‹ Memoires de Claude Haton (volume 3)Chapitre 44 sur 44 · DÉFENSE. RAVAGES ET CRCAUTÉS COMMIS PAR LES PROTESTANTS. ARRIVÉE DES · texte numérisé non relu

DÉFENSE. RAVAGES ET CRCAUTÉS COMMIS PAR LES PROTESTANTS. ARRIVÉE DES

TROUPES ROYALES DANS LA BRIE. REACTION CATHOLIQUE. LES FEMMES DES PRO- TESTANTS DE PROVINS SONT INSULTÉES PAR LA SOLDATESQUE. LE DUC D'ANJOU X

PROVINS. LUTTE ENTRE LES SIEURS DE FOISSY ET D'ESTERNAY. EXTREME SÉCHE- RESSE. PROCESSIONS POUR OBTENIR DELA PLUIE. NIC. DE PELLEVÉ, ARCHEVEQUE DE

SENS, X PROVINS. GUERRE ENTRE LES TURCS ET LES CHRETIENS. FAITS DIVERS.

LES ENFANTS DES PROTESTANTS SONT REBAPTlSÉS SUIVANT LES RITES CATHOLIQUES.

L'an mil cinq cens soixante et sept, à commencer au premier jour de janvier, suyvant rédict du roy, sembloil que toutes affaires entre le roy et les princes de France allassent de bien en mieux , et que la paix faicte avec les rebelles huguenotz borbonistes et condéiens devant Orléans, en Tan 1 563, et depuis conGrmée par le roy en sa majorité, fust affermie de telle sorte que jamais guerre ne troubles ne se pourroient eslever en France pour le faict de la religion; parce que le roy en tout et partout vouloit que son édicl feust observé, et aussy souvent que de trois en trois moys le faisoit réitérer et publier par les villes de France. Il faisoit plus grand acueil et caresse aux chefz rebelles qu aux aultres princes et seigneurs catholicques qui estoient de son party.

/j20 MEMOIRES

1567. NVanmoins, les chefs protestants conspirent en secret contre le roi. Le cardinal (le Lorraine, qui entretenait des espions dans leurs maisons, découvre leurs projets et en averti! Charles IX.

Environ la Teste de Pasques de caste présente année, S. M. manda aux sclfçneurs prince de Condé et ses suppostz, signamment à Tadmiral, qui s'cstoient retirez en leurs maisons de Valéry^ et Chastillon- .sur-Lolng, qu'ilz allassent à sa court; ce qu'ilz différèrent de faire pour la première fois, en s'excusans qu'ilz estoient empeschez à leurs particulières affaires. Sur le refus desquelz, entra S. M. en soubçon et crcut plus fermement au card. de Lorraine qu'il n'avoit faict auparavant. Touteffois, par importunité feil tant qu'après deux ou trois aidtres mandcniens qu'il renvoya ausditz sieurs les feit aller à sa court, où ilz furent par luy et la royne sa mère receuz si favorablement et courtoisement que rien plus; et après plusieurs parolles tenues ensemble, S. M. s'advança de leur dire qu'il estoit en soubçon sur eux qu'ilz ne voulussent faire quelque remuement de mesnagcs, par attentatz nouveaux contre le repos du royaume et la religion, à cause du refus qu'ilz avoient faict de aller à sa court à son premier et second mandement; leur remonslranl que ce scroit mal faict à eux, veu qu'il ne leur en avoit donné aucune occasion. Auquel respondirent lesditz sieurs que S. M. jugeoit mal de eux, et que le refus qu'ilz en avoient faict n'estoit que pour les empeschemens particuliers de leurs affaires qu'ilz avoient, et que de relever la guerre n'y avoient oncques pensé et n'y vouloicnt, et qu'ilz ne désiroient auitre chose que le repos et vivre en paix en leurs maisons, soubz le bénéfice de ses édictz. Et tant sçurent bien dire lesditz sieurs devant luy, que S. M. osta tout soubçon de guerre et de mesfiance qu'il avoit peu avoir d'eux, et sur leurs excuses susdittes, délibéra de se mettre aux champs pour achever la visitation de son royaume et d'aller es pays de Bretaigne, Normandie, Piccardie et Lorraine, où il n'avoit encores esté. Et fut mis ce voyage en avant par toute sa court et la

* Sur les coniercncos de \aicry cl de voy. les Mémoires de Lanoue, ch. xii, Châtillon avant la prise d'armes de ibG'j, et d*Aubigné, l. 1,1. IV, c. vu, p. SoQ.

DE CLAUDE HATON. 42i

ville de Paris, et en fut semé le bruict assez longtemps. Il fut mes- 1567. mement mis en délibération en son conseil, où il fut résolu de l'entreprendre. Les rebelles susdiclz, qui s'estoient si bien excusez devant S. M., entendans quil vouloit entreprendre ce voyage, s'en resjouyrent et pensèrent qu'ilz facillement exécuteroient leur entreprinse sur luy, avant que ledit voyage fcusl par luy faict; et pour n'y faillir, donnèrent ordre à leur entreprinse, en advertissant les huguenotz du royaume de se tenir prestz d'armes et chevaux, pour se mettre aux champs, si tost qu'ilz en seroient requis et qu'on sçauroit le lieu avantageux pour eux où seroit S. M., et si bien faire que le tout se démenast avec grand secret.

Ores, ne sceurent-ilz si bien faire que le card. de Lorraine n'eu fust adverly; lequel secrettement empeschea le roy d'entreprendre ce voyage, s'il ne vouloit estre prins par les rebelles huguenotz; et pour le desmouvoir, luy donna plusieurs raisons de vérisimilitude qu'il n'en eschapperoit jamais qu'il ne fcust prins par ceulx mesmes qui luy avoient dict qu'ilz ne vouloient poinct de guerre. Ce voyage fut retardé et remis à une aultre fois, dont furent faschez lesditz rebelles, qui cognurent que Ton se doul^toit d'culx et que leui' entreprinse estoit descouverte. Et pour tasclier que ce voyage fcust remis en avant et entreprins, retournèrent à la court bien équippez, pour accompagner S. M., comme ilz disoient, à laquelle firent bonne mine, comme aussi feit le roy à eux, lequel s'excusa de ce voyage sur l'indisposition de sa personne.

Le roy, après avoir faict, sur le rapport dudit cardinal, explorer de toutes partz de son royaume, tant près que loing, si on descouvriroit rien des entreprinses huguenoticques et condéiennes, à la fin luy fut rapporté que véritablement par plusieurs endroictz du royaume se tenoient certains propos qui sortoient de la bouche des huguenotz , qui déclaroient assez quelques entreprinses nouvelles se praticquer et estre faictes ; desquelles en estoit remise l'exécution en certain temps, comme d'un demy-an ou environ, d'aultant que les plus avantageux huguenotz et qui estoient les moings secretz avoient descouvert à

1567. leurs amys que, avant qu il feust demy-an, on verroit en France ung terrible broullls. Lesquelles parolles rapportées au roy furent mises en conseil secret par S. M., pour adviser le moyen de prévaloir leur entreprinse ou bien de se garder d'icelle. Il y fiit résolu que S. M. temporiseroil et ne commenceroit le premier à lever les armes contre eux, ni à rompre la paix faicte avec eux; mais que, pour se garder de tomber en leurs mains , il estoit expédient de faire une levée de Suisses de renfort et de les faire venir à la court de S. M. pour la garde de son corps, et pour éviter aux entreprinses et factions huguenoticques. Et sur ceste résolution, furent levez en diligence quatre milles Suisses ^ deux milles desquclz furent amenez parceluy qui les alla lever, et livrés au roy, qui estoit es environs de Mcaux , au moys de may de ceste présente année. Les deux aultres milles furent tenus prestz en leur pays, pour s'en ayder à la première nécessité.

Les princes et seigneurs rebelles, scachans les deux milles estre arrivez à la court du roy, furent passionez en leur esprit de leur entreprinse qui estoit descouverte, comme ilz en eurent le jugement par l'arrivée desditz Suisses. Lesquelz toutesfois, dissimulans en leurs affaires, trouvèrent moyen de couvrir leiu* passion sous ung doubte et mesfiance quilz disoient avoir du roy, lequel, comme il leur apparoissoit, quelque bonne mine qu'il leur feist, avoit volunté de leur courre sus; et dès lors formèrent des plaintes à S. M., disans que, contre sa foy jurée, il faisoit levée d'bommes pour leur courre sus, comme en portoient tesmoignage l'arrivée des Suisses susdictz, la restriction qu'il avoit mise à plusieurs articles de Tédict de la pais faicte avec eux à Orléans, contrairement à la liberté de la religion, rimpugnité qui estoit faicte des papistes, qui en divers lieux et villes du royaume avoient couru sus et massacré plusieurs fidelles de leiureligion réformée, la defiense du port des armes, que S. M. leur avoit interditte et deffendue, comme aussi le peu de conte que S. M.

* D'Aubigné dil six mille Suisses, qui s'avancèrent à grandes journées pour rejoindre la cour.

faisoit de leurs personnes, les ayans postposez à personnes indignes 1567. et de moindre qualité que eux.

Charies IX répond, en se cicfenclant de toute intention hostile à legaitl des protestants, el en proposant d'assembler son conseil pour décider sur leurs réclamations. Le prince de Condé, qui était à son château de Valéry, fait dire au roi qu'il s'en rapporte à ses assurances, et que la réunion du conseil pour juger les plaintes des protestants est inutile. Il est plusieurs ibis sur le point de se convertir au catholicisme; l'amiral l'eu détourne et lui persuade que la couronne de France lui appartient de droit. Coligny ^ fait à Charles IX une réponse analogue à celle du prince de Condé, et dit qu'il veut être, comme par le passé. humble et fidèle serviteur de la couronne.

Le roy, après avoir ouy la response des seigneurs susditz , avec les raisons que luy donna de leurs personnes la royne sa mère, leva toute desfiance qu'il avoit eu contre eux et fut tout prest de comniencer son voyage et de renvoyer les Suisses, comme à ce faire Texortoit laditle dame sa mère, laquelle, comme il sembloit, tenoit le party d'iceux prince et admirai. Mais mons. le connestable, qui de sa part avoit descouvert l'intention dudit admirai son nepveu, avec le card. de Lorraine et le conseil, le retindrent et empesclièrent qu'il n'entreprint ledit voyage et qu'il ne renvoyast lesditz Suisses, ausquelz il obéit. Toutesfois, ainsi que jeunes gens de l'âge qu'il estoit ne peuvent voir les affaires de loing , ni en considérer l'yssue qui en pourra advenir, ne pensa plus à ses ennemys ; mais , adjoustant foy à leur dissimulation, s'arresta es environs de la ville de Meaux, une partie du temps à Fontenay, l'aultre partie à Monceaux, une aultre partie à S-Maur-lez-Paris, à se bailler du bon temps à son plaisir, croyant fermement, comme aussi sa mère luy pcrsuadoit, qu'il n avoit en son royaume nulz bommes serviteurs qui luy fussent plus loyaux ni mieux affectionnez que lesditz seigneurs prince et admirai et leurs confédérez ; desquelz, depuis leur response ci-dessus escripte, ne print aucim doubte ni sa mère aussi, et oncques n'eu volurent ouyr mal parler,

* D'après d'Âuhigné, Coligny «vouloit rinnocence. • Ce fut d'Andelot qui déterendurer toutes extrémités et se conher en mina l'assemblée au parti de la guerre.

1567. Il feit réitérer les écliclz tant de la pacification faicte à Orléans au prouffit des huguenotz que ceux de ne porter harqucbuses, pistolles et dagues, voulant et commandant que, tant les ungs que les aultres, fussent observez sur les peines indittes en iceux , et que chascun eust à y obéyr ; et furent assoupies toutes novelles factions et entreprinses de pari et d'aultre jusques à ung aultrc temps.

Les seigneurs rebelles, après avoir endormy le roy à leur pipée, et sçachanl par la royne mère que S. M. n'avoit sur eux aulcun soupçon de mesfiance, donnèrent advancement à leur entreprinse, pour à laquelle ne faillir amassèrent ung conseil où furent appeliez tous les principaux cliefz, seigneurs et capitaines de leur faction et prétendue religion, au chasteau dudit admirai à Cbastillon-sur-Loing, soubz prétexte et couleur d'un banquet que leur faisoit ledit admirai, auquel se trouvèrent ledit sieur prince de Condé, La Rochefoucault, le card. de Cliastillon, d'Andelol, Bricquemaux, Telligny, gendre dudit admirai, Mongomcry, dicl le capitaine Lorge, Mouy et aultres seigneurs de marque du royaume. Nombre de ministres et prédicans se trouvèrent audit conseil, qui fut assemblé au moys de juilliet, le 12^ jour, et dura toute la scpmaine entière, c'est-à-dire huit jours avant qu'ilz en fissent la conclusion, qui fut telle : que toutz les huguenotz de France seroient appeliez, chascun d'eux en le ressort des bailliages et séneschaussées où ilz estoient, par les diacres et surveillans de leur prétendue religion, pour se trouver en certain jour de dimanche à leurs presclies, y faire la cène et entendre la résolution du conseil; qu'ilz fourniroient argent, chascun d'eux selon le moyen qu'il avoit et auquel il seroit taxé , pour fournir aux fraiz qu'il convenoit faire pour le payement des reistres, estrangcrs et ÂUemans que le comte palatin du Hhin avoit levé pour eux; qu'on feroit enroUemens d'hommes françoys de laditte religion et aultres que Ton pourroit praticquer, lequel cnrollement se feroit de tous jeunes hommes et compagnons de laditte religion qui pourroient porter armes; que les princes et seigneurs de la cause les prioient et requéroient de ce faire pour fhonneur de Dieu et l'advancement de la cause ,

et de les assister en personne, affin de mettre leurs religion et con- 1567. sciences en plène liberté contre la tirannie du roy et de ses papistes ; que ceux qui, ayant délaissé femme, enfans, père, mère, maisons, biens, pays et toutes commoditez corporelles, pour suyvre les princes et chefz de laditte cause , seroient les mieux récompensez et plus chers tenuz desditz pripces et seigneurs; que leur récompense seroit en premier lieu le salut de leurs âmes et le bien et patrimoigne des papistes, et signaniment celuy de la vermine de prebstres, chanoines, moynes, monastères et abbayes, qui leur seroit donné en propre pour eux et les leurs, à chascun d'eux selon son mérite; mais qu'à ce joiur de cène ne falloit appeller ni admettre que ceux qu'on sçavoit estre vrayment aflectionnez à laditte religion, et qui estolent capables de tenir ceste entreprinse secrette, pour ne la révéler aux papistes, affin de ne poinct fallir à l'entreprinse , qui en brief temps, sitost que les biens de la terre seroient serrez, seroit mise en avant; et pour ce, que chascun presche, quilz appelloient église, se tinst prest pour fournir les hommes de leur enrollement bien armez au jour qu'on leiu* sauroit à dire, pour se rendre la part et soubz les capitaines qui leur seroient dictz.

Ces nouvelles receues de toutes partz du royaume de France par les prédicans de chascun presche, fut le jour assigné aux frères huguenotz pour se disposer à faire laditte cène et ouyr les lettres de mandement à eux envoyées. Ceux du bailliage et ressort de Provins s'assemblèrent le premier dimanche d'aoust poiu* ouyr la lecture du mandement rebelle, et ne furent appeliez à ceste assemblée que les plus capables pour ouyr la lectiu:e des motz secretz; mais, quant aux clauses et mandement de lever argent pour fournir aux fraiz de la cause, furent publiez devant tous. Chascun fut exorté à contribuer pour ce à quoy il seroit taxé , et fut chascun requis de dire librement s'il entendoit pas que taille se feist sur eux, selon le moyen qu'ilz avoient. Ceux qui ne volurent accorder furent chassez et excommimiez de leur assemblée, et ne fut le secret du mandement déclaré devant eux , et si fut deilendu aux aullres qui accordèrent de le leur révéler.

SA

1567. Pareillement firent, dès ce jour-là et depuis, le plus hastivement qu ilz purent, enrollement d'hommes des plus expertz de leur assemblée, lesquelz firent le serment devant leur prédicant de se mettre aux champs au premier mandement qui leur en seroit faict. Ceux qui s'enroUèrent furent les seigneurs de Besancourt, de S*-Symon, de Patras, de Lansoue, de Prinsault, du Buat de Uinlyée et encores aultres, tous gentilzhommes que je ne cognus; avec lesquelz s'enrollèrent de Provins : Thibault Trumeau, dict le Sauvage, Nicolas de Ville, advocat et garde des sceaux audit Provins, Nicolas Doiuy, barbier, Léon Godard, procureur, N. Rayer, escarcelier, N, Gabo, paul-

mier, N. Royer, barbier, N sellier, demourant devant FEscu de

France, et quelque douzaine d'aultres que je ne cogneus que de veuc et qualité ; avec lesquelz s'enrollèrent un certain nombre de gens des villes de Monstereau et Bray-sur-Seine , lesquelz estoient du ressort du bailliage de Provins et qui alloient à la presche à Morant, lez la ville de Provins.

Fault notter que , durant la sepmaine que les rebelles susditz tindrent leur conseil iscarioticque et diabolicque, le vent fut sur la terre le plus impétueux que oncques fiit veu; et commença dès le lundy 1 3*^ jour dudit moys de juilliet, et dura jusques au samedy ensuivant sans s'appaiser que la nuict. Dont advint ung grand dommage sur les grains qui estoient aux champs es pays de Brie, auquel pays on pensoit commencer à les moissonner ce propre jour que lesditz vens commencèrent; et oncques de la mémoire des plus vielz hommes n'avoient esté les bledz , firomens et aultres grains plus beaux , fortz et espès sansbruync, qu'ilz estoient ceste année-là; et en fut la perte si grande que sans mentir il n'en demoura à proufit, où ilz estoient les plus fortz et espès, que la tierce partie ou la moytié pour le plus. Cestoit grande pitié de veoir le grain tant beau et jaulne ainsi respandu sur la terre. Les pauvres gens, comme aussi plusieurs laboureurs, taschèrent à en recueillir le plus qu'ilz purent; mais n'en eussent sceu ramasser quantité qui valust la peine qu'ilz y prindrent; car les gluys estoient fortz et espès et n'en povoient recueillir qu'es royes

OÙ ilz le faisoient tomber avec des paneaux ou petis balais. Il n'estoit 1567. possible de soyer ni faulcker, tant le vent estoit impétueux et la sécheresse grande. Les bledz que aucuns avoient soyé dès le vendredy et samedy de devant lesditz vens, et qui estoient encores en javelles le lundy et les aultres jours de la sepmaine, furent emportez des vens, et n'en saulva-on la moytié.

Le pays de Champaigne et vallée de Seine ne perdirent beaucoup ausditz vens; car, lorsquilz commencèrent, leur moisson estoit quasi toute serrée. Les avènes de la Brie, qui estoient mûres, furent aussi bien esgrénées du vent que les bledz, mais non avec si grande perte. Oncques ne tomba goutte d'earu durant laditte sepmaine ni à plus de quinze jours après. Plusieurs laboureurs ne volurent soufiFrir que le bestial entrast en leurs champs après lesditz vens et qu'ilz eurent serré ce qui leur resta desdîtz vens, et relaboiu'èrent leurs champs, dans lesquelz après la pluye levèrent les bledz si druz et espès que, au bout de six sepmaines, il sembloit des praries; aultres laissèrent aller le bestial en leurs champs une et deux sepmaines avant que les relabourer, et ce néantmoins y leva encores le bled fort dru et espès; aultres n'en volurent relabourer poinct ou bien peu, poiu* veoir seullement Texpérience qui en adviendroit. Mais, à la moisson de Fan d'après, on veit bien que ceux qui avoient relabouré leurs terres des bledz éventez n avoient guères plus gangné que ceux qui ne les avoient relabourez et qui avoient faict des avènes en la saison de mars. Ce qui resta de grain dans les gerbes feit huict, neuf et dix boisseaux le cent pour le plus, qui sans la fortune, veu la grenaison qui y estoit , et comme Texpérimentèrent ceux qui en avoient serré le samedy de devant, eust faict vingt-deux, trois et quatre bois^ seaux le cent. Pour ceste fortune, le blé froment fut au pris qu'il estoit avant la moisson et ne rabaissa nullement; toutesfois, eut son cours à 8, 9 et lo s. le boisseau par toute Tannée, la mesure de Provins. Voilà le commancement du malheur qui advint à la France, pour la punition du peuple, durant le pernicieux conseil des malins rebelles et pertiurbateurs du repos public; et fut ledit vent si impé-

1567. tueux le présage des trahisons qu ilz malins et meschans machinoient et complotoient au dommage de la France leur patrie ^ de la vraye religion, et contre leur roy, souverain seigneur du pays.

Les protestants font prier le comte palatin du Rhin de tenir prêts pour la Saint-Michel les secours qu'il leur avait promis Tannée précédente, afin de les aider à accomplir leur entreprise et à se saisir de la personne du roi. Le cardinal de Lorraine découvre ces menées et en instruit le roi, la reine mère et le connétable, qui refusent d'y croire. Catherine reproche au cardinal de « n'es Ire que ung coureur de meschantcs nouvelles, soutenant qu'il n'estoit rien de ce qu'il disoit, et que mons. le prince n'estoit de si lasche courage, comme aussi l'admirai, de vouloir relever la guerre contre le roy, veu les responses qu'ils avoient faictes aux lettres de S. M. » Charles IX se montre plus défiant que sa mère, qui, du reste, ignorait, dit-on, la résolution prise dans le conseil des protestants.

Lesquelz, ce pendant que le roy et les gens de sa court, comme aussi tous les catholicques de France, se bailloient du plaisir, à cause du bon temps qui estoit revenu, ce sembloit, ne dormoient pas, ains sollicitoient à leur entreprinse et poursuitte de leur cause ; pour de laquelle résouldre et prendre le mot du guet , se rassemblèrent au chasteau de Vallery-lez-Sens tous les chefz de la conjuration , avec certaines trouppes, jusques au nombre de quelque i,5oo chevaux bien armez et équipez de toutes armes, suyvis de quelque mille hommes de gens de pied. Lesquelz, avant que de se rager, envoyèrent advertir les huguenotz enrollés des presches de Troye en Champaigne, de Sézanne, de Provins, de Sens et de Montargis, pourestre prestz et se mettre aux champs au lendemain de la festc M. saint Michel, au dernier jour du moys de septembre.

L'assemblée qui futfaicte à Vallcry commença à s assembler dès le lo et 12^ jour dudit moys de septembre, le roy estant auprès de Meaux. Après que audit Vallery furent arrivez quelque 3oo hommes de cheval, en attendant les aultres, lirent certaines courses es environs de la ville de Sens , et après estre plus grand nombre , s'approchèrent par deux ou trois divers jours jusques auprès des portes de

la ville, en intention de se saisir de laditte ville. Mais, pour la craincte 1567. qu'i]z eurent d'estre repoulsez et de faillir à Fenlreprinse , se retirèrent et n entrèrent plus avant. Ce que bien apperceurent plusieurs citoyens de la ville, qui en donnèrent advertissement aux gouverneurs d'icelle. A l'instant de la retraicte desditz huguenotz d'auprès des portes d'icelle ville, on apperceut les huguenotz habitans de laditte ville sortir et s'en aller après les aultres, aucuns à pied, aultres montez à cheval, tous bien armez de harquebuscs et pistoUes et en bonne couche. Qui donna lieu aux habitans de doubler le soubçon qu ilz avoient, jugeant en eux que telles menées tendoient à quelque maulvaise fin, et entrèrent en grande craincte plus que devant, parce qu'ilz estoient desditz huguenotz fort menacez, pour la sédition et massacre qui avoit esté faicte en leur ville des huguenotz d'icelle et aultres en l'an 1662. Estans en telles crainctes, ordonnèrent à l'assemblée de ville qu'ilz firent à ces fins, que jour et nuict y auroit gens aux portes, sur les murailles de leur ville et parmy les champs aux escoutes et pour faire le guet, sans sonner mot, affin de se donner de garde d'estre surprins, et sans armes, d'aultant que le roy les avoit faict poser bas à toutes les villes de son royaume; et sur ceste délibération, envoyèrent hommes de jour se tenir soubz les portes et sur les pontz, pour prendre garde à toutes personnes qui entreroient et sortiroient de leiu ditte ville, et pour fermer icelles portes, si davanture se présentoient nombre d'hommes pour y vouloir entrer. Hz envoyèrent pareillement aultres hommes sages et bien entendus par lés chemins et jusques dedans le village de Vallery, pour descouvrir quel nombre d'hommes s'amassoient là et que pouvoit signifier tel amas. Desquelz ayans eu response, tindrent assemblée de ville, pour délibérer ce^ qu'ilz debvoient faire sur cette nouvelle occurence, et, après avoir entendu les oppinions de plusieurs des plus apparens, ne sçavoient qu'ilz debvoient faire : de prendre les armes en main pour la garde de leur ville, ou de la laisser au hazard qu'elle estoit, de peur d'encourir l'indignation du roy, qui avoit deffendu le port des armes. Toutesfois résolurent qu'ilz ne prendroient les armes avant

1567. que d'avoir donné advertissement au roy des menées qui se faisoient à Vallery et es environs de leur ville; et, pour ce faire, despeschèrent deux hommes d'authorité de leur ville pour aller au roy, qui le furent trouver à Fontenay-lez-Meaux. A la majesté duquel présentèrent leur harengue et requeste de leur ville , lesquelles veues et ouyes par saditte majesté, renvoya lesditz messagers, ausquelz et aux habitans de laditte ville deffendit de prendre les armes, ne vou« lant croyre ce qui lui fut dict de l'assemblée dudit Vallery.

Les députés, ayans receu telles responses du roy, s'en retournèrent en leur ville porter les nouvelles de leur légation , qui estoient de ne prendre les armes aucunement, sous peine d'estre taxez du crime de lèze majesté royalle. Et fut assemblée toute la ville pour ouyr ceste response, qui moult troubla les habitans d'icelle, qui voyoient le hazard d'estre surprins et saccagez d'une heure à l'aultre , pour les courses si fréquentes que les rebelles faisoient aux portes de leiur ville, lesquelles ilz n ouvroient qu'à moytié, pour éviter la surprinse diurnalle, lesquelles aussi ilz fermoient de grand jour et ne les ouvroient que longtemps après le soleil levé. A ouyr ceste response royalle se trouva ung advocat de laditte ville, fort fameux en son estât, mais huguenot, ou bien l'avoit esté des premiers et au temps de la sédition susditte de l'an i Ô62, nommé M® Jehan Haton. Lequel, après avoir ouy les oppinions de ceux qui parlèrent devant luy, dist que , au refus du roy, il leur estoit libre de prendre les armes pour se deffendre et garder d'estre surprins et saccagez, eux, leurs femmes, enfans et biens, comme à la vérité ilz estoient au danger de l'estre avant quatre jours passez , et que véritablement le savoit comme celuy qui a voit esté requis d'y ayder; que c'estoit ime chose toute certaine que l'assemblée qui se faisoit à Vallery estoit pour surprendre les villes, portz et passages, affin de faire la guerre au roy et aux catholicques ; et pour ces causes, qu'ilz de la* ville ne fissent difficulté de prendre les armes tout sur l'heure , et que nid mal leur en viendroit, ains, après la vérité cognue par le roy, leur en sauroit gré, comme aussi de Tadvertissement qu'ilz luy en avoient donné. Et d^aul-

tant quil sçavoit bien que luy qui parloit estoit en soubçon à toute 1567. la ville de Sens, poiu* avoir esté taxé d'estre huguenot, que cela pourroit empescher foy estre adjoustée à son dire; toutesfois, pour monstrer qu'il ne vouloit estre proditeur de sa patrie , offroit donner argent à hommes choisis par les habitans pour la gai de de la ville, qui représenteroient sa personne, pour faire le debvoir d'empescher la surprinse d'icelle leur ville, desqueiz il respondroit pour eux devant le roy, au cas que S. M. leur en demandast chose quelconque. Et pour toUir le maulvais soubçon qu'on pouvoit avoir de luy, demandoit de ne se trouver au guet ni de nuict ni de jour, et qu'on le laissast paisible en sa maison, et que l'on se contentast .du payement qu'il feroit aux hommes que les gouverneurs commettroient en sa place, protestant devant Dieu et l'assemblée qu'il voidoit vivre et mourir pour la garde et deffence de la ville , comme aussi de la vraye religion catholicque et romaine, de laquelle quelques fois, par folle oppinion, s'estoit retiré à son grand regret.

L*es habitans et gouverneurs, après avoir ouy cest homme, qui les assiu'a du trouble qui se commençoit, et qui disoit avoir refusé à estre proditeur de leur ville, moidt l'estimèrent, et à sa paroUe prindrent les armes au poing, pour se garder d'estre siurprins de leurs ennemys et du royaimiie, et envoyèrent grand nombre d'hommes aux portes principalles , ayans faict fermer les aidtres, dont bien leur advint, car, deux jours avant la S -Michel, s'approchèrent de laditte ville plus de mille chevaux bien armez, pour tascher à la surprendre; mais, estans près de laditte ville, et ayans entendu par leurs espions le debvoir et force qui estoit ausdittes portes, se retirèrent avec grand regret d'avoir failly ceste belle commodité. Quelque cent chevaux, plus furieux et orgueilleux que les aultres, entrèrent jusques sur les pons d'Yonne, pour veoir s'ilz sçauroient forcer les gardes de laditte porte, laquelle trouvans fermée, tournèrent bride , et avec grande collère se récompensèrent à injurier les gardes .d'iceUe, comme aussi les habitans de la ville. Lesquelz habitans , ayans veu ceste entreprinse huguenoticque , furent assurez de la

1567. prinse de leurs armes, et moult estimèrent celuy qui lem* avoit donné le conseil de les prendre. Toute ceste menée se faisoit en attendant le jour et lendemain de la feste S'-Michel, et pour attendre que les gens de pied des plus assurez fussent approchez par petites bandes es environs des villes de Meaux, de la Ferté-soubz-Jouarre , de Rozay en Brie et des villages d'alentour de la court* du roy, où on les avoit faict acheminer quatre à quatre, trois à trois et deux à deux, affin qu'on ne s'apperceust de leur allée, que Tentreprinse ne feust descouverte , et que la trouppe , qui en ime nuict avec armes se debvoit trouver là, pût se jetter sur le roy, pour le prendre prisonnier vif ou mort au lendemain de la S -Michel , lorsqu'il ne -se doubteroit de rien et qu'il s'amuseroit à faire la feste avec ses chevaliers de Tordre qu'il auroit faictz audit jom* S -Michel.

Toutes affaires huguenoticques estans en voye d'aller leur train, se partit la grosse trouppe du village de Vallery, pour entreprendre ce qui avoit esté par eux résolu ;.ilz prindrent le chemin à Montereau- Fault-Yonne^ et, pour faciliter leur entrée en icelle sans que les habitans s'en doubtassent, envoyèrent devant eux plusieurs hommes à cheval, deux à deux, quatre à quatre, pour se loger es tavernes et hostelleries , sans dire aucun mot. Les huguenotz de la ville sçavoient la venue de tous, lesquelz, faisans bonne mine, se pourmenoient par la ville, non tous ensemble, mais en diverses bandes, pour adresser les logis à ceux qui entroient, et commencèrent à y entrer dès l'heure de vespres. Le cbasteau dudit Monstereau , qui est une forte place, entre les deux rivières d'Yonne et de Seine, estoit à leur commandement, car il fut saisy des premiers. Dans lequel entrèrent quelque trente chevaux à trois ou quatre fois, sans que les habitans y prinsent garde. Environ les cinq heures du soir, qui est l'heure du soleil couché et quelque peu devant, les habitans de la ville s'apperceurent du grand nombre de gens qui estoient entrez dedans icelle

' n y a ici une interversion dans Tordre Charles IX ; la prise de Montereau n eut des événements; de Valéry, les protestants lieu qu*après la tentative de sui^rise que marchèrent sur Meaux, pour surprendre Q. Ha ton raconte plus loin.

et d'aultres qui y entroient à la file, lesqnelz faisoientcarresse à ceux 1567. qui estoient jà entrez, et qui les armes au poing se pourmenoient par les rues; ilz commencèrent alors à prendre maulvais soubçon, et s'approchans les plus apparens les ungs des aultres, disputoient que pouvoit signifier l'entrée de tant de gens. Toutesfois n'en pouvoient deviser à leur ayse ni à leur secret, d'aultant que les séditieux rebelles qui estoient jà par les rues s'approchoient d'eux pour sçavoir et entendre ce qu'ils disoient les ungs aux aultres. Ce néantmoings, ilz de Montereau s'approchèrent de la porte de leur ville par laquelle entroit ce train, pour la cuyder fermer, mais y furent à tard, parce que les séditieux et rebelles la tenoient jà à leur commandement, et n'en purent estre les maistres lesditz de Montereau. Incontinent après le soleil couché, arrivèrent quatre ou cinq coches, dans Tung desquelz estoit mons. le prince de Condé , et dans les aultres les harquebuses et pistolles que l'on portoit à couvert, pour armer ceux qu'on avoit envoyés devant es villes et villages des environs la court du roy.

Après l'arrivée de M. le prince , qui s'alla loger dedans le chasteau, ne fut plus dissimulé par lesditz séditieux, lesquelz se firent maistres de la ville et chascun de leur logis. Us commencèrent à crier par les rues à haultc voix : « L'évangille , l'évangille ! » Ilz commencèrent à faire le guet sur les murailles, à tenir les habitans en subjection, et à se loger par quartiers es maisons boui^oises et autres de la ville , chascun d'iceux prenant jà ce qu'il trouvoit à son plaisir. Les gens d'église, ainsi qu'ilz p&rent, par les poternes se jettèrent en la rivière et dans les fossez de la ville pour se saulver, conune aussi firent les plus riches marchands d'icelle ville. Entre lesquelz se saulva Nicolas Lebel, lequel, sans arrester toute la nuit, chemina jusques à Monceaux-lez- Meaux, advertir le roy de la surprinse dudit Montereau, et luy en porta ceste nouvelle à son lever le lendemain de la Saint-Michel au matin; ce que sa majesté et celle de sa mère et mons. le connestable ne voulurent croire, ains fort le menacèrent de luy faire bailler le fouet, comme porteiu* de faulce nouvelle, disans les ungs aux aultres que, veu la response naguères faicte au roy par les sieiu*s prince de

1567. Condé et admirai, qu'il nestoit vray ce que leur disoit ledit Lebel, et que lesditz sieurs n estoient d'un* si lasche courage qu'ils voulussent rien attenter contre les édictz et le repos public. Et fut le pauvre citoyen fort mal receu , et auquel on avoit volunté de faire une meschante récompense, n eust esté ung aidtre messager de Roeay en Brie, qui siur l'heure apporta pareille nouvelle de la prinse dudit Rozay par les séditieux huguenotz susditz, comme aussi d'ung aultre costé arriva messager qui certifBa lesditz séditieux estre en armes jusques au nombre de mille chevaux, pour aller assaillir leursdittcs majestés. Alors fut ledit Lebel de Monstereau bien receu et mieux voulu par icelles majestez.

Ces nouvelles furent mises en conseil, pour sçavoir si le roy debvoit tenir bon ou s'enfuir. La mère royne, comme aussi le connestable, estoient d'avis que sa majesté ne hobast et qu'il les attendist. Mais monis. de Nemours fut d'ung aultre advis et persuada au roy de se saulver à Paris et non à Meaux\ -comme il pensoit, parce que, comme il avoit entendu, ilz séditieux se vouloient prévaloir de laditte ville de Meaux, la moytié des citoyens de laquelle estoient tous huguenotz, es maisons desquelz s'en pouvoit estre caché grande multitude, lesquelz tascheroient à le livrer aux séditieux ennemys, ce qui estoit et se trouva vray. Et sur ce conseil , monta le roy à cheval tout sur l'heure et se meint à la fuitte à l'escorte de ses Suisses, qui pouvoient estre de deux à trois milles pour le plus, soustenus de quelques gens de cheval du train du roy et du connestable , accompagnes du vicomte de Paiimy et du capitaine La Rivière-Puistaillé, lesqueh ne furent pas loing qu'ilz ne trouvassent les trouppes ennemyes sur leurs talons et aux ailes, qui commencèrent à frapper sus, dont furent contrainctz lesditz Suisses de tourner visage auxdits séditieux ennemys et de se ranger contre eux en bataille pour les arrester, ce pendant que le roy se saulvoit. Lequel, avec ses petites trouppes, eust eu fort à faire davantage, si le pont de Trilbardon, qui est sur la rivière de

* Charles IX, au bruit du danger, s'é- savoir si la cour resterait dans cette ville tait retiré à Meaux. La question était de ou se rendrait en toute hâte à Paris.

Marne, entre Meaux et Lagni, n'eust esté rompu par lesditz^icomte 1567. de Paumy et capitaine La Rivière. Tant travailla le roy qu'il se rendit à Paris, bien lassé, sur les quatre heures après midi , n'ayant pas encores desjusné, à Tayde démons, le duc d'Aumalle, de mons. le marescbal de Vielleville et de quelques aultres, qui de Paris luy furent au devant avec environ deux cens chevaux ^ Les séditieux, ayans fally à leur entreprinse de prendre le roy, allèrent cercher mons. le cardinal de Lorraine, qui jestoit à Meaux, pour le massacrer; mais luy, sçachant toutes leurs entreprinses , print la fuitt^ comme le roy, non droict à Paris, mais droict à son archevesché de Reims, et, estant poursuivy de fort près, à Faide et vitesse d'ung genêt d'Espagne sur lequel estoit monté, se saulva dans la ville de Chasteau-Thierry, dont bien luy print. Hz séditieux conjurez, ayans fally à sa personne, se récompensèrent sur son bagage , qui , avec sa vaisselle d'or et d'argent, fut par eux prins et enmené, qui luy fut une perte grande.

Ce faict, les condéiens séditieux s'allèrent saisir de la ville de Lagny sur Marne, qu'ilz trouvèrent ouverte et à leur commandement par les gens qu'ilz avoient dès la nuict envoyé dedans pour s'en prévaloir, comme ilz avoient faict de celles de Montereau et Rozay, et par ce moyen furent maistres des trois rivières principalles nourrices de la ville de Paris, ayant les passages libres pour aller et venir devant Paris à leur commandement. Les habitans de la ville de Meaux se mirent en armes contre les huguenotz séditieux du grand marché, qui faict moytié de leur ville, séparez l'ung de l'aultre par la rivière de Marne, qui passe entre les deux, et firent si vaillamment qu'ilz ne furent surprins ni saccagez.

Si tost qu'ilz séditieux condéiens eurent fally à prendre le roy, et se voyans diffamez de ceste si audacieuse entreprinse, envoyèrent les chefz de leur conjuration en poste de toutes partz surprendre villes et chasteaux par la France, tant près que loing; Lanoê de Bretaigne courut surprendre Oiiéans, le prince de Condé S*-Denis en France, l'admirai la ville de Poissi , et plusieurs aultres en Poitou , Anjou et

' Voy. Addit aux mém. de Castelnaa, 1. 1, p. aoa, et t. II, p. H^b.

1567. Daulphiné, Guyenne et Languedoc, comme aussi La Rochelle, La Charité-sul -Loyre , Sanxerre, Vézelay et aultres. Dans laquelle ville de S'-Denis firent leur retraicte lesditz conjurez condéiens, et là assemblèrent leurs forces françoises, qu'ils tirent haster de toutes partz, pour assaillir la ville de Paris et le roy qui estoit dedans.

Hz rebelles, après avoir saisi la ville de Montereau, ainsi que dessus est dict, laissèrent garnison dedans pour la garder et piller, et fut capitaine commis à cest effet Thibault Trumeau, surnommé le Sauvage, huguenot de la ville de Provins.* Lequel, pour se bien acquitter de ceste charge , saccagea dès le lendemain de leur arrivée les églises de ladittc ville et des fauxbourgs. Après les avoir pillées , les huguenotz ruynèrent tout ce qui estoit en icelles, tant ymages, autelz, chaises, menuyserie que les verrières, et en Téglise de la ville plantèrent leur presche et prédicant. Ce fait, saccagèrent et voilèrent les maisons des chanoines et aultres prebstres, et par après les ruynèrent et abattirent rez-pied rez-terre jusques aux fondemens. Les ecclésiasticques s'estoient saulvez à la fiiitte la première nuict de Tarrivée d'iceux huguenotz dans Montereau la part qu'ilz purent, pour cercher lieu de sûreté; mais ung bon viellart prebstre, réputé homme de bien, ou qu'il ne peust s'enfuir comme les aultres, ou qu'en fuyant il feust ratrappé par lesditz huguenotz, fut par eux cruellement mis à mort, sans avoir respect à son viel âge ni à sa bonne réputation, et n'en eussent moins faict aux aultres s'ilz les eussent sceu prendre, les biens desquelz furent entièrement perdus.

A la surprinse et saisie dudit Montereau, le joiu* de S*-Michel au soir, n'y estoit pas le sieur d'Andelot , colonel de l'infanterie Irançoyse , frère de l'admirai; car au lendemain, jour de samedy, il se présenta devant la porte de Bray pour entrer en la ville, accompagné pour tout d'environ trente chevaux. L'entrée de laquelle luy fut refusée par les gardes de laditte porte , qui avoient commencé le matin à faire guet, ayant dès la nuict de devant receu nouvelles de la surprinse dudit Montereau. 11 d'Andelot, faisant bonne mine, disoit ignorer la prinse de Montereau, et ne demandoit que passage par laditte ville de

Bray, pour ceste fois. Aucuns pensèrent qu'il s'en fust saisy, à l'ayde 1567 des huguenotz de la ville, qui n'estoient ernSores partis pour s'en aller après les aultres. Se voyant refusé, passa à gué la rivière de Seine au village de Janine, lez lediiBray, et passant en la Brie, print son chemin par les Ormes et de là à S -Loup, pour aller à Rozay après les aultres, pensant trouver le roy prins prisonnier, vif ou mort. Il et ses gens burent du vin au village des Ormes, sans descendre de dessus leurs chevaux, qu'ilz demandèrent à ung tavemier, et, après avoir beu, s'en allèrent sans le payer. L'auteur de ce livre passa par assez près d'eux avec sa longue robbe , auquel toutesfois ne firent ne dirent aucun excès en parolles ni aultrement. Il estoit Theure de vespres, sur les trois heures après midy. Il d'Andelot venoit de sa maison de Tanlay\ qui est es environs de S*-Florentin.

Ce fut chose merveilleuse qu'ilz huguenotz, après avoir saisy la ville de Montereau , n'envoyèrent partie de leurs gens pour se saisir de celle de Provins, qui en rien ne sçavoit et ne se doubtoit de leurs entreprinses , dans laquelle ilz eussent esté nuict et jour jusques au samedy lendemain trois hernies après midy, aussi facillement qu'en leurs maisons, et dans laquelle aussi les attendoient les huguenotz de laditte ville, pour faciliter et ayder l'entreprinse, s'ilz y fussent niiez. Lesquelz huguenotz , ayans ouy le bruict de la surprinse dudit Montereau, et que les habitans dudit Provins estoient en conseil pour se saisir de leur ville, encores que le roy ne leur eust mandé de ce faire, partirent par diverses portes les ungs après les aultres sans sonner mot, ayant laissé leurs femmes et enfans poiu* aller au rendez-vous et à la meslée. Les noms de ceux qui partirent ce jour-là furent : Nicolas et Claude Barengeon; Eustache d'Aulnay, conseiller

^ M. Chaillou des Barres a donné, dans au xvi* siècle. « On montre encore, diUil ,

TAnnuaire de F Yonne, iSi^i, 3* partie, sur les collines au N. E. en avant du chà-

p. 1 15, une notice étendue sur le château teau, la vigne où se cachèrent, la pioche

de Tanlay, situé à deux lieues de Tonnerre. à la main, Tamiral et d*Ândelot déguisés

Il le décrit tel qu'il fut arrangé par d*An- en paysans, lorsque, à la fin de i568,

delot et par le cardinal de Châtillon, et Tavannes fut chargé de s'emparer d'eux et

raconte les événements dont il fut le théâtre du prince de Condé.

m MÉMOIRES

1567. au présidial; Nie. de Ville; Richard Privé; Léon Godard, M, Boyer, Gamon, procureurs; les^eux Gangnotz, drapiers; Macé, sei^ent;

Gabo, paulmier; sellier; Rayer, faiseur de gibbecières; Jehan

Leblanc et deux fils de P. Leblanc; Nie. Doury; Royer, barbier; Domanchin; Pèze; Cl. Gannay, menuysier; deux frères Saulsoy; Maistrat; Adenet et quelque douzaine d'aultres, lesquelz, excepté lesditz Barengeons et Saidsoy le médecin, allèrent à Rozay, où estoit le rendez-vous.

Le sieur d'Estemay, avec vingt chevaux bien enhamachez et armez, se pensoit aller mettre dans la ville de Provins le samedy au matin, sur les dix heures, estimant qu'elle fîist saisie par les rebelles, . et en telle espérance chemina depuis sa maison de la Motte jusques sur le pavé des Bordes et entrée des vignes, où, là, trouva gens tant de la ville que des villages, qui, à cause du marché, entroient et sortoient librement en icelle ; lesquels luy dirent qu'il n y avoit personne qui les empeschast, et qu'en icelle n'y avoit autre bruict, sinon qu'on commençoit à parler de quelque broullis faict en ]a ville de Montereau. Ce qu'il ne vouloit croire, et à tant descendit avec ses gens jusques auprès de la porte, quilz virent libre sans aucun empeschement , et ayant derechef entendu par aultres personnes qu'il n'y avoit aucune nouvelle audit Provins , n'y voulut entrer, mais tourna bride avec fiurie, et de grand despit qu'il eut s'arrachea une pongnée de sa barbe en disant, « Nos gens ont icy laissé eschapper une belle occasion quilz ne retrouveront pas à leur ayse; » et, en disant ce, tournèrent droict à Chambenoist pour aller passer par le mouhn des Forges et prendre le chemin à Rozay après les aultres. Véritablement, si lesdits rebelles eussent envoyé audit Provins pour s'en saisir, comme ilz en a voient le moyen au partir de Monter eau, ils eussent fait un temble butin des trésors des églises, tant des croix, calices d'or et d'argent que des reliquaires et meubles, comme aussi des biens des prebstres, qui estoient en grand nombre.

Les sieurs de S*-Symon, de Besancourt, seigneurs de Chanteloue et Bauchery, de Patras, s' de Gymbrois, de Primsaut, de Lansoue,

de Villiers S*-Georges, du Buat, paroisse de Bannost, de Sapincourt, 1567, panroisse de Boisdon , il faut entendre le père et les sieurs de Umbrée , ne demeurèrent en leurs maisons, ains en diligence et bon équipage allèrent à la meslée de leurs frères huguenotz et rebelles, telz qu iiz estoient. Toutesfois ne fut nouvelle qu'ilz attentassent contre la ville de Provins, combien qu^iz en fussent proches voisins, ni qu ilz désirassent aucun trouble y advenir, comme faisoit ledit d'Esternay.

Les rebelles se fortifient à Saint-Denis; ils saccagent et pillent les ôglises de cette ville, et celles de Poîssy, de Pontoise et des villages environnants. De tous les points de la France, les protestants capables de porter les armes , gentilshommes ou roturiers, arrivent à Saint-Denis, où se trouvent bientôt plus de douze mille hommes, tant de pied que de cheval.

Les huguenotz de Lorraine et de Champaigne descendirent en grande diligence de leurs pays (j'appelle Champaigne les pays lie Barrois, de Partois et Chaslon, pourceque ces pays sont entre la Lorraine et la Champaigne), et passèrent, depuis qu'ils furent aux champs, à si grandes journées que oncques en ce pays ne fut nouvelle d'eux qu'ilz n'entrassent dedans le bourg de Cbalaustre-la-Grande, qu'ilz surprindrent sans que ceux de Chalaustre sceussent aucunement nouvelles de leur venue. Les premiers qui y entrèrent se saisirent des portes pour empescher lesditz de Chalaustre de s'en saisir, affîn que leurs gens y entrassent facilement et sans empeschement; lesquelz furent aussi tost arrivez que l'on pourroit penser. Une partie des premiers qui y entrèrent coururent de vitesse dedans l'église et es maisons des prebstres pour les saccager et voler, et entièrement pillèrent tous les meubles de laditte éghse , tant bons que moindres. Hz rompirent toutes les ymages d'icelle , ensemble les fons à baptiser, comme aussy le S* cyboire, et le S* sacrement de l'autel qui estoit dedans fut par eux jette à terre et foullé de leurs piedz.

Ilz prindrent prisonniers le curé, qui estoit ung moyne venu du pays de Locoys, et ung prebstre dudit lieu, nommé messire Nicole Houlier, natif du village de S*-Martin-de-Chasnetron, ausquelz ilz

1567. firent moult d'insolence, et signamment audit curé. Les biens et meubles desquelz furent par lesditz huguenotz entièrement prins et ravis, et ne leur demeura que ce qu'ilz ne purent emporter, comme les cendres du feu. Ledit curé fut par eux lié par les mains et mené par les rues en sa pure chemise, sans aultres habillemens, comme on mène ung chien en laisse, et, pour le mieux déshonorer, ce leur sembloit, luy troussèrent le (levant de sa chemise*avec une espingle« ayant du tout descouvert ses parties génitalles et honteuses, en le battant de soufQetz et coups de poing à oultrance, quand il ne cheminoit pas assez ou qu il cheminoit trop fort à leur gré. Après l'avoir bien pourmené, battu et injurié par les rues dudit Chalaustre, le remenèrent en sa maison, et, sans le faire vestir d'autres habillemens, le lyèrent à son banc ou aultre lieu, où il fut jusques à partie de la nuict, qu'ilz s'estant tous enyvrez et endormis comme pourceaux, par je ne sçai quel moyen se deslia, print la fuitte à Nogent-sur-Seine , où il se saulva en la maison de quelques amys, qui le rhabillèrent de leurs habillemens.

Le prebstre Houllier ne fut si honteusement ne si rudement gouverné quant à son corps, mais perdit tous ses meubles; et, pour eschappcr de leurs mains , à la diligence de son père , demourant audit S'-Martin-de-Chasnetron, qui employa les seigneurs de S*-Symon et de Besancourt, huguenotz, paya dix escus de rançon. Audit Chalaustre, y avoit ung homme nommé M^ Pierre qui estoit huguenot, lequel s'employa pour la délivrance dudit Hoidier, et pour faire tout desplaisir audit curé.

Ce curé estoit fort mal voulu quasi de tous ses parroissiens et de eux fort, peu plainct. Il estoit plus expert à manier pistoUes et harquebuses qu'il n'estoit à faire son estât de curé. Pour son insuffisance, luy fut donné pour coadjuteur et vicaire messire Nicole Cuyssot, prebstre natif de la parroisse dudit Chalaustre , homme expert et bien versé en son estât. Il fut tout son temps vicaire dudit Chalaustre. Il retira en sa maison ledit ciu'é et le teinst quelque temps à pension, dont scandale en advint; car ledit curé ayant tout honneur et son

Miâ MEMOIRES

1567. mImiIz, en prenant des mains dodit Tacher son basion et conrnel , et en cet estât contrefaisant le radier, chassoit les racbes derant sot, frisant aussi bonne mine qne cesti^ qui ne cessa jamais de garder les Tacbes; et par ce moyen se sauiva es usages et praries dudit Goix.

Hz hnguenotz ne coucberent pareillement <pie nne nnict aodit Goix, et au desl<^er allèrent passer la riTÎëre de Voulsie an pont Benoist, au-dessoubz du bas de Sepreille, et, en passant par SM^oop, allèrent loger à la Croix-en-Brie. Ils pooroient estre en nombre enTinm 1 5oo. Tous les hugnenotz guerriers et enrôliez de ProTins se tronrèrent la aTec eux audit Goix. Quelques aTant-coureurs desditz bugnenolz allèrent piller et saccager Téglise dudit S -Loup^ mais peu y gangnèrent; car lesditz de S^-Loup, ayant esté advertis qu*i|^ hugnenoti estoioat audit Goix, cachèrent la châsse, ossemens, relicques et omemens de M. saint Loup et de bditte église , et n^ trouvèrent les barbares Toleors que les ymages, qu ilz rompirent en plusieurs pièces, excepté celle dudit saint Loup, à laquelle ilz ne touchèrent, de craincte qu^ilz eurent que Dieu ne perraist qu'ilz fussent possédez visiblement du malin esprit et de tomber en mal caducque, en la sorte que sont ceux que le simple peuple dict estre malades de M. saint Loup. Et dist Tun d'iceux à son compagnon, parlant de Tymage dudit saint Loup : «Ne veux-tu pas rompre ce grand ydoUe? Le laisserons-nous derrière? > A quoy respondit l'autre : < Romps-le, si tu veux; quant à moy, je ny veux toucher; car celuy qui est par iuy représenté ne s'atafche à la robbe ni au pourpoint, mais au corps. » Ces paroles dittes, n y touchèrent, comme aussi ne firent nniz de la trouppe qui passa, encores que la pluspart entrassent dedans Téglise , pour veoir s'il y avoit rien de quoy ilz pussent faire leur prouffit ou bailler contentement à la rage de leur mesch«it vouloir. Cest ymage demoura en son entier et en sa place jusques après la S*-Martin d'hiver et au retour de la grande trouppe desditz

' Malgré les incendies et les déYasta- et par son ancienneté, est encore un motions qu^clle a souffertes, Téglise de Saint- nument des plus précieux. (Voy ex notre Loup-de-Naud , remarquable par son or- Notice , dans la Bibliothèque de l'École donnance, par la beauté de ses sculptures des Chartes, t. II, p. aÂ4*)

huguenots revenant de S^-Denys en ce pays icy, an retour desqueh 1567. eut la teste rompue seullement et avec grande difficuité.

Depuis Goix jusques à Lagni, plusieurs prebstres tombèrent es mains sacrilèges de ces înfidelles chrestiens reniez et huguenotz, qui forait d'iceux fort mal traitez et tous rançonnez. Deux dudit boui^ de la Croix-en-Brie iurent surprins et enmenez, comme aussi fut maistre Jehan Morin, curé liligant de AmiUis, où ilz logèrent au partir dudit bourg de la Croix; pour des mains desqueiz eschapper, après avoir esté par eux outrageusement fouetté de verges et estrivières , fiit délivré à la prière et aux larmes de ses père et mère , qui tant de fois se jettèrent à genoux devant les bourreaux pour lui saulver la vie, moyennant quarante escuz qu^ilz donnèrent., et furent tous ses meubles perdus, qui montoient à la somme de plus de deux cens escuz, ainsi que depuis le me confessa. Voilà la piété de Téglise réformée, voilà la saincteté de vie des nouveaux réformez de Féglise et évangille de Calvin!

Hz huguenotz, tant les ungs que les aultres, n en voulloient seullement aux prebstres, ains à toutes riches gens des villes et villages qu'ilz trouvoient par les champs et qui tomboient en leurs mains, comme en ont bien sceu porter tesmoinage deux riches marchans de Donnemarie en Montois, Tung appelle Bordon ou Bourdault, et Taultre Coulemier. Lesquelz , en ung mesme temps et au mois d'octobre de ceste présente année, furent prins par les brigans huguenotz de la garnison de Monstereau et y menez prisonniers , enfermez fort estroictement et encores plus barbarement, principallement ledit Bourdon ou Bourdault, lequel fut par eux mis en une fosse en laditte prison , dans laquelle y avoit de Teau jusques à my-jambes. Il demeura dans cette fosse Tespace de quatre jours, tout droict sur ses deux piedz, n ayant aucun moyen de se coucher ni asseoir, à cause de laditte eaue, et n y avoit pour couverture au dessus de luy que img trélis de fer faict à claire voye. Poiu* duquel lieu le tirer et le mettre à pied sec et quelque peu au lai^e, cousta à sa femme vingt escuz, et pour sa pleine délivrance de laditte prison et sortir hors des mains de ces

1567. nouveaux religieux réformez, paya cinq cens escuz, ainsi que Tay ouy révéler à laditte femine , laquelle ne pouvoit réciter la cruaulté tirannicque quilz avoient faict à son mary sans plourer fondement; de quoy elle estoit plus marie que des cinq cens vint escuz qu'il leur avoit cousté pour le ravoir. Ledit Coulémier ne fut si barbarement et mahométicquement traité en son corps, mais en sa bourse paya pareille rançon que ledit Bourdault.

Les marchans de Montereau furent tous taxez à certaine somme d'argent, avant qu'ilz eussent liberté de sortir de la ville pour aller à leurs affaires, et furent chascun d'iceux prisonniers en leurs maisons, jusques à ce qu ilz eussent payez les taxes auxquelles ilz furent cottez , les ungs plus, les aultres moins. Et pour le regard de Nicolas Lebel, celuy qui alla advertir le roy, n'y eut aultre taxe sur luy que de perdre tous ses meubles, qui fiu'ent, par lesditz cbrestiens reniez, pillez, vendus et mangez. Lequel eust esté par eux plus cruellement martirisé , s'il eust esté en leurs mains , que oncques fut salnct de paradis après Jésus-Christ.

Âultant en faisoient les frères réformez huguenotz des garnisons de Rosay en Brie, de Lagni sur Marne, de S*-Denys en France, de Pontoise, de Poissy et aultres lieux, aux riches marchans et laboureurs des villes et villages sur lesquelz ilz pouvoient mettre la main, et estoient lesditz riches gens en aussi grand hazard d'estre mal traictez par lesditz huguenotz qu'estoient les prebstres.

Depuis la S*-Michel jusques après la my-décembre de ceste année, ne furent les prebstres ni les riches gens des villes et villages en sûreté de leiu* vie ni de leurs biens, et signanunent les ecclésiasticques es environs de Montereau et aultres villes saisies des séditieux huguenotz à plus de dix lieues loing, ni par les chemins non plus que dans leurs maisons ; lesquelz , pour saulver leur vie , furent contrainctz de se habiller aultrement que leur estât ne debvoit, de peur d'estre cognus et prins prisonniers. Il n'y eut église de village , à cinq et six lieues de Montereau, où les nouveaux réformez ne jettassent leiu*s mains sacrilèges pour la saccager et voiler. Des chappes, chasubles.

tunicques et aultres omemens de valeur, qui estoient de veioiu^s, satin 1567. ou taffetas, les judas en faisoient faire des haults de chaulses, des poiu*poinctz et des mandilles; des nappes et aultre linge, en faisoient des chemises et mouchoirs; les aultres omemens qui n'estoient de valeur, les deschiroient, brusloient et mettoient en plusieurs pièces; des croix et calices d'or et d'argent, falloit qu'ilz en tinssent compte aux commissaires, sous peifle d^estre déclarez larrons au dommage de la cause. Mais toutesfois, les fins qui s'escartoient plus loing ne tinrent compte desdites croix et calices d'or et d'argent, mais par après les sceiu'ent bien mettre en billon, pour les vendre au poids à l'once et au marc, Qui eiu^ent fort à souffrir durant ces troubles , après les prebstres, furent les marguilliers des paroisses, ausquelz s'adressoient les voleurs huguenotz pour se faire livrer lesditz calices, croix et meubles des ég^ses; et à ce faire les contraignoient par tourmens et martire , et mesmement par les menaces de mettre le feu en leurs maisons, pour les brusler et leurs biens.

Quelques joiurs avant la feste de Toussainctz, partirent quelque huict huguenotz sacrilèges et meiutriers dudit M ontereau , lesquelz , environ les dix à unze heures de nuict, se rendirent au village de Charlemaison , à deux lieues de Provins, et s'adressèrent au marguillier de l'élise de ce lieu , auquel tant firent de mal et menaces , qu'il lut contrainct de leur enseigner les clefs de laditte ég^se, et les calices, croix et couppes d'icelle, qu'ilz sacrilèges ravirent et emportèrent; et non contens de ce, ni de l'outrage qu'ilz firent audit marguillier, chargèrent quant et quant un viel prebstre de la parroisse, qui servoit de prebstre soubz le ciu'é-prieur, et Tenmenèrent jusques auprès du moulin de Chetinot, assez près du Moidin-d'Ocle , et l'interrogèrent si les cognoissoit poinct. Qui , pour tascher à cschapper de leurs mains, leur dist que ouy, et qu'ilz estoient telz et telz de Provins; lesquelz, indignez de cette response, fi*appèrent sur luy à grands coups, et le laissèrent comme mort en la place. 11 vescut depuis quelque quinze jours pour le plus , et mourut audit Provins en la maison d'ung barbier, qui le pansoit. Il s'apelloit messire Jehan Peslos, âgé de

1567. 70 ou 12 ans, homme fort secom*able à ung chascun de ce qu'il pouvoit faire, et bien voulu des parroissiens. Ce pillage fut estimé plus de cent escuz. Garnon de Provins eut la renommée de Tavoir tué , accompagné, de Nicolas de Ville, Thibault Trumeau, Nicolas Doury, barbier, et quelques autres.

Les proteslaots assemblés à Saint-Denis font^des courses jusqu*aiix portes de Paris, empêchent les vivres d'entrer par terre et par eau dans cette ville, et brûlent plusieurs moulins à vent élevés aox environs des faubourgs Saint-Denis et Saint-Hoooré et de la porte Saint-Martin.

Uz se pensèrent prévaloir et saisir du pont S*-Clou, à deux lieues aU'dessoubz de Paris, qui est sur la rivière de Seine, pour passer à Dreux et en la Normandie ; mais en fiu*ent empeschez par la garnison des gens de guerre et des habitans dudit S^-Clou. Duquel pont et passage estant frustrez, se saisirent d'ung chasteau ou forte maison qui est assez près , non par force , mais par violence de leur foy, ainsi qu'il s'ensuit. Le feimier qui se tenoit audit chasteau ou maison forte , craignant d'estre prins d'assault par lesditz huguenotz , et de perdre sa vie et son bien , se présenta à mons. le prince de Condé , qui luy donna une saulve-garde , avec une douzaine de soldatz de sa faction pour garder ledit chasteau , jurant audit bon homme qu ilz ne luy feroient nul tort, ains que c'estoit pour empescher que aultres n'y entrassent pour le piller. Ces soldatz, entrez avec la saulvegarde condeyenne audit chasteau , ostèrent les clefz audit fermier, le tindrent prisonnier et ses gens, donnant ouverture à tous huguenotz, qui léans se mirent en garnison , mangèrent et pillèrent tous les meubles et tindrent les chemins et rivière, depuis ledit S^-Clou jusques à Paris, en plus grande subjection que s'ilz eussent esté dedans ledit bourg et passage de S^-Clou. Uz huguenotz, ayans par les villes et passages de Poissi et S^jermain-en-Laye passé la rivière de Seine , allèrent attenter de se saisir de plusieurs chasteaux et bourgades du costé de la Beauce , comme de Dourdan, d'Anet et aultres heux; plusieurs desquelz furent par eux occupez et garnisons mises dedans.

Ilz, contre la volunté du roy et des Parisiens, se saisirent du- pont 1567. de Charenton , qui est à deux lieues de Paris en tirant à Troy e en Champagne, en chassèrent la garnison que le roy avoit mise dedans, et s'en firent maistres, pour empescher les vivres qui descendoient par les rivières d'Estampes et de la Ferté-Alex; et ne fut plus possible aux catholicques d'aller de Troyes et de Provins audit Paris à pied, cheval ni charroy par ledit pont de Charenton, qui est le passage commung et le plus droict, ains convint aller passer à Melun et CorbeiL

Pour lesquelz faire desplacer et quiter ledit pont de Charenton, fallut que le roy et les Parisiens dressassent ung petit camp avec grosse artillerie pour les aller battre; ce que bien sçachans lesditz huguenots , n'atendirent qu'on les forçast de le quitter, ains d'eux-mesmes rhabandonnèrent, après avoir rompu et démoly les grosses tours de pierre qui estoient sur les pontz de la rivière de Marne , bruslé les moulins et jette les pontz et arches par terre en laditte rivière, qui fut ung dommage fort grand.

Charles IX s'efforce d'éviter la guerre. Des négociations sont entamées en son nom avec les chefs protestants. Le chancelier de l'Hôpital , avec MM. de Morvillîers , de Vieilleville , etc. se rend deux fois , dans les premiers jours d'octobre , auprès du prince de Condé, pour arrêter les bases d'un accommodement. Les conditions des rebelles, qui demandaient la liberté de conscience, sans distinction de lieux ni de personnes ; l'égale admission des réformés et des catholiques aux emplois ; la réduction des impôts ; la convocation des états-généraux , ayant paru exorbitantes, le roi fait sommer les chefs protestants de venir le trouver sans armes et lui rendre obéissance, ou de déclarer s'ils entendent approuver la rébellion. Les chefs mentionnés dans la sommation, en date du 7 octobre i567, sont : le prince de Condé, le cardinal de Chastillon, l'amiral de Colîgny, d'Andelot, la Rochefoucault, Genlis, Germent d'Amboise, de Saux, de Boucart, de Boucavanes, de Piquigny, de Lysi, de Mouy, de Saint-Phale, d'Estemay^ comte de Mongomery et vidame de Chartres. Les protestants, alors, bornent leurs prétentions à ce qui concerne la religion et la sûreté des personnes; mais les négociations reprises avec le connétable de Montmorency restent sans résultat, et Charles IX se prépare à la guerre, en rassemblant des soldats et en ordonnant aux villes de son obéissance de s'armer pour leur défense

1567. Après que les villes d'obéyssaDce eurent prias les armes pour se garder de la surprinse des huguenotz, esleurent ou leur furent baillez gentilshommes catholicques et fidelles au roy, pour estre capitaines et gouverneurs d'icelles poiu* S. M. Les habitans ne laissèrent d'eslire hommes d'entre eux pour estre capitaines des quartiers et portes, qui avoient commandement pour les contraindre de faire le guet. Toutesfois, lesditz capitaines ne pou voient rien entreprendre sans le sceu et volimté du capitaine général, lieutenant pour le roy, qui y avoit esté ordonné par S. M.

Les habitans de Provins esleurent M. de Lours, gentilhomme catholicque demourant à deux petites lieues, lequel accepta la charge et se transporta audit Provins pour y faire le service du roy et des habitans, ayant prins pour son lieutenant M. de la Barge, de Molind'Ocle, parroisse des Ormes, homme bien catholicque et religieux. Il de Lours assembla ime compagnie de trois cens hommes, composée de chefz et de soldatz telz qu'il les put trouver, partie de gens d'église , partie d'artisans de ville et de villages. Ilz furent nourris et payez aux despens de la ville, et logez par bulletins es maisons des habitans. Il feit remparer les lieux les plus foibles qu'il luy sembloit estre siu* les murailles, et distribua sa compagnie pour faire le service es quatre portes principalles , et aller avec les habitans au guet nuict et jour. Lesditz soldatz estoient si mal aguerris et équippez, que les habitans n'en faisoient conte.

Mons. de Barbesieux, lieutenant de mons. de Guise au gouvernement de Champagne et Brie , demoura à Troye pour la garde de la ville. — Mons. de Villegangnon , M^ Nicole Durant, natif de Provins, chevalier de Malthe, fut gouverneur de la ville de Sens et capitaine pour le roy. — Mons. de Villers aux Corneilles fut gouvemeiu* et capitaine de la ville de Sézanne, de laquelle il estoit bailly. — Mons. de Gombault Ait capitaine et lieutenant pour le roy dans la ville de Bray sur Seine, où il fut taxé dé s'estre porté mal à la nécessité. — Il n*y eut dans la ville de Nogent capitaines aultres que ceux de la ville , et n'y eut personne qui y commandast pour le roy, dont mal leiu* advint.

Nous avons dict que ia^compagnie de mons. de Lours estoit com- 1567. posée de prebstres, comme aussi de gens d'aultre estât. Ce advint pour le ban que le roy feit faire en ce pays icy et par son royaume, que tous gens d'église , de quelque religion et monastère qu'ilz fussent, qui vouldroient aller à la guerre et porter les armes contre les huguenotz poiu* la deffense de la religion catholicque romaine, pour son service et du royaume, qu'ilz y fussent admis, ne voulant poiu* cela quilz encourussent le vice d'irrégularité, ne que rien leur en fust reproché , et que de ce faire en avoit obtenu la licence du S^ Père le pape de Rome. Qui fut la cause que plusieurs prebstres, moynes et religieux de diiférens monastères, tant rentez que mendians, quittèrent le brevière et Thabit, s'enroUèrent soubz des capitaines, et s'en allèrent à la guerre. Il n'y alla que les plus jeunes et les plus éventez, moins dévostz et aymans leur religion, comme aussi des prebstres séculiers.

Avec M. de Lours, capitaine et lieutenant général pour le roy à Provins, estoient encore quatre capitaines, citoyens dudit Provins, esleuz et choisis par les habitans : Nicolas Thomassin, marchant, pour la porte et quartier de S -Jehan; Nie. de Villers, aussi marchant, pour la porte et quartier de Jouy; M* Jehan Retel, advocat, pour la porte et quartier de Changy; et M^ (^ude Thibault, conseiller du roy au siège présidial, pour la porte et quartier de Culoyson, hommes bien estimez pour vraiz citoyens loyaux et fidelles, comme aussi ca* tholicques et bien affectionnez au roy et à leur ville et patrie , combien toutesfois que plusieurs eussent doubte et oppinion contraire dudit Retel. Pour duquel entretenir le mauvais soubçon, advint ung scandalle tel qu'il s'ensuit: Ung jour que les nouveUes de l'augmentation des troubles s'avançoient en ce pays de Brie, et que les infidelles huguenotz ievoient le siège de devant S*-Denis, les citoyens de Provins et leiu* capitaine général se donnèrent garde de leiu^s affaires, et par plusieurs heures de la nuict firent ronde sur les murailles, poiur veoir quel deb^ voir faisoient les sentinelles et corps de garde des portes et murailles, et sîgnamment ceux du quartier dudit capitaine Retel , d'aultant qu'es

1567. années passées, comme aussi en ceste présente, il avoit esté veu plus huguenot que catholicque. Estans ceux qui faisoient la ronde au-

dessoubz de la porte de Changy, s'avisèrent de toucher à la serrure , pour sçavoir si elle estoit fermée à clef; lesquelz trouvèrent que non. Laditte porte ouverte, passèrent au pont-levis, que pareillement trouvèrent n'estre fermé à la clef, dont advint grand murmure. Le guet fut renforcé soubz laditte porte , pour la garde d'icelle , conune aussi du pont-levis, avec commandement aux sentinelles posées sur les murailles de faire bon guet, affin de descouvrir ce qui pouvoit advenir de maulvais. Toutesfois cette nuict n'advint aucune embusche. Au lendemain matin, reproches furent faictz audit capitaine de ceste faulte, lequel, superbe qu'il estoit, voulut maintenir les avoir luymesme fermez à clefz, et ne voulut croire qu'ilz fussent ouvertz, jusques à ce qu'il veit de quoy. Qui , pour la deffense de son honneur, en soustenant les avoir fermez, accusa le corps de garde qu'il avoit posé sur laditte porte de les avoir ouverts, ou bien de n'avoir faict bon guet pour descouvrir ceux de la ville qui les avoient ouvertz. Toutesfois, cela se passa, d'aultant que, tant de par luy que de par sa femme , il estoit des plus apparens de la ville. 11 fut tenu propos de le déposer de sa charge sur l'heure; mais fut résolu qu'il continueroit, de peur qu'estant déposé, plus facillement, en vengence du déshonneur qu'il en eust receu, il n'eust praticqué avec les ennemys pour les mettre dedans la ville.

Qui causa l'entretien de la maulvaise oppinion conccue dudit Retel fut la prinse de trois jeunes garçons du village de la Motte de Tilly, lez Nogent-sur-Seine, qui, retournans en leurs maisons du camp huguenot de S*-Denis, où les avoit mené le sieur d'Estemay, furent arrestez et prins prisonniers par les gardes de la porte de S^-Jehan , l'ung desquelz estoit filz à un honeste homme dudit village de la Motte, nommé Quinet Grand-Pierre, non huguenot, et estoit appelle en commung vulgaire Mion. Lesquelz, estant trouvez surprins en leur langage, et saisis de quelque petit meuble de gens de village, furent conduictz es prisons du roy, comme espions et explorateurs

de trahison, pour faire tort à la ville de Provins. Cela advint le jour 1567. ou lendemain que laditte porte fut trouvée ouverte ou non fermée à clef, et toutesfois, selon ce que je cognus du faict, ledit Retel ne sçavoit rien de l'arrivée desditz garçons, ni eux de luy. En les arres- ,^ tant prisonniers , fut enquis s^ilz cognoissoient personne en la ville de Provins; respondirent que non, excepté ledit Mion, qui dist seulle^ ment y cognoistre img prebstre nommé M^ Claude Haton , duquel il estoit parent. Ores, n estoit ledit Haton audit Provins, qui occasiona de les mettre en prison bien estroictement et séparément l'ung d'avec Taultre. Contre lesquelz le seigneur de Lours, capitaine général, commença à procéder criminellement, et après les avoir interrogez et trouvez fermes en leinrs paroUes, se résolut de leur bailler la gehanne, pour leur faire recognoistre Testât des huguenotz, de leur camp et de leurs desseings. Le jour qu'on les vouloit gehanner, arriva audit Provins ledit Haton, duquel ilz s'estoient réclamé, et qui, après en avoir entendu nouvelles, se transporta en la prison pour les veoir et parler à eux. Auquel ilz discoururent entièrement la vérité de leur faict et la cause de leur retour du camp huguenot, et après avoir le tout entendu, le déféra audit sieur de Lours et au sieur de la Barge, son lieutenant, desquelz il estoit bien cognu et familier serviteur. Ceuxci, ayant ouy le tout et faict foy au rapport dudit Haton, qui se porta fort pour eux, ne les firent gehanner ni davantage détenir, ains les renvoyèrent la part que bon leur sembla. Ledit Haton estoit natif du village de Meel sur Seine , à deux lieues de Provins, comme aussi estoit la mère dudit Myon, sa cousinne germaine.

Sur les menées et entremises ci-dessus dittes, les gouverneurs de la ville de Provins, qui estoient les procureur, escbevins et capitaines des quartiers susditz, s'assemblèrent au logis dudit sieur de Lours, qui estoit logé en la rue aux Aulx, es maisons qui furent à feu NicoUe Janvier, advocat du roy à Provins, pour adviser à tout ce qui estoit utille et nécessaire pour la garde de la ville. Et en ceste assemblée fut proposé comment Ton se devoit comporter envers aucuns citoyens que Ton savoit estre huguenotz secretz et qui estoient lors en laditte ville.

1567. qu'il voulut. Il ne Ait faict aucun tort aux biens de sa maison de Provins, pour rhonneur que chascun portoit à sa femme, qui estoit des plus catholicques et fidelles qui fussent dans la ville. Ung certain jour après, sçachant que ses parens et meilleurs amys estoient de garde i la porte S^-Jehan , se présenta poiu* entrer en la ville et en sa maison , ce qu'ijf luy permirent, contre la volunté du capitaine. Il n'eut si tost gangné ëa maison , que la tiu^be pruvinoise commençoit à se mutiner pour son retour; ce qui Ait déféré au capitaine J^omassin , lequel, pour obvier à sédition, luy alla faire commandant de sortir hors de la ville, s'il naymoit mieux estre saccagé et sa maison pillée et entièrement ruynée, ce qu'il refusoit de faire, s'il n'eust veu jà le peuple s'assembler devant sa maison. Il s'en retourna à grand regret et avec grandes menaces, qui pensèrent engendrer une sédition, si la prudence dudit capitaine Tbomassin n'y eust empesché. Du depuis, il n'atenta de rentrer jusques après les camps passez par ce pays, et Ait suspens de son office de procureur du roy, suyvant l'édict de S. M. Pour y rentrer, devant les troubles passez, obtint lettres de saditte majesté, sur une je ne sçai quelle attestation qu'il feit par tesmoings apostez, gens de toutes qualitez, pardevant deux notaires, aussi atiltrez à sa dévotion, lesquelz attestèrent ne l'avoir jamais cognu aultre que catholicque, l'ayant veu avec les catholicques es églises tant de Provins que Paris et aultres lieux, durant la messe et le divin service; et tel e a déposa qui ne l'avoit veu à la messe ni en église quelconque il y avoit plus de dix ans. Et, par ce moyen, rentra en son estât de procureur du roy, avec lettres qu'il feit enthériner à ung jour de plaictz du bally et siège présidial.

Le roy, par un édict faict depuis la reprinse des armes de ces présens troubles, avoit suspendus tous officiers huguenotz de son royaume, et déclaré tous actes par eux faictz de nulle valeur, depuis ' laditte reprinse des armes, et leiu^ offices et estatz donnez en garde à aultres catholicques. L'estat de garde des sceaux que tenoit Nicolas de Ville, filz du procm^ur du roy, fut donné en garde à M^ Noël Branchu , advocal audit Provins.

Il fault icy réciter une alarme que les gens du guet de Provins 1567. donnèrent une nuict aux citadins de leur ville, pour n'avoir bien remerqué et recognu toutes choses qui estoient aux environs. Or fut-il que une dizaine d'hommes , estans posez sur la toiuiielle de TArche Fendue , qui est la fin du quartier de la porte de Changy, le dixenier, qui estoit Estienne Barrier, gendre de Adrian Leblanc, voulant faire debvoir de bon soldat, posa sentinelles sur les murailles, lesquelles souvent il visitoit et les rafreschissoit pour les empescher de dormir. A certaine heure de la nuict, faisant cest office, jetta son regard droict au prieuré de Chambenoist, qui est au dessoubs le village de S^-Michel de Pongnis; il apperceut ime lanterne ou fallot allumé es environs dudit Chambenoist, ou bien ime lumière allumée dedans le moulin à tan ou à fouUon , la lueur de laquelle luy feit représenter à ses yeulx tous les arbres de saux ou aultres qui estoient depuis les murailles dudit Provins jusques ausditz moulins et quasi aultant par delà; lesquels arbres et saux il jugea estre des hommes, et de frayeur qu'il eut, sans avoir bien remercqué, commença à crier : A l'arme! à l'arme! et quant envoya dans la ville (sans prendre advis de ses soldatz) aux capitaines, pour faire sonner l'alarme au son du tambour. Le capitaine Retel, ayant receu ceste nouvelle de la part dudit Barrier, estimant qu'il Barrier feust plus expert et mieux asseuré en tel cas qu'il n'estoit, alla au tambour et feit sonner l'alarme par les rues, au son duquel furent incontinent sur pied les habitans. Le seigneur de Lours, capitaine général, ne fut plus tost adverty de ce faict qu'il ouyt l'alaime sonner par les rues, et se trouva aussi estonné que les habitans, pensant jà estre prins. Cependant, la lanterne ou lumière que l'on avoit apperceu, ainsi que dessus est dict, s' estoit absconcée , et n'en voyoil-on plus la clarté; parmy les ténèbres de la nuict, estoient apperceuz les saux et arbres que l'on avoit jugé estre des hommes. Les premiers qui abordèrent à l'Arche-Fendue reconnurent les saux de la prairie là où le dixenier Barrier disoit estre les ennemys, et fut donné congé à chascun de s'en retourner en sa maison.

Plaisanteries des clames de Provins à propos de cette affaire.

1567. Il nous fault retourner à Paris et à S*-Denis en France, où s'amassoient les deux armées, lesquelles furent quasi aussi tost aprestées l'une que Taultre , combien qu'il fault confesser toutesfois que les rebelles huguenotz condéyens furent plus tost en armes pour ravager le pays parisien que le roy n'eust amassé des forces pour leur résister, lesquelles entrèrent avec toute difficulté dedans la ville de Paris, pour le passage des chemins qui leur estoient empeschez. Lesditz rebelles eurent le loysir de cinq à six sepmaines de tout ravager, piller, ravir et voiler es environs de Paris et de tenir la ville en subjection telle qu ilz cuydèrent Faffamer avant qu'on osast entreprendre de les combattre. Hz estoient si audacieux, que les gens et bestial qu'ilz ravissoient es environs dudit Paris, pour les mener en leur camp, ilz les passoient pardevant les portes et miurailles dudit Pans à la portée d'une harquebuse à crocq, pour despiter les gardes parisiennes.

Le roy, après s'estre submis à tous debvoirs plus que à un roy n'appartient envers son vassal, pour pacifier ce tumulte et rebelle entreprinse huguenoticque , volut adviser à faire par armes ce qu'il n'avoit sceu faire par amytié. Lequel, pour se délivrer et le monde parisien de ceste vermine et Locuste plus que saulvage, après avoir amassé le nombre de dix-huict mille hommes, tant de pied que de cheval, composez tant de ses gens d'ordonnance que de peuple parisien, volut donner le combat et ordonna M. le connestable Anne de Montmorency son lieutenant général, pour conduire son armée catholicque, qui estoit campée es fauxbourgs S*-Denis et quelque peu avant; au lieu dit la Chapelle, qui est une petite église sur le chemin , distante dudit fauxbourg ung quart de lieue. Elle avoit en teste et à sa veue Tarmée huguenoticque , qui estoit campée hors de la ville S^-Denis, au lieu où maintenant on tient la foyre du Lendit, qui povoit estre de douze mille hommes et plus.

De descrire icy les escarmouches qui ^e donnoient par chascun jour les xmgs sur les aultres, comme aussi celles qui attacquoient la bataille, je ne puis, pour ce que je ny estois pas; mais bien ai sceu

1 567, autresfois avoit esté archer de la garde du feu roy Henry 11°*. Il ne mourut pas en la place, mais fut remporté dans la ville de Paris, où il mourut en moings de deux jours après ^

La mort dudit connestable fiit plaincte de peu de gens du party des catholicques, à cause de la huguenotterie de Tadmiral, du card. de Chastillon et d'Andelot, ses nepveux, qui estoient, après le prince de Condé, chefz des rebelles huguenots françoys et des plus meschans; et avoient plusieurs personnes ceste oppinion dudit connestable qu^il les eust bien ^tirez de ceste rébellion s'il eust voulu, attendu que tous avoient esté avancez en leurs estatz par le feu roy Henry, par son moyen. Il fut plainct aucunement par quelques gens de guerre et aucuns gentilshommes, pour le crédit qu'ilz perdoient par sa mort.

Plusieurs personnes aveu^ez et non cler^voyans en toutes affaires parlèrent de sa mort à son déshonneur, disans qu'il ne fut tué à laditte bataille par ledit Stuart, ains par ung guerrier de la part du roy et des catholicques que Ton ne voulut nommer, et luy fut donné le coup d'aultant qu on le veit qu'il s'enfermoit dedans le bataillon du prince de Condé et de Tadmiral son nepveu, pour se rendre prisonnier entre leurs mains, comme telle avoit jà esté sa coustume en deux batailles, à la bataille de S'-Laurent contre l'empereur Chaiies le Quint, en l'an lôSy, et à la bataille de Dreux contre les mesmes rebelles huguenotz, en l'an i56a. Aultres l'ont voulu excuser et dire qu'il fut véritablement tué par ledit Stuard^, faulte de se faire à cog-

^ Le connétaUe Anne de Montmorency

mourut deux jours après la bataille de Saint-Denis, le la novembre 1667. ^^ ^^^^ âgé de près de soixante et quinze ans. ( Voy . sa YÎe dans Brantôme.)

* Voici ce que j'ai pu recueillir sur ce personnage. Parmi les historiens qui Tont mentionné , les uns rappellent Jacques , les autres Robert ; ce dernier nom parait le véritable, c*est celui qu'attribuent i Stuart

François II , dans une lettre au connétable de Montmorency du a S février iSSg (1 56o) , et de Thou , dans son Histoire universelle. Vieilleville et d*Aubigné ne lui donnent pas de prénom; mais d'Aubigné le dit parent de la royne d'Escosse, Robert Stuart, selon plusieurs récits, fit partie de la garde des archers écossais sous Henri H et ses successeurs. Il avait embrassé le protestantisme, et Minard, président au par-

noistre et de parler, ce qui ne luy fut possible de faire, pour la grande collère où il estoit, et de despit qa'A avoit de se veoir ainsi abandonné et le camp'du roy par les fuyartz , mesmement par ceux de sa compagnie, et que luy, combattant à main de son espée, donna deux ou trois coups du pommeau d^icelle sur la bouche dudit Stuard, dont luy rompit quatre dens en la bouche, de quoy collère, ledit Stuard luy desbanda sa pistoUe au travers des reins, dopt il mourut.

Geste bataille fut en tel bransle que longtemps on estimoit les catholicques lavoir perdue , et de faict les huguenotz se sont tousjours 'vantez de Ta voir gangnée , à cause de la mort dudit connestable , qui y Ait tué. Toutesfois, furent à la fm contrainctz de quitter le champ et de se retirer à la vitesse poiu* se saulver, et si demeura en laditte bataille beaucoup plus des leurs mortz et prisonniers que des catholicques du party du roy, mais non gens de marque et de renom, comme furent ceux desditz catholicques. Le nombre des mortz, tant d'une part que d'aultre , fut estimé à deux mille personnes pour

lement de Paris, ayant été assassiné pendant le procès d* Anne du Bourg, on l*accusa de ce meurtre. Il passait pour se servir de balles empoisonnées qu'on appelait de son nom Stuardes, témoin ce quatrain adressé au cardinal de Lorraine :

Garde-toi, cardinal, Que ta ne fois traité A la Minarde, D'une Stnarde.

Impliqué dans la conspiration d'Amboise, il parvint à s'échapper, combattit dans les armées protestantes et fut blessé au siège de Corbeil, en 1 563. Â la bataille de Saint- Denis , où il commandait un corps d'Écossais, il prit le connétable, qui, en cherchant à s'échapper, lui cassa trois dents avec son épée. Suivant les uns, ce fut Stuart qui donna le coup de là mort à Anne de Montmorency ; d' Aubigné dit que ce fut un autre Ecossais. Le mfême écrivain

fait mourir Stuart à la bataille de Jamac, de la main d'un capitaine du connétable. Brantôme donne des détails circonstanciés sur la mort de Stuart à la suite de la bataille de Jamac. Claude Haton le présente comme ayant été pendu en 1 56g, Robert Stuart paraît avoir fait partie d'une branche de la maison royale d'Ecosse, dont les membres, descendants de Jacques U, furent, au xvi* siècle, seigneurs de Lisines, de Savins et de Jutîgny, en Brie. (Ythier, Nobiliaire du hailliage de Provins, p. g40 Voyez d' Aubigné, Hist. univ. 1. 1, p. 90,9a, 96, ai5, ai6, a8o; — Mém. de Condé et Archives curieuses de Vhistoire de France, t. IV, p. 3a ; — de Thou, Histoire universelle, liv. XXXIII et Kv. XLII; — La Popelinière, fol. i44 v*; — Vieilleville , Mém. 1. IX , c. 36 et 37 ; — A ddit. aux Mém. de Castelnaa, t. I, 1. I, p. 363, et t. II, p. 683; — Piguerre, Hifl. deFr. p. 55o, etc.

1567. le plus. De la part des catholicques , furent tuez, pour les gens de renom : M. le connestable Anne de Mommorancy; Claude de Batarnay, sieur d^ Anton, guidon de la compagnie dudit connestable^; le comte de Chaime, Hyéronyme de Turin; le capitaine Loup, seigneur de. . . en Beauce, gendre de feu M. de Tachy^ et bien 4o aultres, que capitaines que chefz de compagnies, avec plus de 3oo hommes signalez, tant de pied que de cheval, sans ceux qui n^eurent poinct de nom. Ducosté des rebelles, furent tuez et blessez : le vidasme d^Amiens, le sieur de Picquigny', les sieurs de Saux\ de la Suze^ de S -André, de Garennes, et plus de 5o aultres t{ui n'eurent nom, tous gens à cheval, et plus de i5oo de leurs gens de pied. Le prince de Condé y cuyda demeiu^er; toutesfois se saidva à la vitesse de son cheval, qui tomba mort dessoubz luy, estant destoumé de Fescadron en faisant sa retraicte.

Les catholicques demeurèrent victorieux sur le champ de la bataille jusques à minuict, cerchans les ennemys aux escartz, feûsans enmener les Uessez à Paris et fouillier les mortz, pour en emporter avec eux les despouilles.

En ceste nuict arriva , avec ses trouppes , d' Andelot , qui avoit esté mandé de Poissy, où il estoit allé pour se trouver à ceste jouumée ; n'estant venu à temps, au lendemain il courut avec le reste de leur camp la campagne depuis S^-Denis jusques aux portes de Paris, pour penser attirer le camp catholicque au combat, lequel n'en voulut manger, pour deux raisons : la première, faulte de gouverneur et lieutenant général pour le roy en la place du connestable; Taultre, de peur que , estans retournés au combat , les huguenotz secretz de la

' Gaude de BasUrnay , seigneur d'An- ^ Charies d'Ailly de Picqaigny, vidanie

ton, comte du Bouchage, fils de François d* Amiens.

de Bastamay et d'Isabelle de Savoie, ne- ^ François d*Agoult, de Montauban et

veu du connétable. de Montlaur, comte de Saull; Saint- André

* Loup du Trichet, chevalier, seigneur était son frère,

de Vimetz, marié à Jacqueline du Roux, ^ Nicolas de Champagne, comte de la

fille d'Odart du Roux , seigneur de Tachy, Suze. mort rers 1 566, ctde Jeannede Languedoc.

ville de Paris et une milliace de rneschans gamemens qui sont en la- 1567. ditte ville ordinairement ne feissent quelque remeuement de mesnage par pillerie ou aultrement, pour favoriser Taudace desditz rebelles.

Un capitaine catholique, nommé Guerry, se met avec une vingtaine d*arquebusiers en embuscade dans un moulin à vent qui n*avait pas été brûlé, et de là tue plus de cinquante hommes de la troupe de d'Andelot^.

Au lendemain de la S*-Martin d'hyver (12 novembrej, descampèrent de S -Denis le prince de Condé et sa quirielle de huguenotz ; ayant ramassé tout le reste de son camp qui luy estoit resté de la bataille susditte , tout à loysir se retira par la ville et passage de Lagni siur Marne, pour retourner en la Brie, ce qui luy estoit facile à son souhait, car personne n^estoit en armes en ces quartiers pour Tempescher, le camp du roy s'estant retiré dedans Paris et es fauxbourgs. Les Parisiens, comme aussi le roy et les villes et villages des environs dudit Paris, furent bien ayses de se veoir descharger de ceste armée condéienne , et pour le partement d'icelle feirent les Parisiens alégresse. Lesquelz, estans de ce délivrez, receurent vivres de tous costez, excepté des rivières de Seine et d'Yonne, qui demeurèrent encores empeschées depuis Montereau en amont. On estima une faulte au roy et aux princes et seigneurs de son camp de n'avoir poursuyvi les rebelles au passage de Lagni , et de ne leur avoir couppé chemin par Charenton ou par Corbeil, pour les attacquer entre ledit Lagni et Rosay en Brie, où là sans difficulté eussent esté rompus; car ilz estoient en grand désordre et bien refroidis pour la perte qu'ilz avoient receue en la bataille susditte; plusieurs quittèrent l'armée, et se retirèrent en leurs maisons à la couverte, sans plus dire qu'ilz y eussent esté ni eussent volonté d'y retourner.

La mort du connétable de Montmorency fut la principale cause pour laquelle les protestants ne furent point poursuivis. Les chefs firent, entre Lagny et Rosay, la revue de leurs forces, et, se trouvant très-affaiblis, tant par la perte des gens

' De Thou a raconté ce fait d*anne8. Histoire universelle, 1. XLII.

1567. morts en la bataille que par les désertions ^ ils tinrent conseil ponr aviser au parti qu'il convenait de prendre. Les uns étaient d*avis qu'on se soumit aux conditions de la cour; d'autres pensaient qu'il fallait attendre les secours qui arrivaient de la France et de l'étranger, et continuer la guerre jusqu'à ce qu'on eût obtenu une paix avantageuse. Ce dernier parti fut adopté , et l'on décida qu'on se mettrait inunédiatement en route pour aller au-devant des reitres promis par le comte palatin du Rhin, et qu'on retournerait à Montereau pour s'unir avant tout aux renforts de Guienne et de Poitou.

Et de ce pas prindrent la route de Montereau , en passant par Nan* gis , où se logea M. le prince de Condé dans le chasteau de madame de Beauvais^, dame d'honneur et fort catholicque, le mary de laquelle avoit esté mort pour les coups par luy receuz en la bataille de Dreux, aux premiers troubles de Tan i562. Geste dame, sçachant le camp du prince rebelle s'acheminer par Nangis , luy offrit libérallement sa maison pour son logis, en le priant qu'il luy pleust de ne faire aucun domage, ni souffrir estre faict au temple et église, ni aussi aux prebstres dudit Nangis, ses subjectz, ce que ledit sieur prince luy accorda. Les gens d'église dudit Nangis et de plusieurs villages d'alentour estoient enfermez dedans le chasteau, tous en habit dissimulé, auxquelz elle donna une chambre, de laquelle ilz ne sortirent jusques après le deslogement dudit prince et de son camp dudit Nangis, et dans laquelle elle les feit noiurir le plus secrettement qu elle put.

Audit Nangis ou auprès, attenant de la Belle-Hostellerie , y a ung aultre chasteau appartenant à ung aultre seigneur que laditte dame , que vulgairement on appelle le chasteau d'En Bas, lequel fut ferme et osa

* Voy. sur rélat des armées royale et protestante après la bataille de Saint-Denis : « Procès-verbal fait suivant les ordres du roy par le lieut. du Pont-de-fArche des gentilshommes du ressort qui ont quitté farmée du roi après la bataille de S^-Denis . et de ceux qui ont suivi le prince de Condé. i568, 5 janvier. • (Bibl. imp. coUect. Harlay, n* 320, fol. aA r*.) — t Procès-verbal

du bailli de Rouen au Ponteaodemer, contenant les noms des gentilshommes qui se sont retirés en leurs maisons du camp du roy après la bataille de S*-Denis, 1 568 , 9 janvier. ■ {W. ihid. fol. Sy r*.)

* Jeanne d*Aguerre, femme de Nicolas de Brichanteau, seigneur de Nangis, fille de Jean , baron de Vienne , et de Jacqueline de Lenoncourt.

tenir bon contre le camp du prince de Condé. Devant lequel fut brac- 1567. quée et tirée Fartillerie que menoit ledit prince, et soustinrent plu* sieurs coups ledit chasteau et ceux qui estoient dedans par l'espace de deux jours, au bout desquels receut nouvelles ledit prince du seigneur à qui il appartenoit, mais ne sçai quelles; qui fut cause de le faire quitter à son artillerie et de lever le siège de devant, auquel toutesfois laditte artillerie ni le camp susdit n'eussent sceu faire mal pour lors.

A rinstant que les inûdeiles huguenotz furent arrivez dedans le boui^ de Nangis, les plus*esvantez , contre lesdeffenses du prince, qui avoit faict faire le ban qu'on ne gastast rien à Téglise , coururent en icelle pour la saccager, à la façon des aultres par où ilz avoient passé, et pour laisser les marcques de leiur enragée conscience; et entrez qu'ilz y furent, après avoir brisé les serrures des portes, commencèrent à tout rompre et démolir. De quoy fut advertie laditte dame de Beauvais, laquelle se représenta audit prince, poxur.luy en former plainte, le priant de luy tenir promesse, touchant la conservation de son temple et é^ise dudit Nangis, luy remonstrant que, contre les deffenses et le ban*faict par luy, les gens de sa suitte estoient dedans pour le démolir, et le priant de rechef que ledit temple ou éghse luy feust saulvé. A la requeste de laquelle, envoya ledit prince son maistre d'hostel pour les faire cesser, et fîit le ban réitéré par tout le camp, que nul, sous peine d'estre pendu ou estranglé, eust à se transporter audit temple ou église, pour y faire aucun domage, et oncques depuis nul attenta d'y rien gaster.

Audit Nangis, ia ville de Provins fut mise en délibération au conseil du prince, pour veoir si son camp se debvoit acheminer devant icelle pour la propdre, ou si on envoyeroit quelques messagers pour induire les habitans à composition pour en tirer argent, affin de subvenir aux fraiz de lexur guerre, et si on passeroit oultre sans leur faire aultre mal. Geste cause débatue, fut advisé que, si laditte ville tenoit bon contre eux et qu'elle ne se voulust promptement rendre, cela leur poiUToit porter domage et empescher le secours qui leur venoit de Guienne et de Poitou; pour lequel joindre et le mettre en sûreté.

1567. tous les villages qui sont en ceste campagne-ià , depuis laditte rivière, en tirant droict à Trainel. Une partie dudit camp demeura ouitre laditte rivière du costé de Gastinois, pour faire escorte aux secours qui leur venoient du Poitou, qui estoient prestz à se joindre, et qui prindreut leur passage à Pons-sur-Yonne , comme nous dirons tantost.

Le camp dudit sieur prince estant passé laditte rivière d*Yonne , une partie d'iceluy s'alla loger dedans le bourg de Courions \ qui n'estoit fermé que de fossez , estant ledit Courions tout joygnant laditte rivière de Yonne. Dans lequel n'entrèrent lesditz huguenots du premier coup, d'aultant que lesditz de Courions leur avoient fermé leurs portes et levé les pontz, qui fut grande foUie à eux. Ce que voyans lesditz huguenotz , sommèrent les habitans dudit bourg d'ouvrir leurs portes et d'avaler leurs pontz et de se rendre audit seigneur prince de Condé, ce qu'ilz I^abitaus refusèrent faire. Lesquelz en armes se laissèrent assiéger et battre quelque peu de temps, aymant mieux se laisser prendre par force et assault que de se rendre; ilz se mirent en deffense, tirèrent sur le camp huguenot, tuèrent quelque capitaine ou enseigne, avec quelque quatre ou cinq soldatz avant qu'astre prinz, et tinrent bon environ ung jour entier; qui fut cause que ceux qui les avoient assiégez envoyèrent appeler du secours en leur camp, pour prendre ce pauvre boui^. Pour lequel avoir, se présentèrent devant plus de a,ooo huguenotz des gens de pied, et quasi 1,000 de cheval, équippez et arrangez comme s'ilz eussent eu volunté de combatre une forte ville de frontière. Les assiégez, se voyans assaillir si furieusement par les assiégeans, pensèrent parlementer pour se rendre à composition honeste; mais n'y furent receuz, ains y volm^nt entrer lesdis assiégeans huguenotz par force et assault. Quoy voyans les habitans assiégez, qui n'avoient secours de personne, advisèrent à se saulver au mieux qu'ilz purent, mais sur le tard, au prouffit de plusieurs, joinct aussi qu'il leur estoit impossible d'eschapper tous la rage huguenoticque , poiu* eslre par lesditz huguenotz enfermez et

Département de T Yonne, arrondissement de Sens, canton de Sergines.

entourez de toutes partz. Quand ilz commencèrent à prendre la fuitte 1567. pour se penser saulver, les assaillans huguenotz avoient jà gangné le hault de leurs fossez; lesquelz<» entrans à la fille, tuèrent et massacrèrent tout ce qui se trouva en leur voye , fussent gens ou bestejs de tous sex.es et âges, et commirent lesditz huguenotz toute espèce et genre de meschanceté audit bourgs après qu'ilz y furent entrez, tomme s'ilz eussent esté Scythes et barbares, excepté le feu, qui ne fut par eux mis que dansTéglisê. Ilz massacrèrent hommes, femmes et enfans à leur entrée , ilz vioUèrent filles et femmes , ilz ravirent et pillèrent tous les meubles des maisons, ils prindrent à rançon les plus riches, quilz lyèrent estroictement, et les gouvernèrent misérablement. Et fault croyre qu'il n est possible de faire plus de mal à personne que ces nouveaux chrestiens réformez en firent audit Courions; de la prinse duquel firent aultant de cas et de bruict que s'ilz eussent prins la plus forte ville de France.

Les gens d'église dudit Courions se saulvèrent en la tour de leur église, pour éviter la rage et cruaulté de ces barbares qui se disoient enfans de TEvangille de J.-C. et de son église réformée , pensans par cela avoir meilleur marché de leur vie, après que la fureur d'iceux réforgiez seroit passée. Les huguenotz assiégèrent lesditz ecclésiasticques dans laditte tour à force canonades de leurs harquebuses; mais en rien n'ofiensèrent lesditz ecclésiasticques, lesquelz demeurèrent en laditte tour deux jours avant que de se rendre à la miséricorde de leurs ennemys , et encores ne s'y fussent rendus , si lesditz infidelles ne les eussent receuz à composition, qui estoit d'avoir la vie saulve, ce quilz avoient juré de faire. Mais perjures et desloyaux qu'ilz sont, estans pqulsez d'impatience ou cruaulté, massacrèrent au pied de la tour lesditz ecclésiasticques, si tost qu'ilz furent descendus. Quoy voyant, Tung d'iceulx ecclésiasticques, qui estoit le dernier à dévaller de laditte tour, remonsta vistement au sommet d'icelle pour regangner son fort, aymant mieux mourir là de faim ou aultrement que de se rendre à ces infidelles parjures. Toutefois, à la fin , misérablement se rendit à eux, se fians aux promesses qu'ilz luy faisoient de luy

1 567. pardonner sa vie , si , en se précipitant du hault de laditte tour en bas , il povoit eschapper sans se tuer luy-mesme; ce qu'il feit, selon le rapport commung du vtdgaire , qui fut ung grand mal faict à luy , s'il est vray ; car il debvoit mieux eslire de se mettre à leur miséricorde, comme avoient faict ses compagnons, en finissant ses jours par le martire qu'ilz luy eussent peu donner, que de s'estre soy-mesme précipité d'ung lieu si hatdt qu'est laditte tour. Aulcuns ont dict mieux de luy, rapportans qu il fut forcé par les tirans de se jetter du hault de laditte tour en bas, pour tascher à se saulver de leurs mains qu ilz estoient prestz de mettre sur luy, ou bien pour éviter la mort du feu dans lequel luy eust fallu finir ses jours, que les poursuivans avoient allumé dedans, laditte tour pour le brusler. Il ne se tua tout mort en se précipitant, mais se desmolut tous les os des membres et du corps, etn'eust esté possible qu'il eust peu reschapper de ceste cheutte. Ce néantmoins, messieurs les conjurez de huguenotz, contre leiu* foy jiu*ée et promesse à luy faicte de ne luy faire aucun mal s'il en povoit eschapper, le massacrèrent en la place, et là fina ses jours. Ce prebstre avoit nom messire Jehan EgrevîUe, homme fort alëgre et dispos de son corps; il.estoit estimé ung des meilleurs joueurs de paulme qui fust en Champagne et Brie. Il avoit esté mandé, n'y avoit pas 1 8 DMis, à Valéry, lez ledit Courions, pour jouer à la paulme avec ou contre le prince de Condé et aultres grands seigneurs, où il fiit l'espace de quatre joiu*s à jouer avec la compagnie , et fust en cest art ou jeu assez estimé dudit prince, et renvoyé sain et saulve, pour ce que c'estoit au temps de paix. Je ne sçai s'il oubUa en sa dernière nécessité à se réclamer dudit sieur prince, ou si en s'en réclamant il ne fut escouté par les murtriers qui le tuèrent estant sous la conduitte d'icelluy prince, lequel nestoit présent audit Courions, et estoit demeuré dedans Montereau pour donner ordre aux alFaires de son camp.

Cep^ddant que les huguenotz susditz à la barbare traictoient les habitans et prebstres de Courions, Genlis, gentilhomme firançoys, et lé régiment de Courboson, allèrent, avec l'arrièreirgarde du camp.

sommer la ville de Bray-sur-Seine ^ de se rendre au prince de Condé ; 1567. ce que refusèrent faire les habitans et le capitaine Combault, qui estoit dedans laditte ville capitaine et lieutenant poxur le roy, avec sa compagnie de gens ramassez telz quelz , qui ne pouvoient estre en bons soldatz ung cent, tout le reste bisongnes et gens non expertz aux armes. Au refus desquelz , fut mené le canon devant la ville , qui fut assiégée auprès de la porte de Jaulne, du costé devers Sens, la main droicte en sortant de la ville par ladite porte; et tirèrent iceux huguenotz dudit canon contre les murailles de laditte ville au lieu le plus foit qui y fust. Qui fut cause de leur faire remuer ledit canon, pour le planter d'aultre costé de laditte porte de Jaulne, auprès de la rivière , lieu le plus foible qui feust audit Bray, que leiu* enseignèrent quelques huguenotz de ladite ville, qui estoient en leur camp avee eux; et là tant tirèrent de laditte artillerie, qu'à la fin firent bresche aux murailles suffisante pour donner Tassault. Quasi tout le camp huguenot se présenta devant Bray, au refus de se rendre sans endurer le canon. Le canonier qui bracquoit et tiroit de laditte artillerie estoit un moyne du prieuré de Saint- Ayoul de Provins, nommé frère Guillaume Maret, duquel tant de fois avons parlé es années précédentes de nostre premier livre et de ce présent, habiilé d'une mandille de drap verd. Mandille est un habillement faict en manière d'une tunicque d'église, qui a les manches non cousues, mais vagues siu* les bras , pour lesquelles reserrer sur le poing se ferme avec boutons ou esgueillettes , laquelle, ceincte au corps, se met en manière d une Juppé.

Au jour mesme de l'assiégement de la ville de Bray, entra dedans icelle le capitaine Valentin Poulet, natif de Sézane et marié en la ville de Provins, avec sa compagnie de 3oo sôldatz par luy ramassez à la haste, une bonne partie composée de vaillans hommes entendus au faict de la guerre , l'aïUtre partie de novices et apprentis. Lesquelz toutesfois, à la conduitte dudit capitaine, s'emploièrent assez vaillamment pour la deffense de la ville , et ne l'eussent les huguenotz

* Voyez d*Aubigné, Histoire univcrseUe, t. 1, 1. IV, p. a 19, et de Thou, 1. XLTI.

1567. emportée si bastivement quilz firent, si le capitaine Combost et ses soldats eussent eu aussi bon cœur que ledit capitaine Valentin et sa compagnie. Entre les soldatz qui estoient soubz ledit Valentin , deux furent singulièrement remerqués pour vaillans hommes : Tung estoit img jeune cordelier du couvent de Provins, que je ne nommerai et pour cause, lequel, es deux assaulx que donnèrent les huguenots à la bresche des murailles de la ville qu avoit faict leur canon, se porta si vaillamment que rien plus; et pour montrer sa dextérité, depuis que lesditz huguenotz se furent retirez de laditte bresche, à la vue d'iceux descendit par laditte bresche au fons des fosses désarmer ung porte-enseigne huguenot qui avoit esté terrassé par terre fort blessé, pour l'achever de tuer et luy oster sa bource bien serrée, son corcelet et morion, sans que nul des ennemys Ten peust empescher; et avec lesdittes boiurce et armes remonsta à laditte bresche dedans la ville, sans que lesditz ennemis le pussent aucunement offenser. Uautre bien remerqué fut ung soldat, nonmié Caillât, natif dTsternay ou des environs i qui peu auparavant avoit esté serviteur du seigneur dudit lieu, lequel, par sa dextérité de bien tirer de la barquebuse, terrassa plus de 60 huguenotz, que mortz que blesses, des coups de harquebuse qu il tira au travers d^eux par le clocher de Téglise dudit Bray, durant le siège et les approches d^iceluy.

Après que la bresche fut faicte es murailles assez ample pour aller à Tassault, se présentèrent les huguenots fort furieusement, lesquels par deux fois en furent repoulses fortbragardement par ledit capitaine Valentin et ses soldatz , qui s'y montrèrent vaillans , au grand domage desditz huguenotz et peu de perte des soldats de dedans. Ce que voyans ledit Genlis et ses rebelles assaillans, crièrent à haulte voix après le capitaine Combost, en luy disant tels mots : • Combost, Combost! ce n est pas ce que tu nous as promis et à M. le prince; tu t'en repentiras , si tu ne livres la ville conune tu en as faict la promesse. On te retrouvera bien. » Ceste clameur huguenotte espouventa aucunement les habitans dudit Bray, lesquels, adjoustant foy à laditte clameur, creurent pour certain, comme aussi firent lesdits capitaine

Valentin et ses soldats, que ledit Combost, lieutenant général pour 1567. le roy en laditte ville, avoit intelligence avec le prince de Condé et sa cohorte huguenôtrcque , leur ayant promis Feutrée en laditte ville , et ont tousjours eu ceste oppinion lesditz habitans^

Durant ce si^ge et que on battoit la ville, qui fut quelque peu de jours avant la feste mous. S^ André , ledit capitaine Combôst et les habitans de la ville envoyèrent hommes au roy, qui estoit à Paris, pour advertir S. M. de Tassiégement de leuF ville, et luy demander secours. Le roy tout incontinent despescha quelques compagnies pour y envoyer, lesquelles, ne s'estans diligentées, n'entrèrent audit Bray. Par mesme requeste, envoyèrent lesditz habitans et capitaine prier M. de Lours, lieutenant pour le roy à Provins, et les habitans d'avoir pitié d'eux et de leur envoyer secours d'hommes et de pouldres à canon pour la deffense de leur ville. Ceux de Provins déhbérèrent en conseil sur ceste requeste; aucuns furent d'advis de ne leur envoyer secours ni de pouldres. ni d- hommes , disans pour leurs raisons qu'il n'estoit besoin de se desfoumir pour leur ayder, veu le danger si éminent qui les menaçoit. Aultres lurent d'avis de les secourir d'hommes et de pouldres, veu qu'ilz estoient leiu^ voysins, et davantage pour empescher hi prinse de laditte ville, qui servoit audit Provins d'une clef pour retenir les ennemys en bride de ne passer en la Brie, et que, estans empeschez à ce passage, la ville de Provins demeiureroit en plus grande sûreté qu'elle ne fëroit si 'laditte de Bray estoit prinse. Et à la fin fut résolu qu'on leur donneroit secours d'hommes et de pouldres , et sur le champ furent délivrez eux 'messagers 1 2 livres de pouldre à canon , qu'ilz emportèrent aVec eux jusques auprès dudit Bray, où elle leur fut enlevée par les huguenotz, qui avoient passé la rivière de Seine à gué pour garder et empescher le secours de n'entrer audit Bray qui leur feusrt allé de ce oosté. Cent harquebusiers de la compagnie de M. de Lours furent dèispeschez soubz la cgnduitté de M. de la Bai^e, son lieutenant, pour mener

* D*après d*Aubîgné et de Tkou, le Irès-honorable défense, qui lui gagna la capitaine Gombault fit au contraire une fayeur royale et des emplois importants.

1567. la nuict audit Bray ; mais ny entrèrent» parce que, estans aux Ormes, eurent nouvelles que la ville estoit rendue aux ennemys.

Elle fut rendue à composition , qui fut telle : que les capitaines et soldatz auroient la vie saulve seullement, et feroient serment de ne jamais porter les armes contre M. le prince de Condé ni la religion réformée; que la ville ne seroit pillée , ni les habitans d'icelle en leurs corps maltraictés; que les prebstres et ecclésiasticques estans en icelle ne seroient massacrez, mis à mort, ni en leurs corps et biens aulcunement molestez, à la chaîne toutesfois qu'ilz payeroient la sompae de 2,000 livres tournois de rançon, de laquelle respondroient les marchans de laditte ville, et Tadvanceroient au cas que lesditz ecclésiasticques ne la pussent payer conptant; que la ville recevroit garnison de gens de laditte religion, qu'ilz nourriroient à leurs despens. Lesquelz articles furent en tout exécutés et plus.

La porte ouverte aux ennemys, entrèrent en si grande foulle que les maisons ne les eussent sceu tenir; chascun pilla ce qu'il trouva de mal serré. Chascun habitant fut par ces soldatz rançonné, pour n estre rudement traicté ni entièrement pillé. Les prebstres fiurent tous emprisonnez et assez maltraictez. Les capitaines, signanment le capitaine Poullet, furent, contre la promesse huguenoticque , dévalisés; les soldatz mis hors de la ville, sans armes, avec lesquelz se saulva ung seul prebstre, doyen rural de Trainel, habillé en soldat, lequel s'enrolla du depuis soubz la cbai^^e dudit capitaine Valentin, qui redressa une compagnie de 3oo hommes pour le service du roy, encores que le huguenot Teust £siit jurer comme par force de ne jamais aller à la guerre contre luy ni sa prétendue religion.

Il capitaine Poullet acquist ung grand los à la defiense dudit Bray, et fut par les habitans tenu et réputé homme vaillant et digne de la chai|[e de capitaine , et eurent grand regret lesditz habitans que ledit Poullet n'avoit la garde de leur ville comme avoit le capitaine Combost, estans bien assurez que les huguenotz ne Peussent eue par assault ni par composition, comme ilz eurent par la trayson, 'ce disoient-ilz , que leur fist ledit Combost. Cest une chose toute assurée que, si ledit

Combost eust tenu bon encores vingt-quatre heures, les huguenots 1567 n'eussent poinct entré audit Bray; car le secoxurs estoit aux champs de toutes partz pour les secourir et à six lieues près, sans le secours de Provins, qui s'estoit acheminé pour y entrer la nuit du jour que les huguenotz y entrèrent. Lesditz de Bray eurent ceste oppinion et crurent fermement que ledit Combost leur fut traître et qu'il avoit livré leur ville à Tennemy; car luy ni ses soldatz ne voulurent oncques deffendre la bresche, ni ayder à la réparer, et si empeschoit lesditz habitans et le capitaine Yalentin PouUet et ses soldatz de la réparer; ce qu elle fut toutesfois , mais en vain , car, quand il veit qu'elle estoit de deffense et plus forte que devant, composa avec l'ennemy.

Les gens d'église emprisonnez furent contrainctz de fournir la rançon promise ausditz huguenotz, et, parce quHlz n'a voient argent comptant, s'obligèrent à Jehan de Bureau, à N. Bugnon et encores à quelques aultres , qui fournirent laditte rançon , pour leur rendre après qu'ilz seroient mis en liberté et que les troubles eussent esté cessez ; ce que toutesfois refusèrent de faire poiu* le tout, après que les huguenotz se furent retirez, et n'en voulurent payer que leur cotte part. Pour estre relevez de l'obligation qu ilz avoient passée estans prisonniers , s'adressèrent au roy , qui les en releva et donna commission 4^imposer sur eux et les habitans une taille montant à laditte somme , pour remboxurser lesditz marchans qui avoient avancé laditte rançon, dans laquelle furent compris les gens d'é^se des villages qui s'estoient retirez audit Bray avant le siège, et qui furent mis prisonniers avec les aultres. Le thésaïu^ier de l'église dudit Bray, qui estoit chanoine et prebstre, nommé Deninat, ne fut emprisonné avec les aultres, parce qu'il estoit huguenot.

Les huguenotz blessez et malades du camp condéyen furent mis en laditte ville de Bray et en fust l'Hostel'-Dieu tout remply; ilz estoient en nombre de plus de 60 à 80, qui y furent jusques au descampement de laditte ville et pays d'alentour. Plusieiu^s d'iceux y demeurèrent mortz des coups qu'ilz avoient receu au siège et assaux, et plus d'un cent avoient esté tuez à la bresche. Si les tenans eussent

1567. tenu bon et soustenu encores ung assault, comme ik avoient le moyen de faire , le camp huguenot se feust levé de luy-mesme , parce qu ilz n'avoient plus de pouldre ni bouletz pour les endomager davantage. Laditte ville de Bray fut rendue au huguenot le 3 8^ jour du moys de novembre de ceste présente année.

Il ne fatdt laisser en oubly la mort du procureur d'Averly, parroisse de Challemaison , pour le jseigneur d' Acco , seigneur en partie dudit lieu, lequel estoit diacre de Tég^ise huguenotte de Provins; qui, voyant le camp huguenot devant la ville de Bray, monta sur sa jument et se transporta sur le bord de la rivière de Seine, vis-à-vis dudit camp, la rivière entre deux, pour veoir Texploict d'iceluy sur laditte ville, n ne (îit plus tost arrivé, que incontinent quelques harquebusiers huguenotz le saluèrent à beaux coups de harquebuses, pensans que ce fiist quelque catholicque qui se fust là présenté pour les explorer et recognoistre ; et, ne leiu* povant faire entendre quil estoit de leurs frères, se retira ung peu arrière pour se saulver des coups. Incontinent qu'il se (îit refermé et tenu coy, coururent à luy quatre chevaux huguenotz pour le faire desplacer, ayans passé la rivière à gué, qui lors estoit guéable en moult d'endroictz, et aussi basse que Ton pourroit dire pour la saison, qui porta ung grand domage au pays de Brie et villes et villages qui sont situez sur laditte rivière. Ce que bien appercevant, ledit diacre huguenot print la fuitte au trot de saditte jument, jugeant en soy que les hommes et chevaux qui le poiirsuivoient fussent catholicques , pour luy coupper lagoi^e, et ne voulant tourner visage vers eux pour se faire cognoistre ; ceux-ci pensèrent qu'il fust catholicque , et en s'aprochant de luy, luy laschèrent de leurs ^pistolles au travers du corps et de sa jument pour Tarrester. Il tomba par terre, où ilz s'entrecognurent estt*e firères huguenotz, compères et amys, et estoiént ses poursuivans qui le tuèrent huguenotz, habitans de la ville de Bray, Fung desquelz estoit hostellier de Thostellerie de TEscu de France, compère dudit diacre et son grand amy. Dieu sçait les regretz que firent ces frères réformez d'avoir tué le diacre de leur église satanicque, lesquelz, descendus de dessus leurs

chevaux, le montèrent sur ung, sa jument demoiu^ant en la place, et 15Ô7. le menèrent en son logis , audit Averly, où il mourut au lendemain , et fut, contre son intention, enterré par les susditz murtriers dedans la chapelle dudit Averly. Cest homme avoit estudié honestement aux lettres latines et théologales, et estoit cordelier renié et apostat venu du pays de Poitou; lequel toutesfois ne se maria, comme feirent plusieurs aultres prebstres et moynes.

Le joxur mesme que la ville de Bray fut rendue au seigneiur de Genlis et qu'il s'acomodoit en icelle, le sieur de d' Andelot alla sommer la ville de Nogent-sur-Seine , avec son avant-garde, afin de faciliter aux troupes huguenotes le chemin poiu* repasser laditte rivière à leur ayse et à leur besoin. Il n'y avoit audit Nogent aultres que les habitans et une compagnie de gens de cheval italiens qui y avoient entré le joiu* mesme qu'elle fut sommée, gens assez mal en poinct. Le capitaine ou guidon desditz gens de cheval , du consentement des habitans, print le gouvernement de la ville, avec les capitaines, procureiur et eschevins d'icelle, lesquelz refusèrent de se rendre audit d' Andelot. Lequel , à leur refus , fit arriver partie du camp huguenot devant laditte ville, avec Tartillerie qui avoit battu la ville de Bray, et se logea es fauxbourgs de la Chapelle de la Trinité et de Beschereau, vers le petit S^-Laurent, qui sont deux grans fauxbourgs oultre la rivière, du costé de la Champagne. Les habitans de Nogent monstroient semblant de vouloir tenir bon contre ledit d' Andelot et le camp huguenot, et ne s'atendoit d' Andelot de la prendre si à son ayse qu'il Genlis avoit prins Bray, si ce n'estoit par la traîson qu*il espéroit que feroit le bailly Angenost et quelques aultres huguenotz de laditte ville qm estoient*encores en ice%; mais bientost je cœur leur faiUit, sans se expérimenter ni attendre le salut d'ung seul coup de canon devant leurs murailles. Car, dès le jour de la feste S^-André ou le dimanche ensuyvant, qui estoit le premier ou second jour du moys de décembre , escampèrent le soir de leur ville par la porte du fauxbourgde ht Belle-Dame , qui est du costé de la Brie, et s'enfuirent pour la pnispart dans la ville de Provins, où ilz arrivèrent à Touver-

1567. ture des portes, ayant cheminé toute ta nuict. Les gens de cheval qui esloient audit Nogent, et*icur capitaine ou guydon, qui avoit prins la ville en charge, deslogèrent les premiers, qui fut cause de faire desloger quant et quant les habitans, lesquelz prindrent ung si grand efiFroy en eux qu'ilz pensoient ne se pouvoir saulver à heure , et se trouvèrent à la porte à si grande foulle que les plus fortz cuibutoient ctd sur teste les plus foibles, pour passer les premiers et au moins de bruict qu ilz pouvoient, et y fut le désordre si grand que plusieurs furent renversez et culbutez en la rivière dessoubz le pont, qui furent nayez ; et si n^emportoient les fuyards nogentins rien que leurs corps pour se saulver plus habilement.

Les sentinelles et corps de garde qui estoient depuis la poterne des bateaux à sel jusques au chasteau de la ville, en prenant le tour de la ville depuis laditte poterne, en allant par la porte de Beschereau et en gangnant la porte de Troye* et delà la rivière au droict dudit chasteau , ne seurent aucunement nouvelle de la fuitte de leurs gens qu'il ne feust neuf heures du matin, le iundy 2^ ou ^3* jour de décembre, comme aussi ne s'en aperceurent ceux qui estoient au guet dedans la tour de leiu* église, lesquelz s'esmerveilloient beaucoup de ce qu'on ne les alloit lever et rafraischir d'aultres en leur place, veu le hault jour qui esclarissoit. Quoy voyant, lesditz guet et sentinelles habandonnèrent les murailles pour aller en leurs maisons à sçavoir les nouvelles de la ville, qu'ilz trouvèrent vuyde d'hommes et de plusieurs femmes, et, après en avoir entendu la fuitte , ilz quittèrent la ville pour s'en aller après les atdtres. C'est une chose toute véritable qu'il ne demoura audit Nogent ce jour-là qu'environ vingt homm^ pour le plus , et quelque peu davantage de femmes. Les serviteurs et servantes de plusieurs maisons, comme aussi les enfans, demeurèrent en icelles et attendirent l'arrivée des huguenotz , qui y entrèrent après dix heures du matin , que la porte leur fut ouverte , sans demander, par le bally, et le peu d'hommes qui estoient restez avec luy, ce que n'espéroient lesditz huguenotz, lesquelz estoient aux escoutes une partie et l'aultre au coReil. Qui,

n'oyant aulcun bruict par la ville « pensoient que les habitans entre- 1567. prinssent sur eux quelque grand cas, et pour ce se donnoient de garde au possible, de peur d^être surprins de quelque escarmouche. Les maisons de la ville furent pillées, les églises saccagées et bruslées, et Dieu sçait la chère que firent ces loyaux subjectz réformez du roy, qui, avant leur prinse des armes, s'estoient vantez par leurs requestes présentées à S. M. qu'ilz ne demandoient que le bien public et le soulagement du peuple.

Les hommes de Nogent qui ne s'en estoient fuys eiu^ent quelque peu meilleur marché que ceux qui s*en estoient partis, mais non de guères, et fut telle hexure qu'ilz eussent bien voulu estre hors de leiu^s maisons et de la ville, pour la rudesse que lexur firent lesditz huguenotz qm se nommoient loyaux subjectz du roy.

Geste fuitte nogentinne desprisa fort les habitans de laditte ville , lesquelz, avant qu*estre sommez et assiégez, se disoient plus fortz de cœur, courage et miu^ailles que toutes aultres villes du pays, et sembloit, à les ouyr blasphémer Dieu de toutes partz, qu'ilz désirassent lesditz huguenotz devant leur ville, pour là les exterminer et leur faire perdre leurs vies et entreprinses , tant ilz de Nogent estoient arrogans et se faisoient maulvais. Mais fut sur eux expérimenté le proverbe commung, qui dict que la guerre est doulce à ceux qui ne sont expertz en icelle, parce que, sans coups donner ne recevoir, tournèrent le dos et se saulvèrent à la vitesse de leurs piedz. Je eroys que Dieu permist cela advenir en teste manière, pour abaisser quelque peu leur audace, et en pugnition de leurs blasphèmes du nom de Dieu , péché criminel et détestable duquel estoient plus usitez les hommes dudit Nogent que nulz des aultres pays, et sembloit qu'ils fissent vertu en parlant et devisant aux personnes de proférer la mort, la chair, le sang, le ventre et la teste de Nostre-Seigneiu*, sans laisser en arrière sa vertu , et à tous propos avoient telz blasphèmes à la bouche. La ville piëée et les églises saccagées et bruslées, se retira d'Andelot avec son avantgarde devant la ville de Sens, où estoient le prince de Condé et Tadmirat , qui entreprenoient sur la ville , pour la forcer et la prendre à

1567. ieur dévotion, et laissa une compagnie ou deux audit Nogent pour garder ce passage. U d'Ândelot envoya une auitre compagnie en la ville de Pons-sur-Seine en garnison , qui furent receuz par les habitans sans aucune difficulté. Laditte ville de Pons ne fut pillée comme celle de Nogent, mais payèrent rançon au prince de Condé, pour fournir aux fraiz de son armée. On ne sçauroit remettre pour vingt mille livres tournois les églises de Nogent en Testât qu^elles estoient au jour que ces nouveaux réformez y mirent le feu, en bastiment, meubles, ymages, pinctures et omemens, en ce comprins les verrières. Cestoient les plus belles é^ses, principallement celle de M. S^- Laurent, qui est la parochialle, et celle de la Trinité, qui fussent en France.

Durant le temps que Genlis et d'Andelot entreprenoient sur les villes de Bray et Nogent-sur-Seine , le prince de Condé et Tadmiral entreprenoient sur la ville de Sens et Tassiégèrent; mais, avant que de Fassiéger, pour se faciliter tous les chemins et passages, prindrent par assault la ville de Pons-sur-Yonne, après avoir £siit bresche aux miurailles d'icelle avec deux canons que les huguenotz de Guienne, de Poitou , Lymosin , Xaintonge et Pays-Bas avôient prins dedans Orléans, estans conduictz par les chefz qui lesavoient levez, qui estoient Sainct-Cyre, escuier, de Puigreffier en Poictou, Soubize, Languillier, Landereau, Puviault, S -Martin, La Couldre, Pardillan, Pilles, et Compegnac, moyne reniée Tous ces capitaines huguenotz et rebelles s'allèrent joindre audit prince de Condé devant la ville d^Sens, après avoir saccagé et tué quasi tous les soldatz de trois compagnies cathollcques que M. de Guise avoit là envoyé en garnison poiur garder le passage soubz la conduitte des capitaines S^-Martin et S'^Loup, avec aussi plusieurs habitans de laditte ville. Plusieurs soldatz et habitans s'estoient retirez dedans Téglise dudit lieu , pour éviter la fureur d# ces barbares chrestiens ; mais Compegnac ne leur voulut pardonner, non plus qu^à ceux qui furent attainctz sur les pontz de la rivière

* D'après d'Aubîgné, de Thou, etc. la elle fîit forcée, et tout ce qu*on trouva fot ville de Pont résista assez opiniastremerA; passé au fil de Tépée.

et dans les basteaux, iesquelz tous furent hai*quebusez ; aultres se reti- 1567. rèrent dedans le chasteau, Iesquelz, après la rage passée, ftu^nt receuz à composition et eurent la vie saulve^ en payant rançon. Les capitaines S^Martin et S^Loup furent penduz par le commandement de Tadmiral, et ne les vouliurent les huguenotz prendre à rançon, d'aultant qu'ilz avoient tenu bon contre eux. Ilz furent estime^ braves capitaines et qui avoient faict le debvoir à soustenir les assaultz que les capitaines buguenotz Compegnac et Pilles leur avoient livrez. Les soldatz qui partirent à bonne heure dudit Pons s'allèrent saulver en la ville de Sens, dedans laquelle estoit M. de Guise.

M. de Guise, qui, avec compagnies de gens dé cheval et de pied, s'estoit mis dedans la ville de Sens, n'ayant le moyen de passer oultre pour joindre le camp du roy qui s'amassoit à S -Maturin-de-FArchant, ayant entendu la prinse de Pons*sur^Yonne , avec cent chevaux se retira dedans la ville de Troye, je ne sçai si c estoit de craincte ou par aultre occasion, laissant le gouvernement de la ville de Sens à M. de Villegangnon , chevalier de Malthe, nommé M® NicoUas Durant, natif de Provins, homme sage et fort expérimenté au faict de la guerre. Les habitans de la ville de Sens commencèrent à s'attonner, quand ilz virent la retraicte dudit sieur de Guise et de tant d'hommes avec luy, bien sçachans que le huguenot s'efforceroit de les prendre, en vengeance du saccagement qu ilz avoient faict aux prédicant et hug&enoiz de leur ville et aultres aux premiers troubles de Tan i56] et i56a; toutesfois, se résolurent à Tassurance dudit sieiu* de Villegangnon, auquel ilz promirent tous d'obéir ^

Ledit sieiu* de Villegangnon, après avoir ouy le trompette du camp huguenot, qui le somma de rendre la ville à M. le prince de Condé, mint ordre à toutes choses nécessaires qui estoient pour le salut de la ville ; il feit mettre le feu es maisons et églises des fauxbourgs S^-Didier, S'-Anthoine et de N.-D,, qui estoient les plus proches des portes et murailles de la ville , affin que l'ennemy ne s'en aydast, ensemble

' Sur Tétat de la ville de Sens et des localités environnantes en ce moment, voyez à TAj^ndice des lettres de Villegagnon.

1567. fit tomber les murailles desdittes maisons qui estoient joygnant les fossez , pour ne servir d'escoute à Tennemy. Les églises de S*-Didier, de N.-D.» de Tabbaye de S'^ehan et du prieuré de S*-Saulveur furent bruslées , d'aultant qu'elles estoient trop près des fossez de la ville. Le feu n'estoit estinct desdittes maisons et églises ^ que le camp des ennemji^ huguenotz arriva devant la ville; pour lesquelz bienvigner et festoyer, leur feit faire la feste ledit sieur de Villegangnon à son d'instrumens de baultz boys y par ime bonne bande de ménestrez qu'il avoit faict monter au sommet des toiu^ de Téglise de M. S^-Estienne. Lesquelz baultz boys et ménestrez, après avoir joué de leurs instrumens et faict la feste au camp huguenot, leur fît sonner ung aultre son par rinstrument de Tartillerie qui avoit esté apposée sur lesdittes tours, qui sonnoit une basse-contre toute différente à celle des baultz boys, au son de laquelle faisoit tousjours le petit ou le canart quelque huguenot dudit camp. Toutes les forces huguenottes furent mises devant la ville pour Tassaillir, mais en vain ; ilz n'avoient artillerie ni munitions en suffisance pour la battre , et pour ce taschèrent à miner la muraille entre la porte S*-Anthoine et celle d'Yonne. De quoy s'apperceut à rinstant ledit sieur de Villegangnon, qui soudain feit esvanter leur ditte mine et la feit tomber sur ceux qui la faisoient, où 60 d'entre eux demeurèrent mortz et estropiatz, sans que nulle pierre de la muraille tombast.

Ledit sieur de Villegangnon , voyant les huguenotz campez es faAr bourgs susdictz , laissa la porte N.-D. ouverte , qui est du costé de Troye en Champagne , et le pont-levis abaissé , pour donner entrée ausditz huguenotz dedans la ville, sans que aulcune personne des habitans ni soldat de la garnison se présentast à laditte porte pour les empescher. Quoy voyant , lesditz huguenotz firent entrer de vitesse quelque centaine de leurs gens dedans laditte porte et pont levis, poiu: s'en penser saisir et prévaloir; ilz pensoient passer plus oultre dedans la ville « ne se doubtant de l'appareil que leur avoit appresté le sieur de Villegangnon, qui estoit de sept ou huict pièces de canon posées au millieu de la rue non loing de laditte porte , toutes chargées à plomb , dans

lesquelles luy-mesme mist le feu , sans que le huguenot s'en apperceust 1 567. que n'ouist le son de laditte artillerie. Elle desbanda le long et au travers d'eux, de plusieurs desquels volèrent les testes et membres au loing, sans se sçavoir jamais rassembler en ce monde; aultres demeurèrent en la place, les ungs mortz et aultres demy-mortz. Après le son de laquelle artillerie, sortirent siu* le reste des buguenotz qui estoient à laditte porte près de cinq cens soldatz , tant des babitans que de la garnison, qui estoient en embuscade dans les maisons, rues et ruelles joygnans laditte pofte; lesquelz de fureur se ruèrent sur lesditz buguenotz jà fort espouventez de laditte artillerie , et les recbassèrent jusques à leur camp, où attacquèrent une alarme assez brusquement au domage des buguenotz conjurez, lesquelz ne se hastèrent de retourner à laditte porte. Ledit de Villegangnon feit plusieurs sorties en armes dessus lesditz conjurez, et leur bailla de rudes charges, sans perte de beaucoup de ses gens et comme poinct, qui donnèrent tant de perte à Fennemy huguenot, qu'il fut contrainct de lever le siège avec sa honte et de quitter laditte ville en »n repos; il se retira es villages qui sont entre ledit Sens et les villes de Bray et Nc^ent, où il séjoiuna jusques au 1 3 , 1 4 ou 1 5^ jour du moys de décembre, en attendant la résolution du conseil du roy et des députez de leur cause, qui estoient assemblez à Fontainebleau, pour veoir s'ilz s'accorderoient de la paix que Ton poursuivoit de faire , où nous les laisserons là, ce pendant que nous retournerons à Provins.

Les babitans de Provins , sçachans que les villes de Bray et Nogentsur-Seine estoient buguenottes, commencèrent à trembler, estimans qu'en peu de jours ilz tomberoient au mesme danger qu'estoient lesdittes villes, ce qu'ilz eussent faict, si le huguenot se feust acheminé devant leur ville, après la prinse desdittes de Bray et Nogent; car ilz de Provins avoient perdu plus de la moytié de leur courage, quelque bonne mine quilz fissent, après avoir sceu les maulvais traitemens que ledit huguenot avoit faict es villes de Pons-sur-Yonne et les dessusdittes.

Les gens d'église dudit Provins pensèrent s'enfuir hors de la ville ,

1567. poiir éviter la rage et cruaulté huguenoticque que le huguenot leur eust faict s'il eust esté en laditte ville. Mais les habitans ne voulurent permettre qu'ilz sortissent et les contraignirent de demeurer en leurs maisons, chose mal faicte auxditz habitans; car ils sçavoient bien que la vie d'iceux prebstres n estoit qu à la miséricorde des huguenotz et que de leurs mains peu en eschappoient. Ilz de Provins s'excusoient sur le grand nombre desditz prebstres qui estoit en leur ville, qui montoit bien au nombre de âoo, tant en séculiers que réguliers des religions, chanoinies et parroisses. Plusieurs toutefois évadèrent clandestinement, se saulvèrent comme à la desrobée et s'absentèrent, laissans leur bien et maisons à la miséricorde des habitans et des gens de guerre qui survindrent peu après en la ville. Ceux qui s'enfuirent hors de la ville furent M* Nicole Rayer, doyen de S*-Ouiriace, François de Biencourt, thésaurier de laditte église; Michel Mavereau, prévost d'icêlle; Anthoine Nannot et Jehan Ghappot, chanoines de laditte église; NicoUe Froment, doyen de l'église N.-D.-du-Val; Nie. de Chanteraine, chantre d'iciUe église; Âyout Du Pas et P. Saderon, chanoines d'icelle; Cl. Prévost, oncle dudit Saderon; frère Jehan Barrier, cordelier, docteur en théologie, curé de S*®-Croix; Cl, Haton, chapelain à N.-D.-du-Val, et encores quelque douzaine d'aultres pour le plus, lesquelz se retirèrent, les ungs à Troye, aultres à Paris, aultres à Rozay et les aultres la part qu'ilz purent pour se saulver.

Ce qui empeschoit les habitans de Provins de laisser sortir les prebstres de leur ville estoit le prouffit qu'ilz en espéroient avoir en les hvrant au huguenot à rançon qu'ilz eussent payée pour toute la ville, ainsi qu'avoient faict ceux de Bray; et fut le bruict commung que le rolle desditz prebstres de Provins fut faict par noms et surnoms pour le donner au prince de Condé, ensemble les qualitez d'iceux, avec cottes pour voir à combien eussent monté les rançons qu'on eust peu prendre sur eux. Et furent taxez le baily Alleaume, Tadvocat du roy Legrand et les procureiu: et eschevins de laditte ville, avec quelques habitans du conseil, d'avoir faict ce rolle et les cottes sur les prebstres et de les avoir empeschez de sortir.

Lesditz habitans, ne se fians à la rançon que le huguenot eust peu 1567. prendre siu» les ecclésiasticques de leur ville, et sçachant quilz n^eussent esté quittes pour cela, sollicitèrent par tous moyen*s à eux possibles de recouvrer gens de guerre pour mettre en garnison en leur ville, pour la deffense d'icelle; et dès la S*-André receurent une compagnie de gens de pied montant à 3oo hommes, du régiment du seigneur de Foissy, qui estoient assea; bien en armes , laquelle pensoit entrer dedans Nogent, pour la garde de leur ville, quand les habitans la quittèrent au huguenot. Cette compagnie entrée audit Provins, haulsa ung peu le courage aux habitans, qui furent bien ayses de les recevoir pour leur secours, en attendant mieux. Car ilz habitans, comme aussi le seigneur de Lours, leur capitaine et gouverneur pour le roy, avoient envoyé hommes au roy, pour Tadvertir de Testât de la ville et de l'ennemy qui les vouloit assiéger, et prier S. M. d'y envoyer secours en suffisance pour la luy garder et defifendre, ou, en faulte de ce faire , que les habitans n'estans suffisans de la deffendre , seroient contraintz de la rendre au huguenot.

Le messager premier qui fut au roy ne fut si tost expédié , par quoy y furent renvoyez deux et trois aultres messagers, qui luy portoient pareilles nouvelles que le premier. Toutesfois le troisième, nommé M* Anthoine Yver, gireffier de l'élection dudit Provins, pour diligenter S. M. qui estoit à Paris, de le despescher de secours, luy feit entendre que le huguenot avoit sommé la ville et que jà son camp commençoit à s'en approcher. Quoy entendant saditte majesté , l'envoya en son camp, qui s'assembloit es environs de S^-Mathiurin de l'Archant, avec lettres adressantes à M. le duc d'Anjou , son lieutenant général et frère, pour envoyer promptement secours audit Provins, pour empescher le huguenot de s'en saisir.

Mondit seigneur duc, oultre le mandement du roy son firère, voulut ouyr parler ledit Yver, messager de Provins, et par luy entendre Testât de la ville de Provins; ce qu'ayant entendu, promptement despeschea M. de la Rivière Puistailié^ avec son régiment de six

* M. de la Rivière fut tué en 1670. (Voy. de Thou, Hist univ. liv. XL VIL)

1567. compagnies compieUes, et sur Fheure le fit partir de Graûs en Gastinois lez S^-Mathurin et Fontainebleau , où il estoit, pour se jetter par tous moyens à luy possibles en laditte ville de Provins, et la garder au roy, de laquelle fut faict gouverneur et lieutenant de S. M. pour y commander à cbascun et ordonner de toutes choses qui serviroient à la deffense d'icelle. Ce mandement receu par ledit sieur de la Rivière, et après avoir ouy parier ledit messager de Provins, Yver, tout sur rheure despeschea deux compagnies de son riment, qu'il donna audit Yver à guyder, pour les faire rendre audit Provins, avec promesse de partir au lendemain avec le reste de son régiment pour y aller. Ledit Yver sollicita si bien les deux capitaines et leurs compagnies qui luy furent délivrez, que jour et nuict les fit marcher avec diligence, et en vingt-quatre heures leur fit faire 1 3 ou 1 4 lieues, et, pour les destoumer de tout danger, les conduisit par au dessus de Nangis, et les tourna par Cucharmoy et Mortery, pour les rendre à la porte de Culoyson, heu éloigné de Tennemy huguenot, qui estoit à Bray, N(^ent, Sens et les environs. Le Ic jour de décembre au matin, à Fouverture de la porte, entrèrent lesdittes deux compagnies, avec leurs capitaines, qui estoient les sieurs de la Chambre et Goars, accompagnez dudit Yver; lesquelz avec grande al^^resse et réjouissance furent receuz et bien logez , tous harquebusiers aguerris et bien en ordre.

Au lendemain, Séjour dudit moys, entre une heure et deux heures après midy, arriva audit Provins, par la porte S*-Jehan, ledit seigneur de la Rivière, avec encores six enseignes de gens de pied, sous la charge des capitaines La Parière et aultres desquelz ai oublié les noms , tous harquebusiers , la plupart encorcelez et morionnez à plaisir, lesquelz furent receuz et carressez de mesme façon que les premiers.

Dieu sçait comment le courage haulsa aux habitans de Provins à Tarrivée de ce secours, lequel toutesfois fut nourri et entretenu aux deqpens des habitans , estans tous logez par bulletin es maisons desditz habitans; lesquelz les traitèrent cbascun selon le moyen qu'il avoit;

et n-y avoit si pauvre en laditte ville qui ne s^efforsast de leur faire 1567. bon traictement, aymant mieux perdre son bien avec eux en paix, que de le veoir ravir au traître huguenot barbare. Lors audit Provins se trouvèrent en garnison dix compagnies de gens de pied, en icelles comprins celle du seigneur de Lours et celle du régiment du seigneur de Foissy, qui jà y estoient, lesquelles de Lours et de Foissy ne sembloient que gougeatz parmy ceux dudit sieiu* de la Rivière.

A Tarrivée dudit sieur de la Rivière, fut descbargé le seigneur de Loul^, qui, avant sa venue, avoit la ville en garde de par le roy; duquel toutesfois s'accompagna ledit de la Rivière et luy porta bonneur en toutes choses comme à ung serviteur du roy.

n de la Rivière , dès au lendemain de son arrivée , visita la ville de Provins de toutes partz et considéra les lieux les plus foibles , qu'il feit réparer à son possible. Il feit mettre par terre le bouUevert que le bally avoit faict dresser, attenant du cymetière de S*-Nicolas , comme chose inutile à la ville et de conduitte aux ennemys; au lieu dudit bouUevert, depuis la maison des malades de peste jusque à la porte du Buat, il feit par dedans la ville faire des fossez et rempartz pour couvrir des harquebusiers en grand nombre, pour empescher Tennemy, s'il eust attenté de forcer la ville par cest endroict. Il ordonna les quartiers aux capitaines et à leurs compagnies par la ville et dessus les murailles, pour la nécessité de la garde. Les habitans ne cessèrent de joiu* et de nui et d'aller au guet et aux portes par dizaines, soubz la charge des capitaines de la ville , avec les soldatz de la garnison , pour se donner garde des imgs et des aultres. Il feit ruyner et abatre les maisons et chapelle de S^-Syloê, qui estoientau fauxbourg de la porte de Culoison, et commanda aux soldatz et habitans du quartier de laditte porte de travailler à la ruyne d'icelle tous ensemble , et les mettre rez pied rez terre. Il feit travailler les habitans du quartier de Changy au curement des fossez de leur ville qui sont entre les portes de Changy et des Bordes. Il receut le capitaine Valentin Poulet, qui avoit esté dévalisé à Bray par le huguenot, comme nous

1 567. avons dict , et luy permis! de redresser une compagnie de 3 oo hommes, tant des soldatz qui Tavoient acompagné audit Bray que aultres, et Festima beaucoup , poiu* le rapport qui luy fut faict du debvoir qu'il avoit faict sur le huguenot, à la deffense de la hrèche de la ville de Bray.

Les maisons et hiens meubles des huguenotz dé Provins furent par ledit de la Rivière habandonnez aux soldatz qui estoient audit Provins au pillage. Lesquelles, malgré le bally dudit Provins, furent environnées et saccagées par lesditz soldatz, qui firent leur prouffit de ce qu ilz trouvèrent en icelles. Les maisons qui estoient en propre kéritage auxditz huguenotz furent quasi toutes mises par terre et le bois bruslé à faire la garde de nuict. Celles qu'ilz tenoient à louage furent saulvées par les propriétaires à qui elles appartenoient , non du tout sans domage. Les gens de la compagnie de Foissy, qui estoit entrée à Provins quelque six jours avant la venue des compagnies dudit sieur de la Rivière, s'estoient mis en debvoir de piller et ruyner lesdittes maisons, et s*estoient adressez à celle de Léon Godart, procureur en balliage et prévosté de Provins, lequel estoit au camp rebelle et huguenot; mais injurieusement en furent empeschez par le bally dudit Provins, assisté du seigneur de la Bai|;e, lieutenant du seigneur de Lours et de quelques soldatz de sa compagnie , où y pensa advenir sédition. Les soldatz dudit Foissy se mutinèrent contre ledit bally, qui, Tespée au poin, en ayant empongné ung par le collet pour luy faire trembler le menton, fut aussitost enfoncé d^ung coup d'estoc par ung aultre soldat , et n'eust esté le corcelet qui estoit sur son dos, couvert de ses habitz, neust jamais faict trembler soldat. Geste sédition fiit appaisée par ledit de la Barge , qui partie soustenoit lesditz soldatz, partie ledit bally. Lequel bally fiit fort desprisé d^avoir faict cest acte, et luy fut reproché par ledit de la Rivière, qui en fut adver^ depuis qu'il fut l<^é en laditte ville. La menuiserie desditz huguenotz fut vendue au pilory par les commis des capitaines de la garnison, et Fai^^ent de la vente applicqué à leur prouffit. M. de la Rivière , après avoir tansé le bally, luy dist que , s'il appercevoit tant feust

peu de faulseté en iuy contre le service du roy et de la ville, sans 1567 doubter il le feroit pendre et estrang^er, affin qu'il se donnast bien garde de malverser, s'il vouloit, quelque bally qu'il feust et buguenot quant et quant. Ledit bally» en s'excusant , dist qu'il n estoit huguenot et qu'il vouloit vivre et mourir pour le service du roy et de la ville. Auquel réplicqua ledit de la Rivière que le roy et Iuy sçavoient bien quel il estoit, l'advertissant bien de n'empescher ses soldatz sur les entreprinses quilz feroient sur les huguénotz, comme il avoit faictsur ceux de Foissy, s'il ne voxdoit par eux estre taillé en pièces , et que ce seroit beaucoup à Iuy de se saulver et sa maison sans estre saccagé par lesditz soldatz; ce qu'il Iuy promist n'estre faict, moyennant qu'il se portast bon serviteur du roy et protecteur de sa ville. Ce que jura faire ledit bally , sur le péril de sa vie , comme il en vouloit faire bonne preuve par expérience, si l'ennemy se présentoit , promettant de vivre et moiurir au pied dudit sieur de la Rivière , pour le service du roy et de la ville. De laquelle promesse se contenta ledit de la Rivière, qui depuis Iuy monstra-tout visage d'amitié et de bonne courtoisie.

Le capitaine Valentin PouUet, ayant refaict sa compagnie par le commandement dudit s' de la Rivière , Iuy fut donné logis dedans le cloistre de N.-D.-du-Val , eft la maison d'ung chanoine dudit lieu, nommé M^ Jehan Gervais, homme riche et avare, ce que bien sçavoit ledit capitaine; lequel, partie par maulvais vouloir qu'il Iuy portoit, partie pour Iuy estre recommandé par quelques gens de Provins qui ne l'aymoient, Iuy feit de grandes rudesses et despense telle que ledit Gervais, n'en pouvant plus soufiBrir, se retira porter ses plainctes au seigneur de Lours, en le priant d'y donner ordre, ce qu'il feit, et fut ledit capitaine -fort blasmé de l'avoir traicté si rudement, veu qu'il estoit de cognoissance. Il Valentin commist audit cloistre , en la maison d'ung chanoine nommé M*^ Jehan Chappot, une grande cruaulté sur deux soldatz de sa compagnie, qui estoient logez en la maison d'une femme vefve , boulangère , demeurant en la rue du Minage, parente de la femme dudit capitaine Poullet, qui estoit des Guérins; laquelle ne voyoit manger son pain ausditz soldatz de bon courage , comme aussi

1567. ne faisolt à toute aultre personne, et, pour se destrapper desditz soldatz , elle les accusa de Tavoir voulu prendre à force , et de ce forma plaincte audit Poullet. Qu'il feust vray ou non , ne s'en voulut informer davantage ; mais , ayant attendu son opportunité , les manda au logis dudit Chappot , et , sans les vouloir escouter en leurs excuses , les fist lier à ung pillier qui servoit de potence dessoubz la poultre de la maison , et de sa propre main les tua d'une dague qui les perça au travers de l'estomac, et les feist enterrer derrier l'église N.-D.-du-Val, où ilz furent trouvez après le partement du camp.

Cependant que le camp huguenot séjoumoit entre les villes de Sens, Nogent et Bray, qui fut l'espace de 18 et âo jours, les députez de leur part pour traicter de la paix avec le roy estoient à Fontainebleau avec la royne mère et aultres seigneurs catholicques ; lesquelz ne se pouvans accorder, et s'estans départys les ungs des aultres avec grand mescontentement, les conjurez huguenotz, estans comme au désespoir, redoublèrent leur rage et cruaulté barbaresque sur les catholicques, principallement les ecclésiastiques et les églises, esquelle$ églises commencèrent à mettre le feu pour les brusler, ce que encores n'avoîent faict en ce pays ni par la France. Hz mesdirent fort oultrageusement de la royne mère et contre l'honneur de sa chasteté , l'appellant putain et ribaude et telle la maintenant en toutes compagnies et assemblées. Ilz mettoient en avant que les armes quiis portoient et qu'ilz avoient prinses pour la guerre qu'ilz démenoient estoit par son commandement ou permission secrette, disans que à ce faire les avoit incitez, affin de troubler Testât des princes et du royaume et poiu* que , par le divorce de ces princes , elle pust noiaiiitenir sa grandeur et demeurer au gouvernement de toutes affaires par la France; et fut laditte dame taxée par les plus clervoyans en affaires, tant d'un party que de l'aultre, d'estre véritablement la paix et la guerre des troubles présens et passez de la France.

Au partir de Sens, ilz bruslèrent l'église de madame SM]lolambelez-Sens, l'église et chasteau de Nolon, heu très-fort appartenant à l'archevesque de Sens; lequel de leur puissance ilz n'euasenl

1567. les rues dudit Goix^ pour estre opprobre et mocquerie à toute la trouppe, et, après Tavoir honteusement pourmené, mocqué, battu et injurié, le remenèrent au logis dudit marescbal et le pendirent et estranglèrent aux barreaux des fenestres de la maison , sans permettre que personne aucune le rachetast, ni qu on se mist en peine de le saulver. Ce pauvre homme avoit jà fally une fois, au moys d'octobre de devant, d'estre prins des aultres hù|^enotz qui logèrent audit Goix, s'estant saulvé de leurs mains en habit et contenance du vacher de la ville et à mener les vaches aux champs, ainsi que Favons dict en son lieu.

M. le jurince de Confié, qui conduisoit la bataille de son camp, au desloger de Bray s^alla loger en la paroisse de Sorduiil ayant laissé une compagnie de ses gens audit Bray pour garder le passage , comme aussi dedans Monstereau , où il avoit laissé le capitaine et sieur de Renty, pour empescher le passage des catholicques, qui s'aj^restoient pour les suyvre. En attendant qu'il prince et son camp attenteroient sur la ville de Provins, sa personne se logea au chasteau du sieur de Monberon, ledit Monberon absent d'iceluy, de peiu* d'estre prins à rançon. Son artillerie et infenterie de gens de pied se campèrent au petit hameau de Villecendrier, tant dedans les maisons que dehors, où firent ung grand domage à Jehan Rousselot, fermier du Petit-Chastel près la Chapelle-S^Éloy, fort riche laboureur, la grange, duquel fiit vuydée , tant pour la nourriture des chevaux que pour faire des logis aux soldatz qui estoient campez à la haye et contre les arbres. Jehan Saillvageon n en eut meilleur marché , conune aussi les aultres habitans dudit hameau, et qui plus avoit de bien, plus en perdit. L'anière-^arde , conduitte par d'Andelot, passa par Nogent* sur-Seine , et se logea es parroisses de S^-Fregel , la Chapelle , S^-Ni* colas, Chalaustre-la-Grand , Mériot et Meel; les églises desquelles ne furent entièrement bruslées, mais furent les croix, callices d^or et d'argent, ensemble leschappes et aultres meubles du tout pilles» non par lea huguenots de laditte arrière-garde , mais par les voleurs huguenotz de leur suitte, qui, comme avant-coureurs, les premiers

jours du moys de décembre / ravirent avec violence les biens nieubles 1567. de ces églises ; et n'en eschappa en tout ce pays pruvinois que celles de S'«-Columbe , S*-Michel de Pongnis, S*-Bris et RouUy, d'aultant qu'elles esloient trop près dudit Provins. Lesditz voleurs huguenotz avant-coureurs furent es unes et aultres élises et parroisses susdites ; mais n'y trouvèrent que desrobber, parce que les habitans avoient caché les ymages et meubles d'icelles, partie à Provins, partie en aultre lieu. Les marguilliers de S^-Columbe demourans à Sepveilles furent fort tourmentez par lesditz voleurs^ pour leur livrer les croix et callices d'or et d'argent de leur église, et, pour mieux les contraindre à ce faire, allumèrent le feu en leinrs maisons pour les brus- 1er et leurs meubles, s'ilz ne leur livroient lesditz calices; pour duquel feu se saulver, fallut qu'ilz leur baillassent aident de leur bourse et qu'ilz promissent de les aller demander à Provins, où ilz les avoient mis en garde. M. de la Rivière, estant de ce adverty, envoya une compagnie de barquebusiers audit village, pour recognoistre ces sacri^ léges de chrestiens no veaux réformez, mais ne les trouvèrent plus, d'aultant qu'ilz furent advertiz de l'allée de ces barquebusiers , et par ce moyen furent lesditz croix et calices de S^-Columbe saulvez.

Le feu fut mis en la grange de la ferme et mestairie des Granges . N.-D.-du-Val en allant à Gymbrois, par axdcuns buguenotz, pour se venger en partie du fermier dudit lieu, nommé Nicolas Gannay, boucher, demoiu*ant à Provins en la Vieil-Rue, et l'aultre partie en hayne des prebstres et chanoines de N.-D., ausquelz elle appartenoit. Et furent les huguenots de la maison et suitte de jS*-Symon de Chantaloue suspectz d'y avoir mis le feu, comme ilz firent dedans l'ég^se et prieuré de Voulton, les clocher et cloches de laquelle églke furent bruslés et fondus. Il y avoit de fort beaux logis au prieiuré, qui furent par le feu consumez.

Le prieuré de la Fontaine-aux-Bois, en la paroisse de Meel-siu*- Seine, fut saulvé du feu et des ruynes huguenoticques, moyennant cent escuz que paya Nicolas Lenoble , bourgeois marchant de Chas- 0 teau-Thierry, qui le tenoit à ferme du prieur, frère Pierre Pisseret,

1567. frère de sa femme, à ung capitaine huguenot de leur pays, nommé le capitaine Fleury, qui , pour garder ledit prieuré d'estre bruslé et pillé, s^alla loger dedans avec deux des frères dudit Pisseret, prieur, Tung nommé Ysai Pisseret, bally de la Ferté-soubz-Jouarre , et Taultre Nicolas Pisseret, marchant, demourant audit heu, huguenotz des plus fermes, mais non voleurs, pour le regard dudit bally, lequel estoit beaucoup plus scrupuleux que ledit Nicolas, son frère. Le prieur dudit prieuré, Pierre Pisseret, leur frère « estoit de religion contraire à Calvin et Luther, nvais avec une oppinion et manière de vivre en matière de la rehgion aultre que celles des cathohcques, homme fort sçavant, et qui avoit bien estudié en toutes lettres hébraîcques, caidéennes, grecques et latines, mais pour tout cela n^en faisoit ni val* loit mieux. En Féghse de Mériot, ny eut de bruslé que le clocher et les cloches gastées, ensemble la maison presbitéralle , qui fut entièrement bruslée. L^égUse de Meel ni le presbitaire n^endurèrent le feu, à la prière des voysins habitans d^icelle, qui, de peur de veoir le feu s'allumer en leurs maisons qui en sont proches, prièrent tant les booteFeux d'églises qu'ilz se desportèrent. Les parroissiens d*Ermes, quel» ques peu de jours avant l'arrivée desditz boutefeux, abbatirent euxmesmes leurs cloches et clocher, et par ce moyen ne fut leur ^lise bruslée.

Le camp huguenot, estant campé à Villecendrier et viUages des environs dudit Provins pour y attenter quelque chose « fiist pour Tassiéger, battre ou rançonner, ledit sieur de la Rivière ne se tenoit à repos, tant pour la garde de la ville que pour faire courses et enlreprinses sur Tennemy, auquel il bailla plusieurs allannes, jusqoes dedans lArs sentinelles, aucunes desquelles eurent la gorge oouppée de nuicU Mais, voulant passer oultre jusques à leurs corps de garde, fut incontinent le camp huguenot en armes, qui fut cause de donner la reiraicte audit de la Rivière, lequel, avec deux cens harquebusiers à pied et cent chevaux, passa jusques à la Fontaine-aaxm Bois, estant guidé par gens de Provins qui sçavoient les passages, pour faire entreprinse sur les huguenots qui y esloienL Ne pou:wit

^ iiever son entreprinse, il se retira à Provins malgré Tennemy^ 1567.

^ ns perdre aucun de ses gens » et ramena avec soy six huguenotz tisonniers^ desqueiz il tira» moytié par force moitié par amytié» ce

^]U*ilz sçavoient de Tentreprinse que le prince de Condé vouloit faire \ur la ville de Provins, qu'il prétendoit d'assiéger et battre à aA h.

**dè là, et, pour mieux faciliter son assiégement, avoit résolu de passer

■•la rivière de Voulsie, au Grand Estan lez ledit Provins, et de s'aller

^ emjffrer du monastère des dames cordelières qui sont oultre la porte

I de Culoyson, lez les murailles de la ville.

Pour lequel empescher, ledit sieur de la Rivière envoya nombre de harquebusiers, tant de la garnison que des babitans, cbargés de deflPendre le lieu; puis, après avoir meurement pensé à son affaire, pour saulver lesditz soldatz et babitans, leur commanda d'y mettre le feu, la nuict que ledit prince y debvoit aller pour se camper, ce qu'ilz firent, comme aussi es maisons et cbapelle de l'Hospitail, et la Folie tout joygnant le petit bameau de Fontaine-Riant ^ Il feit pareillement mettre le feu au moulin de S^-Ayoul, tout joygnant les murailles du Pont-qui-Pleut, dedans lequel il ^voit ordonné une compagnie de barquebusiers. Le feu fut pareillement mis es maisons qui estoient auprès et tout joygnant la cbapelle de N.-D.-des-Cbamps, laditte cbapelle réservée, et fict faire tout ce désastre pour incommoder l'ennemy buguenot qui vouloit envabir la ville.

Le prince de Condé, voyant le feu esdictz lieux, demeura à Villecendrier et n'attenta davantage sur Provins, pour les nouvelles qu'il reçut que le camp catbolicque se mettoit à cbemin pour le combattre audit Provins, s'il se feust arresté davantage. Mais au lieu d'attenter audit Provins davantage, à cause des nouvelles que dessus, descampa de Villecendrier et des environs de Provins, poiu* s'en aller à Villenauxe-la-Grand , où il logea, ayant trouvé les portes ouvertes

* Sur la destruction de Tabbaye des d^AUoaviUe (fol. ag), et le Journal de

Cordelières , par Tordre de la Rivière, voy. Cl. Joubert, dans le recueil manuscrit de

à la bibliothèque de Provins, THistoire M. Kyoi (Hiitoire civile de Provins, i.Vl,

manuscrite de ce monastère, par Jeanne p. 3i6-3i7).

1567. sans aucune résistance. Les habitans duquel Villenauxe furent par luy et ses commis rançonnez d^une notable somme de daûers, leurs églises saccagées et bruslées, et les habitans pillez « oultre la promesse que leur en avoient faict les sieurs de Mongenost et de Patras, commis par ledit prince pour composer de la rançon. Il ne séjourna audit Villenauxe que une ou deux nuictz pour le plus, et au partir ledit prince s'alla loger à Sézanne, où ne trouva résistance, n<m plus qu il avoit fait à Villenauxe , d aultant que les commissaire par lui envoyez devant avoient composé de la rançon, qu'ilz de Sézanne payèrent de somme fort notable, à la cbâi^e que nul dudit camp logeroit en leur ville aultre que ledit seigneur prince et les officiers de sa maison, ce que avoient juré estre faict lesditz commissaires huguenots; lesquelz ne tinrent leurs promesses, ni le prince aussi, ains y logea quasi tout son camp, qui y fit assez grand dégast par le feu que les soldatz mirent es églises, les rançons particulières qu'ilz firent chascun sur leurs Bostes et autres grandes insolences telles que pire n en eussent faict s^ilz y eussent entré par assault, excepté le feu, qui ne fiit mis en la ville. Desquelles insolences et inhumanitez fut fort courroucé M. le baron de Plancy, voisin desditz de Sézanne, gentilhomme huguenot, qui avoit aydé aux habitans à faire, la composition de iQur rançon avec les commissaires condeyens; lequel s^en alla plaindre audit prince pour lesditz habitans, et n ayant eu rcsponse de luy au proffit desditz habitans, quitta le prince et sa cohorte huguenoticque avec leiu* party, et s'alla rassoir en sa maison audit Plancy, et oncques depuis ne voulut suivre le camp huguenot, vu les desloyautez, cruaultez et inhumanitez qui s'y commettoient par ces nouveaux chrestiens réformez de Févangile de Calvin.

De Sézane, le camp huguenot tira à Espamay pour passer la rivière de Marne, où ils séjournèrent trois jours avant qu estre tous passez et leur artillerie , parce qu'il fallut refaire les pontz de dessus la rivière pour les passer. Ilz pillèrent et rançonnèrent ladite ville d'Espamay, comme ilz avoient faict celles de Villenauxe et de Sézane.

- uj

Qui estoit la cause de les faire fuyr par ce chemin-^là estoit la réso- 1567. lution qu*ilz avoient prinse dès Nangis d'aller en armes jusques sur les frontières d'Allemagne, pour avoir nouvelles des reystres AUemens qu'ilz attendoient à leiu* secours, que leur avoit promis donner le comte palatin du Rhin, Tung des électeurs de Tempire des Romains, où nous les laisserons aller, et «reprendrons plusieurs cas par eux Gonunis en ce pays qu'avons laissé à dire , en attendant les nouvelles du roy et de son camp catholicque.

A la suite desditz huguenotz y avoit moult de Vaudois et sorciers , ou bien grande partie d'entre eux estoient de ce mestier, comme l'expérience le démonstra eux estant en ces pays pruvînois, parce qu'en plusieurs maisons, avec leur sort et magie, trouvèrent les biens qu'on avoit caché et serré en divers endroictz , tant dedans terre esdittes maisons, estables, jardins, cavéis, qu'es fumiers de la court d'icelles ,

maisons, chose incroiable & ceux qui n'en ont rien veu^ 11 estoit advenu à plusieurs personnes de cacher leur or et leur argent es murailles, en terre et jusques dessoubz les carreaux du foyer, àtre du feu et contrecœur de la cheminée, qui furent par lesditz Vaudois huguenotz trouvez, prins et emportés. Aultres avoient cousu leur or entre les deux semelles de leurs souUiers, qu'ils avoient chaussez et marcheoient dessus, ce que bien sceurent iceux Vaudois, qui contraignirent les personnes de deschausser lesditz soulliers, et, en leur présence, les ayant descousus, prirent l'or qui y estoit caché , et rendirent les souliers au bonhomme. Aultres avoient caché leur finance es liens et drapeaux de petits enfans de la mamelle; on vit lesditz Vaudois eux-mesmes desvelopper lesditz enfans, prendre laditte finance où elle estoit et rendre les petis enfans à leurs mères , et ainsi en tous lieux où lesditz Vaudois estoient logez. Es maisons où n'y avoit que les meubles cachez et poinct d'ai|;ent, prenoient leurs hostes et hostesses par la main et les menoient sur le lieu de la cachette et leur demandoient rançon d'argent , affin de ne rien prendre desditz meubles

' Sur le sens du mot Vaudois au moyen de» chartes , t. VIH • p. 8 1 , mon Mémoire âge, voyez dans la BiUiothèqoe de FÉ^ inlitalé : \n Vanimê wx XV sièeh.

1567. qu^ils disoient pour certain y estre cachez, et falloit composer à eux, ou en , fauite de ce faire , retiroient de la cachette ce qui y estoit serré et le desrobboient ; et par telz moyens ruynèrent plusieurs maisons des villages et des villes où ilz logèrent , et faisoient grand vertu de cela potu* en authoriser leiu* prétendue religion, n^ayans honte de fouiller les filles et femmes en leiu^parties les plus secrettes et honteuses qu elles eussent et en quelque estât qu'elles fussent, pour y prendre Taisent qu elles y pensoient saidver.

Ilz enmenèrent prisonniers avec eux plusieurs prebstres de ce pays sénonois et pruvinois , quand ilz partirent de ce pays pour s'en aller au-devant de leiu*s reistres, comme aussi plusieiu:s riches marchans et laboiu*eurs des villages et gentilshommes qui tombèrent en leurs mains, et n'estoit sagesse à homme riche, de quelque qualité qu'il feust, de les attendre, ni de se trouver avec eux. Entre les prebstres qui furent prins prisonniers par lesditz huguenotz , fut Tauteur dé ce livre, qui ftit prins dans la forest de Sordun et mené prisonnier à la Fontaine*au-Bois par le capitaine Fleury, que nous avons dict naguères y avoir esté mis pour la garde dudit prieiu:é; des mains duquel fut délivré sain et saulvé, sans payer rançon, à la faveiu* du prieur dudit prieuré et de ses frères, le bally de la Ferté-soubz- Jouarre et Nicolas Pisseret, gendre du feu conseiller Truffé, présîdial de Provins, à telle condition que ledit auteur leur prisonnier ne rentreroit audit Provins, ni ne donneroit advertissement à aucun cathoiicque par parolle ni escript de Testât desditz huguenotz qui estoient audit lieu de la Fontaine ; mais que , estant toujours leur prisonnier, seroit délivré sur sa foy, pour aller en toute liberté et seureté se rendre à Nesle, lez Ghasteau-Thiery, y pourter nouvelles de eux et de leur camp, et y demeurer jusques après leur partement dudit Provins et les environs , duquel partement luy fut faict assavoir, pour se retirer, en liberté et sans rien payer, la part que bon luy sembla.

Le curé de Sargine fut par eux enmené jusques à N.-D. de TEspine, pour desquelz eschapper paya cent escuz de rançon que ses parens portèrent après luy; c'est le curé en la maison duquel avoit logé le

ïoâP.

roy audit Sargine, revenant de son voyage de visiter son royaume. 1567. — Ung aultre viel prebstre du boui^ de Montigny-Lencourt , lez fabbaye de Prusly, Rit par lesditz huguenotz enmené jusques vers Chaslons, où là luy fut donné liberté, et s'en retourna en sia maison. — Ung aultre prebstre de la paroisse de TEscheile-lez-Provins , duquel n'ai mémoire de son nom , ftit par eux enmené jusques à Villenauxe, lyé à la queue d'ung cheval; lequel n'ayant moyen de payer rançon ou faulte d'estre sollicité, ftit par les tirans huguenotz mis en ung four chault, où mourut à grand martire, bien constamment, sans vouloir renoncer à la vraye religion. — Messire Geoi^e Besançon, de la paroisse de Villiers-S*-George, balliage de Provins, fut prins et par eux mené prisonnier jusques au passage d'Espamay sur la rivière de Marne, et, après avoir payé sa rançon, fut par eux mis en liberté, jayant avec eux mangé chair les vendredis et samedis, et faict le serment que de sa vie ne chanteroit et n assisteroit à messe aucune, ains vivroit héréticquement toute sa vie, comme il avoit faict avec eux; ce que toutesfois ne feit, quant il fut de retour en sa maison dudit Villiers. Il me semble que ledit prebstre Besançon ne feit bien de vivre comme eux en mangeant chair au temps indict, et feit encore pis quand il renonça sa foy et religion catholicque ; mais au contraire, à l'exemple des saints apostres et martirs de J.-C., devoit constamment devant telz infidelles et tirans confesser sa foy, sa religion, et protester d'y vivre et mourir, ainsi que firent plusieiu*s vénérables prebstres, lesquelz aymèrent mieux endurer martire que d'eschapper par de coupables sermens. — En la paroisse de Beau-

chery y avoit ung aultre prebstre, nommé messire Loignon,

meschant à faict en matière de la religion, qui s'estoit retiré à Bray et y estoit quand les huguenotz y entrèrent; il fut pareillement enmené par eux, et, après l'avoir cogneu plus meschant que eux-mesmes, sans rien payer le délivrèrent, et fut quitte poiu* servir de guide au prince de Condé, et lui monstrer les passages de la rivière de Marne potu* se passer et son camp, joinct aussi que le 'seigneur de S*-Symon pria pour sa délivrance. — Avec le camp des huguenotz ,

1567. au JWrtir" de Bray, s'en atia de sa pleine volunté M* Deninat,

prebstre, chanoine et trésorier de Téglise de Bray, huguenot il y avoit pht^ de six ai&ê; mais n^aUa loing sans estre payé du salaire qu il méritoit; car il fut tué au passage de la rivière de Marne par ung aultre huguenot de la ville de Bray, nommé La Noé, lequel, Fayant veu tijort, envoya img messager à M® Claude Lefebvre, prévost de Bray, pour obtenir au nota de ses enfans les bénéfices dudit tréwrier, ce qu'il feit.

Les huguenotz ne furent plus tost descampex de Vilïecendrfer et les environs de Provins, que M. le mareschal de* Brissac^ gouverneur de Tavant-garde du camp du roy, soubs la conduitte de M. le duc d'Anjou, frère du roy, reprint la ville de Montereaut-fault-Yonne , et contraignit de s'en pabrtir et de la quitter au roy M. de Ranty ou aultre, qui y avoit esté laissé par le prince de Condé pour la tenir, affin d'amuser le camp du roy, ce pendant qu*ilz htrguenotz passeroient la rivière de Marne et garigneroietft pays pour courir au devant de leurs reistres.

Deux opinions divisent le conseil roya}. Plusieurs membres sont envoyés à Fontainebleau avec {a reine mère pour traiter de la paix; les autres, restés à Paris , veulent qu'on poursuive par les armes la réduction des rebelles. — Après de grandes difficultés pour donner un chef à Tannée, le doc d'Anjou, frère du roi, âgé de quinze ans, est nommé lieutenant général poor tout le royaume ^. — L'armée royale, assemblée entre Étampes et Saint-Mathurin-de-l'Archant, part le 1 3 ou le i4 à la poursuite de l'ennemi. M. de Brissac entre sans coup férir à Montereau , que les huguenots avaient abandonné.

Hz huguenots, ani partir dudit Montereau, pour arrester le camp du roy et bailler de TaiFaire à M. le duc^ rompirent les arches et ponts de dessus les rivières d'Yonne et Seine, et pour ce fut contraincte audit sieur duc de séjourner en Gastinois deux ou trois jour»

' ArtusdeCossé , fait maréchal de France Charles IX institue son frère , le duc d* An-

en 1667; ^" ^^^ neveu, Timoléon de jou, son lieutenant général, représentant sa

Cossé, coibte de Brissac. personne pour tout son royaume. 1667, la

* Lettres fmtentes par lesquelles le roi nov. (BiU. imp. coll. Duipvrf^. 86, p. 1 78.)

day^tage, en.^rUendaat que Tod eust faict des ponte de boys sur les 1567. arches rompues pour passer «on artillerie et geus de guerre. La chev^rie passa partie à Pons^sur-Yonne , les aidtres à Melun , pour se jeUer .en la j^ie et s'accommoder entre Monsjlereau et Provins.

Ce pendant que les ponts de Monstereau ^se réparoient et que les gens du camp du soy passipient en la Brie, les huguenotz descampoient des environs de provins ; sur Ig queue desquels se jettèrent les gens d'armes de M. de la Rivière, qui estoient en garnison à Provins ^ mais ne firent aucun échec, d'aultant que Tennemy huguenot ne voulut iaire teste, ains ne taschoit qu à gangner pays. On feit butin sur leur bagage, mais npn grand; quelques trainars furent tuez sur . les ch^mixis, m^is n estoient gens de marque. Environ ie i>6 ou 17 de décembre, qui estqit ung dimanche, arriva dedans Provins, environ les 8 à 9 heiires du soir, M. le maréchal de Brissac, avec les gens de cheval de son avant-garde , qui se logèrent sans bulletin es maisons des habitans, chascun d'eux comme il peult; il y séjourna en attendant la venue du camp qui passoit audit Monstereau, et partit le lundy à midy, pour aller à la poursuitte de Tennemy, qui arrivoit à Ësparnay sus la rivière de Marne , distant dudit Provins de 1 5 ou 16 lieues. 11 mareschal, avec son avant-garde, ordonna le rendezvous au village de Villers-S^-Geoi^e , où ils arrivèrent tout au .soir, pour avoir les cartiers de leurs logis. Les maisons et chasteaux des huguenotz ne furent à repos; car chascun homme de guemre du camp royal demandoit à s'y loger plus tost qu'es maisons des laboureurs. Les maisons seignorialles de Houssoy, de Daoust, de Chantaloue , d'Âulnoy, de Gymbrois et aultres huguenottes des environs de Provins , nourrirent la plus grande partie du camp royal ; les meubles desquelles furent pillez, tant par les gens du camp que par ceux de la garnison de Provins, et ne trouvèrent à ces jours les huguepotz pruvinois que bien peu de cousins au camp royal qui pussent saulver leurs maisons d'estre pillées et mangées. La maison de Chantaloue, appartenant au sieur de S^-Symon, huguenot, fui saulvée, mais assez tard, par ung gentilhomme nommé M. de Cossé ou Causé, homme

1567. fort cdtholicque, gendre de laditte maison, lequel toutesfois, estant contrainct de marcher avec Tavant- garde catholicque, quitta laditte maison à la miséricorde du reste des gens de guerre du camp royal. Les soldatz de la garnison de Provins furent réservez pour Tarri ère-garde du camp catholicque; lesquelz firent img grand butin sur les meubles et biens des huguenotz , tant dans la ville que dans les villages, quelques gentilshommes qu'ilz fussent, et amenèrent les meubles dedans Provins, qu'ilz vendirent à bon marché en criée, parmy les rues et carrefours. Tous les hommes qu'ilz trouvèrent dedans lesditz chasteaux, qui leur faisoient résistance et qui estoient huguenotz, passèrent par le fil de Tespée, et entre aultres img, qui se faisoit nommer le seigneur de Pains, et ung aiiltre nommé Adenet, natif de Provins, qui s' estoient enfermez dedans le chasteau d'Aulnoy, appartenant à la damoiselle dTvemi , dame dudit Aulnoy. L'aureille de Tung d'eux fut couppée après sa mort par ung prebstre , soldat de la compagnie du seigneur de Lours , nonmié M^ Léon Coulliard , chapelain de la chapelle Sainct-Loys, fondée en Téglise Nostre-Dame-du- Val , honune aussi couard que mal adroict aux armes , pour la pendre à son chappeau, et en faire la monstrance à ses amis prebstres de Provins, et nommément à M^ Jehan Houiller, chanoine de laditte église, qui se gaudissoit tousjours de luy, en luy reprochant qu'il estoit quelque chault gendarme, et qu'il n'eust osé assaillir une mouche de panier ou une guépière de mouches qu'on appelle des guespes ; ce prebstre soldat, qui estoit aussi bon enfant qu'il s'en pouvoit trouver, ayant présenté audit HouUier ceste aureille huguenotte , fut mocqué plus que devant, et tant fut faict et dict avec luy, qu'à la fin confessa qu'il n'avoit touché audit huguenot, mais que, pour faire du vaillant, avoit achepté laditte aureille des aultres soldatz ses compaignons qui l'a voient tué.

Lesditz soldatz ravagèrent la maison de Houssoy-lez-Provins, apartenant à la damoiselle de la Gravelle , fille ou femme de M^ Loys Le Roy, en son vivant prociu'eur du roy à Provins, que tenoient à ferme deux huguenots de Provins, nommez Thibault Trumeau et Estienne

Maistrat, apoticaire, tous deux à la suitte du camp condéyen et 1567. huguenot ; dans laquelle maison de Houssoy furent trouvées la femme dudit Maistrat, belle et jeune, la femme de Nicolas de Ville, (ilz du procureur du roy Jehan de Ville, laquelle portoit Testât de damoi*

selle , la vefve M® Jehan Saulsoy Taisné , jà vieille , la femme de M*

Royer, barbier, demourant sur le Pont-au-Poisson, la femme de Léon Goddart, aussi jeune femme, la Chardinette, baille des femmes

huguenottes du presche de Provins, la femme de Le Blanc,

surnommé la Teste de Veau, celle de son frère, ensemble quelques aultres desquelles je n'ai sceu les noms, toutes lesdittes huguenottes habillées en pauvres femmes de village, pour tascher à saulver leurs vie et honneur. Nulle ne fut tuée , mais toutes gangnèrent leur vie et rançon à la peine et ouvrage de leurs corps , et Dieu sçait comment les charitables huguenotz furent faictz coupaux sçachans pour une partie d*entre eux, et entre aultres Nie. de Ville et Le Blanc, surnommé la Teste de Veau, lequel, avec sa femme, fîUe de feu Bénard Baulier, dict Grasset, furent amenez par lesditz soldatz dedans Provins, et mis à rançon à quelque somme de deniers, qu'ilz payèrent ou leurs amys pour eux, pour estre délivrez et avoir la vie saulve.

Or advint-il que ledit Le Blanc et sa femme tombèrent en diverses mains soldades ; les soldatz qui tenoient la femme ne tenoient son mary ledit Le Blanc , ains d'aultres , et pour ce temps ne leur fut permis de se veoir ni parler ensemble. La femme, avant qu'estre délivrée des mains desditz soldatz et mise en liberté , après en avoir usé et jouy à leur plaisir, la menèrent pieds, jambes -et teste nues par les rues, n'ayant potu* tous habitz vestu que sa chemise et img gippon qu'on appelle une camisolle de drap rouge tout sanglé, et estoit le i Séjour du moys de décembre , et passant par devant l'église de M. S*-Ayoul de Provins, fut la charitable huguenotte conduitte par eux en laditte église, qui estoit entre les 8 à 9 heures du matin. A l'entrée de l'église, la contraignirent de prendre de l'eau béniste, poiu* s'en asperger le visage , et ce faict , la conduisirent devant le grand autel d'icelle église, sur lequel ung prebstre chantoit la messe et estoit

1567. près de Félévalion du corps de N.-Seigaeur au S'^Saor^ment , et là, l'ayant faict mettre à deiu genoux, luy baillèrent à tenir entre ses mains la torche ardente qui estoit ^umée pour servir à rélévation, et tous à genoux à Tentour d'elle luy firent dire Toraison faicte en rhonneur de Dieu et dudit sacrement, qui se commence, Ave, s{dm mundi, Verbum Patris, etc. ensemble Toraison qui se commence, Ju manus tuas, Domine, commendo spiritum meum, et tout au long, et ce dict, luy firent dire à baulte et intelligible voix, après la messe finie , la tablette, .c'est assavoir le Pater noster, Ave Maria, sancta Maria, Credo in Deam, Benedicite, Agimus tibi gratias, etc. et, à ia fin de ce, crier mercy à Dieu, à la Vierge et à tous les sàiucts du Paradis, de la grande offense qu'elle avoit faict à sa majesté d'avoir délaissé la vraye religion catholicque pour adhérer à la faulse huguenoticque , et ce faict et dict, iuy ostèrent la torche ardente des mains, ,qu'ilz laissèrent à Téglise , et la ramenèrent en leur iogis ou aultre lieu. Au partir de devant Tautel de laditte église , la honteuse huguenotte , en soupirant, haultement dict : « Hé Dieu, le mescbant mary que j'ai! » voulant par ce donner à entendre que son mary l'avoit séduitte et convertie à prendre la faulse religion huguenoticque. Tout siu* l'heure passa son mary, condudct par aultres soldatz , qui le tenoient prison* nier, ung morion sur sa teste , sans aucimes armes , affin que mieux feusi cognu. Lesquels le conduisoient hors la ville .pour le délivrer suyvant leurs promesses, et, pour bailler contentement au peuple de la ville , disoient qu'ilz Talloient faire pendre à ung arbre hors la ville , ce qu'ilz ne firent; mais, l'ayant mis ass^zioing à son contentement, luy baillèrent liberté pour.se retirer la part que bon luy sembla. Sa fenune demeura à la ville es maisons de ses parens, après que lesditz soldatz en eurent faict le service et les monstres selon leur volunté.

Les aultres huguenottes ci - dessus dittes ne rentrèrent à Provins que jusques après la passée du camp, et que ceux qui les avoient prinses prisonnières eussent esté satisfaictz de leurs plaisirs et rançons, et ne furent honteuses non plus que putains et ribaudes qui reviennent de la suitte d'ung camp et des trouppes. Celuy des hugue-

natz conpaux qui fut le phis mocqué fut Estienne Maistrat, d'aiiltant 1567. qu'il, avant ceste guerre, tfvah conceu une jalousie sur sa femme et le prédicant dudit Provins, pour les avoir surprins ensemble s'enirétenans embrassez et faisans i'amour Tung à Taultre par charité en lieu secret et suspect, dont il portoit hayne audit prédicant; et luy demandoit^OQ desquelz il se tenoit le plus injurié , d'avoir esté coupaudé par les gens de guerre catholicques ou par son père spirituel le prédicant héréticque. Toutes ces choses furent faictes en trois jours que k camp du roy se reposa à Provins et les environs , ce pendant que Tennemy huguenot passoit la rivière de Marne tout à son loysir. Et est une chose toute certaine , que , si ledit camp du roy enst vouhi cheminer, il eust prins lesditz huguenote au passage de laditte rivière; mais les gouverneurs que la royne mère avoit donné à M. le duc son filz, Tun desquelz estoit des principaux M. de Carnavalet, seigneur de Noyen^siur-Seme , avoient grande intelligence avec ledit sieur prince de Condé et les chefz de sa cohorte , et ne se passoit jour ne nuict qu'ilz eussent nouvelles les imgs^des auhres,. et estoient les intelligences si grandes et bien dressées, que les jours que lesditz huguenotz cheminoient pour gangner pays , le camp du roy se reposoit, et les jours qu'il cheminoit, le camp huguenot se rafraîchissoit et se reposoit.

Retournons maintenant au camp du roy. M. le maréchal de Brissac, après estre party de Provins , au lendemain y arriva M. le duc d'Anjou, accompagné de cent gentilshcmmes de la maison du roy et de pins de quatre aultres mille hommes de cheval des ordonnances de S. M. , ensemble du nombre de deux mille aultres hommes de cheval, partie Espagnols, Boui^ignons, Flamans et Hanoy ers que le roy d'Espagne avoit envoyé au roy; lesquelz tous logèrent dedans la ville de Provins par cartiers et fourriers. L'excellence de M. le duc fut logée dans l'abbaye de S^- Jacques du chasieau de Provins, où il séjourna deux jours poiu* faire rafraischir son camp, suyvant le conseil que venons de dire. Quelques compagnies de la garnison de Pit)vins qui estoient du régiment de M. de la Rivière deslogèrent à l'arrivée dudit seigneur.

1567. et allèrent joindre ravant-garde de M. deBrissac, pour faire place aux gens de guerre susditz, qui estoient de la suitte dudit seigneur duc. Le camp de Tartillerie, gens de pied et Suisses passèrent entre Mortery et St-Yllier, et s'allèrent camper à Voulton, S*-Martin-des- Champs, Gymbrois, Bouart, Boolot et Rupéreux. Les compagnies de cheval des ordonnances du roy passèrent pour la pluspart par Bray, et s'allèrent loger es parroisses de Goix, Ermés, Sepveilles, Chalaustre-la-Petite , Sordun, Méel, Mériot, l'Eschelle et S*-Martin-de- Chasnetron; et contenoit ledit camp en la bataille et arrière-^arde , sans y comprendre l'avant-garde , quatre lieues de lai^e et six de long, et, à le comprendre pour le tout, il contenoit bien dix lieues de long et six de large , chascun estant logé par les villages. Ledit camp royal estoit de plus de cinquante mil personnes combatans bien en ordre.

Pour nourrir ce camp , fut cuyt du pain à Provins par les boulangers par ordonnance du maistre du camp, et fut le blé prins es greniers des marchans et habitans de Provins, aiiltant qu'il en fut nécessité, et ne fornit-on aultres munitions, parce que les gens de guerre vi voient chascun des biens de leur hoste qu'ilz trouvoient es maisons, tant en chair, pain que vin , et de peu servit aux gens des villages le pain de la munition susditte; car, où les gens de guerre trouvèrent pain et farine es maisons de leurs hostes, n'acheptèrent aucimement du pain de laditte munition, et où plus*il servit, fut au camp des Suisses, qui estoient campez à Voulton avec l'artillerie, tant es mai« sons et jardins que dans les champs.

Les boulangers de Provins réclament contre la gabelle d'une maille qu'ils payaient sur le pain vendu en détail dans leurs ouvroirs; le duc d'Anjou abolit cet impôt.

Au camp de l'artillerie, où estoient les Suisses et infanterie françoise , y eut peu de révérence portée aux églises et lieux sainctz par les gens de guerre qui y estoient , parce que aulcims logèrent leurs chevaux dedans les églises et en firent des estables, sans y respecter

le lieu ni les sacremens, et signamment le précieux corps de J.-CI. qui 1567. y estoit gisant au sacrement de Tautel. Es églises où les huguenotz to*avoient esté ravager et mis le feu , n y firent aultre mal les gens du camp royal que d'y loger leurs chevaux et eux aussi, et de porter litière de foin et de feurre pour eux y accommoder. Duquel contemnement prindrent argument maintes gens de bien que Tyssue de ceste guerre ne prendroit guères bon succès au prouffît de la religion catholicque.

Le pays des environs de Provins et du bailliage qui porta le plus de domage et de perte à la passée des deux camps, tant du camp huguenot que du catholicque royal, fut le bas pays de la vallée de Seine, depuis Montereau jusques à Méry, par lequel pays bas passèrent la foulle desditz deux camps, sans que, pour ce, on y menast aucune munition que assez peu de pain. Ce néantmoings, y demeura quasi tout le gros bestial à corne , mais poinct ou peu de brebis , et fut ledit pays ung moys entier à nourrir les gens de guerre , tant de Tung que de Taultre camp, et moings y arresta le camp catholicque que n'avoit faict celuy du huguenot. Le camp catholicque print tout le chemin de celuy du huguenot, affîn de le talonner de près, qui fut Toccasion d'apauvrir les villages par où ilz passèrent. Lesditz deux camps ne montèrent poinct plus hault en la Brie que S*-Yllier, Cortacon, Augerre, Sancy et Monceaux, eycores n'y eut que le camp royal qui logeast ausditz villages, car le. huguenot ne monta si hault, d^aultant qu'il n'estoit si gros que celuy du roy.

M. le duc d'Anjou, après s'estre reposé deux jours entiers et trois nuictz audit Provins et tout son camp aultant, chascun en son logis, partit pour faire la poiu:suitte des ennemys de Dieu et du roy, et ne demeura plus audit Provins que les compagnies des sieiu*s de Lours, Valentin Poullet, et N. . . . . Tung des capitaines du régiment du sieur de Foissy. Deux de ces compagnies, c'est assavoir celles de Valentin et du régiment de Foissy, furent, par l'ordonnance dudit sieur duc, envoyées es villes de Bray, Nogent et Pons-siu'-Seine, pour y tenir garnison , et partirent pour y aller environ la feste de

1567. M. S^-Thomas Tapostrc, qui est au moys de décembre, trois jours avant la feste de Noël^ Ce fut grande resjouissance ausdittes villes de Bray, Nogent et Pons , dedans lesquelles demetu*èrent icelles compagnies l'espace de deux moys ou environ- en garnison aux despens des habitans , qui furent assez mal traictez par iceux capitaines et gens de guerre et principallement ceux dudit Nogent.

M. de Lours rompit sa compagnie, et bailla congé à ses soldats pour se retirer la part que bon leur sembleroit, et print congé de la ville de Provins , estans deschai^é du gouvernement d'icelle , et se retira en sa maison de Lours. Qui ftit le tout ung grand soulagement aux habitans dudit Provins, lesquelz par trois moys entiers et continuelz avoient entretenu à leurs gages et despens ledit sieur de Lours et sa compagnie de trois cens hommes, sans les garnisons qu'ilz demandèrent au roy de renfort, qui y furent Tespace d'ung moys.

Par Tordonnance de M. le duc d'Anjou, garnisons furent posées et mises es chasteaux des huguenotz et maisons fortes d'iceux qui estoient par tout le pays de Champaigne et Brie, pour les garder, empescher que les huguenotz à qui ilz appartenoient ni aultres ne s y allassent loger, et prendre les biens d'iceux pour s'en ayder. Et furent les capitaines et soldatz qui y tindrent garnison nourris aux despens du revenu desditz chasteau^ et maisons huguenottes, le revenu desquels fut saisy de par le roy et mis soubz commissaires. Les chasteaux et maisons de ce pays pruvinois et des environs où y eut garnison de par le roy, furent Gimbroys, appartenant au s"" de Patras; Aulnoy, à la damoiselle d'Yvemy; Courbetain, à Tesleu Barengeon de Provins; Houssoy, à la damoiselle de la Gravelle; Qiantaloé, au sieur de S*-Symon; la Fontaine-au*Bois , à frère Pierre Pisseret; la Motte-de- Tilly-lez-Nogent, au sieur d'Estemay; la Villeneufve-aux-Riches-

' On possède des lettres du roi et du quâ mettra dans les villes. i568, aojuin.

duc d^Ânjou, par lesquelles ils mandent (Bibl. imp. collect. Saint-Germain-Harlay,

aux habitants de Méry qu*îls obéissent au n' 3ao, fol. a 60 r*.) sieur de Foissy, et nourrissent la garnison

Hommes, Bouy-aux*Poreaux , et Crancost, audit d'Esternay, sans 1567. laisser arrière le chasteau d'Esternay; les meubles desquelz, avant qu'estre inventoriez et mis soubz commissaires , suivant Tédit du roy sur ce faictà Paris, à la fin de ce présent moys de décembre, furent à la miséricorde desditz capitaines et soldatz qui y furent mis en garnison.

Un soi-disant gentilhomme, nommé le sieur de Foissy, avait, à roccasion de la guerre civile, obtenu conunission de lever un régiment de dix ou douze compagnies de gens de pied pour le service du roi. U ne parvint pas à former un régiment entier avant que les protestants quittassent la Brie, et la seule de ses compagnies qui pût servir fut celle qui entra en garnison à Provins. Chargé plus tard de la garde des villes de Bray, Nogent, Pont et Méry et des châteaux environnants, M. de Foissy se hâta de mettre garnison dans les châteaux de M. d'Estemay, et de les faire dévaliser. M. d'Estemay et lui nourrissaient Tun contre Tautrc depuis plusieurs années une haine violente, à raison d*un lièvre poursuivi et pris par le premier sur les terres du second. Au parlement, où le procès fut porté, M. de Foissy fit voir que son adversaire était petit-fils d'un cuisinier enrichi du roi Louis XII, qui avait marié son fils à une fille de la noble maison d'Estouteville; M. d'Esternay prouva que M. de Foissy était issu d'un pauvre clerc au parlement devenu procureur. En lôôy, les protestants campés à Nogent ayant mis le feu au château de Bcmière, maison de M. de Foissy, celui-ci attribua le fait aux instigations de M. d'Esternay et n'en fut que plus animé contre lui.

M. de Foissy mit aussi des gamisaires au prieuré de la Fontaine-aux-Bois, appartenant à Pierre Pisseret. Par son ordre , les meubles de cette maison , les grains, vins, cuves, lits, tables, couches, portes, fenêtres, serrures, furent pillés et emporttîs à Nogent. Les livres , images et ornements d'église furent donnés à l'église de Nogent, que les protestants avaient dépouillée.

Le duc d'Anjou joint au delà de Châlons-sur-Marne, au lieu de N.-D.-de-l'Epine, l'armée protestante, qui s'échappe pendant la nuit, pour aller au-devant des reitres envoyés par le comte palatin du Rhin.

Le roi, averti de la levée des reitres, envoie M. deLansac^ au comte palatin

^ Louis de Saint-Gelais , seigneur de la collection Saint-Germain-Harlay et dans

Lansac. (Voyez, sur son arrestation, de la collection des Lettres originales (Suppi.

Thou, Histoire universelle, 1. XLII.) On franc, ayaa et ayaa), de nombreuses

trouve à la Bibliothèque impériale, dans lettres de Lansac.

1567. du Rhin, pour le détourner de secourir les protestants de France, en rassurant que la guerre qui se fait n'a pas pour cause la religion , mais la rébellion des réformés contre Tautorité royale. Néanmoios le comte , d'après les ioformations qu'il prend, se décide à accorder an prince de Gondé le secours de ses reîtres. Les protestants font pris(mnier M. de Lansac, à son retour en France.

Mort, au mois de mars, de M* Nicole Macé, doyen de la chrétienté de Provins, chanoine de N.-D.-du-Val et curé de Landoy. — M* Jehan Leclerc, maître des enfants de chœur de l'église de Sens, lui succède dans sa prébende de N.-D.-du- Val et dans le doyenné. — Mort, au mois de mars, de M* Jérôme Possot^, prieur des jacobins de Provins et provincial de l'ordre, natif de Provins, homme savant, prédicateur habile et ennemi déclaré des hérétiques.

Le printemps de ceste année fut fort sec et hasleur, avec ung vent de bize qui desséchea ia terre, en telle sorte que les mars, chamvres et aultres biens de la terre demeuroient, faulte de pluye. Aussi, toutes les églises et parroisses de la France faisoient processions et prières publiques, afin d'avoir la grâce de Dieu et de la pluye pour arroser . les biens de la terre.

Pour lesquelles avoir, les églises de S*-Ayoul, de S*®-Croix, les cordeliers et jacobins de Provins tous ensemble furent en procession en la ville de Nogent, en Thonneur de Dieu, de la vierge Marie et de M. S* Laurent, le 2 8* jour d'apvril, en laquelle fut porté le chef de M. S* Ayoul et plusieurs sainctz reliquaires. Dieu exhausa les prières du peuple et eut regard à leur dévotion, envoyant de la pluye sur la terre incontinent après, qui moult augmenta les biens de la terre , tant les grains que les vignes, dont s'en ensuivit une grande monstrance, si sa majesté eust permis que les habitans de la terre en eussent eu tout le prouffit. Les grains, après ceste pluye, s'augmentèrent de telle sorte que de la mémoire des hommes n'avoient esté

* Voici Tépitaphe consacrée à Jérôme goovcmçmenl de son ordre , qui décéda le /»• mars Possot. dans le sanctuaire des Jacobins >^^7. PriexDieu pour son âme. .

(Rivot, Hist. ecclésiastique, t. FV, p. 800, Huncmadidistumulum, lector, visurus ocellis ,

à la bibliothèque de Provins) : Siste, rogo. ac liominum fata caduca gemc,

Qui, vcluti flores, sole exoriente, virescunt, «Cy gist sdentificpie personne frère Hiérosme Mox flacescentes, morte fluente, ruunt.

Possot , théologien de TUniversité de Paris , religieux Sic immatura Possotiu nuirte peremptus

proOs et prieur de céans , provincial de France au Nunc jacet , excellens qui rosa flonierat.

plus fortz, espais ni mieux grenez. Mais, parce que les habitaus de la 1567. terre de France, pour leiu*s péchez, se rendirent ingratz de ses biens, la majesté divine permist que Thonmie n'en eût que la veue et non rentière jouissance , ainsi que nous dirons en son lieu.

Audit moys d'apvril, fut éclipse de soleil, environ le 1 8 ou 20^ jour enplain midi, qui dura près de deux heures, le temps fort beau et serein. Le soleil donna sa clarté si palle que rien plus, et sembloit laditte clarté passer par Tombre des ténèbres , qui fut ung présage du malheur proche qui advint à la France par les troubles des guerres civilles qui advindrent telles que les avons récitées ci-dessus en ceste présente année.

Assassinat, le jour de la Pentecôte, à Provins, d^un nommé Bondis, potier d'étain, par son gendre. — Un foulon est tué dans une rixe par Nicolas Privé, chirurgien, qui se tire d'affaire en satisfaisant la femme du défunt. — Un gentilhomme et ses alliés tuent, près de Melun, messire Guyot, curé de Sancy par usurpation; habile à contrefaire les bulles pontificales, ce qui lui avait valu le titre de pape de Brie, soutenu par plusieurs seigneurs dont il s'était fait le spadassin, toujours armé, même en disant la messe, il était la terreur du pays, et les gens de justice n'avaient pu s'en rendre maîtres. — Au mois de juin, Nicolas de Pellevé, archevêque de Sens, faisant la visite de son diocèse, se rend à Bray et y séjourne deux jours; ses oiBciers sont accusés de vendre les sacrements. Il va ensuite à Provins (l'avant-veille de la Fête-Dieu), et loge au cloître Notre-Dame dans la maison de M* Léon Gamier. II confirme mille à douze cents personnes; M* dlvollé, jacobin d'Auxerre, qu'il avait amené avec lui, prêche pendant huit jours sur la confirmation. Le jour de la Fête-Dieu, on fait à Provins une seule procession générale, à laquelle officie l'archevêque. — M. de Pellevé bénit le lendemain deux chapelles de Saint- Ayoul, nouvellement faites. — Le prieur de la Fontaine-au-Bois, frère Pierre Pisseret, se rend auprès de l'archevêque, qui l'avait mandé, et qui le fait emprisonner comme hérétique. Après plusieurs jours de détention, il parvient à sortir par le crédit de ses frères, et à se faire recevoir en procès ordinaire à la cour de parlement, où il obtient, conformément aux derniers édits du roi, un arrêt favorable. Le frère Pisseret avait éloigné de son prieuré les moines envoyés d'Essone; il professait une hérésie particulière, qui n'était absolument ni la calviniste, ni la luthérienne, et à laquelle il gagna ses frères et plusieurs moines d'Essone; étant malade, il refusa d'entendre les prêtres catholiques et les prédicants protestants.

1567. L^esté de ceste présente année fut fort beau et sec, mais accompagné de grans et impétueux vens^ qui portèrent un grand domage aux Liens de la terre par tout le moys de julliet, et signamment au commencement de la moisson du pays de Brie; qui furent cause de perdre les bledz et aultres grains qui estoient sur la terre « ensemble les fruictz qui estoient sur les arbres.

Les raisins des vignes n^eurent aucun mal desditz vens, à cause qu'ilz n'estoient qu*en petit verjus, et y en avoit fort habondamment qui allèrent à bonne maturité , en augmentant de bien en mieux , dont advint une grande habondance de vin en la vendange et de bons vins meilleurs que ceux de l'an précédent; et fault croyre que, si les blcdz et aultres grains n'eussent esté perdus des vens, Ton eust aultant recueilly de tous biens en ceste ditte présente année que oncques on avoit faict il y avoit plus de vingt ans.

Oultre le présage du malheur de la France présagé par Téclipse du soleil au moys d'apvril dernier et les grans et incroiables vens du moys de julliet. Dieu démonstra encores img aultre signe en la créature du soleil, en ce mesme moys de julliet, en la manière qui s'ensuit. Fault noter que , la veille de la Magdelène, dès le matin, le soleil se leva bel et cler, et démonstra sa clarté siu* la terre selon sa coustume en temps serein, jusques à l'heure de midy; à laquelle heure devint palle et blanc à merveilles, et se démonstra aysé à contempler des yeulx, qui est contre sa nature, et le pouvoit-on bien regarder les yeulx ouvers sans s'offenser la veue, et apparoissoit plus large la moytié que de coustume, le temps toutesfois bien serein et peu umbrageux; et de tant plus qu'il approchoit de son coucher, d'aultant plus il se démonstroit large et de palle coidleur. Il demoora en telle sorte jusques au lendemain l'heure de midy, à laquelle il retourna à sa clarté ordinaire, et ne pouvoient les humains dire aultre chose de ce signe, sinon que c'estoit un présage de quelque grand futur malheur qui debvoit advenir sur la terre en brief temps, et sembloit à veoir que ce grand corps céleste feust malade en soy et de soy mal sain.

Le sultan des Turcs, Soliman, fait la guerre aux chréiieDs en Hongrie; il 1567, asriége sans succès la ville de Vienne, devant laquelle il meurt. Son armée

s*empare de plusieurs places chrétiennes. — Au mois d'octobre Pinot,

grand maire deDonnemarie, gendre du procureur du roi Jehan de Ville, s*étant arrêté au village de Vineuf-lez-Courions, avec les soldais de la compagnie qu'il levait par conmiission du roi , est assailli pendant la nuit par une troupe de la garnison protestante deMontereau; les assaillants, commandés par un guidon de Donnemarie, nommé Neveu, dont il avait tué le père, le masSacrent, ainsi que

plusieurs de ses gens. Le grand-père de Pinot, tanneur, avait pris à ferme

la seigneurie de Donnemarie, appartenant aux chanoines de Tours, et avait amassé de grands biens; son père, ptiissant par ses richesses, se qualifiait de roi de la Brie; lui-mémi tranchait du gentilhomme; mais le meurtre de Nicolas . Neveu, son cousin, qui lui avait enlevé la ferme des revenus du chapitre de Tours, le plongea dans de grands embarras. — • Après sa mort, sa femme se livre à son frère et a de lui un enfant.

Les deux paillards incestueux confessèrent avoir esté incitez à commettre ceste paillardise par la lecture des livres de la Bible traduitte en françoys par les huguenotz , et par la liberté de la prétendue religion huguehoticque , de laquelle tous deux faisoient profession.

Le feu ayant été mis au monastère des cordelières de Provins par Tordre de M. de la Rivière, les religieuses se retirent dans les maisons de leurs parents, à Provins ou ailleurs.

Aucunes d'elles ne retournèrent oncques audit monastère, ains se déclarèrent huguenottes, poiur avoir excuse de n*y retourner et pour avoir occasion de se marier et de paillarder à leur ayse. Celles qui ne se desbauchèrent de la religion catholicque et qui ne pouvoient où se retirer demeurèrent audit Provins, et, après avoir vagué parles maisons de leurs amys, tant bourgeois que chanoines, moynes, cordeliers et jacobins, l'espace de quinze jours et plus, furent accommodées es logis de la Salle du roy, et leur fut donnée la chapelle de M. S* Biaise, pour y faire leur service, où elles demeurèrent Tespace de trois moys ou environ, avant que de retourner en leur monastère.

1567. Quatre chanoines de Saint-Quiriace meurent en l'espace de douze jours, soit par peur des protestants, soit par suite de coups reçus des soldats de Tarmée catholique.

Depuis Tarrivée et après le départ de Tannée royale, les parents et amis catholiques des huguenots de Provins portèrent dans les ^lises les enfants qui avaient été baptisés par les prédicants hérétiques, et les firent rebaptiser suivant les rites de la religion romaine. Dans ces actes, les cérémonies ordinaires furent accomplies avec foin , sauf qu'on ajouta des formules restrictives pour le cas où un baptême valable aurait eu déjà lieu. U y eut des parrains et des marraines, et de nouveaux noms furent donnés aux enfants, quand ceux qu'ils avaient reçus étaient des noms de païens, de musulmans, de chiens, etc. ^

* Un sonnet, dont on trouve la copie dans le volume 810 de la collection Dupuy , à la bibliothèque impériale , contient une peinture assez énergique de Tétat de la France à ces malheureuses époques :

Veaxpta saYoir quel est Tétat de no^ France? Un jenne raî mené par un peuple mal doit, Mené d'un Eipagnd, d*an moine, d an faus bmict. Mené par une femme extraite de Florence; Un conieil bigarré, qui cache ce qu'il pepse; L'artisan capitaine; un camp sans chef conduit; Un paîs du papiste et huguenot détruit;

L*estranger, qui pour nous à nostre mort s'avance ; L'ennemi, qui fuiant se Ta moquant de nou»; Le grand en notre camp contre le grand jaloux ; Mille noureauz estas; miU' empruns sans trafiq; La justice sous pies ; le marchant fait les lois ; Paris, ville frontière. O malheur toutefois, Qui demande la paix est ennemi pnbliql

La traduction de cette pièce , en trente vers latins, qui figure à la suite, est indiquée comme un ouvrage de Denis Lambin.

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Stanford University Ubrary

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