Montagnards sortiraient six par six, avec leurs armes, et sans qu’on les inquiétât.
Sur mon ordre écrit, les Montagnards s’exécutèrent comme il avait été dit; seulement, au lieu de leur assurer une retraite paisible, la garde nationale,- qui stationnait dans les rues adjacentes, arracha les armes à plusieurs d’entre eux; ils furent vexés et maltraités, quelf ques-uns même arrêtés.
Ainsi a été dissoute cette garde de féroces Montagnards qui, pendant près de trois mois, ne frappèrent ni ne tuèrent personne, et firent un rude service contre les voleurs et les fauteurs de désordre.
Leur seul tort fut d’avoir introduit au bout d'un certain temps, parmi cette troupe d’élite, des hommes tarés, de toutes les polices; c'est alors qu'on leur souffia de mauvais desseins et l'esprit de turbulence.
Personne cependant n’a eu à s'en plaindre , que moi. Ils s’amendèrent; je leur avais pardonné de bon cœur \
Je n’avais plus, enfin, qu’à mettre en ordre mes affaires, en attendant mon successeur. J’invitai le comptable, ainsi que le caissier, à mettre leurs comptes en règle.
Il me parut convenable, dans les circonstances exceptionnelles où je me trouvais, d’indiquer aux habitants de la capitale les motifs de ma retraite. .
Je fis donc afficher l’adresse suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté , Égalité, Fraternité .
« Habitants de Paris,
« Je viens d’accomplir un devoir, car c’en est un pour I* un homme d'honneur de ne pas endurer un soupçon.
« J'ai donné ma double démission de préfet de police | et de représentant du peuple: le Gouvernement avise à J mon remplacement, comme préfet; les électeurs jugeront j leur mandataire.
« En attendant un successeur, je continue de veiller à tous les services qui dépendent de la Préfecture, coni-
me je l’ai fait depuis deux mois et demi; et je vous réponds de la tranquillité de la capitale, que j’ai eu le bonheur de rétablir, grâce à votre concours.
« Qu’il me soit permis, en déposant un si rude fardeau supporté avec courage et dévouement, de vous rappeler quelle était la situation de la capitale au 28 février. Vous savez ce qu’elle est aujourd’hui; la population de Paris m’avait su gré de mes efforts et de leur succès. Elle me l’a témoigné à plusieurs reprises, et notamment par les suffrages dont elle m’a honoré dans les élections. Je l’en remercie profondément, et je la prie de croire que je n’en ai pas démérité.
« Hier, dans le sein de l’Assemblée, je n’ai pu faire que des réponses incomplètes à de vagues insinuations. Je m’expliquerai ultérieurement, s’il en est besoin.
« Aujourd’hui je ne veux pas me séparer de mes fonctions sans vous adresser mes vœux ardents pour l’affermissement de vos libertés, et de l’ordre qui les protège, et sans vous rassurer, avant tout, sur le maintien sévère de la surveillance que mon administration continuera d’exercer, jusqu'à mon remplacement, sur tous vos intérêts.
« Une bonne police est le ressort le plus èfficace de la prospérité publique, car eile rend le mouvement à la consommation; elle rend la confiance aux capitaux, et par conséquent elle assure, plus puissamment que toute autre combinaison, du travail au peuple, à ce peuple parisien, dont le bien-être était, je l’avoue, et sera toujours ma première préoccupation, pour lui-même, pour vous tous, et pour la République.
« Paris, le 17 mai 1848. ' j
• « Le préfet de police,
« Caussimèrb. »
Vers les deux heures de l'après-midi, arriva le ministre de l’intérieur, M. Recurt, accompagné de M. Trouvé- Chauvel, qu’il me présenta comme mon successeur. Je reçus poliment ces messieurs et leur offris tous les renseignements qu’ils pourraient désirer.
Après avoir recommandé divers employés au nouveau préfet de police, je le priai, vu la douleur que j’éprouvais, et les divers comptes qui me restaient à régler, de me permettre de coucher cette nuit à la Préfecture. Il y. consentit, ajoutant que si je n’avais point d’appartement disposé, je pouvais garder celui que j’occupais.
Je ne comprends pas pourquoi, plus tard, il voulut nier ce fait de simple convenance. Peut-être, quelque honnête employé, pour se mettre bien en cour, m’aura-t-il calomnié auprès de lui. Mais ces faits sont secondaires ; et chacun sait que L’ingratitude et la trahison germent vite en Préfecture de police.
Néanmoins, je reçus plusieurs employés qui vinrent me témoigno leurs sympathies.
La liberté m’était rendue. J’étais heureux de me retrouver simple citoyen, après avoir rendu quelques services à la révolution.