‹ Mémoires de chirurgieChapitre 92 sur 209 · Obs. de M. le Dr Vincent, de Vouziers (Ardennes · texte numérisé non relu

Obs. de M. le Dr Vincent, de Vouziers (Ardennes

transparente, couvre toute la plaie. La partie cicatrisée ne se rouvre point, mais le travail de réparation reste stationnaire. En même temps, de la surface de section des os s'élève un bourrelet jaune, insensible, de consistance cellulo-fibreuse, dont la surface semble parcourue par des vaisseaux nombreux et d'un assez gros calibre. En une semaine ce bourrelet atteignit une longueur de 4 centimètres. La toile glaireuse avait acquis une épaisseur de 4 millimètres dans le même laps de temps, malgré les cautérisations quotidiennes et soigneusement faites sur toutes ces parties malades avec le nitrate d'argent.

Voyant cet état de choses s'aggraver, j'excisai le huitième jour le bourrelet charnu issu des os, sans l'écoulement d'une seule goutte de sang. Deux fois par jour, je lavai la plaie avec du vin aromatique ou de l'eau-de-vie camphrée et phéniquée ; je donnai au malade 8 décilitres, puis 1 litre de vin par jour. Le changement fut immédiat. La plaie se colora, bourgeonna, après s'être détergée en peu de jours. Le malade sortit complètement guéri le 8 mai.

Il rentra le 20 du même mois avec une fièvre typhoïde, et sortit trente-trois jours après. Depuis il a repris ses habitudes d'intempérance et a eu deux accès de delirium tremens.

Il n'est pas facile de définir le genre d'accidents survenus chez ces deux malades. Il eût été intéressant d'examiner à ce moment l'état de la température et les caractères de l'urine; mais les considérations dans lesquelles nous sommes entré précédemment suffisent pour faire comprendre cette langueur, ces anomalies des phénomènes réparateurs; il faut encore remarquer ici l'apparition tardive de ces troubles survenant, une fois au septième jour, et l'autre fois au quinzième jour de l'accident. Les conditions hygiéniques de l'hôpital de Vouziers sont aussi bonnes que possible, on ne peut donc leur attribuer les phénomènes observés; chez les autres opérés, on ne voyait jamais rien de semblable. 11 est fort probable même que, si ces malades avaient été dans un de nos grands hôpitaux, ils eussent été pris d'accidents plus graves et n'en eussent pas été quittes à aussi bon compte. Nous dirons, à ce propos, qu'en certaines provinces les médecins seraient plus à même d'étudier les effets réels de l'alcoolisme chez les blessés et les opérés, que nous ne le sommes à Paris, car ils n'ont pas à compter avec le milieu nosocomial, avec les mille autres complications qui viennent, chez les ivrognes des grandes villes, ajouter leurs effets à ceux de l'intempérance. Nous avons montré, en effet, quels sont les dangers que

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l'alcoolisme fait courir aux ivrognes dans les grands traumatismes ; or, si l'on fait des statistiques, il faut absolument, comme le demande M. Verneuil i, tenir compte de cette donnée.

Les deux observations précédentes offrent encore de l'intérêt, en ce sens que les effets immédiats produits sur la marche imparfaite du processus par le traitement Ionique et l'usage du vin à doses assez fortes, confirme complètement les idées que nous avons émises à propos delà pathogénie et du traitement des accidents nerveux chez les ivrognes; c'est toujours, en effet, la même asthénie qu'il faut combattre par les mêmes moyens. Sans demander que l'on introduise complètement chez nous la pratique anglaise qui administre larga manu les alcooliques et les aliments solides aux blessés et aux opérés, nous croyons néanmoins que, dans notre pays, surtout si l'on a affaire à des sujets adonnés à l'ivrognerie, on peut sans crainte rejeter l'aphorisme d'Hippocrate : « Vulneratos famé affligito, » et faire du régime tonique et réparateur la base de tout le traitement. Cette opinion du reste est assez généralement adoptée aujourd'hui par les chirurgiens.

CONCLUSIONS

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