Bull, de la Soc. de chir., l™ série, t. IX, p
étendu du bord interne du tibia au bord externe du péroné, l'autre plus long, taillé par transfixion. Deux artères furent liées et la plaie réunie par six points de suture entortillée. Compresses imbibées d'eau fraîche pour tout pansement. Réunion immédiate de la presque totalité de la plaie; ablation des points de suture commencée dès le lendemain, terminée le troisième jour; absence de tout phénomène inflammatoire local. Le cinquième jour, les compresses d'eau fraîche furent remplacées par des cataplasmes froids.
Au onzième jour, la cicatrisation était complète. L'enfant se leva bientôt, et quelques jours après il marc'hait avec des béquilles, puis avec un appareil.
S'il est permis de faire ici une légère digression, on peut donner ce cas comme un des plus beaux exemples des avantages de l'alimentation substantielle après les grandes opérations chirurgicales. A peine revenu des effets anesthésiques du chloroforme, l'enfant prenait une tasse de bouillon. A quatre heures, il mangeait de bon cœur une côtelette de mouton ; la nuit, un peu de bouillon fut encore permis. Le lendemain, le même régime fut continué ; il se composait de pain, de soupe, de deux côtelettes et d'eau rougie. L'opéré nous déclara spontanément que, depuis bien longtemps, il n'avait passé une aussi bonne nuit ni fait un aussi bon repas. Pendant toute la première semaine, il n'y eut pas trace de mouvement fébrile ; le seul phénomène à noter fut un appétit extraordinaire, auquel on satisfit avec prudence toutefois, et en faisant choix d'aliments substantiels, mais de facile digestion.
Pour en revenir aux suites de l'opération, on voit aujourd'hui le moignon tel qu'il était quinze jours après le sacrifice du membre ; seulement la ligne cicatricielle indiquant, la réunion des deux lambeaux a été attirée en arrière et un peu élevée. L'extrémité des os, mousse, non gonflée, non douloureuse, répond principalement à la face profonde du lambeau antérieur, dont la sépare une bourse séreuse. Jamais le moignon n'a été la source de la moindre douleur.
L'appareil prothétique employé dans les premiers jours prenait son point d'appui sur l'ischion ; terminé par un pilon, il était composé de deux tiges de bois latérales, dans l'écartement desquelles le membre dans l'extension venait se placer sans presser nulle part, et sans que l'extrémité du moignon touchât en aucune façon. Dans toute son étendue, le membre artificiel était rigide, de manière que les mouvements du genou étaient abolis.
Quelque temps après, un appareil ne différant du premier que par
une brisure au niveau du genou fut mis en usage, et permit la marche avec aisance et solidité *.
Le second malade est actuellement âgé de ving-cinq ans, serrurier, d'une constitution moyenne. Il y a près de cinq ans, une masse de fer d'un poids très considérable heurta en tombant les membres inférieurs. La cuisse gauche fut fracturée à sa partie moyenne ; le pied droit fut écrasé, et l'on fut obligé d'extraire la malléole externe au bout d'un certain temps. On tenta la conservation du membre, et pendant dix-huit mois il y eut suppuration, gonflement, trajets fistuleux, impossibilité de poser par terre le pied, tout à fait déformé. La santé générale se ressentit de cet état. Le malade entra en 1855 dans le service de M. Huguier, qui proposa l'amputation. La faiblesse était si grande qu'on ne crut pas devoir user de Tanesthésie. Le rétablissement fut assez prompt. Aucun accident ne survint, et quarante jours après l'opération tout était cicatrisé. Au bout de trois mois, on appliqua l'appareil qui sert encore aujourd'hui.
Depuis cette époque, notre sujet a repris son ancienne profession ; il travaille toute la journée, souvent de cinq heures du matin à huit heures du soir^ toujours debout. Il monte et descend les escaliers, soulève au besoin des fardeaux de 100 livres, et peut, sans grande fatigue, faire deux ou trois lieues dans la journée. Jamais il n'a ressenti la moindre douleur dans le moignon ; jamais celui-ci n'a présenté ni inflammation, ni fistules, ni excoriations, en un mot sa jambe lui rend presque les mêmes services qu'autrefois. Le moignon est des plus beaux. La cicatrice, reportée en arrière des extrémités osseuses, est déprimée, étroite, flexueuse, très solide, sans adhérences étroites aux os ; son trajet indique qu'on a pratiqué la méthode à lambeaux. C'est le lambeau antérieur qui recouvre l'extrémité des os, dont il est séparé par une bourse séreuse. Deux indurations épidermiques s'observent sur le point où le lambeau est réfléchi.
L'appareil prothétique employé est articulé au niveau du genou ; il