‹ Mémoires de chirurgie (volume 3)Chapitre 36 sur 124 · DU PANSEMENT OUATE DANS LES CONTUSIONS ET P1A1ES CONTUSES DU PIED · texte numérisé non relu

DU PANSEMENT OUATE DANS LES CONTUSIONS ET P1A1ES CONTUSES DU PIED

On peut, sans avoir d'ailleurs la moindre arrière-pensée de dénigrement, reprocher aux inventeurs de moyens thérapeutiques et surtout de pansements, de présenter toujours leurs procédés comme applicables à tous les cas et à toutes les régions du corps, alors pourtant que rien n'est moins vrai dans la pratique.

C'est pourquoi, si j'étais l'auteur d'une découverte quelconque en ce genre, je commencerais certainement par dresser la liste des cas où elle est inapplicable ou d'un emploi médiocrement avantageux.

Faute d'être ainsi renseignés sur le choix à faire dans un cas donné, les jeunes praticiens payent malheureusement les frais de leur instruction. Cela m'étant arrivé en particulier pour les contusions et plaies contuses du pied, je crois utile de dire quelques mots sur ce sujet.

Ces lésions sont peut-être moins communes que celles de la main, mais certainement beaucoup plus graves. Les inflammations, les fusées purulentes, les compliquent souvent; les pertes de substance primitives ou secondaires, par sphacèle par exemple, y sont fâcheuses parce qu'elles déterminent des cicatrices vicieuses qui rendent plus tard la marche difficile.

La guérison est généralement fort longue et il n'est pas rare de voir la plaie se rouvrir lors des premiers essais de marche ou sous fin-

fluence du froid. Tout ceci explique comment on est moins conservateur pour le pied que pour la main et plus disposé à faire là des amputations partielles primitives, qui ne laissent pas que d'avoir une certaine gravité, mais qu'on pratique dans le but d'éviter des mutilations secondaires rendues tôt ou tard indispensables par la défectuosité des moignons. J

Cependant les amputations primitives, ici comme à la main, ont le grave inconvénient d'exposer toujours à des sacrifices trop grands, d'où celte pratique qui consiste à attendre que la part du feu soit faite et à intervenir plus tard, pour améliorer, rectifier ou perfectionner le travail de la nature.

A la vérité, pour attendre ainsi il faut avoir à sa disposition un traitement capable de conjurer les premiers accidents et de favoriser le travail naturel.

Or c'est précisément ce traitement qui naguère faisait défaut et restait si communément inefficace, qu'on était en droit dans maintes circonstances de prendre d'emblée le couteau.

Les moyens certes ne manquaient pas; on avait tous ceux qui faisaient merveille à la main : les applications froides, l'irrigation continue, les émollients, les antiseptiques, la position élevée, etc. Mais tout cela échouait souvent. On ne parvenait que tout à fait exceptionnellement à prévenir les complications inflammatoires. Je me rappelle encore mon embarras du temps passé.

Dans les contusions du pied sans plaie, il n'est pas rare de trouver de larges places où la peau confuse est soulevée par le sang épanché, refroidie et presque insensible. La mortification est, sinon réalisée, au moins imminente. Je fis un jour dans un cas pareil, à défaut d'irrigation continue, des applications froides avec une vessie remplie d'eau à la température de la glace fondante. Le lendemain le sphacèle était confirmé; il envahit le tiers antérieur du pied, ce qui me força à pratiquer dans la suite une amputation partielle.

Dans un autre cas fort comparable, je me gardai bien d'employer le froid; mais pour calmer les douleurs j'appliquai des cataplasmes émollients tièdes arrosés de laudanum. Le gonflement, qui était très prononcé, augmentait toujours ; un abcès se forma sur le dos du pied; son ouverture donna issue à un mélange de pus et de sang. Au fond du foyer on constata une fracture de deux métatarsiens.

Le foyer de cette fracture s'enflamma à son tour; la plante du pied gonfla, il fallut y faire des contre-ouvertures; mon blessé finit

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