CHAPITRE VIII
sées à une partie de la population contre Tautre. Le devoir du préffet de police est de veiller, en tout temps, à la sécurité des citoyens et à la tranquillité de Paris. L’agitation suscitée par cet appel au désordre a éveillé sa sollicitude; il espère que les vrais républicains conlprendront qu’aujourdluii , plus que jamais , le Gouvernement doit compter sur leur appui énergique. Au moment où les représentants du Peuple vont se réunir, quand les questions les plus graves vont se discuter, quand les institutions républicaines vont passer des idées dans les actes, recevoir, les. acclamations de l’instinct et du sentiment populaires , la consécration de la raison pure et réfléchie des représentants du Peuple» et assurer son bien-être; quand , enfin , toutes les forces qui constituent l’humanité s’apprêtent à sanctifier la République, notre idole, irons-nous, citoyens, former deux camps ennemis, et montrer au monde, qui a les yeux sur la France, qu’au pied de nos monumeuts, où nous avons inscrit ces mots sublimes : Libwté , Egalité , Fraternité, des enfants de la même patrie sont armés les uns contre les autres?
« Vos magistrats , citoyens , celui-là surtout que vous avez appelé au poste qu’il ne veut occuper
80 MÉMOIRIiS DE CAUSSIUIERE.
que pour concourir, dans la limite de ses forces, à votre sécurité à tous, se refusent à croire à un pareil égarement. La lutte à main armée , quand s’ouvre l'arène de discussion des idées, ne peut être que l’œuvre de traîtres à la République , ou d’insensés voulant amener dans l’ordre matériel le désordre de leur esprit. Mais ceux-ci, la République les renie pour ses enfants; elle n’a engendré que des cœurs dévoués et généreux , et c’est à ces vrais républicains qu’elle confiera le sort de ses destinées.
€ Paris, le 3 mai 1848.
* Le préfet de police,
« Caussidiere. »
Je voyais arriver le jour de l’ouverture de l’Assemblée avec plaisir, pensant que la représentation nationale, par son attitude, ferait cesser ces clameurs sans fin , et qu’elle comprendrait les nouveaux devoirs imposés à tous par la révolution de Février.
Sur ces entrefaites, M. Lamartine vint me voir à la Préfecture.
Je l’avertis du mécontentement sourd qui exis-
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CUAITfKt VIII.
tait chez le peuple , et des bruits qui cuuraieiit sûr la formation du nouveau gouvernement :
— Les unsparient d’un pouvoir, coinposéde trois membres ; les autres veulent nommer nu président. Si le premier mode est adopté , il me semble qu’en adjoignant à votre nom ceux de Ledrii-Rollin et de Flocon , les intérêts du peuple et de la bourgeoisie seraient ainsi satisfaits en même temps.
— Cette combinaison ne serait point acceptée , me répondit-il; c’est tout au plus .si Ledru-Rollin pourrait y être introduit : quant à Flocon, il n’y faut point songer.
Les quinze cent mille voix que je viens d’obtenir ne m’ont été données que parce que j’ai présenté des garanties de paix et d’ordre ; j’ai vu depuis trois ou quatre jours plusieurs centaines de députés qui se rallieront tous à ces principes. »
Je n’insistai pas autrement; mais j’ajoutai que pour assurer la paix et l’ordre, si ardemment désirés par tout le monde , il était indispensable que le Peuple comptât de vrais révolutionnaires parmi les membres du nouveau pouvoir.
J’appris ensuite de M. Ledru-Rollin que lui et Flocon avaient eu une entrevue avec M. Lamartine;
qu’on avait parlé de ce projet; que M. Lamartine n. «i
MKMOIHKS UE CAUSSIUlEKh.
n’étail pas alors éloigné de s’y prêter, mais que ramoiir-propre de Flocon avait rendu tout arrangement impossible.
Ainsi, on arrivait à l’ouverture de l’Assemblée avec des craintes et des baines d’une part, et d’autre part avec des espérances et des ambitions.
Le 5 mai, je me rendis au palais de l’Assemblée nationale, pour visiter la nouvelle salle dans tous ses détails et m’assurer qu’elle n’offrait aucun danger.
J’étais accompagné du chef de la police municipale, du chef de la première division, du commissaire de police du palais de justice, et du colonel de la garde républicaine.
Un poste de sapeurs pompiers et de garde républicaine y était déjà installé.
Après avoir donné les instructions les plus minutieuses à M. Terchon , commandant des.sapeurs pompiers , ainsi qu’au colonel de la garde républicaine , en ce qui concernait leurs attributions , j’entrai dans une salle où se trouvaient réunis le général Courtais , ainsi que plusieurs oHiciers d’étal-major et divers fonctionnaires.
chapurb vm.
J’auiionvRÎ alorü au géuéral qu’uii piquet de cent hommes était commandé pour un service de sûreté à l’ouverture de l’Assemblée.
Le général Courts is me répondit que la garde nationale ayant revendiqué l’honneur de garder seule l’Assemblée, le Gouvernement provisoire avait donné l’ordre que ce service lui fût exclusivement réservé.
Je témoignai mon mécontentement d’une mesure qui semblait mettre en suspicion la garde républicaine , dont on n’avait eu qu’à se louer.
On m’enlevait ainsi un moyen de sécurité, indispensable dans un temps révolutionnaire. Sans anticiper sur les événements , je puis affirmer que si , plus tard , on avait eu un poste de garde républicaine à l’Assemblée, nul n’eût osé en franchir le seuil. Le patriotisme de cette garde, bien connu, eût suffi pour maintenir le Peuple, auquel elle eût fait comprendre la culpabilité de cette démarche.
Je vis encore dans ces déliances singulières la continuation d’un système arrêté pour amoindrir l’importance de mes fonctions.
Je suis convaincu , d’ailleurs , que la garde nationale ii’eùt point été formalisée de voir un poste
34 MEMOIRKS DE CAUSSIDIERE.
(Je sûreté, occupé par une gardequi avait tant d’intérêt au maintien de la République. C’eût été une garantie morale et matérielle de plus contre toute tentative de désordre.