FAITS DIVERS. APPARITION D'UNE COMETE. NOSTRADAMLS
La veuve de M* Nicolle Janvier, avocat du roi à Provins, mort en i653, épouse M. de Patras, officier de la compagnie du connétable, en garnison à Provins ^ — Double meurtre et vol commis dans la maison d'un riche chanoine de Saint-Quiriace, nommé Denis Massy. — Mort de Jean Chappelie, chanoine de Notre -Dame- du -Val. — Des femmes, logées au petit hôtel-Dieu de la rue de Troyes , sont maltraitées et violées par Nicolas Yver, maître du guet, et ses gens. — Yver, condamné à mort, est obligé de sacriGer tout son bien pour contenter sa partie adverse.
L' estât de caste présente année se pourta assez mai, touchant les saisons; il commança au printemps à se desbaucher par longues pluies, qui se continuèrent quasi tout ung an entier, au moyen de quoy les moyssons et vendanges se portèrent mal. La terre en ceste dite année avoit donné des biens en assez grande largesse ; mais ne veindrent à bonne maturité, car les grains germèrent aux champs sus le pied, principallement les seigles, et eut-on beaucoup de peine à serrer les grains de la moisson. Les vignes avoient bonne abondance de raisins , qui ne sceurent aller à bonne maturité , et si on attendit à les vendanger jusques à la my- octobre, et acheva-on en plusieurs lieux à la Toussainctz de vendanger, et de pressourer à la S*-Martin d'hiver, et si n estoient les raisins demy-noirs ni meurs quant on vandangea et pourrissoient tout verds aux vignes; et ne pouvoit-on trouver le moyen de les faire eschauffer ne bouillir dedans les cuves, encores que plusieurs meissent des couvertures dessus lesdites cuves et raisins, les aultres feissent du feu dedans les caves et celliers où
* M. de Patras, écuyer, seigneur de et acheta en 1674 la seigneurie de Léchel- Marcilly, devint, par son mariage avec la les. (Voy. à la bibl. de Provins le Nobiliaire veuve de N. Janvier, seigneur de Gimbrois , ms. de M. Ythier, art. Gimbrois et Léchelles.)
ilz estoient; et en fut abondamment, et furent par toute la France 1555. appeliez les ginguets.
En Tannée de devant, on a voit faict ung grand recueil de bleds, grains et vins tous bons , desquelz on usa et à bon marché tant qu ilz durèrent, qui fut cause de faire garder plus longtemps lesdits ginguetz, desquelz on ne voulut boire jusques à ce que les aultres fussent faillis; partant durèrent deux ans et vindrent au besoing, ainsi que nous dirons en la prochaine année qi]i vient. Hz ginguets n avoient nulle coulleiu*, excepté les purs blancs; mais le vin des raisins noirs n'estoit noir, rouge ni blanc , ains d'une couleur palle tirant plus sur le jaulne que nulle aultre couleiu*. La queue desdits vins, après ^ la vendange et toute ceste dite année, ne se vendoit que 4o et 45 s. toum.; les vins d'Auxerre emportèrent le bruict, parce qu'ilz n'estoient si vers et aspres que ceux de ce pays et de Villenauxe.
Procès entre les cordonniers et les savetiers de Provins, que les cordonniers prétendaient empêcher de fabriquer et de vendre des souliers de cuir neuf. — Outre les pluies qui avaient corrompu les biens de la terre, Dieu envoya à la France un signe céleste surnaturel , pour Texciter à la pénitence.
Le signe qui fut veu au ciel estoit une comette non usitée de veoir, qui estoit pareille en sa forme à une aultre estoille, excepté quelle avoit devant soy une grande corne ou queue de la longueur de plus de deux lances ou picques, ce sembloit, ardente et flamboyante d'une ardeur indicible. Et fut ceste comette appellée du commung peuple V estoille à la grande queue; et se levoit et apparoissoit en ce pays sur les six heures du soir et quelque peu avant , au moys de décembre , comme il me semble, et dura quasi par tout le moys en sa fureur et horrible regarda Elle se levoit à Tendroict où se lève le soleil aux plus grands jours d'esté, jettant son regard par dessus les travers du pays de France, tirant à Toccident des plus petis jours, où il sembloit qu'elle s'allast absconser. Et estoient de ce signe fort émerveillés
' Cette comète, qui effraj^a, dit-on, fin d'avril et fut observée de nouveau aux Charies-Quint , conmiença à paraître à la mois d'août et de septembre. (Voy. Pingre, fin de février i556, se montra jusqu'à la Cométographie , t. I, p. Soi et suiv.)
1555. les simples vielles gens aussi bien que les jeunes, disons que de leur vie n'avoit en ce pays esté veu ung pareil signe. Les gens sçavans et qui avoient veu les livres n'estoient si esbays, parceque aultres fois en estoient apparus d'aultres au ciel, du temps de ceux qui en ont laissé la mémoire par escript. Et disoient bien cela présager quelques cas à advenir; mais ne sça voient où. On ne se doubtoit du futur mal prochain à advenir à la France, pour ce qu'elle estoit lors en la plus grande prospérité qu'elle avoit jamais esté, il y avoit cent ans passez. Ladite commette ne présageoit seuUement le mal de la France, ains aussi la perturbation des estatz de toute la chrestienté.
Four ce temps, entroit en grand bruict ung astrologue mathémati-
- cien de Provence, nommé M® Michel Nostradamus', docteur en mé-
decinne, faiseiu* de prophéties et almanactz, lequel par ses dits alma-
nactz prédisoit moût de cas à advenir ,en la chrestienté, niesmement
la désolation d'icelle et nommément es pays de France et Allemagne.