CHAPITRE VIH
vives e( orijçinales, oii son enthousiasme sVohanffait pour la grande République si récemincnl ronquise.
Le nombre des clubs s’éleva' bientôt à plus de trois cents, et la nomenclature seule de leurs titres est fort curieuse. Tous les mots de la langue politique , tous les souvenirs de la première révolution furent employés comme enseignes , souvent trom- ])euses. 11 y avait des clubs d’aristocrates qui s’appelaient clubs de l’Egalité ou de la Fraternité!
1.ÆS anciens gardes nationaux surtout, cberchèrent dans les différentes légions, à reformer des groupes pour combattre l’influence populaire, et dans certains clubs de bourgeois, sous prétexte de souveraineté nationale , on allait quelquefois jusqu’à parler hypocritement de royalisme et de restauration.
(]’est dans ces clubs réactionnaires que le mot d’ordre fut donné pour poser aux candidats à l’assemblée constituante et aux grades d’officiers de la garde nationale, cette insidieuse question , qui embarrassa beaucoup d’orateurs naïfs :
« Si l’assemblée constituante rétablissait la monarchie, que feriez- vous? »
Et lorsqu’un républicain répondait qu’il mour-
rait pour la République , les bourgeois conservateurs ne manquaient pas d’invoquer l’autorité dn suffrage universel qu’ils avaient combattu pendant dix-sept ans, et l’inviolabilité d’une assemblée souveraine ; car les royalistes songeaient dès lors à étouffer la révolution avec les instruments mêmes delà révolution. Ils comptaient, et le résultat ne les a point trompés, que la bourgeoisie encore toute- puissante dans la plupart des provinces, égarerait les populations des petites villes et des campagnes, et que tons ses chefs se retrouveraient en force à l’assemblée constituante.
Aujourd’hui quelaFrance est livrée aux hommes de l’ancien régime, que les ministres de Louis- Philippe occupent les ministères , aujourd’hui que nous sommes « aux portes de la monarchie, » comme dit la proclamation des députés de l’extrême gaucho, les vrais républicains , à leur tour, pourraient adresser au Peuple la même question ;
« Voulez-vous de la monarchie et de l’ancien régime? voulez-vous laisser effacer la République?»
Nous n’avons plus de clubs, nous n’avons plus, hélas ! de liberté , pour répondre comme il conviendrait à MM. Cavaignac, I.amorlcière, Dufanre
CHAPITBK vm.
et Vivien, qni accomplissent une nouvelle restànration.
A côté des cluhs, une presse plébéienne surgit aussi tout à coup, le lendemain des barricades. Lamennais publia le Peuple Constituant; Proudhon le Représentant du Peuple : Tboré la Vraie République, à laquelle s’adjoignirent Barbes, Pierre Leroux et George Sand ; Raspail, l'Ami du Peuple; Sobrier et Cabaigne, laJJommune de Paris; Gabet continuait le. Populaire. Le Père Duchesne vint ensuite.
Ce furent là les seuls journaux républicains qui eurent de l’éclat et de la popularité , et qui ont laissé quelques traces dans le mouvement de la révolution.
Mais il y en avait cependant une foule d’autres, de toutes nuances et de tout format. Presque tous tombaient au bout de quelques numéros, faute d’argent, faute de talent surtout. Les uns n’étaient que des entreprises industrielles, excitées par l’espoir du gain ; les autres des tentatives impuissantes, pour favoriser des ambitions ridicules ou des projets intéressés. Tous étaient censés républicains. Un peu plus tard, on vit aussi une nuée de
MÉMOIRKi DK CAIJSSIDIKRK.
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feuilles uapoléonistes, qui tnmbèrenl éjjalemeut dans rindift'érence et l’oubli.
Les royalistes profitèrent, comme les autres partis, de ce moment de liberté, où la presse, affranchie de timbre, de cnutionnement et de menaces judiciaires, ne relevait, en réalité, que de ropinion publique.
Peu après Février, la bourgeoisie avait déjà si bien travaillé contre la révolution, que V Assemblée nationale et la Liberté se vendirent à plus de quarante mille. Parmi les journaux populaires, il n’y eut que la Vraie République et le Père Duchéne, qui atteignirent à ce chiffre.
Mais le journal qui, grâce à l’habileté d’une administration active et à la rudesse de sa polémique, se répandit le plus dans les rues de Paris, fut la Presse, de M. Girardin. On se rappelle la guerre violente qu’il fit à la révolution, avec une logique et une clairvoyance si perfides, attaquant la République dans les faux républicains, et la rendant responsable des vices d’un gouvernement incapable ou traître. La Pmte distribua, par jour, jus- (pi’à soixante-quinze mille exemplaires.
Kn même temps, le Constitutionnel, le Siècle, la Patrie, le Journal des Débats, qui, frappés de sur-
CHVPITRK VIII.
jjrisp el (ii‘ liMTeiir, s’iHaifut <l'al»onl conilainurs piix-mêmes à un priulpiil silpiice, rpprirput bipiUût courage, en voyant la révolution compromise par le Gouvernement provisoire et ses agents.
Le National et la Réforme, dont les rédacteurs tenaient le pouvoir, étaient devenus ministériels , celle-ci conservant toutefois son indépendance et le vif sentiment de la République , l’autre s’abaissant alors, comme depuis, à une platitude et à une servilité que n’avait jamais égalées le Journal des Débats, ni sous la Restauration, ni sous Louis-Pbilippp.'
Dans la presse et dans les clubs, le parti révolutionnaire et le parti conservateur s’agitaient donc avec une égale énergie. Mais, en ces premiers temps d’entbousiasme^et de grandeur civique, le Peuple, cependant, était encore maître de la patrie, et ses ennemis eux-mêmes n’avaient pas l’audace d’espérer une contre-révolution, si proebaine et si douloureuse.