‹ Mémoires de chirurgie (volume 3)Chapitre 67 sur 124 · Journal l'Expérience, t. I", p · texte numérisé non relu

Journal l'Expérience, t. I", p

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soit assez rare, on la voit cependant de temps en temps redescendre ainsi, après la saignée, le long des veines de l'avant-bras, an lieu de se diriger vers le cœur. C'est ainsi que, dans la phlébite des veines du bassin, à la suite des couches, on la voit, comme dans le fait qui fixe notre attention, remonter dans la veine cave, puis redescendre dans les veines iliaques du côté opposé.»

Amputation de cuisse; conicité du moignon; cautérisation du canal médullaire; ostéomyélite aiguë; nécrose du fémur ^étendant jusqu'au petit trochanter; accidents inflammatoires réitérés; amputation ultérieure sous-troehantérienne; phleg- ■matia alba dolens double. Mort cm bout de six semaines1. Une jeune femme de bonne constitution, quoique un peu chlorotique, fut renversée par une voiture pesante dont la roue passa sur la jambe droite et détermina une fracture grave. Un plegmon se développa et nécessita, au bout de quelque temps, l'amputation de la cuisse, qui fut pratiquée à l'union du tiers moyen avec le tiers inférieur. La cicatrisation se fit avec beaucoup de peine et resta même incomplète; l'os faisait saillie dans l'étendue de plus d'un pouce, et tous les caractères de la conicité du moignon se manifestèrent. Un chirurgien trop partisan de la cautérisation potentielle, et qui l'emploie partout, eut la malencontreuse idée d'introduire dans le canal médullaire une longue flèche de pâte de Canquoin, dans le but de déterminer la nécrose de la partie saillante du fémur.

Ce caustique détermina des douleurs atroces et des accidents locaux et généraux qui mirent la malade à deux doigts de sa perte. Le moignon se tuméfia extraordinairement; des abcès se formèrent, entre autres une collection énorme qui s'ouvrit à la partie interne de la cuisse, à peu de distance du pli génito-crural. Les accidents se calmèrent très lentement, et c'est seulement au bout de cinq mois que les douleurs et la suppuration diminuèrent.

L.'os saillant ne s'était point détaché, comme on l'avait espéré; il parut se recouvrir de bourgeons charnus qui peu à peu se cicatrisèrent.

Le calme ne fut pas de longue durée : le moignon s'enflamma bientôt dans toute son étendue ; les abcès se reformèrent et le pus s'écoula en abondance par le bout du moignon et par l'ouverture fistu-

1. Observation publiée dans la thèse de M. Deu, de la saillie De l'os après l'amputation de la cuisse, 22 juin 1806, p. 56.

leuse du pli génito-crural. Ces recrudescences se montrèrent trois ou quatre fois dans l'espace de deux années, non sans causer des douleurs extrêmement vives et des symptômes généraux redoutables. De temps à autre, quelques petites esquilles sortirent par les deux issues qui conduisaient à l'os.

Pendant tout ce temps, la malheureuse malade ne put quitter son lit un seul jour. Le moignon était devenu énorme, et l'on sentait bien que l'os, considérablement accru en diamètre, constituait la majeure partie de sa masse. Dans l'étendue de 4 à 5 pouces environ, son extrémité libre, fusiforme, était recouverte d'une cicatrice lisse, luisante, très mince, adhérant à l'os renflé en massue. Toute cette région était d'une telle sensibilité au toucher que l'exploration était à peine possible, et que le contact même très léger des couvertures était ordinairement insupportable. Au centre de cette cicatrice se voyait un pertuis fistuleux qui conduisait à l'ancien canal médullaire et au fond duquel on sentait aisément, avec le stylet, un séquestre mobile.

Ne pouvant prévoir l'étendue de la nécrose et croyant avoir affaire seulement à des fragments osseux isolés et de petites dimensions, je proposai l'ablation de ceux-ci. Le chloroforme administré et l'orifice du bout du moignon débridé, je pus saisir avec la pince et entraîner, non sans beaucoup de peine, une esquille longue de 2 pouces, épaisse de 3 ou 4 millimètres à peine, et large, en moyenne, d'une douzaine de millimètres. Une inflammation consécutive assez intense s'empara du moignon ; mais on en triompha, ainsi que des douleurs, par des applications émollientes et narcotiques continuées pendant une quinzaine de jours. A peine l'orage était-il calmé qu'une autre esquille se présenta; on espérait d'abord qu'elle sortirait d'ellemême, mais cela n'eut pas lieu. La pointe proéminant de quelques millimètres, j'essayai de l'extraire sans chloroforme; mais le moindre ébranlement du séquestre causait des douleurs si vives et réveillait si facilement la phlegmasie du moignon, que je dus encore opérer avec le chloroforme. La pièce d'os enlevée était moins longue et plus large que la première; il fallut la briser longitudinalement avec m? davier mince et à mors allongés.

Je profitai de cette seconde opération pour explorer le canal médullaire et le trajet fistuleux du haut de la cuisse; je pus alors constater que la cavité osseuse se prolongeait fort loin, et que le stylet rencontrait encore un séquestre profond et volumineux. Le même instrument, porté dans le trajet supérieur, y reconnaissait également une dénudation osseuse.

A la suite de cette tentative il y eut encore une poussée inflammatoire très violente.

Considérant que les voies qui conduisaient dans le centre de l'os étaient trop étroites pour permettre l'ablation des séquestres, que chaque tentative compromettait la vie sans assurer le succès définitif, et que rien ne permettait d'espérer une guérison parles seules forces de la nature, je proposai la section de la partie osseuse malade, eomme ressource ultime. La pauvre malade hésita beaucoup et n'accepta ma proposition que poussée à bout par les souffrances et la crainte que lui inspirait le retour incessant de complications locales et générales.

L'opération devait retrancher toute la partie restante de la diaphyse. Je fis deux lambeaux, l'un antérieur, l'autre postérieur, j'étais mal aidé, et comme la malade s'agitait furieusement pendant l'administration du chloroforme, il s'écoula une assez forte quantité de sang. Les parties molles, quoique peu épaisses, étaient rigides, en raison ciu travail inflammatoire qui les avait si souvent envahies; je dus sculpter les lambeaux de bas en haut avec le bistouri; puis, à l'aide de la scie à chaîne, je divisai le fémur sous le petit trochanter, à 1 centimètre environ au-dessus de la perforation qui conduisait le stylet dans la cavité médullaire.

La malade présenta, dans les jours suivants, des phénomènes de réaction vive et toutes sortes d'accidents nerveux, syncope, frissons intenses, agitation, délire, mouvements spasmodiques. Cependant tout se calma, et au bout de quinze jours la cicatrisation était assez avancée pour que le succès ne me parût plus douteux.

Malheureusement, à cette époque, le lambeau antérieur se gonfla et devint sensible; la veine fémorale était manifestement atteinte.de phlébite. Quelques jours plus tard la jambe saine se gonfla à son tour, présenta divers points douloureux, en un mot, devint le siège d'une phlegmatia alba dolens évidente. A partir de ce moment la santé générale devint de plus en plus mauvaise; il y eut successivement anorexie, étatsaburral, vomissements opiniâtres, tympanite, puis ascite et œdème des parois abdominales; plus tard, toux, suffocation, œdème du poumon. La thérapeutique aurait pu peut-être combattre ces complications; mais la pauvre fille, qui, depuis longtemps abandonnée de son premier chirurgien, avait pris l'habitude de se soigner seule, refusait tous les médicaments. .

De plus, en raison de sa répugnance pour les aliments solides, elle ne prenait qu'une nourriture insuffisante, un peu de lait et quelques fruits. On peut donc affirmer qu'elle se laissa presque mourir d'ina-

nition. Elle résista cependant jusqu'au quarante-deuxième jour, où elle s'éteignit lentement et sans souffrance. Le moignon de la cuisse était à peu près complètement cicatrisé. L'autopsie ne fut poinl faite. La dissection du moignon réséqué expliqua la ténacité des accidents et l'impuissance de la nature. Le malencontreux caustique avait provoqué, sans aucun doute, une ostéomyélite intense, et par suite une nécrose totale de la diaphyse. Celle-ci, en effet, formait un vaste séquestre allant jusqu'au voisinage du petit trochanter. L'os nouveau lui formait une gaine complète, perforée seulement, au niveau de la fistule supérieure et du pertuis terminal du moignon. Cet os nouveau était très épais, très solide, couvert de rugosités à l'extérieur, et tapissé, à l'intérieur, de fongosités et d'une couche de pus qui l'isolait tout à fait du séquestre. Celui-ci, quoique partout détaché, n'aurait pu être extrait par l'orifice terminal, qui était trop étroit; il eût fallu, en tout cas, réséquer l'extrémité osseuse, très renflée dans une étendue de plusieurs centimètres1.

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