‹ Mémoires de chirurgie (volume 3)Chapitre 54 sur 124 · Arch. gén. de méd., nov. et déc · texte numérisé non relu

Arch. gén. de méd., nov. et déc

de plus ni de moins, si ce n'est que je me sers exclusivement d'eau phéniquée à 2 pour 400 pour les pulvérisations.

J'insisterai seulement sur l'extrême facilité de la manœuvre, qu'on peut confier, après un court apprentissage, à la première personne venue, soit, à l'hôpital, aux internes, aux externes, aux stagiaires, à la religieuse, aux infirmiers, aux autres malades un tant soit peu intelligents, et bien souvent à l'opéré lui-même au bout de quelques jours, quand la plaie est convenablement située; soit, en ville, aux garde -malades, aux personnes de la famille, aux gens de service, etc. Il ne faut qu'un peu de patience et de soin pour éviter de blesser la plaie et de faire souffrir les malades.

Loin d'être fatigués par les pansements réitérés, les opérés en éprouvent un bien-être constant; beaucoup attendent le matin avec impatience pour être arrosés avec la vapeur phéniquée. Ces séances répétées prennent un peu de temps ; non pas qu'elles soient longues,* mais parce que dans les quatre ou cinq premiers jours, c'est-àdire pendant la phase de détersion de la plaie, la désinfection doit être faite au moins quatre fois dans les vingt-quatre heures, et un peu plus dans les grandes chaleurs ou quand les plaies sont larges ou anfractueuses ; il n'est donc pas rare qu'un grand opéré dépense près d'une heure par jour, et cela pendant une semaine, aux personnes qui le soignent.

Les pièces de pansement se trouvent partout et sont peu coûteuses; la grosse mousseline (la plus commune est la meilleure) est surtout importante, mais avec un mètre carré on recouvre bien des surfaces; il ne faut de charpie, d'ouate, de taffetas gommé (ce dernier bien lavé peut reservir) qu'en quantité minime.

Le pulvérisateur est certainement très utile, parce qu'il humecte le pansement et la plaie sans les inonder et sans toucher cette dernière ; cependant il n'est pas indispensable, car avec un pinceau doux on peut aussi répandre la solution antiseptique.

Après bien des essais, je n'hésite point à recommander exclusivement l'acide phénique, qui n'est ni rare ni coûteux, et qu'on trouve à présent dans toutes les parties du monde. La solution à 5 pour 100 n'est pas nécessaire, si ce n'est pour opérer sur un foyer morbide qu'on veut modifier avant d'y mettre ou après y avoir mis le couteau. La solution à 2 pour 100 convient à presque tous les cas, parce que son pouvoir antiseptique est puissant et suffisamment durable, circonstance très importante et dont on ne saurait tenir trop de compte dans le choix des antiseptiques.

On a fait à l'acide phénique deux reproches : d'abord sa mauvaise

odeur, qu'un grand nombre de patients ne pourraient pas supporter ; il y a là une grande exagération : j'ai rencontré beaucoup plus de patients, de femmes surtout, incommodés par l'odeur du camphre; puis son action irritante. Depuis longtemps déjà j'ai formellement nié ce dernier fait, et j'assure qu'à la dose indiquée plus haut la solution phéniquée calme très rapidement les douleurs locales. L'indolence absolue des plaies traitées par le pansement antiseptique ouvert est une règle qui comporte bien peu d'exceptions, et j'ai dit plus haut que les malades eux-mêmes réclamaient les pulvérisations.

Quelle différence quand on emploie les autres topiques antiseptiques assez concentrés pour être désinfectants! Quelles cuissons provoquent pendant de longues heures l'alcool pur, le perchlorure de fer, la liqueur de Labarraque, même étendue de deux ou trois fois son volume d'eau, l'eau-de-vie camphrée, le permanganate de potasse insuffisamment dilué, etc. !

Mais l'irritation pourrait se traduire autrement que par la douleur: soit par la production d'exsudats abondants, soit par une suppuration profuse. Sous ce rapport, je puis encore disculper le médicament. Sans être sèches, les plaies sécrètent peu. La formation du pus est retardée de quelques heures, et reste toujours minime, eu égard à l'étendue des surfaces. La déperdition des fluides de l'économie est donc insignifiante. La détersion se fait d'ailleurs avec une rapidité singulière et il n'est pas rare de voir, dès le troisième jour (après une ablation du sein, par exemple), la plaie présenter déjà une teinte rose uniforme du plus bel aspect, tranchant sur les bords cutanés qui ne présentent pas la plus légère trace d'inflammation. Au sixième ou septième jour, et jusqu'à la fermeture complète de la brèche, la couche granuleuse est magnifique.

Tous ceux qui voient ainsi les plaies exposées dans mes salles en restent émerveillés. Les bourgeons sont plus petits, plus réguliers, plus secs que ceux qu'on trouve sous le pansement ouaté, ils semblent, également subir plus vite leurs métamorphoses successives; de sorte que la cicatrisation totale est relativement assez prompte.

Tout ceci s'applique à la solution à 2 pour 100; si on fait usage d'un titre plus fort, 5 pour 100 par exemple, on fait à la surface des plaies, et surtout au niveau des tronçons musculaires, de véritables eschares qui peuvent atteindre jusqu'à 3 ou 4 millimètres d'épaisseur.

J'ai essayé bien des topiques pour panser mes plaies ouvertes : iode, chlorure de soude ou de chaux, perchlorure de fer étendu,

solution faible de nitrate d'argent, alcool pur ou étendu, eau-devie camphrée, et nul, sauf peut-être la solution de chloral à 1 pour 100, ne m'a paru agir sur les surfaces cruentées récentes aussi favorablement que la solution phéniquée. Son pouvoir irritatif, si irritation il y a, me semble s'exercer surtout en activant la prolifération conjonctive, et en créant le plus vite possible ce rempart protecteur isolant qui est la défense de la plaie contre les produits septiques sécrétés dans son sein ou y abordant du dehors.

Je me suis un peu étendu sur ce point, car il ne faudrait pas trop oublier dans ces questions de miasmes, de germes d'infection, d'empoisonnement venus du dehors, la part qui revient à la plaie elle-même, laquelle peut ta ilôt admettre, tantôt refuser le poison, suivant qu'elle est en tel ou tel état anatomique.

On dit et on répète que les pansements antiseptiques ne détruisent nullement les germes atmosphériques, car le pus est rempli de tous les organismes accusés d'engendrer les toxémies. La chose est fort possible et je l'accepte même. Mais que m'importent ces germes s'ils sont réduits à l'impuissance, s'ils restent à la porte de la plaie?

Que m'importe que l'acide phénique tue ou ne tue pas les germes, s'il met la plaie dans l'impossibilité de les laisser passer de dehors en dedans?

Le tort des argumentations contraires est de regarder la blessure comme une région neutre et de ne pas tenir compte des propriétés très diverses et très importantes à l'aide desquelles elle intervient dans la lutte entre l'être blessé et le milieu qui l'enveloppe.

Il est une dernière propriété de la solution phéniquée qui n'a pas, autant qu'elle le mérite, attiré l'attention des chirurgiens; je veux parler de sa pénétration facile dans l'économie par la surface de la blessure. Dans un grand nombre de cas, quand cette surface est large, la solution suffisamment concentrée et les pansements fréquents, on voit les urines prendre une couleur brunâtre particulière qui rappelle celle de la décoction de feuilles de noyer très étendue, et qui est due à l'acide phénique. Je n'ai jamais vu jusqu'ici d'inconvénients sérieux à cette absorption et serais, au contraire, assez disposé à la considérer comme favorable, puisque le sang est ainsi imprégné d'un des plus puissants antiseptiques connus. D'ordinaire, cette coloration des urines coïncide avec un tracé thermométrique très voisin de l'état normal.

Ce caractère à lui seul suffirait pour distinguer le pansement ouvert antiseptique du pansement ouvert primitif, où l'on se contentait tout au plus de jeter sur le foyer de l'opération une pièce de linge

imbibée d'huile ou d'eau fraîche. Le renouvellement incessant de l'antiseptique ayant pour effet l'épuration continuelle, la désinfection réitérée de la plaie, différencie aussi ce procédé de ceux où Ton se borne à renouveler de temps à autre les pièces du pansement plus ou moins longtemps après qu'elles ont perdu leurs propriétés désinfectantes.

J'ai déjà rapporté dans les pages précédentes plusieurs des cas dans lesquels le pansement antiseptique ouvert a été employé. — Dans l'observation I, il a succédé au pansement de Lister qui avait échoué. — Dans l'observation VI, je l'ai choisi à dessein à cause du mauvais état anatomique du lambeau et parce que j'espérais, en laissant la plaie béante, n'avoir aucune inflammation, aucune rétention des liquides, et, par conséquent, une apyrexie complète, ce qui a eu lieu en effet. Dans l'observation XII, les dégâts étaient si énormes dans la plaie et dans ses alentours, qu'il fallut bien renoncer à toute tentative de réunion et panser à plat. Le pansement ouaté lui-même n'eût pas été sûr. Malgré toutes ces circonstances défavorables, la cure a marché favorablement sans complication grave. Même remarque pour l'observation XI.

L'infiltration sanguine remontait si haut dans la cuisse qu'il fallait amputer près de l'articulation, c'est-à-dire sous le petit trochanter, ou faire porter le couteau dans des tissus altérés. Je pris ce dernier parti parce que j'avais confiance dans le pansement ouvert. J'aurais agi autrement si j'avais pansé à la manière de Lister et de Guérin: mais j'aurais eu d'abord beaucoup de peine à appliquer convenablement leurs appareils, et j'aurais augmenté les chances mauvaises en m'approchant trop de la racine du membre.

Dans l'observation XXYI, qu'on lira plus loin, j'ai été forcé de supprimer le pansement ouaté à cause d'une hémorrhagie secondaire précoce qui avait imbibé tout l'appareil. En pareil cas, le pansement antiseptique ouvert était tout indiqué. Il a très bien fonctionné pendant quelques jours; par malheur la mort, rendue inévitable par la généralisation du mal dans les viscères, a frappé de stérilité le traitement local.

Même réflexion pour la vieille cachectique de l'obs. XXVII. J'ignore ce qu'aurait produit le pansement de Lister ; mais je sais bien que le bandage ouaté n'aurait pas empêché le suintement sanguin qui a joué son rôle dans la terminaison funeste.

Par les trois observations qui me restent à relater, on jugera à la fois de la puissance et de la bénignité d'une thérapeutique qu'on n'accuse véritablement que par prévention et faute d'en avoir tenté l'essai lovai.

Les seuls reproches sérieux que l'on puisse adresser au pansement ouvert sont : la lenteur de la cicatrisation et la difficulté de mobiliser les blessés, par la double raison que les lambeaux sont flottants et que les pansements doivent être répétés à de courts intervalles. J'examinerai plus loin le premier défaut. Quant au second, il est indéniable, au moins pendant la période de détersion ; mais au bout de huit à dix jours, en faisant usage d'une solution forte dont on arroserait la plaie et dont on imbiberait les pièces extérieures, puis en recouvrant le tout d'une pièce épaisse de ouate bien maintenue par une bande, on pourrait certainement laisser en place le même pansement pendant dix à douze heures, temps qu'on pourrait utiliser pour le transport du blessé.

Observation XXI. — Désarticulation de V épaule pour un écrasement du bras. Réunion immédiate . Hémorrhagie primitive prolongée. Désunion de la plaie le lendemain et pansement, ouvert. Rappel d'accidents intermittents. Sulfate de quinine. Guérison.

Dumazet, vingt-huit ans, ancien soldat, actuellement chauffeur mécanicien, a eu le bras droit pris dans un engrenage le 15 mars 1877 à trois heures du soir. Il est apporté sur-le-champ à la Pilié. Le membre est broyé jusqu'au-dessus de l'insertion deltoïdienne; l'hémorrhagie, d'abord assez vive, s'est arrêtée vite et spontanément.

Le blessé est de petite taille, frêle, habituellement pâle, énergique, mais peu vigoureux. Il a eu autrefois les fièvres intermittentes d'Afrique, puis pendant la guerre de 1870-1871, une bronchite assez rebelle. Cependant il se portait bien avant l'accident.

A son entrée à l'hôpital, vers quatre heures, il est extrêmement faible; visage décoloré, peau froide, intelligence un peu obtuse, réponses lentes et concises. Le thermomètre marque 36°. On administre quelques stimulants.

Le soir la chaleur revient et la réaction s'établit; le thermomètre monte à 37°,2 vers huit heures ; il atteint 37°,7 à 9 heures. Un de nos jeunes chirurgiens des hôpitaux, appelé en mon absence, désarticule l'épaule par le procédé en raquette (Larrey modifié). Bien que l'opération soit faite avec habileté, la quantité de sang perdu est considérable.

Les bords de la plaie sont réunis de haut en bas par une série de sutures métalliques, sauf à la partie la plus déclive, où on place un gros drain allant jusqu'à la cavité glénoïde. Pansement avec la charpie imbibée d'eau fraîche.

La nuit est très mauvaise. A peine sorti du sommeil chloroformique, le malade se plaint vivement de son moignon et s'agite continuellement. Point de sommeil.

Le lendemain 16, à la visite, l'état reste le même. L'examen du moignon nous l'explique. Les sutures sont tiraillées, les lambeaux fortement soulevés, le moignon tuméfié, très sensible au toucher, sa cavité est remplie par un épanchement de sang abondant, et un suintement peu considérable, mais continu, se fait par la partie inférieure non suturée de la plaie. Toutes les pièces extérieures du pansement sont fortement imbibées de sang. Le thermomètre ne marque que 37°,2, mais cette basse température est évidemment due à l'hémorrhagie.

Convaincu qu'un vaisseau donne encore, je veux le chercher et le lier. J'ôte les sutures; le malade pousse de tels cris que je l'endors malgré sa faiblesse. Les bords à peine désunis s'écartent fortement et laissent à nu un caillot qui est presque du volume du poing. On l'enlève par fragments. Un petit jet de sang vermeil qui le traverse conduit peu à peu à une artère située dans l'épaisseur de la lèvre postérieure de la plaie, non loin de la capsule. Le vaisseau est lié sans trop de difficulté.

Je m'efforce de débarrasser la plaie des caillots qu'elle contient, mais je n'y puis parvenir qu'incomplètement, le sang étant en plusieurs points infiltré dans les mailles du tissu conjonctif. Néanmoins j'enlève bien 250 grammes de caillots. J'imprègne le mieux possible tout ce qui reste d'eau phéniquée à 5 p. 100, puis je fais bâiller largement la plaie et la recouvre avec les pièces du pansement antiseptique ouvert.

Le malade se réveille inondé de sueur.

Le pansement eut pour premier résultat de faire cesser subitement les douleurs et d'amener un calme qui se traduisit par quelques heures de sommeil. L'après-midi est assez bonne; le soir, le thermomètre ne marque que 38°; il monte jusqu'au voisinage de 39° dans la journée du lendemain, qui ne présente rien de particulier.

Le 18, troisième jour, dans la soirée, céphalalgie intense, moignon douloureux, soif vive, malaise, sueurs profuses; cependant température peu élevée, 38°,4; tous ces symptômes cessent d'euxmêmes après avoir duré trois ou quatre heures.

Le 19 ils reviennent, mais de meilleure heure, plus intenses et plus durables encore; ils s'accompagnent d'une épistaxis abondante; température 39°,2.

Le 20 au matin, le calme est à peu près rétabli ; je m'inquiète cependant de ces symptômes; l'interrogation me fait connaître les antécédents paludiques qui remontent à plus de six ans. Aussitôt je prescris le sulfate de quinine à la dose de 50 centigrammes. La nuit suivante est meilleure. Il y a encore une épistaxis. Le médicament sera continué deux jours encore.

Le 21, à midi, le thermomètre monte à 39°,8, atteignant son point le plus élevé, mais descend un peu les jours suivants. L'état reste médiocre pendant quelques jours encore, car malgré tous nos soins le moignon reste un peu douloureux et enflammé. La détersion est lente. La suppuration, toujours mélangée de sang, offre parfois une odeur désagréable. La fièvre, affectant cette fois les allures de la septicémie traumatique ordinaire, n'est pas violente, mais cependant le tracé oscille toujours entre 38° et 39°.

Le 26 mars, l'amélioration est très notable ; la pâleur et la faiblesse persistent le matin, mais la gaieté, le sommeil et l'appétit reviennent, le thermomètre retombe à 37°. La plaie s'est débarrassée progressivement de ses caillots; le pus, de bonne apparence, est sécrété en assez grande quantité.

Pendant cinq à six jours encore, et sans cause appréciable, on remarque de grandes oscillation dans la température ; ainsi l'on note le matin 37° ou 37°2, et le soir 39° ou au moins 38°, 5. Cependant, le 2 avril, le mouvement fébrile cesse presque entièrement, car à peine observe-t-on de temps à autre une ascension sans grande importance. Le 13, tout disparaît. La plaie est encore large, mais partout tapissée de beaux bourgeons fournissant une Les faible quantité de pus louable. On aide, par des pansements appropriés, le rapprochement et la coaptation des lèvres de la plaie. Le 22 mai, celle-ci était presque fermée.

L'opéré quitte l'hôpital dans l'état le plus satisfaisant.

Observation XXII. — Tumeur fibro-colloïde de la cuisse gauche, remontant jusqu'au col du fémur. Désarticulation coxofémorale. Point de réunion. Pansement phéniqué. Guérison.

B... (Eugène), cinquante et un ans, charron, de haute taille, bien musclé; vigoureux; aucun antécédent morbide personnel ni de famille, vie régulière, sobriété exemplaire.

Depuis un an, affaiblissement de ia santé et altération des fonctions digestives; fatigue du membre inférieur gauche après une marche un peu prolongé?, puis démangeaisons et gonflement de la cuisse.

Le 19 juin 1877, on constate à la partie antéro-externe de cette

région une intumescence considérable qui double presque le volume du membre; elle est régulière, sans bosselures, ferme à sa base, presque fluctuante à son sommet; la peau qui la recouvre est un peu rouge, lisse, sans adhérences, sillonnée de veines dilatées. Varices anciennes et volumineuses à la jambe.

État général médiocre; faiblesse assez marquée; appétit presque nul, vomissements fréquents; sommeil inquiet; mouvement fébrile le soir.

Je diagnostique une tumeur fibro-plastique, et je me décide à pratiquer l'amputation de la cuisse au-dessous du petit trochanter, le 4 juillet. Mais, après avoir taillé le lambeau externe, je m'aperçus que le néoplasme s'étendait en nappe jusqu'à la partie supérieure du fémur, et je dus pratiquer alors la désarticulation de la cuisse, ce que je fis en disséquant les lambeaux à petits coups, comme si j'enlevais une tumeur.

Le changement du plan opératoire avait eu pour résultat de faire perdreau malade environ 600 grammes de sang, de rendre la désar ticulation assez laborieuse, et de donner aux lambeaux une trop grande étendue. Ces conditions défavorables n'eurent heureusement que peu d'influence sur le résultat définitif.

La plaie bien abstergée et abondamment arrosée avec le jet d'eau phéniquée, on recouvrit la surface saignante, dans toutes ses anfra c tuosités, de carrés u mousseline, l'excavation fut remplie de charpie imbibée d'une solution phéniquée à 2 pour 100, enfin le moignon fut entouré de ouate et de taffetas gommé.

Après l'opération il y eut une légère syncope, le malade resta très faible toute la journée; mais le lendemain l'état général était excellent. On remplace la première charpie et plusieurs fois par jour on imbibe le pansement d'eau phéniquée.

L'état général, sauf les deux premiers jours, où il y eut un peu de fièvre, fut excellent jusqu'à la fin. L'état local présenta quelques incidents assez remarquables. La tuméfaction des muscles du moignon faisant craindre que la cavité suppurante se comblât et favorisât la rétention du pus, on porta jusqu'au fond de la cavité colyloïde une grosse sonde en caoutchouc qui sortait par la partie la plus déclive.

Au vingtième jour survint une phlegmalia alba dolens du côté sain sans aucun symptôme général, qui céda facilement à l'emploi des émollients et des narcotiques.

Au trente-deuxième jour apparaît une diarrhée assez abondante qui dure plusieurs jours et disparaît sans avoir troublé la santé générale.

Le 15 août, la cicatrisation a fait de tels progrès que la sonde de caoutchouc ne peut plus pénétrer jusqu'au cotyle, et qu'on la supprime.

Au mois de septembre, le malade se lève et commence à marcher avec des béquilles. A la fin du mois, la guérison est complète, le moignon est volumineux, souple, indolent, la santé excellente. On s'occupe d'un appareil prothétique.

P. S. J'ai le regret d'annoncer une récidive locale apparue dès les premiers jours de décembre. La mort a eu lieu au commencement de mars 1878. Malgré les signes de cachexie présentés par le malade dans les derniers temps de sa vie, on ne trouva à l'autopsie aucun noyau cancéreux dans les viscères1.

Observation XXIII. — Amputation de la jambe au lieu d'élection

•pour un écrasement du pied. Pansement antiseptique ouvert.

Guérison.

D... (Edouard), journalier, vingt-sept ans, taille moyenne, forte constitution, santé habituelle excellente. Jadis quelques atteintes de rhumatisme donnant lieu de temps en temps à des palpitations; cependantpas de bruits anormaux à l'auscultationni d'irrégularité du pouls.

Le 26 novembre 1873, à dix heures du matin, le pied est pris dans un engrenage et complètement broyé, La déchirure de la peau s'étend assez haut sur la partie inférieure et interne de la jambe. Entre ses bords on aperçoit les vaisseaux et nerf tibiaux postérieurs dénudés; l'artère est rompue, son bout libre, oblitéré par un caillot, bat fortement. L'écoulement sanguin est peu abondant, mais n'a pas encore cessé à six heures du soir. L'hémorrhagie se fait en nappe, et on ne trouve pas de vaisseau à lier. La température est à 37°, 7.

A neuf heures, l'hémorrhagie continue; le pied est déjà entièrement mortifié et répand une mauvaise odeur. La température est montée à 38°,2.

M. Kirmisson, interne du service, pratique d'abondants lavages avec l'eau phéniquée, enveloppe le pied avec des compresses imbibées du même liquide, et applique par-dessus un sac rempli de glace; le tout pour modérer l'hémorrhagie et retarder les progrès de la putréfaction.

27. L'hémorrhagie s'est arrêtée pendant la nuit, mais le pied répand une odeur infecte, et la température est à 38°,5. En mon

\. Voir pour plus de détails le chapitre sur la désarticulation de la hanche, qui viendra plus loin, et en outre : Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, février 1878, p. 96.

absence, mon collègue, M. Labbé, veut bien visiter le blessé; il conseille l'amputation au lieu d'élection, et en confie l'exécution à M. Kîrmisson.

L'opération est faite à dix heures du matin avec toutes les précautions de la méthode antiseptique, lavage de la jambe, enveloppement du pied, etc. Toutefois la pulvérisation n'est pas faite pendant, mais seulement après l'opération. On taille, un grand lambeau externe et un petit lambeau interne. L'hémostase a été faite avec la bande de caoutchouc; la perte de sang est nulle pendant l'opération et faible après. L'infiltration sanguine remontait assez haut; cependant on a pu en dépasser les limites supérieures. On ne tente aucune réunion, et on applique le pansement à plat antiseptique.

Les suites immédiates sont des plus simples. La température, descendue vers midi à 36°, 8, remonte et atteint le soir 37°,4.

L'apyrexie se continue le lendemain et le surlendemain; le 30 novembre et le 1er décembre il y a un peu de fièvre traumatique ; le thermomètre était à 38° le matin et à39°le soir. Ce mouvement diminue les jours suivants, de sorte que le 4 décembre la température est devenue tout à fait normale, oscillant entre 37° et 38°, sans atteindre jamais ce dernier chiffre.

Au reste, le thermomètre seul révèle cette fièvre, car l'état général n'a pas cessé un instant d'être excellent. A partir du deuxième jour, le sommeil, l'appétit, l'état moral, tout était naturel, et il n'y avait pas la moindre douleur1. La détersion seule de la plaie a été longue à obtenir, bien qu'il n'y ait jamais eu d'inflammation locale, et que le lambeau soit toujours resté souple et indolent.

Cependant, le 10 décembre, tout était recouvert de bourgeons charnus dont la rétraction commençait à diminuer les dimensions de la plaie.

Vers la fin du mois on permit au patient de se lever dans la salle. En janvier, la cicatrisation marcha plus vite. Le lambeau externe, dirigé par des pansements convenables, reprit peu à peu sa place; la cicatrisation ne fut complète,, à la vérité, qu'à la fin de février; mais depuis le 15 janvier il ne s'agissait que d'une plaie superficielle sans aucune gravité. La section du tibia avait donné lieu à une petite nécrose. Le séquestre fit pendant longtemps une légère saillie audessus de la couche des bourgeons charnus. Un beau jour, vers la

1. Ce cas justifierait la distinction que Geuzmer et Richard Wolkniann ont cherché à établir entre les fièvres traumatiques. (Scuiimlung hlinkclier Yurtrage n° 121, 1877.) Notre homme aurait eu une lièvre traumutique aseptique.

fin de janvier, nous ne le vîmes plus. Il s'était spontanément détaché et perdu sans doute clans les pièces du pansement. Le moignon est très bien conformé et absolument indolent.

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