ET PIECES OFFICIELLES
Danser !a Carmagnole
Au bruit du son, Danser la Carmagnole Au bruit du son du violon *.
Air : Du vaxideville de Figaro.
Ah î je suis inviolable ,
Repris-je avec dignité -.
Si j'ai l'air d'un pauvre diable,
C'est que je suis député.
Citoyens , daignez à table
Vous asseoir à mon côté :
Buvons à la liberté ! ( 6J5)
Air : Des Marseillais.
Malgré votre habit sans-culotte,
Vous êtes , dit-il , un suspect ;
Vous irez siffler la linotte ,
Mon cher député, sauf respect. (bis)
Entendez-vous, dans la cuisine,
Le bruit qu'y fait maint citoyen,
Criant : Haro sur ce vaurien!
On vous a jugé sur la raine.
Aux armes, citoyens! saisissez ce grimaud ; Marchez ! {bis) Les fers aux mains, qu'on le mène au cachot t
Air : Que ne suis-je la fougère.
Hélas! voudra-t-on le croire?
Il le fit comme il le dit.
Je voulus faire une histoire , Mais je fus tout interdit.
De frayeur perdant la tête Durant ce conflit soudain, Je passai pour une bête; Et c'est mon plu<i vif chagrin.
Ain : Oii allez-vous, monsieur l'abbé.^
Quand j'eus gémi suffisamment
' On appelle violon, à Paris, une prison pour enfermer ceux qu'on arrête la nuit, et qui sont le lendemain interroges.
Et réiléchi patiemment , Mon homme, enfin, m'accoste...
Eh bien ?
A Paris , par la poste :
Vous m'entendez bien.
Air : On doit soixante mille francs.
Dans un mauvais cabriolet
On me jette comme un paquet.
Sans pitié pour mes larmes , (bis)
Vers les lieux d'où j'étais venu ,
On me ramène confondu
Entre mes deux gendarmes. ( bis )
Air : Je suis Lindor,
De mes malheurs telle fut l'Iliade ; Et les railleurs, pour aigrir mes chagrins. Vingt fois le jour me parlent de Provins. Hélas 1 j'ai fait une belle ambassade !
La romance dont Nicolas Montjourdain , ci-devant commandant de bataillon de la section Poissonnière , composa les cinq premiers couplets avant sa condamnation , et les trois autres après, a étonné et attendri tout Paris ; la voici :
Air : du vaudeville de la Soirée orageuse.
L'heure avance où je vais mourir.
L'heure sonne, et la mort m'appelle:
Je n'ai point de lâche désir, Je ne fuirai point devant elle.
Je meurs plein de foi , plein d'honneur ; Mais je laisse ma douce amie Dans le veuvage et la douleur...
Ah l je dois regretter la vie !
Demain , mes yeux inanimés Ne s'ouvriront plus sur tes charmes; Tes beaux yeux , à l'amour fermés , Demain seront noyés de larme».
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La mort glacera cette main Qui m'unit à ma douce amie; Je ne vivrai plus sur ton sein...
Ah ! je dois regretter la vie.
Si dix ans j'ai fait ton bonheur, Garde de briser mon ouvrage; Donne un moment à la douleur, Consacre aux plaisirs ton bel âge.
Qu'un heureux époux , à son lour , Vienne rendre à ma douce amie Des jours de paix, des nuits d'amour; Je ne regrette plus la vie.
Je revolerai près de toi Des Ueux où la vertu sommeille ; Je ferai marcher devant moi Un songe heureux qui te réveille.
Ah ! puisse encor la volupté Ramener à ma douce amie L'amour au sein de la beauté; Je ne regrette plus la vie.
Si le coup qui m'attend demain N'enlève pas ma tendre mère; Si l'âge , l'ennui , le chagrin , N'accablent point mon triste père ; Ne les fuis pas dans la douleur , Reste à leur sort toujours unie; Qu'ils me retrouvent dans ton cœur; lis aimeront encor la vie.
Je vais vous quitter pour jamais ; Adieu plaisirs , joyeuse vie, Propos libertins et vins frais , Qu'avec quelque peine j'oublie !
Mais j'ai mon passe-port : demain Je prends la voiture publique, E-t vais porter mon front serein Sous la faux de la république.
Mes tristes et rhers compagnons , Ne pleurez point mon infortirae :
C'est, dans le siècle où nous vivons,, Une misère trop commune.
Dans vos gaietés , dans vos ébats , Buvant, criant, faisant lempôte, Mes amis , ne m'avez-voiis [)as Fait quelquefois perdre la tète?
Quand au milieu de tout Paris, Par nn ordre de la patrie , On me roule à travers les ris D'une multitude étourdie Qui croit que de sa liberté Ma mort assure la conquête, Qu'est-ce autre c!)ose, en vérité, Qu'une foule qui perd la tète ?
J'ai connu dans cette maison un homme très-singulier et très-original : il s'était si fort dégoûté de la vie, qu'il ne parlait jamais que de mourir, dans toutes ses conversations; et cependant cette envie ne lui lit jamais perdre un fonds de gaieté qui était à toute épreuve.
Ce prisonnier se nommait Gosnay. Il pouvait avoir vingt-sept ans ; il avait été autrefois grenadier dans le ci-devant régiment d'Artois; il avait depuis servi dans les hussards de Berchiny ; il était à la Conciergerie , comme prévenu d'émigration : c'était Ronsin qui l'avait fait arrêter à Châlons-sur-Saône , et traduire à Paris.
Ses manières affables et joviales lui avaient attiré les bonnes grâces d'une jeune et jolie personne qui venait régulièrement , à la Conciergerie , rendre des soins à son oncle asthmatique. Apres avoir rempli ce devoir pieux , elle allait passer trois ou quatre heures auprès de son cher prisonnier ; c'était pour elle un plaisir inexprimable de pourvoir à ses besoins, et même à ce que l'on appelle ses menus plaisirs.
Gosnay était sensible à ses procédés généreux ; il avait promis de l'épouser lors de son élargissement; mais le malheureux nourrissait toujours dans son âme le désir de mourir.
Lorsqu'on lui apporta son acte d'accusation , il le prit froidement, le roula dans ses mains, l'ûpprocha d'une lumière, et en alluma sa pipe. Cependaiît ses camarades lui lircnl observer que c'était uncfo-
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lie de courir à la mort à son âge, lorsqu'il avait des moyens de défense aussi péremptoires que les siens.
Gosnay parut cédera leurs sollicitudes ; mais, intérieurement, il voulait toujours mourir.
Avant de monter au tribunal, il but du vin blanc, mangea des builres avec ses camarades, fuma tranquillement, en s'enlretenant avec eux sur la destruction de notre être. « Ce n'est pas tout , leur dit-il : à présent que nous avons bien déjeuné , il s'agit de souper ; et vous allez me donner l'adresse du restaurateur de l'autre monde , pour que je vous fasse préparer pour ce soir un bon repas. '>
Lorsqu'on lui lut son acte d'accusation au tribunal , il dit affirmativement que tous les chefs articulés contre lui étaient parfaitement vrais ; et son défenseur ayant voulu observer qu'il n'avait pas la léte à lui, il répondit : « Jamais ma tête n'a été plus à moi que dans ce moment , quoique je sois à la veille de la perdre. Défenseur officieux , je te défends de me défendre. Et qu'on me mène à la guillotine ! »
Condamné à mort, il traversa la cour, et salua ses camarades avec sa gaieté ordinaire , et sans qu'on vît sur son visage la moindi'e altération.
Arrivé dans la salle des condamnés, il but, mangea avec appétit, et se montra tel qu'on l'a toujours vu.
En montant sur la charrette , il adressa la parole à un des guichetiers avec qui il avait eu une sorte de familiarité : « Mon ami Rivière, lui dit-il, il faut que nous buvions un verre de kirsch-waser dans ta tasse; sans quoi je l'en voudrais jusqu'à la mort. » Rivière apporta la liqueur, et tjosnay parut la boire avec plaisir. En traversant la cour du palais, quelques personnes le poursuivaient par des huées. Il leur répondit froidement : « Lâches que vous êtes, vous m'insultez ! Eh ! iriez-vous à la mort avec autant de courage que moi ? »
Arrivé au pied de l'échafaud , il s'écria : «■ Me voilà donc arrive où j'en voulais venir! "Et il livra tranquillement sa tête à l'exécuteur.
KT DES riÈCES OFnCIELLES.
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