‹ Memoires de Claude Haton (volume 3)Chapitre 16 sur 44 · EXPÉDITION DES FRANÇAIS EN ITALIE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DES FRANÇAIS EN ITALIE

1556. Lan i556, le royaume de France estoit paisible de guerres et avoit lieu la trêve d'entre l'empereur et le roy ^, combien que la pluspart des bonnes gens de Piccardie ne s'en estoient retournez en leurs pays, parceque il n'i avoit rien de rensemancé pour eux vivre, principallement les habitons de la ville de Thérouanne, qui estoient

' Michel de Nostredame , connu sous le nom de Nostradamus, médecin et aslrologue. auteur des fameuses Centuries, naquit à Saint-Rcmi en 1 5o3 , et mourut à Salon en i566. — Brantôme (Henri II) et de Tbou (liv. XXII) parient des prédictions d*un devin (de Tliou Tappclle Luc Gau-

ric), dans lesquelles la mort de Henri II en duel aurait été annoncée formellement. La prédiction de Gauric sur Henri II, rapportée par Gassendi (sect. ii, Physicm 1. VI) et par Sixte de Heouninga, n'est pas conforme à ces assertions.

' Trêve de Vaucelles, 5 février i556.

espars par le pays, car ilz n eussent sceu où se mettre, parceque la- 1556. dite ville fut entièrement rasée, fossez, murailles et maisons. 11 n^estoit question en France que de faire bonne chère, danser, jouer, gaudir et prendre du bon temps, tant à la court du roy, des princes, que es villes et villages. La corruption des bonnes mœurs s'augmentoit de plus en plus en tous les estatz ; Thérésie prenoit secrètement pied en France, combien que le roy y feist tenir la main par les gens de justice, pour pugnir rigoreusement ceux qui en seroient convaincuz. Mais ah! le malheur advint tel que la plus part des grands juges de la court de parlement, comme présidens et conseillers, furent et estoient intoxiquez et empoisonnez de ladite hérésie luthérienne et calvinienne, et qui pis est de la moytié, se trduva fmablement des évesques qui estoient tous plains et couvers de ceste mauldite farinne. Et pour ce que le roy tenoit la main forte pour faire pugnir de la peine du feu les coulpables, y en avoit mille à sa suitte et en la ville de Paris, lesquelz faisoient bonne mine et meschant jeu, feignoient d'estre vrays catholicques , et en leur secret et consciences estoient parfaictz héréticques.

Le pape Paul IV ^ menacé par le parti espagnol, envoie son neveu le cardinal Carafla^ à Henri II, pour lui demander du secours, et lui offrir en présent de sa part une épée d'or et une table de porphyre'. — Réponse favorable du roi. — Le connétable est accusé d*avoir conseillé à Temperear de chercher querelle au pape, et d'avoir ainsi provoqué une guerre funeste à la France. — Le cardinal, suivant ses facultés, homologuées au parlement de Paris^, expédie gratis les affaires spirituelles au nom du pape. — Il est rappelé à Rome, au bout d'un mois, comme étant habile homme de guerre.

Quasi par tout Testé de ceste présente année, le roy ne hoba de

' Jean-Pierre Caraffa, né en 1476, suc- ' Voy. la lellre d'envoi de Paul IV.

céda a Marcel II en i555, sous le nom 33 avril 1 556 (Archiv. curieuses de VhisL de

de Paul IV. et mourut le 18 août iSSg. France, 1" série, l. III, p. 4a5), et d'Au-

'GbariesCarafia.néàNaplesleagmars bigné, Histoire universelle, iiv. I, c. ix.

1617, chevalier de Malte, fait cardinal par ^ Elles ont été publiées. Paris, Kosset.

Paul rV. fut étrange en prison en mars 1 56 1. i556. in-ia.

1556. Fontainebleau, où il se déiectoit fort, pour estre le lieu fort beau et plaisant, tant pour les logis que pour Fassiette du lieu, qui est fort convenable poiu* la chasse des bestes saulvages, à laquelle il estoit fort courageux. Auquel lieu de Fontainebleau, ung peu avant ou environ la S^-Jehan , la royne sa femme escoucha de deux enfans d'une ventrée, desquelz n'i en eut que ung vivant, qui fut une fille ^ et fut baptisée audit lieu, en l'église des moynes, où furent faicts de grands triumphes. Mons. de Guyse fut le parrain, qui la rapporta des fons sur ses bras, pour la rendre à la royne sa mère. Le roy fut présent audit baptesme, avec la compagnie des princes ses enfans et

aultres du royaume

Durant le temps de la gésine de la royne dame Katherine de Médicis, le roy fut adverty qu'audit Ueu de Fontainebleau y avoit grande multitude de malades des escrouelles qu'on appelle de monsieiu* S* Marcoul , qui , par une requeste qu'ilz présentèrent à S. M. le prièrent que, poiu* l'honneur de Dieu, de la vierge Marie et monsieur S' Marcoul, il luy pleust de les toucher, affin d'estre guaris. A laquelle requeste voluntiers s'inclina, leur faisant assavoir qu'ilz se disposassent tous pour la feste de mons. S* Jehan-Baptiste , et que pour ce faire de sa part se disposeroit, ce qu'il feit. Ledit jour, au sortir de la messe de la chapelle du chasteau , les malades en assez grand nombre furent mis en ordre sm* la chaussée de l'estang dudit Fontainebleau, qui est ung beau, grand et lai^e chemin qui conduit du chasteau du roy au chasteau de chenis ou chiennerie, couvert de l'ombre de plusieurs gros arbres, qui sont plantez par rottes dedans ledit chemin, et soubz cette umbre estoient à genoux lesdits malades, en attendant S. M. sortir de la messe pour les toucher. Ce qu'il feit moût humblement, ne desdignant poinct les pauvres malades, quelque gastez qu'ilz fussent, touchant de sa main dextre

' Catherine de Médicis accoucha, !e la nativité de madame Victoire , fille du roy

a 4 juin i556, de deux filles, Jeanne et Henry II, par J. de la Maison-Neuve. Pa-

Victoire, qui moururent peu de temps ris, i556, in-8'.) après leur naissance. (Voy. Cantique sar

le visage d'iceux, en leur disant : «Je te touche, Dieu te guarissel » Mons. le grand aulmosnier, Loys de Brézé, estoit derrière lesdits malades. Par le commandement du roy, il donna à chascun d'eux une pièce d'argent poiu* aulmosne, leur disant : <« Priez Dieu pour le roy. » Sa majesté les admonesta, quand ce fut faict, d'estre tousjours bons chrestiens, fidelles et catholicques , servans dévostement à Dieu, à la viei^e Marie et à mons. S^ Marcoul, ainsi que nous-mesmes le vismes de noz yeux, estans présens audit lieu de Fontainebleau.

Sur le refus du connétable, la conduite de l'expédition dltalie, destinée à secourir le pape, est confiée au duc de Guise ^

Divers propos furent tenus par la France sur la résolution dudit voyage. Ceux qui tenoient le party de mons. de Guyse, parlant en mal de mons. le connestable , disoient qu'il connestable avoit brigué envers le roy que mons. de Guyse y feust envoyé , ayant en soy ceste intention qu il de Guise n'en reviendroit jamais , à l'exemple d'aultrès gouverneurs qui jadis avoient esté envoyez audit pays , qui n'en sont jamais revenuz , et que par ce moyen il connestable n'auroit plus personne en France qui osast dire n'attenter contre luy en la maison et personne du roy; joinct aussi, comme il est tout certain, qu'il y avoit une jalousie couverte du connestable envers ledit de Guise depuis la bataille de Renty, et encores quelque ancienne vergonne pour la conté de Dammartin en Gouelle , qu'il connestable avoit perdue par arrest contre luy -.

Ceux qui tenoient le party dudit connestable disoient au contraire que ledit seigneur de Guise avoit cerché et demandé ceste charge au

' Pouvoir donné à M. François de Lorraine, duc de Guise, pour s*acheminer en Italie en qualité de lieutenant général pour le roy avec son armée, vers nostre S. Père le pape, pour obtenir de S. S. Tinvesiiture des royaumes de Napies et de Gcile, au nom de mons. le duc d*Orléans, a* fils de S. M. , comme relevant en foy et hommage

du s* siège apostolique. 1 5 55, décembre. [MétiL joum, da doc de Guise, collect. Michaud, t. VI, ]" série, p. 355.)

' D est certain cependant que le comté de Dammartin fut adjugé et resta entre les mains du connétable. (Voy. DuChesne, Histoire de la maison de Montmorency, p. 4o5.)

1550. roy, affin qu'aux despens du royaume il allast se faire coroner roy de Sicile ou de Naples, où il prétendoit droict. Aultres disoient qu41 nVvoit garde de fallir à ladite entreprinse , parcequ'il prétendoit par son voyage de faire son frère le cardinal de Lorraine pape de Rome , aux despens et au prix du sang des Françoys. Ce qui nadvint ne fut pensé de la part des deux grands seigneurs, lesdits connestable et de Guise, lesquelz portoient une si bonne caresse Tung à Faultre qu'ilz n eussent voulu en rien entreprendre Txmg sm* Taidtre , au désavantage de leur bien, honneur et vie; mais estoient gens hayneux des ungs et des aultres , qui mettoient telz propos en avant au desceu desdits seigneiu^s

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