CHAPITRE XVI. ITT
d’ailleurs conservé avec lui que des relations de bonne camaraderie. Il venait de faire un héritage et il avait destiné une somme de 20,000 francs à la propagande républicaine.
Ce fut avec une partie de cet argent et avec les rentrées que lui procurait la vente de son journal, qu’il put subvenir aux dépenses de sa maison.
Il avait un esprit de prévision très-juste sur les allures des hommes de l’ancien régime ; ce qui le poussa sans doute à prendre chez lui les mesures d’armement qui le désignèrent plus tard à la vindicte de ses ennemis. Le désir d’accroître son importance y entra peut-être aussi pour quelque chose.
Quoi qu’il en soit, et malgré les dénégations de M. Lamartine, dont la mémoire a pu faire défaut, il apporta à la Préfecture, vers la fin de mars, une lettre du ministre des affaires étrangères, m’enjoignant de délivrer des armes et des cartouches. Sobrier sachant bien qu’à cette époque, le service de la Préfecture manquait d’armes, dit :
— Vous voyez qu’en s’adressant à Dieu, on obtient plus qu’en s’adressant à ses saints : Je quitte M. Lamartine et il m’a remis cette lettre pour avoir des armes et des munitions.
Il ajouta qu’il voulait armer de braves patriotes II. 1-2
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qui feraient des patrouilles autour du ministère des affaires étrangères, déjà menacé, protégeraient la sécurité publique, et le garantiraient lui-même contre des attaques probables.
Sans en appeler aux souvenirs de l’entourage de Sobrier, les témoignages de mon secrétaire et du capitaine d’armement qui ont eu, ainsi que moi, l’ordre en main, ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet. Au besoin, la loyauté de Sobrier ne manquerait pas, j’ose le croire, à la vérité.
Je fis la demande d’arme.s et de munitions, conformément à la lettre; mais j’eus soin toutefois d’en retenir la majeure partie à la Préfecture pour les diverses troupes qu’on y organisait.
Cet ordre ne m’étonna pas dans un moment où tous les pouvoirs étaient contraints de s’entourer d’une force dévouée. Déjà, le ministre de l’intérieur avait pris à la Préfecture une garde de cinquante hommes. Le.s autres ministères étaient plus ou moins gardés par des citoyens.
Quelque temps après, le général CoUrtais alla visiter Sobrier pour l’inviter à retirer ses factionnaires qui inquiétaient les gens du quartier. Lorsqu’il voulut sortir, il trouva à la porte un faction-
CÜAPn'ftK XVI.
naire initit^igeflt qui lai barra le pasea^, objec> tant qu’on ne sortait point sans laissez-passer.
Cette consigne mal interprétée blessa virament le général.
Je le vis ensuite à l’ Assemblée. U se plaignit a...éren}ent de l’accueil qu’on lut avait &it et des alarmes que la permanence d’hommes armés diez Sobrier causait autour des Tuileries.
« On assure, me dit-il, que la maison Sobrier est une succursale de la police.
— On se trompe, lui répondis je. Sobrier n’est investi d’aucune mission de ce genre. Des ordres supérieurs et quelques lettres de menaces qu’il a reçues, l’ont seuls autorisé à être ainsi armé en guerre. Au surplus, je l’inviterai à désarmer. »
Dès le lendemain, en efiiet, j’expédiai le capitaine Louchet pour prévenir qu’on eût à renvoyer les hommes de garde à ce poste. Mais il exécuta mollement sa commision, c’e^-à-dire qu’d so contenta d’une simple promesse d’évaaiation.
Sur ces entremîtes, M. Bavoux, représeutant du peuple, et propriétaire d’une maison contiguë à la maison Sobrier, m’exprima ses craintes sur ce dangereux voisinage: un accident pouvait mettre le feu aux poudres, disait-il, et faire sauter la maison
MÉMOIRES DE CAUSSIUIERE.
ainsi que celles des environs. Ces motifs étaient péremptoires ; et, bien que je comprisse que cette épouvante provenait plutôt des doctrines que des fusils de Sobrier, j’ordonnai le retrait immédiat du piquet fourni par la Préfecture, et l’enlèvement des armes. Néanmoins, je recommandai à Gaillaud d’agir avec convenance.
Il écrivit donc la lettre suivante :
« Mon cher Sobrier,
« Le service de la garde républicaine, devenant de jour en jour plus pénible par la multiplicité des postes et des différents services publics, nous regrettons de nous trouver dans la nécessité de supprimer le piquet de la rue de Rivoli, qui est demeuré jusqu’à ce jour à ta disposition.
« D’un autre côté, étant en pleine organisation, et ayant quelques considérations à observer, c’est ce qui a fait prendre cette décision au préfet.
« J’envoie l’adjudant-major, qui est charge de faire rentrer les hommes à la caserne.
« Salut Qt fraternité,
c Caillaud. »