‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 1 sur 146 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les Méyyioires et les documents qui vont suivre ont le mérite assez rare d'être complètement inédits. Pour être peu connu du grand public, le personnage dont ce volume ravive le souvenir n'en a pas moins joué en son temps un rôle fort important. Il n'est pas un chercheur ayant étudié d'un peu près les règnes de Louis XIII et de Louis XIV qui n'ait souvent rencontré le nom des deux frères Besançon. Et M. Ghéruel, dans son introduction aux Lettres de Mazarin^ n'hésite pas à placer du Plessis-Besançon sur le même rang que d'Estrades et que Fontenay-Mareuil, parmi les « hommes d'un mérite éminent » qui s'associèrent à l'œuvre diplomatique du cardinal. Les mémoires du marquis de Fontenaj-Mareuil ont été édités par Michaud et Poujoulat et dans la collection Petitot. D'autre part, la correspondance du maréchal d'Estrades a fait, au siècle dernier, l'objet d'une importante publication. Nous croyons que le diplomate dont nous présentons aujourd'hui la biographie mérite le même honneur que ses deux contemporains.

Quelques-uns des écrits laissés par Bernard du Plessis- Besançon avaient déjà frappé l'attention de plusieurs érudits. Le Père Lelong, dans sa Bibliothèque histomque de la France (t. III, n''^ 30521 et 30901), signale trois volumes manuscrits concernant les négociations de cet agent en Italie et en Lorraine. Dans son Expédition du duc de Guise à Naples, éditée en collaboration avec M. Loiseleur, notre savant collègue, M. Baguenault de Puchesse, qui se trouvait ainsi tout indiqué pour les fonctions de commissaire respon-

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sable d'une publication sur du Plessis-Besançon , a mentionné à plusieurs reprises, comme fort importante pour l'histoire de cette campagne, la correspondance inédite laissée par ce personnage. Le colonel Bourelly, dans son étude sur le maréclial Fabert (t. I, p. 97), parle des « Mémoires ou relation de ses services » laissés par du Plessis-Besançon et conservés aux Archives des affaires étrangères. Enfin, M. Ghéruel, dans le tome III des Lettres de Mazarm, p. 1082, cite ces mêmes mémoires, dans lesquels, dit-il, du Plessis- Besançon « relate les services qu'il a rendus. »

Des recherches plus approfondies nous amenèrent à découvrir dans le dépôt d'archives du quai d'Orsay, en dehors d'une correspondance officielle assez volumineuse, une importante collection de papiers intimes provenant de la succession de du Plessis-Besançon. Par quelles vicissitudes passèrent ces manuscrits depuis la mort de leur auteur, survenue en 1670, jusqu'en 180G, il serait sans doute assez difficile de le savoir. Il est probable qu'ils demeurèrent enfouis dans quelque bibliothèque ou dans un coin ignoré chez d'insouciants petits-fils du négociateur. Puis la Révolution vint jeter le trouble chez les paisibles possesseurs de ces papiers qui tombèrent entre les mains des libraires. M. Hénin, premier commis au Département des atfaires étrangères, en fit alors l'acquisition et les offrit aux Archives du ministère. D'après un état indicatif en date du 6 mars 1806, ces documents formaient à cette époque un ensemble de neuf volumes in-folio. Ils ont été incorporés, le 17 juin 1806, dans les Archives des affaires étrangères. Répartis depuis lors dans différents fonds, ils correspondent aujourd'hui aux volumes suivants :

Fonds France, mémoires et documents, GGGGVI.

Espagne, supplément, IV, V.

Naples, IV, VIII.

Venise, LXXVI, LXXVII, LXXVIII, LXXIX.

A cette imi)ortante collection il convient d'ajouter deux

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volumes in-folio conservés à la Bibliothèque nationale et qui répondent aux indications données par le Père Lelong. Ils portent actuellement, au catalogue du fonds français, les n°^ 16100 et 16101.

C'est principalement de ces onze volumes que nous avons extrait les matériaux dont se compose la publication qui va suivre. Ainsi qu'on pourra le constater, nous avons fait en outre de nombreux emprunts à d'autres manuscrits de la Bibliothèque nationale, des Affaires étrangères, des Archives des Condé, du Dépôt de la guerre, de la Bibliothèque de l'Institut et des Archives de Venise.

La tâche qui nous incombait, en faisant paraître ces Mémoires^ présentait une difficulté que nous ne voudrions pas, assurément, prendre plaisir à exagérer, mais qui, au début de notre travail, nous a mis, nous devons l'avouer, plus d'une fois dans l'embarras. Ainsi que nous l'avons dit, du Plessis- Besançon avait un frère. L'un et l'autre arrivèrent au grade de lieutenant-général. Tous les deux furent journellement mêlés aux événements de leur temps. Bien que les contemporains qui ont parlé des deux frères appellent généralement du Plessis-Besançon ou le Piessis-Besançon celui dont nous nous occupons plus spécialement ici, et son frère simplement Besançon^ la plupart des commentateurs ont sans cesse confondu ces deux personnages et paraissent même parfois convaincus que tous les deux ne furent qu'un seul et même individu. S'il nous en coûterait de nommer ici les écrivains qui sont tombés dans cette erreur, qu'il nous soit au moins permis de rendre hommage au consciencieux éditeur des Mémoires de Bassompierre, M. le marquis de Chantérac, qui, seul peut-être, a su, dans ses annotations, attribuer à chacun des Besançon le rôle qui lui revient. Nous croyons, dans la notice biographique qui précède notre publication, avoir résolu d'une façon satisfaisante ce petit problème historique, et ce passage de notre livre, qui fait connaître une existence étrangement aventu-

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reuse, ue sera pas, croyons-nous, la partie la moins piquante de notre travail.

L'autobiographie que nous publions aujourd'hui est composée, dans le manuscrit, de quatre mémoires ou relations, que nous n'avons eu qu'à juxtaposer pour en former un tout. Voici le titre exact de chacune de ces parties :

1. Mémoire ou relation sominaire de mes services depuis mon arrivée en France jusque s à la mort du feu m (1027-1643).

2. Seconde partie ou suite de la relation de mes services depuis la mort du feu roi jusques à mon retour de F(^?iz5e (1643-1058).

3. Relation succincte du voyage et de la négociation du sieur du Plessis-Besançon auprès de Son Altesse de Lorraine (1644).

4. Relation de ce qui s'est passé à Sedan entre le sieur du Plessis-Besançon et le sieur Rousselot envoyé par le duc de Lorraine (1649).

Nous avons dû faire, nous l'avouons, quelques modifications de pure forme à ces divers manuscrits. Le style en était, en effet, parfois peu correct. Il est généralement très inférieur à celui des lettres dont quelques-unes dénotent une grande facilité de rédaction et un incontestable talent d'observation. De plus, les deux premiers de ces mémoires étaient adressés directement à Mazarin. Dans la pensée de du Plessis-r)esançon, ils devaient être présentés au cardinal à titre de documents apologétiques, afin de rappeler au premier ministre tous les services rendus par leur auteur et en vue d'obtenir, s'il était possible, pour celui-ci, une gratification ou un nouvel emploi comme récompense. Il nous a semblé qu'il valait mieux ôter à l'ouvrage cette note vraiment trop personnelle qui, sans augmenter sa valeur historique, en rendait parfois la lecture fatigante. Nous nous

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sommes donc permis de supprimer çà et là quelque appel trop peu déguisé ou peut-être même un peu naïf à la reconnaissance ou à l'admiration de Mazarin. Nous avons, d'ailleurs, scrupuleusement respecté le cours du récit, ainsi que les indications marginales concernant les dates, que l'auteur avait lui-même placées dans son manuscrit.

On comprend qu'avec la nature des documents que nous éditons qui sont en partie des copies, et qu'en présence des légères modifications qu'il nous a paru nécessaire de leur faire subir, il était préférable d'adopter, pour l'ensemble de notre publication, une unité d'orthographe. Nous avons imité l'exemple donné par M. le marquis de Vogué dans les Mémoires de Villars et, sauf pour les oi et pour les noms propres, nous avons pris l'orthographe actuelle.

Enfin, nous avons fait suivre les Mémoires d'extraits de la correspondance de du Plessis-Besançon qui, nous le craignons, paraîtront peut-être, à première vue, bien volumineux. Cette addition était, croyons-nous, nécessaire pour compléter le récit, malheureusement trop laconique et presque toujours un peu intéressé, que ce diplomate nous a laissé de sa vie et de ses négociations.

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