‹ Memoires de Claude Haton (volume 3)Chapitre 26 sur 44 · MARLAGES DU DAUPHIN ET DE CLAUDE DE FRANCE. TRAITE DU CATEAUCAMBRÉSIS · texte numérisé non relu

MARLAGES DU DAUPHIN ET DE CLAUDE DE FRANCE. TRAITE DU CATEAUCAMBRÉSIS

L'an i558, après Pasques, le roy et son conseil délibérèrent des 155^. affaires de France, lesquelles avoient esté suspendues, principallcment touchant le faict des guerres, depuis le mois de mars, après laprinsede

* Charics-Quinl mourut au monaslèrc mains le 5 janvier i53i. Le jour de saint de Yuste, dans rEstnimadure, où il s'était Malhias (24 février 1558), les éleclcurs retiré, le 21 septembre 1 558, à l'âge de cin- assemblés à Francforl reç;urcut la démisquanichuit ans sept mois moins trois jours. siondcCbarles-Quint el élurent empereur

* Ferdinand, frère puîné de Charles- Ferdinand, auquel ils jurèrent fidélité le Quint, né en i5o3. fut élu roi des Ho- 1/4 mars suivant.

15r)8. Calaix, Gravelines*, el la conlé d'Oye auprès de Boullongne, et par la mort de l'empereur, en attendant rélectiond'ungaullre. Durant lequel temps, se rafreschirent 1(î camp et la gendarmerie fian^;oise dedans les villes (les fronllères de Piccardie, et princlpallement dedans celles qui estolenl les plus proches de la ville de Saint-Quentin, poiu' coupper el (Mnpescher les vivres à la garnison de l'empereur et des Bourguignons qui estoient dedans. Le roy, pour lors, avoit ung conseil fort sage el de peu de gens, mais de bon esprit, lesquelz estoient fort bien affectez à la républicque françoise, gens fort sages et secretz, qui estoient messieurs les cardinaux de Bourbon, arclievesque de Rouen, prince du sang royal; celuy de Lorraine, Charles, arclievesque de Rheims en Champagne, frère du seigneur de Guise; le roy de Navarre, Anthoine de Bourbon, prince du sang royal et frère dudit cardinal de Bourbon; mons. de Guise, lieutenant général de S. M. es pays de France; mons. Bertrandi, garde des sceaux de France, et mons. l(î marcschal de Saint-Andié, tous gens de mises et de grandes enlre])rinses. Mons. le connestable Anne de Monmorancy estoit encores prisonnier, connue aussi estoit nions, le mareschal de la Marche, appelle mons. de Scedan elde Bouillon, entre les mains des ennemys bourguignons et gens du feu empereur.

Mons. de Guise déclara au conseil susdit une nouvelle entreprinse qu'il brassoit et démenoit secrenement pour le prouffit du royaume, comme luy sembloit, et pour le grand dommage de l'ennemy empereur et ses Bourguignons, qui estoit de assiéger la ville de Thionvilie lez Mez en Lorraine, pour la prendre d'assault ou aultrement et la mettre en la main et obéissance du roy de France, comme il avoit faict celle de Calaix et aultres, au moys de janvier dernier. Et feit Teffecl de prendre laditte ville de Thionvilie assez facille, pour les intelligences qu'il dist avoir à quelque capitaine des ennemys de France, qui estoit des gens de l'empereur, qui autresfois avoit esté en

' C'est Guincs et non pas Gravelines par les François ^ Rouen, FI. Valenlin et qui lui prise alors par les Français. (\ov. R. Pelil, i[yb'j;c\hrQ$'m, Citron, de Flandre la Prinse de la ville et du chasteaa de Guiues ci d'Artois, fol. 70^1 r**.)

garnison en laditte ville de Thionville, par le moyen duquel il sçau- 1558. roit tousjours quelque secret de laditte ville el des endroictz les plus foibles pour la battre et l'assaillir, avec plusieurs aultres raisons qu'il donna audit conseil. Sur lesquelles fui résolu d'entreprendre le voyage, et pour le conduire fut donnée toute charge et commission audit seigneur de Guise. Ce seigneur, dès le moys de may, conmiença à se préparer, en faisant faire montre aux gens de guerre, tant de pied que de cheval, auxquelz fut donné argent toul promptement, pour mieux les encourager au travail de la guerre ; joinct aussi que lesdils gens de guerre avoient encores le cœur et courage haulsé de la prinse d«^ Calais et des aultres villes voisines et du hulin et pillages (ju'ils avoient faict en icelles.

L'attente des gens do guerre estoil, quand ils eurent nouvelles de faire montre et de se préparer à la guerre, que ce feust pour assiéger et reprendre la ville de Saint-Quentin, comme aussi s'y attendoieut les habitans d'icclle el les Bourguignons, ([iii estoient en garnison dedans. Lesquelz, ayans entendu par leurs espions que la gendarmerie françoise se voidoit rager, en advertirent le nouvel empereur Ferdinand d'Autriche, qui estoit assez empcsché à se faire couroner empereiu- et mettre ordre à ses aflbires avec le pape. Semblablement par (uix en fut adverty le roy d'Angleterre, Philippe d'Autriche, qui, parla mort de son père, Tempereur dernier décédé, estoit pareillement empesché à prendre possession des royaimies d'Espagne, de Naples, des conitcz de Flandre, d'Artois, de Hollande, de Frize, de Ilainault, de Bourgongne et aultres lieux à luy escheuz par le trespas de sondit père.

Combien que lesdits seigneurs, l'empereur nouveau et le roy d'Espagne et d'Angleterre, fussent empesché/ à leurs plus particulières aflaires à eux naguères advenues, si est-ce qu'ilz ne foirent la sourde oreille et ne faillirent à respondre on diligence, toutes aultres affaires délaissées, aux postes ou courriers qui leur donnoient advertissenjont des armes françoises ; et soudain les renvoyèrent aux capitaines et gouverneurs des places à eux appartenans, qui sont sur les frontières de Piccardie et de Flandres, pour avec grande vigilance les garder ei"

1558. empesclier les Françoys de ne les prendre; pour iesqueiz Françoys amuser eurent charge les Bourguignons qui estoienl sur lesdittes frontières de dresser ung camp voilant, en attendant qu'ilz empereur et roy d'Espagne eussent faict une levée d'ung gros camp pour leur aller en secours et faire teste aux Françoys.

Durant qiie les menées de guerre se préparoient de part et d'aultre, c'est-à-dire par les Françoys et Bourguignons, mons. de Guise ordonna certaines compagnies de cheval pour courir le pays de Piccardie apartenant à l'ennemy, et l'amuser à la piaffe, ce pendant qu'il de Guise faisoit cheminer les aidtres compagnies françoyses, tant de pied que de cheval, droict à Chaslons en Champagne, sans leur dire le mot du guet. Et s'émerveilloit-on grandement de l'assemhlée du camp des Françoys, que ledit sieur de Guise faisoit audit Chaslons, chose de quoy les ennemys ne purent estre advertis, pour cstre ledit Chaslons assez loing des frontières de Piccardie , et principallement de Sainct- Quentin, où lesdis ennemys s'attend oient d'estre assaillis, joinct aussy le camp voilant que ledit seigneur de Guise avoit là laissé pour amuser lesdis ennemis bourguignons. Après que le camp françoys fut dressé au delà de Chaslons , ledit seigneur de Guise le feit cheminer à grandes journées droict en Lorraine, affin de surprendre à l'improviste la cité de Thionville, sans toutesfois déclarer à personne son entreprinse, (ju'il vouloit faire contre laditte ville; mais trop bien, quand il approcha de la ville de Metz en Lorraine, pom- contenter les capitaines et grands seigneurs qui le suyvoient et avoicnt commandement au camp par son authorité, leur dist qu'ilz alloient pour ravitailler la ville de Metz et poiu' faire teste à l'empereur, qui avoit faict une grandissime levée d'Allemîms qu'il amenoit en France contre le roy et le royaume.

Fault noter que ledit seigneur faisoit faire à son camp six lieues par chascim jour, sans arrester dans un logis plus d'une nuict; pour lequel camp nourrir de toutes nécessitez, faisoit faire estappes de munitions, de pain, devin, de chairs, de foing et d'aveine largement, de trois lieues en trois lieues, affin que nul n'eust disette par les che-

rnins. Auxquelles munitions fut par luy mis taxe, alTin (pi'on ne les 1558. vendist à plus hault prix que laditle taxe, sous peine d'estre pendu et estranglé, avec commandement auxdilz gens de gucn'c de payer tout ce qu'ilz prendroient desdittes munitions au prix de laditte taxe, sous mesmes peines, estiml forl eslroitlement deftendu auxdilz gens de guerre de ne prendre aux maisons où ilz logeoient aiilcun bien sans le payer aux hostes et laboureurs desdittes maisons de gré à gré, ot pour ce ne greva aulcunement ledit camp le pays par où il passa.

Estant le camp anûvé à Tentour de Metz en Lorraine au commencement du moys de juing de ceste présente année, incontinent ledit seigneur le feit cheminer devant laditte ville de Thionville, déclarant à tout le camp que c'estoit là où il prétendoit de les eniploier pour le service du roy et Tutillité dv. la France, priant img chascun de s'y emploier aussi vertueusement qu'ils avoient faict à la prinse de Calais, leur promettant pareille récompense qu'ilz avoient eu audit Calais. qui seroit le pillage de la ville.

Or estoit la saison fort propre et le temps bien opportun pour fassiégement de laditte ville de Thionville*, pour la seicheresse qu'il faisoit, sans laquelle on eust eu plus de peine ou aultant que devant Calais, parce que laditte ville de Thionville est assise en ung pays marécageux, scituée sur la rivière de Moselle, qui passe ii Metz. Qui fut cause que le roy ne la peut avoir quand il print la ville de Metz, pour ce que lors la seicheresse et la saison n'estoient si commodes

' «Siège cl prinse de Thionviite. mise en Tobéissance du roy par M' le duc de Guise, conlciianl au long le discours de iMttcries, Irenchées, saillies, escarmouches el assaultz faitz par chacun jour, tant d'une

part que d'aullre, durant ledil siège

ensemble les capitulations faictes par ledit seigneur à ceulxdela ville. » (Paris, R. Bal lard, i558, Archiv. curifmscs de l'hist. de France , i '* série , I . III , p. uG i . ) — « Bref discours de la prinse de la ville de Thionville, mise en l'obéissance du roy par le

s'de Guise. » (Paris, Rob.Estienne, i r>58.) — <• Articles de la capitulation convenue entre M. le duc de Guise el le sieur de Caderebe, gx^uverneur de Thionville, et les capitaines pré^ens d'autre pari, pour la reddition de celle ville.» i558, juin U2. (Mém. jouni. du duc de Guise. 1558, coll. Michaud , i" série , t. VI , p. 4 a 6.) — \ oy. aussi, dans la même colleclion, le récit du siège de Thionville par le maréchal de Vieillevillc (t. I.\, T* série, p. 257). el par Monlluc (t. VII, i"série, p. i88à j(j8).

68 MÉiMOIRES

1558 que maintenant. Tout à l'instant furent faictcs les approches par les castadoiirs et pionniers qu'on avoit levé es élections de Sens, d'Auxerre, de Nemours, d'Orléans, de Troye et Chaslons en Champagne, assez loing des frontières, affin que l'ennemy n'en fust adverty. Les approches faictes, le camp se planta devant laditte ville, et n'eurent ceux de dedans plus grand loisir que de fermer leurs portes, lesquelz se trouvèrent bien estonnez d'une venue si soudaine, sans en avoir esté advcrtis. Quand ils eurent fermé leursdittes portes, leur sembloit qu'ilz estoicnt à saulveté et que le camp seroit conlrainct de desloger de devant, disans leur ville estre imprenable, se confortans sur ce que le roy les avoit jà assiégez imc fois sans les avoir sceu prendre, estimans qu'ainsi adviendroit-il à cestc fois. Mais, quand ils veirent l'artillerie placée et donner contre les murailles de laditte ville aux lieux les plus foibles d'icelle, commencèrent à s'espouvanter; toutesfois, en ujontrant la meilleure contenance qu'il leur estoit possible, faisoicnt mines de ne rien craindre et de n'avoir peur de l'assiègement d'icelle, ni des Françoys qui estoicnt devant, lesquelz à haulte voix ilz injurioient et le seigneur de Guise mcsme qui les avoit faict sommer de rendre laditte ville au roy, ainsi comme font gens de gxierre qui sont de party contraire.

L'artillerie donna fort vivement contre les murailles de laditte ville, et en telle façon qu'elle, au bout de trois jours, abattit grande longueur et largeur des murailles d'icelle, sans le donimage qu'elle faisoit aux haultes maisons et édifices de dedans. La grande batterie de laditte artillerie fut les 22, 23 et 2 4*^ jours du moys de juing, surveille, veille et jour de mons. S* Jehan-Baptiste; le son et bruict de laquelle artillerie estoit ouy de la ville de Provins et des environs comme le bruict d'un tonerre par lesditz trois jours et principallcment sur le soir et le matin, n)ieux que de plain jour, lilt estoit le peuple de ce pays esbay d'ouyr ce bruit si continuel. La bresche faicte en suffisance, fut donné Fassaull par plusieurs fois et par divers endroictz de laditte ville, qui tailla beaucoup de besongne à ceux de dedans, les- (juelz soustindrent lesditz assanlz et se deffendirent fort vertueuse-

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ment, avec grande perte d'hommes de part et d'aultre. Toutesfois, 1558. à la fin lesditz de dedans furent contraincz de quitter la place audit seigneur de Guise et de se rendre à sa miséricorde, sans aultre capitulation ni conditions; lequel seigneur les gouverna fort humainement quant à leurs personnes, veu les injures atroces quilz avoient dict à son excellence. La plus grande injure qu ilz pcnsoicnt faire et dire audit seigneur estoit de l'appeler le grand boucher de France. Or luy avoit esté donné ce nom par les Bourguignons, et principallement par l'empereur dernier décédé, depuis les guerres do la prinsc de Metz en Lorraine, qui fut en l'an 1007, auxquelles guerres commença à entrer en renommée d'ung grand guerrier ledit seigneur de Guise. Lequel, eu icellcs guerres fut si heureux que jamais ne put estre arresté en halaille ni rencontre quelle qu'elle fust, encores que les ennemys taschassent à luy faire plus de dcsplaisir qu'à tous les aultres guerriers qui fussent au camp du roy, depuis qu'on eut veu les premiers exploictz de guerre dudit seigneur, et ne se trouvoit jamais si grand carnage d'ennemys aux batailles et renconlres que les Françoys et Bourguignons faisoient les ungs contre les aultres que es quartiers et escadrons dudit seigneur de Guise; et combien que quelques fois luy-mesme feust si bien frotté en sa personne, comme il fut à la journée de Renty, si est-ce que tousjours demeuroit le vainqueur sur le champ, perdant peu de ses gens et beaucoup abattant d'ennemys mors en la place ; et pour ceste raison fut nommé en mocquerie . de l'empereur et ses Bourguignons, le grand boucher de France.

Combien que les gens de guerre, et habitans de laditte ville se fussent par force et malgré eux rendus à la miséricorde dudit seigneur, si est-ce que ledit seigneur voulut tenir promesse aux gens de guerre françoys de son camp, pour touvsjours les mieux encourager à faire service au roy ; il leur abandonna le pillage de la ville pour vingt-quatre heures seuUement, pour les réquipper de toutes leurs nécessitez. La vioUence des filles et femmes leur fut par luy estroictement defl'endue sous peine de la vie; de quoy fut grandement loué ledit seigneur et beaucoup aymé des habitans de laditte ville, lesquel/

i ^iô^» plus voluntiers bailloienl aux gens d'armes françoys or et argent en suffisance , qu ilz n'eussent faict si le vioUement eust esté permis.

Les gens de guerre et habitans de laditte ville qui ne voulurent jurer la foy au roy furent mis hors d'icelle, ung baston blanc en la main, sans leur faire aullre mal, et les feit ledit seigneur conduire la pari qu'ils voulurent aller pour se mettre en saulveté de leur vie et hors du danger des gens d'armes françoys.

Après que laditte ville fut prinse, incontinent en fut adverty le roy, cjui estoit à Paris, lequel en fut bien aultant rcsjouy que l'empereur et le roy d'Angleterre et d'Espagne en furent marris. Lesquelz en re- ('eurent aussi tost les nouvelles que le roy de France, et si n'a voient pour lors aulcun moyen de l'aller reprendre, ni d'endomager le roy ni le royaume en aultre part, pour estre leurs forces disjoinctes par la mort du feu empereur et pour les nouvelles affaires qui leur estoient survenues. Parquoy tout incontinent envoyèrent ung ambassadeur au roy pour le prier d'accorder trêves pour quelque temps, pour veoir s'il y auroit poinct de moyen de trouver et faire une bonne paix les ungs avec les aultres. Mons. le connestable, qui estoit encores prisonnier entre les mains des ennemys, se travailloit à son pouvoir de les induire par lettres à demander laditte trêve, et pareillement le roy de la donner ^ et avoit jà faict une ouverture de paix de part et d'aultre; mais les affaires pour lors estoient si mal disposées, qu'on n'y povoit encores advenir, et les articles qu'il envoya au roy, pour sçavoir de S. M. s'il les présenteroit aux ennemys, sembloient estre au désavantage du royaume , et n'en feit-on pas grand compte , veu le grand avantage que le roy et le royaume avoient sur lesdis ennemys. Et estoit ledit seigneur connestable en fort maulvaise réputation par la France a cause de sa prinse, et l'estimoit-on avoir esté et encores estre traître au roy et au royaume. Toutesfois, on n'en

' Voy. sur les efforts du connôlablc et du camp d'Amiens, i" septembre i558.

<\n maréchal de Sainl-André en faveur de (Bibl. imp. collecl. Fonlettc, carton xxnr,

la paix, une lettre de M. de TAubespine à n* lAi.) Madame , sœur du roi , duchesse de Berry,

DE CLAUDE IIATON.

porivoil mal tllrti au roy, pour ce qu'il l'aymott graudemuai. La tiâfvt: fut par le roy accoitlée pour uog temps', durant lequel fui baîUé congé à paitJe de sod conip , et l'aultre mise es garnisons sur les frontières dti toutes par-t. Mous, de Guise se rctii-a à la court, après qu'il east mis bon ordre aux villes de Lorruine, où il fut rerou à graud honneur.

Durant la trefve et par tout le reste de l'eslé, Jt la court du roy t-t par la France, ne se parloit que de lestes, jeux et mariages, estant les vi>Te» à vil pris, qui CJitoit cause de faire continuer le peuple de France de tous estalz dan» son desTeiglement et d'augmenter la corruption des bonnes mœurs, dominant l'orgueil aux plus humbles plus que de raison. La majesté royallc de Franc*; célébra les nopces de sa liUe aisnée, dame Claude de Valoys, avec mon», le duc de Lorraine'. comme aussi les nopces de mons. le daulpliin de France avec madame Marie, roync d'Escossç*. Le bancquct nuptial fut iaicl à raris", dedans b grande salle du Palais, les bancs de laquelle furent ostea et porlei aux Augustins de Paris, et les gens de justice U envoyés pour plaider, en attendant que ledit bancquet feust faict; et estois pour lors i la court du roy à les veoir porter. Eschaufaux furent moul

' Voy. sur celle trêve, ()ui fut signée le i7i>ct.,dcTliou, Hàt. univenelte, liv. W. (lUiidc du Pronco, «cptième fille de Henri II, iitiu à FanUtinelileuit au uioia de novembre 1 54?. épousa , le 5 fôvrier 1 558. Charlvs II, duc de. Lorrnine; clk mourut l« 30 février it>-jf).

* JLe mariage du dauphin Fruii^uiiavw:

Unriu Stunrt eul lieu le aà avril i558. Vnjrei : Discours du grand et magnifîqiiB Uîumjil)<! fiiict iiu niaringd de très noblfl et ou^iiifi({ue princ^v FraD^oi» de Vnilui.i, roy diuplÛQ. OU uisoé du irt-s clircsUeii niy de FmDoe Henry II' du nom. el de tri» hflitlic cl vertueuse princesse imdamo Marie (l'E«lr«Dnrt, roinc d'Écosso. • (Paris, AoDBl-Driérv . ilt^B. Archives c

i'hUt. lie France, t" s^He, I. III. p. aâg: FtiHùen, Ilitt de Paris, t II, p. ioG3.<!t preuv. p-arl. II, p. 788; le» registre» du parlement de Paris, dans le ménuiire 1I4S M. Tailiandicr cilé plus haut, p. àb2; el une lettre de Henri II aux gens du* troix États du royaume d'Ecosse, du 3o iiclobre i557 Bihlitith. imp, 398. miasioiu étraiigères, 173.)

' L'auteur avoue ici que ses souvenir»

ituiil fort (runfus; il ne sait si le muriagcdu dui^ ùe. L-orrainc fut célébré avant ou après celui du duupLin, uu si tous deux eureol lieu A la mCmc époi^ue. Ccpeadanl les déiniia qu'il donnes» rapportent, à n'onjMitDl douter, nu mariago d<: Claude àv France Cl de Chnrie:) de Lurrainu.

J 55'S. sumptueuscment et richement dressez dedans ladittc grande salle du Palais, pcinctz et diapprez au possible de diverses couUeiirs, avec plusieurs statues et médalles de toutes sortes et de tout sexe, tant (les corps célestes que terrestres. Entre lesquelz cstoit faict fort richement ung soleil fiché dedans ung firmament représentant le ciel composé d'escarboucles , émerauldcs, saphirs, rubis et aultrcs pierres précieuses, rendant clarté par toute la salle, qui estoit une chose magnificque à veoir et de grande admiration, et y fut par toute la journée dudit bancquet veu à descouvert.

Le mariage susdit fut célébré dedans Téglisc de N.-D. de Paris par mons. le cardinal de Trivouice, légat en France. Les rues, depuis l'église N.-D. jusques au Palais, estoient toutes pavées de drap, c'est-à-dire celles par où il falloit que le roy, les princes, royncs et princesses passassent avec leur suitte, ensemble les ambassadeurs (le tous pays cstrangcrs, comme de l'Empire, d'Espagne, de Uome, d'Es(^ossc, d'Angleterre, de Savoye, d'Allemagne, d(» Suisse, de Dannemarc et de Portugal. Tous lesquelz ambassadeurs estoient venuz de la part des majestez et excellences des princes, roys et potentatz des pays susditz, pour cercher le moyen de faire une paix entre eux et le roy de France. Le roy de France estoit pour lors plus redoubtc et craint que nul aultre prince des chresliens, mesmcs du Grand Turc, ennemy d'iceux chresliens, car pour lors il estoit tenu invulnérable.

Je ne poiurois pas bien dire toutes les magnificences et pompes mondaines qui furent faictes auxdittes nopces et triomphante assemblée, tant en la diversité des habillemens, ordre de cheminer, que aultres cérémonies qui y furent faictes; mais bien dirai une chose digne d'estre louée, qui fut faicte par le roy, veu sa grandeur et dignité, qui fut telle que luy-mesme en sa personne, pourFhonneur des ambassadeurs, princes, roys et potenlatz qui les avoient envoyez vers S. M., au disner voulut servir de maistre d'hostel qu'on appelle grand-maistre , et de ses propres mains asseoir les platz et viandes sur l(\s tables, et luy-mesme feit l'essay des viandes qu'il apposa de-

vant lesditz ambassadeurs, qui estoienl tous à une table aultant riche- 1558. ment apprestée que faire se peut. Duquel service et humilité royalle lesditz ambassadeurs s'esbaïrent tellement qu'ilz jugèrent qu au reste du monde n'y avoit ung prince clirestien plus doulx, gracieux et amiable que cestuy roy de Franco; et leur cœur fut tellement joinct avec celuy du roy, qu'ilz résolurent tous après le disné, estant assemblez ensemble, de ne jamais cesser chascun d'eux envers leurs seigneurs et maistres, qu'ilz ne les eussent inclinez à faire la paix avec luy. Mons. de Guise servoit d'eschanson, le roy de Navarre d'escuyer tranchant, et plusieurs aultres princes de France estoient emploiez au service du bancquet.

Madame de Lorraine \ mère de mous, le duc de [-.orraine, n'estoit présente au bancquet des nopccs de son fdz; mais y csloient ses ambassadeurs, qui furent traittez royalleniont et à leur contentement, de quoy, après leur rapport, se contenta plus que si elle y eust esté. Pour remercier le roy de ce traitement et de fhonneur que Sa Majesté leur avoit faict en donnant sa fille eu mariage audit duc son fils, ensemble de luy avoir rendu toute liberté et la jouissance de son pays de Lorraine , elle , en propre persomie , alla en France trouver le roy; et pour le récompenser, tant de la nourriture de sondit filz que de la despense que ses officiers avoient faict depuis qu'il estoit entre les mains de laditte majesté et en France, jusqucs à présent, qui estoient six ans et plus, laditte dame luy présenta toutes ses finances, lesquelles elle déclara n'estre suffisantes pour le payement de la moytié de son entretainement. Ladite dame fut bien reçue et royallemenl festoyée par S. M., au contentement d'elle et de sondit filz mons. le duc. Elle cognut bien que le roy ne s'estoit saisy de la personne de sondit filz pour luy faire domage, ni à elle aussy, comme avoient dictle feu empereur et aultres princes estrangers; mais que ç'avoit esté pour les honorer et conserver leurs personnes, biens et pays. Dès

* Chrétienne de Danemarck, veuve de duc de Milan, lille de Christian II, roi d« François , duc de Lorraine et de Bar, veuve Danemarck , et d'Elisabeth d'Autriche. en premières noces de François Sforce,

1558. longtemps et auparavant ledit mariage ^ sa majesté avoit donné audit duc une compagnie de cinquante lances entretenues aux despens du royaume, portans la livrée de France et de Lorraine; davantage, laditte majesté luy avoit donné des archers pour la garde de son corps, portant pareille livrée, avec les hocquetons ai^entés.

Les princes estrangers furent bien trompez en leur jugement et oppinion touchant ledit duc et le roy de France ; car ilz avoient tous ceste oppinion que le roy feroit ung maulvais tour audit duc , qui seroit de le tenir prisonnier toute sa vie , et après sa mort de s'emparer du duché de Lorraine pour l'annexer à la couronne de France , comme jadis on a annexé le duché de Bourgongne; chose à quoy jamais ne pensa le roy, mais l'a hbrement rendu entre les mains de sa mère, avec une belle et honeste dame princesse pour sa femme, et une grande finance de deniers pour entretenir sa grandeur et faire largesse aux princes et seigneurs de son pays de Lorraine à son heureux retour, qui fut avec sa mère, quant elle eut demeuré en France et k la court du roy aultant qu'il luy pleut d'y séjourner.

Diverses diflicullés retardent la conclusion de la paix. — Prétentions exagérées des princes étrangers ; elles sont repoussées par Henri U. — Mort de la reine d'Angleterre pendant les négociations ^ — Un traité est signé au Cateau-Cambrésis-.

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