‹ Mémoires de CaussidièreChapitre 109 sur 142 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

lulaire le plus absolu, avaient tous l’air morne et triste.

Le directeur m’expliqua que la suspension des travaux les rendait ainsi.

Lorsqu’ils s’occupent, dit-il, ils ont plus d’animation , et sont assez gais. S’ils devaient rester quelques mois de plus sans travail, ils tomberaient tous malades ; plusieurs d’entre eux le sont déjà depuis quelques jours.

En effet, la pire souffrance en prison, c’est l’inactivité.

Je me rappelle combien le temps me semblait long pendant que j’étais au cachot, où je ne pouvais me livrer à aucun travail. Les privations physiques n’étaient rien auprès de l’atonie morale dans laquelle se plongeait mon cerveau par suite de cette inaction forcée.

On a des mo:i:ents de dégoût de la vie qui sont in.supportables.

Je pense à toi, noble Barbes, dont le cœur s’est conservé pur et valeureux, après dix années de détention !

Victime de tes sympathies populaires, tes amis n’oublieront jamais ton caractère chevaleresque.

Le Peuple n’oubliera pas non plus celui qui a tant souffert pour sa cause.

La Préfecture de police devrait être constituée en ministère de la police. Il serait sage d’en agir ainsi. Les renseignements auraient plus de précision. et l’on éviterait les tiraillements causés par la divergence de plusieurs polices, qui se heurtent sans cesse et sont impuissantes à parer le mal.

Une bonne police est le meilleur instrument de sécurité publique.

Il ne faut point en faire une agence de provocation, mais bien une agence de prévoyance.

La police de provocation est immorale, et condamne à la haine et au mépris des citoyens le gouvernement qui l’emploie, et tous ceux qui en font partie. Le ministère Deeases est resté lâché de sa police de provocation.

La police du ministère Guizot a eu aussi son système provocateur : les Delahode, les Considère, les Chenu, et autres de ce genre, organisaient des complots, sous les ordres de M. Pinel , soit dans l’armée, ce qui amena la déportation, en Algérie, de plusieurs sous-officiers du 70® de ligne et d’autres régimen ts , soit aussi dans la classe ouvrière, en la co mpromettant par des fabrications de pou-

CHAPITBE XV.

dre et (le bombes. Quelquefois, on arrêtait l’agent, pour ne pas le brûler vis-à-vis de ses concitoyens; ou bien il se cachait pendant un temps, afin que ces apparences de persécution le rendissent plus dangereux aux imprudents patriotes dont il feignait de partager le sentiment politique.

La police de prévoyance doit s’attacher à prévenir les complots dès leur naissance , soit par des moyens persuasifs, soit par la répression, s’il y a lieu. Elle ne doit point nourrir une affaire pour envelopper un plus grand nombre de conspirateurs ; c’est quelquefois dangereux, et j’en pourrais citer des exemples.

Du reste, l’indiscrétion, quiestledéfaut delà nation française, met bien vile à jour toute conspiration de quelque importance.

Ici se terminent les phases de mon administra tion, que je quittai sans regret comme sans reproche, pour rentrer dans l’armée militante de la Ré publique démocratique et sociale.

Page 1