I.d» garde nationale allait être organisée .sur le
MEMOIRES UE CAUSSIDIERK.
plan (lu nouveau décret qui admettait tous les citoyens au droit du fusil. L’effectif des gardes nationaux pouvait être porté ainsi à environ trois cent mille, c’est-à-dire que le nombre des hommes en état de faire le service était plus que quintuplé. L’élection des officiers avait été fixée au 48 mars, Pt les citoyens invités à s’inscrire dans leurs mairies pour participer à cette élection générale. Mais il fallait exciter le Peuple à user de ce droit précieux et le prémunir contre une insouciance dangereuse. Je publiai donc la proclamation suivante :
« Dans les circonstances actuelles, alors que le Peuple est appelé à décider, par les élections , des plus grandes questions qui se soient encore agitées, ce serait faire preuve d’une indifférence coupable (|ue de ne pas user des droits que nous venons de reconquérir. Il faut que tous les citoyens, les travailleurs surtout, qui, jusqu’ici , étaient privés de ces droits, comprennent bien la mission qu’ils vont être appelés à remplir. Il ne suffit pas d’avoir vaincu, il faut savoir user de la victoire ; rien n’est fait quand il reste quelque chose à faire. Ce ne serait pas comprendre l’immense révolution qui s’accomplit en ce moment que d’en rester le spec-
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tal(Mir oisif, alors ((n’il s’agit de la consacrer par l’acte le plus solennel, par l’élection.
« Que tous les citoyens se préparent donc à prendre part à cette grande manifestation delà volonté du Peuple souverain. Ce n’est pas seulement un droit c’est un devoir, devoir aussi absolu que celui de combattre pour la liberté ou pour la patrie.
« Nous invitons en conséquence les patriotes , particulièrement ceux qu’un despotisme ombrageux avait tenté de dépouiller du titre de citoyen, et qui n'avaient pas même le droit de défendre leurs foyers , à se faire inscrire, sans le moindre retard, dans les rangs de la garde nationale fixe, afn de pouvoir aussi prendre part aux élections générales qui auront lieu le iS courant.
« Pour faciliter les inscriptions, les mairies seront ouvertes jusqu’à minuit.
« Le préfet de police ,
« Caussidiere.
« Paris, le 13 mars 1848. »
Le Peuple négligea neanmoins presque généra'
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lenient de se rendre aux éleclioiis; aussi, hien des
noms réactionnaires sortirent de Turne du scrutin,
qui n’eussent point été élus sans l’apatliie des
ouvriers.
La garde nationale lit d'abord presque tous les services, ré|>artis ensuite peu à peu, autant que possible entre les autres corps institués pour la sécurité de la capitale, et dont voici la nomenclature vers le commencement d’avril :
Lo garde mobile qui , dans le principe , devait être composée de vingt-quatre bataillons de mille hommes chaque, était toujoui's en formation sous les ordres du général Duvivier (1). On disposa aussi les cadres de quelques escadrons de cavalerie qui n’ont jamais été montés. Une partie a été licenciée.
Plus tard, les intrigues de l’ijôtel de ville amenèrent, malgré mon opposition, l’établissement d’une garde marine pour la navigation intérieure de Paris. Ce corps excentrique coûta un million qu’on aurait, certes, pu employer plus utilement.
(1) Celle troupe , dont la lenue laisse beaucoup à désirer, r.omiue ordre et propreté , reçoit un franc cinquante centimes de solde p«i jour.
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Les ouvriers des ports s’étaient, d’ailleurs, offerts à moi pour être enrégimentés comme gardes nationaux et faire ce service. Mais, proposée par un démocrate, cette mesure toute simple devait être repoussée.
Une garde, forte d’environ huit cents hommes, commandée par le colonel Rey, était destinée spécialement à tenir les postes de l’Hôtel de ville ; elle y séjournait constamment; elle était nourrie et, touchait une solde de un franc cinquante centimes. On y faisait grande cuisine. La journée des chets cuisiniers était de douze francs. Aussi ceux que j’employais à l’ ordinaire de la Préfecture me réclamèrent bientôt dix francs par jour. J’acquittai leur note, en leur disant d’aller à l’Hôtel de ville où iis seraient mieux rétribués. L’oflice fut fermé le même soir. Cette exigence m’avait paru en dehors des allures démocratiques, dans un moment surtout, où tant de pauvres diables trottaient, l’arme au bras, nuit et jour, et recevaient à peine de quoi se nourrir.
Cependant, comme je l’ai dit, tout en faisant de l’ordre avec le désordre, je sentais à chaque instant la faiblesse de mes moyens d'action. La quaiiité de postes à remplir, les nombreuses corvées et
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{Citrouilles qui se renouvelaient cliaque nuit, rendaient le nombre des Montagnards insuffîsant.
Je |)résentai donc au ministre de l’intérieur un jirojet de garde réfjublieaine, forte de douze cents hommes à pied et de trois cents à cheval, sauf à l’augmenter ensuite. Pour éviter les dangers d’une garde prétorienne, il fallait n’admettre au commandement de cette troupe que des chefs énergiques, profondément imbus des {irincipes démocratiques. Ces hommes, sortis des rangs du Feujile, devaient le protéger et éclairer sa marche, {ilulot que songer à être un jour ses bourreaux.
L’application de ce système moral n’est point aussi dillicile qu’on le pense; et j’ai eu la satisfaction de le voir mettre en pratique presque toujours, par les Montagnards d’abord et par la garde républicaine ensuite. Je voulais établir une police de conciliation qui se serait appuyée sur le respect et l’affection qu’elle eût inspirée à tous. Mais celte garde du Peuple ne voulait avoir force et autorité qu’autant qu’elle serait elle-même astreinte à une régularité et à une discipline sévères.
Le Gouvernement autorisa verbalement l’organisation d’un corps de douze cents hommes à |)icd etde deux cscadronsdc cavalerie. Les cadres en fu-
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rent ouverts aux patriotes et aux anciens militaires, munis de bons certificats. Deux cent cinquante chevaux de garde municipale, rattrapésdans les differents faubourgs de Paris, servirent à monter les deux escadrons qu’on vit bientôt avec admiration circuler dans les rues et sur les boulevards. Ces braves, avec leur simple bourgeron et leur képi rouge pour tout uniforme, avaient une allure régulière et martiale, dénotant qu’ils n’en étaient point à leur début dans les armes.
Il fut convenu que cette garde figurerait sur les cadres de l’armée. Chaque enrôlé devait contracter un engagement de trois ans, et subir, en cas de délit, les peines infligées par le règlement. Toute élection, jusqu’au gradedecapitaine, était attribuée aux compagnies, sauf réserve d’incapacité.
L’ordonnance qui devait constituer ce corps légalement, n’a jamais paru. On peut attribuer à ce mauvais vouloir de l’autorité une partie des événements du 15 mai. Nous n’en dirons pas davantage pour le moment , cette affaire devant être expliquée plus tard.
Quelque temps après, le ministère de l’intérieur m’envoya un corps de Lyonnais , composé d’environ six cents hommes , [lour l’incorporer dans la
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garde républicaine. Des masses de citoyens sollicitaient aussi leur enrôlement. Une commission fut nommée pour examiner les droits et les dossiers de chacun.
Cette commission était présidée par le citoyen Mercier , que dix années de service comme officier, ur\ patriotisme zélé et intelligent m’avaient fait proposer au grade de colonel ; si j’enfreignis en cela la hiérarchie militaire, ce fut d’abord contre la volonté de Mercier qui ne voulait point accepter; mais je commençais à voir le germe de l’indiscipline, et l’effet de manœuvres sourdes pour semer la division parmi les républicains de la Préfecture. Blanqui avait trouvé une fissure pour y introduire des siens.
La garde républicaine adopta alor.^; l’ uniforme bleu, à bandes et revers rouges, le chapeau analogue à ceux de la garde consulaire , et l’aigrette rouge flottante. Ceux qui ont pu voir des pelotons en tenue, conviendront que l’aspect en était beau et imposant.
Le costume a été changé par mes successeurs : le rouge a été remplacé par le bleu. Nous le verrons peut-être se transformer en blanc; alors on en reviendra forcément au rouge.
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Pour alléger le service de la garde nationale , et de concert avec l’état-major, je la fis remplacer dans divers postes par la garde républicaine qui fonctionna avec zèle jusqu’au 15 mai.
La vigilance des sapeurs-pompiers n’avait point fait défaut non plus depuis le 24 février, et le nombre de leurs postes de surveillance avait été fort augmenté depuis cette époque. .Appelé par le haut rang que j’occupais dans la magistrature à être leur chef immédiat, je devais toute ma sollicitude à leurs intérêts.
Cette corporation militaire, courageuse et intelligente , avait salué l’avénement de la République avec un enthousiasme qui me la rendait d’autant plus chère ; je trouvai en eux des citoyens honnêtes et capables de grandes choses. Je présentai donc au ministre de l’intérieur un projet de formation d’une nouvelle compagnie , afin d’alléger les fatigues d’un service pénible et continuel, imposé à six cents hommes seulement. Ma demande, quoique bien raisonnable, fut repoussée sous le prétexte qu’il était impossible d’ajouter un supplément au budjet déjà voté. On promettait d’aviser pour l’année suivante.
Je réclamai aussi , luais eo vain , le rétabiisse-
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an
ineiit de l’ancienne paye, c’est-à-dire dix cenlinics (le plus par jour , soit vingt-quatre mille francs pour les mois restant à courir jusqu’à la fin de l’année.
On m’avait solennellement promis cette augmentation , et j’avais reporté la promesse officielle à ce corps estimable qui a pu croire que je l’avais flatté d’une fausse espérance , quand je n’étais que l’organe d'un gouvernement déjà rentré dans les errements de Juillet : beaucoup de promesses ; point d’exécution.
Ainsi, pendant qu’on refusait dix centimes par jour à des citoyens utiles, on laissait gaspiller sans contrôle des sommes énormes à l’Hôtel de ville : les dépenses journalières montaient jusqu’au chiffre de sept mille francs. On refusait aussi de mandater les sommes nécessaires à mon administration pour payer les employés; j’en portai plainte au conseil, dans lequel M. Garnier-Pagès, alors ministre des finances, et M. Marrast, maire de Paris, se renvoyaient mutuellement la charge d’acquitter ces mandats ; c’était un vrai jeu de raquette. Je fus donc obligé, quelques jours après, de solliciter du citoyen Bûchez, une aumône républicaine de cinq ou six mille francs, pour les Montagnards,