‹ Mémoires de chirurgie (volume 3)Chapitre 108 sur 124 · Bull. soe. anat., 1872. t. 47, p · texte numérisé non relu

Bull. soe. anat., 1872. t. 47, p

quantité de tissu fibreux; leur brièveté, comparée à celle du fémur, mesure leur degré de rétraction.

Nerfs. — Outre la diminution de longueur déjà signalée, on remarque sur le sciatique des flexuosités très prononcées *. La plupart des nerfs présentent les renflements ordinaires.

Os. — Il n'existe aucune trace d'ostéomyélite. Du côté du membre amputé on trouve une ankylose sacro-iliaque complète.

Artères. — A la brièveté de l'artère fémorale indiquée plus haut vient s'ajouter une diminution de calibre bien facile à constater si on la compare à celle du membre opposé. L'artère iliaque externe présente les mêmes modifications de calibre, qu'on retrouve également sur les branches secondaires de ces deux vaisseaux.

Il importe de remarquer avec quelle rapidité ces changements se sont produits, puisque l'amputation remonte à neuf mois seulement.

Ayant constaté trois fois sur trois cas la diminution considérable du calibre des vaisseaux du côté amputé, je suis porté à croire que celte disposition est sinon constante, au moins commune. Aussi est-ce avec quelque surprise que j'ai lu dans une thèse très recommandable une assertion tout à fait contraire. « jLes artères, dit M. Verdalle, se présentent dans un moignon sous la forme d'un cordon cylindrique, dur et plein en général à la partie inférieure, dépressible au contraire et vide à la partie supérieure. Le calibre des vaisseaux est d'ordinaire le même que dans l'état normal; cependant dans quelques cas l'artère est dilatée en haut et se termine en pointe vers son extrémité coupée2 ».

Sur combien de dissections et sur quelles dissections se fonde M. Verdalle pour avancer que les artères ont le même calibre, sinon un calibre plus considérable quvà l'état normal? Je l'ignore; je crains qu'il ne se soit appuyé sur un raisonnement à priori. Il est clair que la donnée du plus, du moins ou de l'égalité ne peut s'établir qu'en mesurant les artères des deux côtés, et à ma connaissance personne n'a encore songé à injecter toute la moitié inférieure du corps pour obtenir le seul moyen efficace de comparaison. Dans un seul cas M. Verdalle indique le point où il a pratiqué l'injection artérielle. Or, c'était au niveau du triangle de Scarpa(p. 35, dernière ligne).

Je crains également que le raisonnement ait dicté au même au-

1. Dans quelques cas, j'ai vu ces flcxunsités portées à un degré tel, qu'il en résultait un aspect moniliibrme ou sinueux rappelant celui du canal déférent.

2. Anatomïe pathologique des moignons, thèse de Paris, 1872, p. 28.

teur les lignes suivantes : « Il se produit dans la circulation du moignon les mêmes phénomènes qui suivent toujours la ligature d'une artère importante. La circulation collatérale prend un grand développement; le tronc principal n'est plus ouvert au sang; les autres vaisseaux d'un plus petit calibre supportent une pression plus forte et de simples artères deviennent, par une dilatation progressive, des branches importantes ; la cicatrice et les tissus voisins contiennent plus de vaisseaux que les tissus normaux. »

Mes recherches, comme on l'a vu, me conduisent à une conclusion absolument opposée, et me font affirmer la diminution considérable du calibre des vaisseaux, et par conséquent une irrigation vasculaire très amoindrie non seulement dans le moignon lui-même, mais sans doute dans tout le membre mutilé, depuis son extrémité jusqu'à sa racine.

A priori même cette diminution semble tout à fait naturelle; il paraîtrait plutôt singulier qu'en cas d'amputation de la jambe au lieu d'élection — le membre étant ainsi réduit d'un tiers de son poids — l'artère fémorale fut aussi volumineuse que du côté sain, où elle doit charrier plus de sang, puisqu'il y a plus de tissus à nourrir.

Lorsque j'ai montré ces diminutions de calibre des artères à diverses personnes, nul n'a été surpris; on y a vu une preuve de cette disposition accommodante de la nature, qui, proportionnant sa peine au résultat qu'il est nécessaire d'atteindre, règle la dépense du sang sur la consommation qu'en doivent faire les tissus.

Comme je ne me suis jamais beaucoup extasié sur l'intelligence pas plus que sur la bonté de la nature, je ne me contentai pas d'une explication qui n'explique rien. J'ai donc cherché ailleurs l'interprétation du fait.

Je crois qu'il y a là une résultante de force physique et de propriétés anatomiques et physiologiques; une loi d'hydraulique au début, puis une action réflexe, enfin une métamorphose de tissu, me paraissent seules capables de rendre compte d'un phénomène fort simple en apparence, mais assez complexe en réalité. Je n'insiste pas, sachant qu'un de nos jeunes prosecteurs prépare un travail sur ce sujet.

Il était d'ailleurs un moyen indirect d'apprécier l'activité de la circulation dans les membres amputés; il s'agissait de comparer leur température à celle du membre sain. Un de mes élèves les plus distingués, M. le docteur Redard, qui s'occupe avec zèle et succès de l'étude des températures locales, a bien voulu examiner à ce propos

un certain nombre d'amputés anciens qui se trouvent actuellement dans mon service.

Voici les résultats qu'il a bien voulu me transmettre :

Obs. III. — B..., trente ans, a subi il y a cinq ans et demi l'amputation de la cuisse droite au tiers inférieur pour une ostéo-arthrite du genou. La cicatrisation a été assez prompte. Le moignon, grêle mais bien conformé, n'a été le siège d'aucune lésion et n'a jamais occasionné de douleurs. 11 y a deux ans, le genou gauche a été pris à son tour d'une ostéo-arthrite qui persiste encore, à la vérité sans suppuration, mais toujours douloureuse, malgré l'immobilisation, les révulsifs et divers autres moyens. Il y a un an environ, l'articulation huméro-cubitale droite a été envahie à son tour. L'immobilisation absolue maintenue, pendant huit mois sans interruption avec un appareil inamovible, parut de ce côté avoir amené la guérison.

Le sujet, d'une extrême maigreur, n'a pas quitté le lit depuis près de deux ans; il a des tubercules pulmonaires à l'état stationnaire en ce moment; cependant il digère assez bien et n'a pas de fièvre.

Voici lestempératuresrecueillies avec l'appareil thermo-électrique :

Côté droit. Côte g'auche.

Sommet du moignon 28 Genou 33

Partie moyenne de la cuisse. 31.5 Même point. . . 34 Racine du membre, sur le

trajet des vaisseaux 34 Même point. . . 35

On voit que l'abaissement de la température existe dans toute l'étendue du moignon, mais surtout à son sommet; à la vérité l'excédent considérable que présente le genou gauche est dû peut-être en partie à l'ostéo-arthrite. Cette supposition est justifiée par les détails du cas suivant.

Obs. IV. — M... Edouard, 59 ans, de bonne constitution, actuellement très bien portant, est entré à l'hôpital pour faire réparer son cuissart. Il a été amputé de la cuisse droite à la partie moyenne il y a trois ans, pour une ostéo-arlhrite du genou. Cicatrisation prompte, moignon excellent, un peu amaigri, tout à fait indolent.

Côté amputé. Côté sain.

Sommet du moignon. 3*2 Point correspondant. 33.9

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