GUERRE DES CHRÉTIENS CONTRE LES TURCS. SUPERSTITIONS. INCENDIES
Le commencement de Vannée manque dans le manuscrit
Ordonûance sur la justice, donnée à Moulins au mois de février i566. (Il n'en reste que les derniers articles^.)
Déclaration et interprétation des ordonnances d'Orléans et de Moulins, faites d'après les remontrances du parlement de Paris, lo juillet i566^.
Seconde déclaration sur l'ordonnance de Moulins, motivée par de nouvelles remontrances du parlement, ii décembre i566^.
Edit du roi portant défense de manger de la viande en carême, les vendredis et autres jours défendus par l'église romaine *.
Des protestants de Provins, assemblés dans la maison de l'un d'eux, un cer-
' Isambert, liée, des anc, lois françaises, * Lettres patentes qui défendent d*ex-
t. XIV, p. 189. poser en vente de la viande pendanl le ca-
* Id. ihid, p. 21 3. rême, et d'en manger, sinon en cas de
* Néron, Édits et ordonnances des rois de maladie. i565, 3 février. (V. Delamarre, France (1720, 2 vol.), 1. 1, p. Ag^. Traité de la police, liv. II, lit. IX. c. 1.)
1566. tain jour de carême, sont dénoncés par leurs voisins comme faisant rôtir, pour le souper, un agneau el des chapons. Le baiili et le procureur du roi se transportent dans la maison, puis se retirent sans avoir instrumenté, au grand mécontentement des catholiques.
Le prince de Condé, après avoir assisté au conseil du roi, à Moulins, se rend à sa maison de Valéry, et de là , en passant par Provins, dans son gouvernement de Picardie, pour faire cesser les séditions qui s'y étaient élevées entre les catholiques et les protestants.
Au mois d'apvril, première sepmaine devant roclave de la fesle de Pasques, le roy arriva en la ville de Sens, où il ne s'arresta que une nuict; de Sens, pour aller coucher en la ville de Bray-sur-Seine, il print son chemin par Sargines, où il disna au logis du curé dudit
lieu nommé maistre Deninat, chanoine du depuis de Téglise de
Sens, lequel présenta à sa majesté du vin de sa maison el creu dudit Sargines, qui par laditte majesté fut trouvé fort bon, et n'en fut poinct beu d'aultre à son disnor et celuy de son train que de celuy dudit curé. Le roy se cognoissoil fort bien en vin et savoit bien juger quand il estoit bon, et si de soy en beuvoit fort peu ou poinct, pour l'imperfection qu'il cognoissoit en sa personne. Il estoit fort colère et cruel en icelle à frapper, battre ou tuer à cœur jeun, et encores davantage après son repas, quand il avoit beu du vin; pour de laquelle cruaidté se garder, ne vouloit user de vin pour son boire, ains se faisoit composer ung breuvage d'eaue sucrée au lieu de vin. Touteffois gousta à son disnor du vin dudit curé de Sargines, qu'il et ses gens trouvèrent fort bon. Après son disner et avant que monter à cheval, se proumena es environs le logis dudit curé, et, cheminant en sa court, ouyt crier des petis couchons en ime seu à porcz, dont luy print volunté de les veoir, et pour ce faire feit ouvrir la seu, et en icelle trouva lesditz couchons qui allaictoient la truye leur mère , où sa majesté print grant plaisir à les veoir, et, comme toute jeunesse, tant des personnes que des animaux, est délectable à l'homme plus que les adultes, sa majesté print ung desditz couchons en ses mains pour le manier. Au cry duquel couchon, se leva la truye qui, en sa fureur, sortit hors de son toict et seu quelle trouva ouverte, et se
jelta au roy qui nianioit son couchon, lequel se trouva si cmpesché à se deffendre de laditte truye qu'il n'eût aullre loysir que de jetter par terre le couchon et de tirer l'espée d'ung des pages qui le suyyoient pour en frapper au travers du corps d'icelle truye, qu'il lua estant en sa colère, ce qu'il n'eust faict sans estre blessé d'elle, s'il eust esté seul; mais, estant secouru, fut délivré de la fureur d'icellc truye, sans avoir mal. Il commanda au partir qu'on la payasl au curé avec toute la despence qu'il avoit faicte en sa maison ^ Dudit Sarglnes, il print son chemin au village de Noyen-sur-Seine, pour aller visiter le chasteau dudit lieu, apartenant à mons. de Carnavalet, ung de ses escuyers de cheval, et visiter l'escurie de ses chevaux qu'on nourrissoit audit lieu. Il n'aresta poinct audit Noyen ; mais, ayant tout soudainement regardé le lieu et ses chevaux, alla descendre en la ville de Bray, où son repos s'apprestoit pour la nuict. Au lendemain, sur les neuf heures, s'en partit après avoir ouy la messe, et, sans manger, monta en son coche et s'en alla disner au bourg de Mons en Montois, lez Donnemarie, où il séjourna jusques au lendemain matin sur les dix heures. Il estoit accompagné de la royne sa mère, de mons. le duc d'Anjou son frère, de mons. le connestable, qui l'avoient suyvy continuellement en son voyage. Et n'estoit pour lors sa suitte guères plus grosse que celle de mons. le prince de Condé, qui avoit passé par ledit Bray pour aller en Piccardie, n'y avoit qu'environ six sepmaines. Les sieurs admirai et d'Andelot estoient avec S. M. audit Bray et Mons en Montois, comme aussi estoit le cardinal de ChastilloD , leur frère.
' Ce combat de Charles IX contre une truie rappelle celui que son aïeul François I" livra au château d'Amboise contre un sanglier furieux. (Voy. le récit de cette aventure par Nicole Sala, que M. J. Quicherat a publié dans la Biblioth. de TÉcole des chartes , t. Il, p. aSa.) — Charles IX, à la chasse, éventrait de ses propres mains les animaux blessés; il coupait le cou aux nnes qui se
trouvaient sur son passage, tuait des pourceaux et faisait étrangler par ses lévriers les vaches et ]es mulets. On trouve dans ses comptes de dépenses (Archives curieuses de l'histoire de France, t. VIII, p. 355 et suiv.) diverses indemnités données à des propriétaires pour des faits de ce genre. Voy. aussi Hist. de Charles IX, par Papire Masson. {Ibid, p. 3iia.)
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DK CLAL'DE HATON. kO'A
ilescllircTent lesditz livres de cathéchisnie et psalmci», et jeltèrent les 1566. feuîUetz au visage Tung de Tautre, en disant : « \ ous ne vous cognoissez à faire du huguenot etprédicani, je les sçai mieux faire que vous. « - «- Et nioy que vous , »» dist le roy ; et couranl Tung après fauitre, jettant tousjours les feuilletz au dos l'ung de Taultrc, le roy apperceut le sieur d'Andelot, frère de Tadmiral, qui estoit parmy les gentilzhommes qui les regardoient, et dist à mons. le duc : « Mon frère, demandez à mons. dWndelot que voylà si je sçai pas mieux faire le prédicant et huguenot que vous? » Et fm^ent ces faicts et dictz l'esbaltement de ces deux princes, au lieu de Mons en Montois, une partie de la journée, au mal-contentement des sieurs admirai, d'Andelot et des aultres huguenotz qui estoient présens à les veir et escouter.
De Mons le roy s'en alla au giste à Nangis, où il passa une journée, et de Nangis, se retira à Fontenay et à Monceaux en Brie lez Meaux, et de là se retira à S*-Maur lez Paris, avant qu'entrer en laditte ville de Paris, donnant ordre aux aflaires de France, et faisant entretenir ses édictz, et principallement Tédict de pacification d'entie les catholicques et huguenotz héréticques. Et nonobstant que S. M. feust dévottc et catholicque, si est-ce qu'il sembioit mieux favoriser les huguenotz que les catholicques; qui fut cause que le peuple catholicque détractoit de luy, ne sçachant son intention, ni à quelle fin il tendoit. Il se travalUoit fort à réconcilier les princes de Bourbon avec ceux de Guise, comme aussi tous seigneurs qui estoient en discort pour avoir tenu divers partys.
Charles IX renouvelle la publication de ses édits sur le port des armes à feu ^ Il rend une ordonnance pour défendre le port des dagues et poignards. — Les gens des villages et du plat pays jouissent cette année d'un certain repos: cependant, dans les lieux où il y avait des protestants, ceux-ci, par leur arrogance, leurs injures et leurs blasphèmes, font naître des disputes t»t des séditions.
Advint en ceste année, quinze jours après Pasques, au jour du
* Déclaration pour la pacification du de corps et de biens, et de jurer le nom royaume, réitérant la défense du port de Dieu. Moulins, 12 février 1 566. (Fond'armes à feu, sous peine de conûscation lonon, t. I, p. 65^.)
1566. dimanche de Misericordia, auquel de toute ancienneté se faict en la ville de Provins procession généralle par les cathollcques , en Téglise de N. D. du Chasleau, une petite sédition entre les liuguenotz de la ville et les enfans des catholicques d'icelle ville allant à laditte procession. Et advint ce par l'audace desditz huguenotz liéréticques; lesquelz, pour dcspiter les catholicques et les attirer à sédition, partirent contre leur coustume dès huict heures du matin, pour aller tous ensemble à leur presche à Morant, et avec leur audace, tous Tespée à la cincturc, passèrent orgueilleusement parmy les catholicques, en chantant leurs chansons maroticques qu'ilz appeloient leurs psalmcs, en se mocquant de l'assemblée desditz catholicques et de leur procession; chose qui moult despleut à tous lesditz catholicques, qui estoient bien en nombre de mil à quinze cens hommes, et lesditz huguenotz n'estoient pas plus de cinquante, en hommes et femmes. Les catholicques furent empeschez de se ruer sur lesditz huguenotz les ungs par les aultres; car les plus paisibles empeschoient les plus fervens de se jetter sur lesditz huguenotz; et pour ce passèrent iceux huguenotz à travers de la turbe sans trouver empeschement, sinon au rang des enfans, qui cheminoient devant les prebstres à laditte procession. Lesquelz enfans, nestans sages comme les hommes, ne purent porter en patience l'arrogance et injures d'iceux huguenotz, contre lesquelz se bandèrent à leur rendre injure pour injure, criant les ungs après les aultres. Dont advint qu'ilz huguenotz insolens frappèrent aulcuns dosditz enfans catholicques, qui fut la cause de la sédition. Car tous lesditz enfans, voyant ce, se ruèrent à coups de pierre et de boue après lesditz huguenotz, ausquelz donnèrent la chasse, et leur eussent faict beaucoup de mal, sans les hommes catholicques , qui les retirèrent. Iceux huguenotz , indignez d'avoir esté battus, mocquez et chassez par les enfans, ayans grand regret que ce n'estoient les pères d'iceux, informèrent contre lesditz enfans qu ilz cognurcnt, et vouloient que les pères respondissent pour eux et qu'ilz fussent condempnez à souffrir corporellement les peines portées par les édictz , et à ce tendoit de les
DE CLAUDE HATON. ûOf)
condempner le bailly de Provins, fauteur desditz luiguenoiz, avec le 15()(). procureur du roy de ladlite ville, en faulte de les représenter. De la sentence duquel se portèrent appelant lesditz pères; lesquelz feirent destoumer leurs enfans, et les envoyèrent demeurer à Paris, où ilz furent jusques à la reprinse des troubles. De ceux qui s'y trouvèrent empeschez fut Jehan Roy, marchant , bourgeois dudit Provins, bon catholicque, pour ses trois enfans qui se trouvèrent à la meslée des plus avant; mais à la fm n'y eut que les huguenotz de mocquez, car ledit Jehan Roy appella du tout, tant pour Iny que pour ses enfans et aultres, à la court de parlement de Paris, où demeura le tout pendu à la perche.
Au conseil du roy y avoit division, parce que ledit conseil estoit composé d'hommes de diverses religions. Chascun prince et seigneur y deffendoil le party de la religion qu'il tenoit, en excusant la faulte qui estoit provenue par ceux de sa religion, en demandant l'absolution pour iceux et en taschant de faire condemner les aultres comme séditieux; et se trouvoit le roy bien empesché pour veoir à qui des deux partis il feroit plaisir. Quand il favorisoit le parti des princes catholicques, de ce moult estoient indignez les princes héréticques contre les catholicques; et souvent lesditz princes et seigneurs de France, en desdignance les imgs des aultres, s'absentoient de la court du roy et de son conseil et se retiroient en leurs maisons pour ung temps, jusques à ce qu'ilz fussent sollicitez du roy ou aultres pour retourner à sa court et en son conseil. Et tout aussitost que les ungs estoient arrivez à laditte court, les aultres de party et religion contraire s'en alloient et se retiroient pour faire place aux noveaux arrivez; et sembla quasi par toute cette année icy et partie de Taultre que les princes de la court du roy jouassent au boulehors.
Les protestants étaient soutenus au conseil du roi , en Tabsence du prince de Gondé et des Chàtiilons, par la reine mère et le connétable, bien que celui-ci ne fût pas hérétique.
Ils se plaignent au conseil (fétre tenus éloignés par les catholiques des asseni-
/iCf) MÉiMOIllES
]5f)() bliîes délibiTantc.'s et privés de toute espèce de chai-gcs municipales; ils demandent au roi de faire cesser cet état de choses. Charles IX rend un édit portant que les hérétiques ne pourront remplir les fonctions publiques des villes, mais quUls auront entrée aux assenil)lées électorales et droit d'y voter.
Mécontentement des chefs protestants. Ils quittent la cour : le prince de Condé se relire à Valery-lès-Sens , Coligny à Chàtillon-sur-Loing, d*Andelot à Tanlay, près Saint-Florentin, où il faisait bâtir en se servant des matériaux du couvent de cf» lieu, qu'il avait. détruit.
I /amiral, /<' plus subtil et cauteleux de tous, reste en fçrande faveur auprès de (Iharles 1\, qui, sachant que lui seul empêchait le prince de Condé de quitter le protestantisme, tâchait de le gagnera — Colign> se sert de son influence sur le roi pour lui persuader que les levées extraordinaires faites par le roi d'Espagne, sous prétexte de soumettre les Flamands révoltés, avaient pour but final do porter la guerre en France par la Picardie, et qu'il fallait opérer des levées st^mblables et mettre de fortes garnisons sur les frontières de Picardie et de Bourgogne. Il voulait ainsi, ou amener une guerre entre les rois de France et d'Fspagne, ou se faire nomm(»r commandant des levées. Suivant son conseil, Charles 1\ lève des troupes et place des garnisons dans les villes frontières; mais il donne le conmiaiidement de l'armée au maréchal Strozzi, contrairement aux espérances de l'amiral, cjui se retire à Châtillon. — L'ambassadeur d*Espagne se plaint des levées du roi de France, qui en rejette la faute sur les rapports faits par Coligny.
Coligny et le i)rince de Condé sollicitent le secours des étrangers. Le comte palatin du Rhin s'engage à leur fournir des troupes, moyennant aident.
Les protestants, assurés de l'aide des Allemands, relèvent les cornes, provoquent les catholiques, les excitent aux séditions, s'emparent des biens des ecclésiastiques et chassent les curés de leurs bénéfices, en disant : « qu'avant qu'il fust un an passé on verroit bien aullre chose, et que heureux seroit celuy en France qui auroit esté huguenot des premiers. »• — M. de Saint-Simon chasse M. de Maisoncelles , curt* deBauch(Ty, met à sa place, pour chanter la messe, un méchant prêtre huguenot, et prend les revenus de la cure; M. de Primsault usurpe les terres de l'église de Bauchery. — Le curé et les prêtres de Saint -Fergel- lez Nogent sont battus et mis hors de leurs maisons par M. de Besancourt, qui s'empare de leurs revenus et héritages. — M. de Mailleton saisit le revenu de la cure de Jouy-le-Chatel , et installe de force dans ce bourg un prêtre de son choix. — Le seigneur d'Esternaylès-Sezanne persécute les prêtres de ce village et de celui de la Motte, fait faire
' «< Arrêt d'innocence de M. fadmiral de Chastillon. 1 5G6 , 29 janvier. » (Dubouchel , Preuves de V histoire de la maison de Coligny, p. 54a.)
DE CLAUDE HATON. 'jOT
le prêche dans les églises catholiques et tenir école de religion réiormée dans 156().
les presbytères, en forçant les enfants à assister aux lerfhs. Le curé d'Esleruay
se fait rendre les revenus de son église. — M'"'' de la Motte , qui , à plus de soixante
et dix ans, avait embrassé la réforme à la sollicitation de son fils, de sa belle-lille
et des prédicants qui les entouraient, reste attachée de cœur au catholicisme. Elle
fait relâcher un cordelier que les serviteurs de son (ils avaient battu et enferme.
Sollicitée par M. de Bazerne, son gendre, de rentrer dans la foi catholique,
elle en est détournée par M"*** d*Esternay et les prédicants. Elle meurt à plus de
quatre-vingts ans, sans qu'on ait voulu accéder h sa deniande dVtre assisti'C par
un prêtre. Son fds la fait enterrer dans Téglise de la Motte, dans un(; chapelle
que son mari Louis Raguier et elle avaient élevée.
Fault noter que, la portant audit tombeau, une dilUcultê fut mise en avant par aulcuns des huguenotz qui Taccompagnoient, sans en parler audit sieur d'Esternay, disant s'ilz debvoienl entrer dans le temple des papistes , dans lequel ilz entendoient qu'elle debvoit estre enterrée, veu cju'ilz de leur religion réformée avoient en horreur les temples des papistes, qu'ilz appeloient la BabiUonne it\ ydoUUrie , et qu'ilz avoient faict le serment, en faisant profession de leur ré- Formée religion, de n'y jamais entrer pour quelque occasion que ce fust, aultre que pour les ruyner et entièrement démolir; que, pour ces causes, s'ilz entroient audit temple sans le ruyner et démolir, ce seroit faire contre leur serment et conscience, et que de le démolir ou y gaster quelque chose pour lors, seroit faire contre les édictz du roy, et aussi fascher le sieur d'Estemay, qui ne les avoit mandez à ces fins. Durant ceste dispute familière les ungs aux auUres, arrivèrent à la porte de l'église dudit lieu de la Motte, oii tous s'arrestèrcnt poiumettre ce doubtc en délibération. Ce que voyant, ledit sieur d'Esternay n'attendit que la question fust par nul d'eux mise en avant, ains, pour y mettre fin, luy-mesme dist à toute l'assemblée ce qui s'ensuit :
• MM. je sçai qu'en nostre religion nous avons en hayne et horreur les temples des papistes, comme chose maulvalse et pernicieuse, et que, pour ces causes, vous faictes ou pourrez faire difficulté d'entrer en celuy-cy, chose de quoy ne vous requiers. Mais, d'aultant que ma mère en son vivant a tousjoius eu ceste volunlé dy estre inhumée et
1560. enterrée, je ne la puis frustrer de son voloir. Dire que je nentie pas pour le présent après elle, pour veoir où et comment on Tensépulturera, me semble estre chose trop inhumaine, et ne me puis garder d'y entrer, pour n'en perdre la mémoire toute ma vie. Partant, vous me pardonnerez et ne me tiendrez pour soullié et immonde si je y entre. »• Kt en disant ces parolles, entra en FcgHsc, comme aussi fit le prédicant qui l'inhumoit; lequel, après que le corps fut posé près du tombeau, et avant que le descendre dedans la fosse, frappa par trois fois du pied contre le cercueil ou bière où il estoit, en disant telz motz : « Dors, Charlotte, dors, jusques à ce que le Seigneur te réveille 1 » Et dist telles parolles par trois fois, puis le feit dévaller en la fosse. Laditte dame s'appcUoit Charlotte de Tinteville. Après qu'elle fut enterrée et son corps couvert, ilz prédicant et d'Esternay sortirent hors de Téglise, soubz le portail et dans le cymetière de laquelle estoient attendans les huguenotz leur retour. Le prédicant là feit le sermon ou presche funèbre à la louange de la deffunctc, et tous chantèrent quelques chansons de Marot qu'ilz appellent leurs psalmes. Les plus sérieux huguenotz furent scandalisez de ce que leur prédicant et ministre, sans avoir conféré à la compagnie, avoit entré dans le temple des papistes, et festimèrent soullié et contaminé pour y avoir entré, et non ledit sieur d'Esternay, pour l'occasion qu'il en avoit et pour la permission qu'il en avoit demandée.
La dame de la Molle, avant sa conversion, était bienfaisanle, charitable, sccourable aux malades et aux pauvres; elle savait guérir de la morsure des chiens enragés. — L'année de sa mort, le lils de M. d'Esternay étant tombé gravement malade, le père sollicite en sa faveur les prières des prêtres catholiques; cependant, Tenfant ayant guéri, il ne peut se décider à abandonner la religion réformée. — Une de ses filles prend goût aux temples et aux cérémonies catholiques, et va à l'église malgré sa mère. — M. d'Esternay, en vertu d'un arrêt du parlement, entre en jouissance des pâtures communes de la Motte. — 11 s'était montré dur pour ses sujets depuis qu'il s'était fait hérétique; ses serviteurs, peu payés, deviennent, à son exemple et à la faveur des troubles, voleurs d'églises et de maisons privées. Unis à quelques jeunes gens de la Motte et à un prêtre , vicaire de F'ontenaylès-Nogent, ils commettent dans les villages environnants
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plus er ylz^ ;ii>^jr5 k .k n:::s>c^ii, .\ îi Sinv.iiie .îo -^:^ > \ Xa\^^^\\\ compïiLLt, €t h créance ce q-.-.e î;'> t:rt\incieî^ usuriers ^vniKMi^utx )u> ques à 5: 5. î. et pîus. H fuî forî cher Ji Fahs et en untte 1a l\i;e, \s\e d^ Friojze. r-:.\s Je ^alK•â^, Soissonnois et rioAi\lîe, ou ou vi^cueille les fromenî-. 11 ne fuî >i cher en Chanijviiii;ue . lvnu^onj;ue ei LorraLme. ou on faict en habonJAnce des seiijles. mesl;Ui\ et oi^vn
Les eeiis de justice et DT-uvemeurs de Proxius tout le ivivusomeiu ^les ^iaiiu possedfs par les particuliers, et ttaMisM'iU pour chacun ilr> poNse»eui> iu\e réserve qui. jusqu'à la moisson. lU-^ra ttre venJuo au\ habilant> île l.i \illo au maiimum de 20 s. le boisseau: aux ctrani^^rs, on \entl le Me ce tpron peut Quelques persc»Dnes. sVtant dfftit de tout ou partie do leur ivseixe. >oiil condamnées par justice à racheter IVqui^ aient de ee qui nianquaît.
11 est ordoon*.' à Tabbe de Saint-Jacques et au prieur de Saint \\oul de l'aiie cuire une certaine quantité de pain pour être distribuée au\ inilii*ent>. M. de Naselle, abbé de Saint-Jacques par permutation a\ec liuillaume de la C'.heiinai^. n^avait point attendu cet ordre pour faire des distributions de ce ^enre; île Pâques à la moisson, il donne chaque jour du pain à plus de tnùs eentN pan\le.^. leur rournit de l'ouvrage et mérite le respect et TalVection de.s j»en> du pav"». Au contraire, M. de la Chesnais, qui était ai)bé dllermières, prè> Pariîi, et conseillei au parlement, et qui fut pendant \ingt ans abbe de Saint Jactpie.s. n'avait fait aucun bien. 11 répandit dans Tabbaye d'Hermières les iloitrines de la relorme, et chercha, mais vainement, à les faire» adoptc^r à SaintJatqueM. — M. Aiulre de Gramont, chanoine de Sens et prieur de Saint -Ayoul, se .soustrait, autant cpril peut, à Tobligation de Taumône. — M. Jacques de la Noue, gentilhomme, prieur de Saint-Sauveur-lès-Brav , fait, pendant la disette, d'importante» distribution»
1566. de pain. — Les fermiers des abbayes de Preuilly et de Jouy, le prieuré de la Fonlaine-aux-Bois et la cure de Mecl-sur-Seine sont obligés, par justice, à cuire en pain certaine quantité de grain pour donner aux pauvres.
Les plus riches gens des pays de Bric, Picardie et aiiltres ne mangèrent aultre pain que d'avène, tant que les leurs durèrent, et Fespargnèrcnt fort à leurs chevaux pour la manger eux-mesmes ; mais, après qu'elles furent semées en cestc année, ne leur en demeura guères, parquoy fallut quilz se pourveussent. Hz passèrent en Champaigne pour achepter des seigles, orges et avèncs pour faire du pain, en attendant leur moisson.
Laquelle moisson venue, partout revint le grain de toutes espèces à bon marché et prix honeste. Le froment revint à 7 s. et 6 den. le boisseau, mesure de Provins, et les aultres menus grains au prix le prix. Il cust valu moings de 18 den. sur hoisscau qu'il ne feit, si les marchans des villes n'eussent bouté la charte après laditte moisson; mais, à cause du grand hazard qu'llz avoient veu durant laditte charte sur le grain, Tacheptoient à l'envie les ungs des aiJtres pour remplir leurs greniers, cstimans qu'en peu de temps après reviendroit une aussi grande charte ou plus, ce que Dieu ne permist pas.
Toute cette année, jusques aux vendanges, le vin fut fort cher, à cause de la gelée dudit grand yver, qui avoit gelé les vignes, et fut vendue la queue de vin du creu, ne challoit d'où, es villes de Provins etNogent, au mois d'aoust et de septemhre, avant la vendange de ceste année, la somme de 80 liv. t., et fut tel jour qu'esdittes villes nul ne pouvoit trouver vin à achepter à la pinte es tavernes pour l'argent, et avec toute difTicuItc en pouvoit-on trouver à tel jour esdittes villes et en plusieurs villages pour dire les messes es églises. Lequel vin, après les vendanges, revint à Ix liv. t. la queue du creu des environs et à deux lieues dudit Provins et Nogent, cestuy de Villenauxe à 6 et 7 liv. t. la queue. Les vins de ceste année ne furent si bons ne si fameux qu'on estimoit qu'ilz seroient après la vendange, veu que les raisins eurent bon temps à meiurir et furent bien noirs aux vignes, et si advint la vendange en bonne saison et chaulde, qui fut partout
commancée à la my septembre et devant. Toutesfois se trouva que 156C. les vins, après (ju'ilz furent entonnez es vaisseaux, furent mortifiez et piatz, comme s'ilz eussent esté demy d'eaue. Et estima-on que cela provenoit de deux causes : la première du boys que les vignes avoient jette après la gelée par entre deux terres, qui n'estoit encores enchauché, et estoit gros et creux, plaln de mousse et non ferme, comme il estoit avant ledit grand yvcr. L'aultre cause fut, comme plusieurs estimoient, img gros et impétueux vent, qui se leva sur la terre la vueille et jour de la fcste N. D. de septembre, si gros et impétueux qu'on n'en avoit poinct veu jamais, qui moult endomagea les raisins des vignes, et les esgréna à plus de la moytié sur la terre , où tous les meilleurs grains et les plus majeurs tombèrent, où ilz demeurèrent trois jours avant qu'on les peust aller recueillir, à cause de la fcste N. D. et le dimancbe qui estoit au lendemain, et ne les peut-on recueillir si habillement qu'il n'y en eust beaucoup de crevez et gastez.
Les fruictz, pommes et poires, qui estoient encores sur les arbres furent abbatus par terre dudit vent et plusieurs arbres arrachez, dont advint ung grand domagc , car les fruictz en tombant s'offensèrent, et ne furent de durée ni de garde, ains se pourrirent incontinent, et en furent mieux nourris lesporceaux que les chrestiens.
Plusieurs commissaires sout chargés par le roi de faire daus les provinces la recherche des usuriers ^ Michel Alexandre, de Villenauxe-la-Grande, reçoit une mission de ce genre pour la Champagne. Il fait emprisonner et condamner divers usuriers à Provins, Villenauxe, Meaux, Château -Thierry, Epernay, Châlons, Reims, Troyes, Pont, Nogenl, Bray, Montereau, Mclun; il s'enrichit en rançonnant les personnes contre lesquelles des plaintes étaient portées. En définitive, on ne rend point aux victimes Targcnt saisi; il est absorbé par les frais de justice.
Le roy en ceste année ne se contenta de faire recercher et punir
* « Mandement pour la recherche et poursuite des usuriers. Paris, ao janvier 1667. » (Fontanon, t. 1, p. 677.)
1566. les usuriers, mais aussi feit punir et recercher les trésoriers de ses finances, ausquelz il feit rendre conte à la rigueur de Tadministration de ses deniers, où ilz trésoriers se trouvèrent bien empeschez, et principallement ceux de Paris, contre lesquelz fut informé et procédé à l'emprisonnement de leurs personnes bien estroictement. Aucuns desquels furent pendus et estranglez comme larrons des deniers du roy, qu'ilz avoient appliqués à eux, pour leur proufEt, en acheptant seignories, rentes et aultres biens, et ayans basty de beaux chasteaux et maisons aussi puissantes que celles des roys et des princes. Qui fut en partie cause de ce regallement furent les plainctes portées au roy qu'ilz trésoriers luy avoient faict conte d'avoir payé plusieurs compagnies de gens de guerre, tant de pied que de cheval, qui montoit à grands deniers, ce qu'ilz n'avoient faict, ains avoient applicqué lesdittes payes à leur proufTit. Une aidtre cause fut le rapport qu'on feit à la royne mère de la magnificence de la maison d'ung dudit Paris, filz d'un cordonnier dudit lieu, et luy mesme cordonnier de son premier estât, qui avoit achepté Testât de trésorier n'y avoit pas dix ans, et toutesfois se trouvoit si riche en meubles de toutes sortes, feust d'orfèvrerie d'or et d'argent que aultres, quilz furent estimez aultant que ceux de ladittc dame royne. Laquelle, pour en sçavoir la vérité , alla visiter la maison d'iceluy, soubz l'excuse d'aller veoir sa femme en sa gésinne qui estoit acouchée, de quoy le pauvre fol s'estimoit estre moult heureux. La royne trouva la couche, le lict, le ciel, les custodes, les couvertures, hablUemens de la gisante et aultres choses que les grandes dames ont pour parement en tel estât, aussi riches et sumptueuses que laditte royne en avoit oncques eues. La chose qui plus fut remarquée en laditte maison fut la chaise percée qui servoit à la gisante pour faire les nécessitez et offices de nature , laquelle estoit couverte d'ung fin velours carmoisy, attaché fort richement à doux d'argent, la plus grande partie desquels serorez de fin or, ce que jamais n'avoit eu laditte dame royne. Cestuy trésorier et trois aultres pour le moings furent pendus et estranglez par leur col dans la ville de Paris au gibet de
Monsfaucon dudit lieu; et ne fut le bien dudit cordonnier suffisant 1566. pour payer le roy des deniers desquelz se trouva redevable, encores que son bien feust trouvé en tout monter à plus de trois millions de livres. Les aultres trésoriers, qui ne furent emprisonnez comme ceux ci-dessus diclz, s'absentèrent de peur d'estre mis en prison et se saulvèrent la part qu'ilz purent pour éviter la fureur du roy et de son conseil; comme feit ung appelle M. de Mauclerc ou Beauclerc, seigneiu* de Flomigny, parroisse de Bouray, lez la Ferté-Alex et S*-Crepais, lequel cependant recercba ses acquitz et le moyen de les avoir, pour mieux dresser son compte à loysir. Y ayant faict au mieux qu'il put, il se représenta à Paris, où fut mis prisonnier dans la Conciergerie par l'espace de plus de deux ans; de quoy poiu* ung temps il estimoit avoir faict grande follie, d'aultant qu'il ne povoit trouver le moyen de rendre son compte. Pour des prisons eschaper, son honneur et vie saulfz, fallut qu'il baillast en pur don à mons. le mareschal de Cossé une maison qu'il avoit dans Paris, estimée de la valeur de plus de 3o miL liv. t., pour tirer de luy quittances des deniers qu'il avoit mis en ses mains pour payer sa gendarmerie par l'ordonnance et mandai du roy. Et tant feit par ses debvoirs avec son bien, qu'il eschappa desdittes prisons, sa vie et honneur saulfz. Et luy ai ouy dire que, si la roync mère luy eust volu donner acquit des deniers qu'elle avoit levé et faict lever en sa recepte, le roy luy eust deub plus de 3 mil. liv. de bons deniers. Estant hors et absoubz des prisons et son compte rendu, vendit son estât de trésorier et plus ne le volut exercer, parce que, comme il disoit, cstoit ung estât trop hasardeux et dangereux, à cause des envies et maulvaise foy des princes. Ce trésorier fut fortplainct de toutes personnes qui le cognoissoient, tant il estoit estimé homme de bien et d'honneur.
Jacques Spifamc est pendu à Genève, comme ayant voulu livrer la ville au duc de Savoie ^
' Il cul la li>tc Irancliée lo 23 mars i 566. (Voy. plus haut, p. 8/4.)
1 566. La Grue de Villenauxe , condamné à mort pour meurtre, obtient un adoucissement de peine par Tintercession du prince Porcien, dont il s'était fait serviteur. — Mort du prince Porcien^, au grand regret des protestants, «car c'estoit des plus opiniastres et pertînax héréticjues qui feust en la France et des plus barbares contre l'église calhoiicque, et des plus séditieux. » Son beau-père, le comte de Nevcrs, bon catholique, s'eflbrce de le convertir et organise dans ce but une conférence entre les deux docteurs catholiques Vigor et Benedicti, et deux mînistixîs protestants, Th. de Bèze et de Spina , en présence de notaires^. Le prince est retenu dans la religion réformée par l'amiral et d'Andelot. Sa femme se convertit.
On eut oppinion que , si ledit prince Portien ne feust mort incontinent après icelle dispute, à la fin il se feust réduict comme sa femme; car il estima beaucoup les docteurs qui disputèrent en sa présence contre les prédicans susditz. Estant au lict de la mort, ses médecins le pansèrent au mieux qui leur estoit possible, et donnoient bonne espérance à sa femme de sa maladie, lui disant qu'il n'en auroit que le mal. Ce néantmoings, laditte dame sa femme, le voyant empirer en sa maladie, appella aultres médecins de la ville de Paris, des plus fameux qui y feussent, pour le visiter, tous huguenotz, car peu se fioient es catbolicques. Tous lesquelz disoient à laditte dame que la maladie de sondit mary n estoit à la mort, et de ce l'en assuroient. Finablement, le voyant à Fextrémité, ce luy seml)loit , appella ung médecin catholicque pour le visiter, le jour mesme
* Le 5 mai 1667. ^^ ^^^^ alors âgé de vingt-six ans. IVAubigné (Ilist, univ. t. I, 1. IV, c. VI, p. 208) dit qu'il mourut e5toB/f^ fie poison. Il ne laissa point de postérité de sa femme Gilherine de Clèves, comtesse d'Eu.
* Bayle, à Tarlicle Rosier (Hugues- Sureau du), a donné de grands détails sur la conférence qui eut lieu au mois de juillet 1 566 , d'abord chez le duc de Montpensier, puis chez le duc de Nevers; le duc de Montpcnsier avait espéré que cette dispute ramènerait sa ûlle, la duchesse de
Bouillon, à la communion catholique. Après une première rencontre entre Vigor et Ruzé, docteurs catholiques, Barbaste et de Spina, ministres protestants, la conférence fut reprise entre Vigor et de Sainctes d'une part , de Spina et Rosier de l'autre. (Voy. Actes de la conférence tenue à Paris es mois dejmllet et aoatt 1566 entre deux docteurs de Sorbonne et deax ministres, Anvers , 1 566 , in-8'. — Qaude de Sainctes a aussi donné une relation de la conférence de i566.
1566. corde par argent avec la victime. Puis, corrigé de ses mauvaises passions, il se marie et rentre dans une voie honnête.
Nicolas de Pellevé, archevêque de Sens, s'efforce de contraindre les ecclésiastiques à résider dans leurs bénéfices; il fait rechercher et citer devant Tofiicial les prêtres soupçonnés d'hérésie, qui, pour la plupart, s'abstiennent de comparaître. Nie. L'Oignon, soi-disant curé de Bauchery, conmiis par le sieur de Saint- Simon, se présente et est renvoyé absous. Nie. Guyot, soi-disant curé de Sancy, fait défaut aux citations de l'ofTicial.
Entre autres fut prins et arresté prisonnier ung prebstre, soy disant curé de Cortenay, commis et installé en icelie cure par le baron dudit lieu, huguenot et voleur insigne des plus meschans qui fussent en France* ; et fut mis es prisons dudit arclievesque, où il fût resté longtemps assez mal traicté , n^eussent esté les liuguenotz de Sens qui Tcntretinrent de vivres et sollicitèrent pour le saulver et faire sortir. De l'emprisonnement duquel fut adverty ledit baron de Cortenay, qui ne digna escrire ne prier ledit archevesque pour luy, ains seuUement manda à ToUicial assez vigoureusement qu'il en diligence luy renvoyast son prebstre, s'il et aultres ne s'en vouloient mal trouver. Ce prebstre, veu et interrogé, avec la preuve qui estoit contre luy, fut par Tarchevesque jugé huguenot liéréticque , administrant toutesfois les sacremens aux catholicques , et pour ceste cause volut qu'il feust procédé contre luy jusques à sentence, suyvant les saincts canons. L'official déclara audit sieur archevesque ce que luy avoit mandé le baron de Cortenay, protecteiu* dudit prebstre; pareillement les huguenotz de la ville de Sens, voyans l'affection dudit archevesque, le prièrent de le délivrer, lui remonstrant l'édit de pacification et de liberté de conscience faict par le roy et les princes. Auquel ne voulut obéyr ledit archevesque. Quoy voyant, lesditz huguenotz advisèrent une ruse assez gentille, de laquelle ilz usèrent pour ravoir ledit prebstre des mains et prisons dudit archevesque, qui fut telle qu'il
* Sur les Courtenay, seigneurs de Bron- article de M. Leclère dans l'Annuaire de tin (Yonne) au xvi* siècle, et sur le cal- TYonne, iSAa, 3* partie, p. laa. vinisle François de Courtenay, voyez un
s^ensuit : Advint que, durant l'emprisonnement dudit prebstre et le 1566. refus de rarchevesque de le rendre, le lieutenant de son oflicial, nommé M^ Estienne Ilaton, licencié es loix et advocat au siège présidial dudit Sens, avec quelques promoteurs et procureurs de rofficialité, allèrent en commission à Montargis, distant dudit Sens de dix lieues ou environ; ce que bien surent les huguenotz dudit Sens , lesquelz en donnèrent advertisscment au baron de Corlenay. Celuici les espia à leur retour, se saisit de leurs personnes sur les chemins, et les mena prisonniers en son chasteau de Cortenay; duquel ik ne sortirent que Farchevcsque n'eust rendu et délivré le prebstre huguenot qui estoit en ses prisons, contre sa volonté; et n'eust esté les humbles et importunes prières que les parens et amys desditz prisonniers feirent audit archevesque, n'eussent esté si tost délivrez. Car il vouloit envoyer au roy pour avoir mandement adi^essant audit Cortenay de les rendre ; mais luy fut falct entendre que ledit Corte-^ nay ny obéiroit, parce que c'estoil ung capitaine de voleurs, qui en avoit bien trois cens à son commandement, qui luy faisoient tribut par chascun moys des voleries qu'ilz faisoient sur toutes personnes, et signamment sur ceux de la ville de Sens.
Synode tenu à Sens par l'archevêque , le mardi avant la Pentecôte. M. de Pellevé reconunande aux curés du diocèse assemblés dans son palais le payement du setier annuel de blé et de largent qu'ils lui doivent, et leur fait acheter une sauvegarde imprimée, donnée en faveur des prêtres contre les gens de guerre par M. de Cipierre, gouverneur d'Orléans, et pai' M. d'Auniale, gouverneur de Champagne pour le duc de Guise. — Le prieur de Sainl-Ayoul, André de Graniont, accuse d'hérésie Guill. Maret, chantre de son prieuré, devant l'official de Sens;Maret, mis en prison, avoue les faits qu'on lui reproche, en invoquant le bénéfice des édits de pacification et de liberté de conscience : il est renvoyé absous et le prieur est condamné aux dépens, dommages et intérêts. Gramont, irrité de cette sentence, donne, au sorlir de la messe, un soufflet à M* Etienne Haton, lieutenant de l'ofTicial, qui le fait condanmer à Sens et en appel.
Maximilien d'Autriche est élu empereur à la place de son père Ferdinand I" '.
' Maximilien II, fils de Ferdinand 1", élu roi des Romains le a4 novembre 1662, succéda comme empereur à son père, q'ui mourut le a5 juillet i564-
li\S MÉMOIRES
1 566. l-c sultau Soliman II lui déclare la guerre. Le pape Pie V célèbre un grand jubîlé pour demander à Dieu la victoire des chrétiens; le roi d'Espagne prend part à la guerre contre Soliman; Charles IX refuse de se déclarer ouvertement. Le jeune duc de Guise se joint, avec des troupes, à Tarmée de l'empereur. Siège de Malle, l'n fils de mons. de Quincy, seigneur de Saint-Ylier et la Court-Rouge, chevalier de Malte, est pris et tué par les Turcs.
Dans les villages do Champagne et de Brie, et notamment des bailliages de Sens, Meluu, Montereau, Bray, Nogent, Pont, Troyes, Sezanne, Châlons, Reims, Epernay, Château-Thierry, Meaux et Provins, la croyance se répand parmi les paysans que, pour honorer la Vierge, ils doivent s'abstenir de travailler aux champs le samedi depuis l'heure de midi , et que ce repos du samedi a <!»té formellement ordonné par la Vierge dans diverses révélations et apparitions, lîne jeune fille de Charly-sur-Mame, près d'Epernay, se vante d'avoir reçu ces confidences, et donne des signes miraculeux de sa mission. Le cardinal de Lorraine la fait arrêter et interroger; elle est brûlée vive comme vaudoise et sorcière. Claude Haton s'informe des gens âgés s'il est vrai que le repos du samedi ^it été anciennement observé. Les prêtres et curés de la Brie tombent dans cette impiété ou la laissent propager. Cl. Haton, alors vicaire des Ormes, et le vicaire de Donnemarie sont les seuls qui s'efforcent d'en détourner le peuple par leurs exhortations.
Incendie de plusieurs maisons au village de Meel- sur -Seine. — A l'époque de la Saint-Martin d'hiver, le feu consume à Provins, près de Notre-Dame-du-Cbâteau, le four banal, une grange et des maisons. Le bailli de la ville, Jean Alleaume, « se travailla fort à mettre les gens par ordre en besongne, pour saulver que le feu n'en gastast davantage. » — Mort (dans l'hiver) de la femme de M. de Montberon, demeurant à Tourvoye, paroisse de Sourdun; de sa sœur, cordelière à Provins , et de M"* de Tachy, leur belle-sœur. Les dames de Montberon et de Tachy donnaient aux malades des remèdes et des soins.