‹ Mémoires de chirurgieChapitre 61 sur 209 · Pascal, Thèse de Montpellier · texte numérisé non relu

Pascal, Thèse de Montpellier

Le bras est le siège d'un gonflement très considérable; une fois les symptômes locaux dissipés, un appareil est mis en place. Tout semblait marcher pour le mieux, lorsque le 12 septembre, huitième jour de l'accident , l'infirmier m'appelle pendant la nuit pour ce fracturé qui était pris d'accès de folie. Je trouve le malade assis sur son séant, les yeux hagards, la bouche grimaçante, la face congestionnée; toutes les parties du corps étaient le siège de mouvements continuels; tantôt il se levait, tantôt il s'enfonçait dans son lit, suppliant les personnes qui l'entouraient de vouloir bien le laisser fuir; puis, montrant l'appareil qu'on lui avait appliqué, il criait qu'on le délivrât de ses chaînes, qu'il était innocent, etc. Le pouls était petit, serré, et très fréquent, 125 pulsations. Le malade était dans un état d'excitation extrême, la sueur lui couvrait le corps.

J'assistai, sans rien prescrire, à cette scène déplorable qui dura près de trois quarts d'heure; après quoi le malade s'endormit profondément. Le lendemain ses voisins lui rapportèrent tout ce qui avait eu lieu pendant la nuit, mais il se mit à rire et avoua qu'il ne se rappelait rien.

A la visite du matin, il accusa une grande fatigue dans tous les membres avec céphalalgie intense, siégeant surtout à l'occiput.

Incertain du diagnostic dans un cas que je voyais pour la première fois, je ne prescrivis rien, comme je l'ai dit plus haut, et me contentai de faire veiller à ce que le malade, au milieu de son agitation et de tout ce désordre, ne se fit pas de blessures, et à ce que l'appareil, qui du reste était bien appliqué, ne se dérangeât pas.

Je pris des renseignements exacts sur le genre de vie que menait le malade et j'appris qu'il avait la funeste habitude de boire, surtout de l'eau-de-vie, qu'il s'enivrait régulièrement deux ou trois fois par semaine, et qu'on l'avait rapporté chez lui ivre-mort la veille de l'accident. Sa femme ajouta que son mari n'avait jamais eu d'accès pareil, depuis qu'elle le connaissait.

Tous ces détails vinrent amplement confirmer le soupçon de delirium tremens. Une fois assuré que tout était sous la dépendance de l'alcoolisme, on tint le malade en observation jusqu'à un nouvel accès.

19 septembre. — A neuf heures du soir, nouvelle crise absolument semblable à celle du 12; administration de pilules d'extrait gommeux d'opium à intervalles rapprochés; le calme ne se fit pas longtemps attendre.

23 septembre. — Autre accès; moins d'agitation que dans les précédents. Extrait gommeux d'opium, sommeil prompt et profond.

Au lendemain de ces accès Je malade ne se souvenait de rien et n'accusait que du brisement et de la céphalalgie.

Enfin, depuis le 23 septembre, jour du dernier accès, jusqu'à la sortie du malade, 10 novembre, nous ne constatons plus de delirium tremens. Ayant depuis lors perdu le malade de vue, nous ignorons complètement ce qui a pu se produire.

Obs. X. — Contusions des lombes ; délire alcoolique. — Traitement par l 'opium. — Guérison1.

Aug. Vassart, 34 ans, bonnetier, a des habitudes alcooliques bien constatées. Le 29 mars 1825, étant ivre, à neuf heures du soir, il tombe à la renverse et roule sur un escalier de la hauteur d'un étage; les lombes sont contuses, ecchymosées, douloureuses. La nuit suivante, souffrances aiguës et agitation. Le 30, figure animée, céphalalgie, étourdissements passagers, éblouissements, faiblesse musculaire. Le malade passe la journée à s'occuper d'affaires extérieures.

Le 31, au matin, 30 sangsues à l'anus firent perdre une grande quantité de sang; à midi le malade éprouva un étourdissement qui dura une demi-heure et pendant lequel il étouffait. On lui souleva et secoua la tête; ce léger mouvement le fit revenir à lui; il vomit un peu, fut très agité et baigné de sueur jusqu'au lendemain matin.

1er avril. — Saignée de 8 palettes, bouillon de veau, infusion de tilleul. A huit heures du soir, seconde saignée de 12 onces. La nuit, agitation, sueurs de plus en plus copieuses.

2. — On applique dès le matin 11 sangsues sur les apophyses mastoïdes. La céphalalgie, qui avait persisté, s'accrut et s'accompagna d'un commencement de délire; sueurs abondantes. Compresses imbibées d'oxycrat sur la tête, pédiluve, sinapismes ; le soir, poudre purgative ; la nuit, délire plus marqué.

3. — Le délire continue toute la journée; sinapismes aux pieds ; entrée à la Maison de santé. Grande faiblesse, soif vive; le malade urine abondamment et sans s'en apercevoir, regard furieux ; yeux rouges, convulsés; paupières chassieuses; tremblement et soubresauts des membres.

4. — M. Duméril fait prendre, à quatre heures d'intervalle, trois mixtures mucilagineuses, contenant chacune 18 gouttes de laudanum; sommeil depuis une heure de l'après-midi jusqu'cà cinq, et pendant une grande partie de la nuit.

5. — Cessation du délire; membres rendus à la liberté; mixture avec 18 gouttes de laudanum. Aliments légers.

Page 1